‹ Relation du Détroit et de la baie d'HudsonChapitre 4 sur 5 · OT A · texte numérisé non relu

OT A

“quantité de castors, de Joup-cerviers, martres et autres mesmes pelleteries. Ù TT ‘

Entre Les deux forts de Bourbon et de Phelipeaux, il y a une petite rivière appelée de l'Egarée, par laquelle on tire quelque fois du oois de chauffage; ce qui ne laisse pas d’être fort rare autour du Fort. Plus bas, tout à fait à l'ouverture de la mer: il y a une autre: petite hivière nommée de la zargousse, dans laquelle, lorsque la marée est uaute. il y entre quantité de marsouins. Il serait fort facile d’y tendre nue pêche. en ce que la rivière est fort étroite. Si cette pêche était ure fois bien établie, on y ferait tors les ans plus-de .six cents bariques ‘d'huile. Les prefniers frais de cette péche, ne monteraient peut-être pas à 2 000 écus. et il n’en coûterait pas tous les ans 2000 livres pour la

bien entretenir; ce qui serait cependant d'un gros profit, en ce que les

huiles valent toujours de l'argent en France. ”

Il n'y a ‘aucune remarque à faire le long de la Baie d'Hudson, que la rivière des Saintes Huiles éloignée du Fort Bourboi de 100 lieues'du côté du sud, où les. Anglais avaient -autrefois fait-un-établissemént pour la traite avec les Sauvages; mais se voyant attaqués par les Français, ils mirent eux-mêmes le feu à leur Fort, et brûlérent tout -ce qu'il ÿ avait dedans. Ils espéraient se réfugier par terre au, Fort Boürbon; mais les Canadiens les poursuivirent si -vigoureusement, qu'ils les joignirent avant qu’ils eussent fait l'amoitié du chemin, et les emmenèrent prisonniers au Canada. Pour lors ce : poste fut aban-

” donné jusqu’én 1702, que M. de Flamanville, commandant au Fort Bourbon, reçut ordre de Messieurs de la Compagnie du Canada d’en- voYyer M. de Beaumenil, son frère, rectifier ce poste. Il ft construire une petite Maisun; mais on ne put entretenir ce poste que deux an-

- nées. parce qu'il coûtait plus à la Compagnie qu’il ne donnait de profit. Quoique dans le haut de cette rivière, il y ‘ait beaucoup de castors et quantité de Sauvages quiy viendraient en traite, on pourrait méme y attirer une grande partie de ceux:qui trafiquent avec les Anglais, et quisont établis au fond de la: Baie, Cette rivière per lort ‘platte dans son entrée, par conséquent il n’y pourrait

- entrer que des batiments de 40 à 60 tonnaux. Il serait assez facile de .

Sy loger, parce que le bois y est plus commun qu’en tous les autres endroits dont j'ai déjà parlé: D ° >

Je ne dirai rien du continent de ‘cette Baye tirant vere le poste Que les Anglais occupent, ap

pelé communément le fond de la Baie; Parce Que Je a'en pourrais parler que par. tradition. n'y ayant, jamais - Sté is si vous sôuhaitez, Monsieur, lorsque j6 serai en Canada, j'en con crea aves quelques Personnes qui 6nt été plusieurs fois dans ce PAYS-H; et à mon retour, j'aurai l'honneur de vous donner les connais- Sances que j'en aurai tirées, | objet finir mon projet, je ‘reviendrai au Fort Bourbon, premier } n mémoire; et je dirai que ce poste est-très avantageux

pour son commerce, lorsqu'il est bien entretenu: On traite avec les Sauvayes à de très bonne conditions lorsqu'on a des marchandises telles qu'ils lee demandent. Ce Fort est situé par 57 deurés de latitude nord. Par conséquent il v fait extrêmement froid pendant l'hiver, qui commence à’ la St Michel et ne finit qu’au mois de mai. Le soleil se couche .duns le mois de décembre à 2 heures À et se lève à 9 heures 4. Lorsqu'il fait quelque belle journée et que le froid est un peu tempéré. les chasseurs tuent sutant de perdrix et de lièvres qu'ils en veulent, Une année que M. de la Grange, capitaine de Flute. du Roi, hivernait au Fort Bourbon avec son équipage, nous eûmes la curiosité de compter combien il en serait apporté au Fort pendant l'hiver; le printemps étant venu nous comptâmes avoir mangé, S{) hommes que nous étions. tant sde garnison que d'équipage, 90000 perdrix et 28 OO lièvres, . ' no. ‘

- À la tin d'Avril, les oies, les oûtardes ét les canards arrivent et y restentprès de deux mois. Il y en :a une si grande quantité que l’on

Ten tue autant que l’on veut; et lorsque les chasseurs de la garnison

sont occupés au travail, on envoié-des Sauvages à la chasse, auxquels on donne une livre de poudre et.quatre livres de plomb pour vingt oies ou‘outardes qu'ils sont obligés d’apporter au Fort.

Il'ÿ a aussi pendant ce temps-là quantité de cariboux. Ces animaux pussent deux fois l’année, savoir la première fois dans le mois de Mars et d'Avril. Ils ‘viennent du Nord et vont au Sud. Il] yena.un nombre presqu'innombrable. Ils occupent en profondeur le long de cés rivières plus de soixante livres d’étendue, à commencer au bord

« dela mer. Les chemins qu'ils font dans la neife per où ils passent,

sont plus entrecoupés que les rues ne le sont dans Paris. Les Sxuvages font des barrières avec.des arbres qu’ils entassent les uns sur les autres, et laissent par intervalie des ouvertures où ils tendent des collets avec lesquels ils en prennent quantité. Ces animaux retournent au Nord dans le mois de Juillet et Août; et lorsqu'ils passent les rivières À l’eau, les Sauvages en tuent de. leurs Sanots à coup de Jance, autant qu'ils veulent, On a aussi la douceur ds Ja pêche pendant l'été. On tend des filets avec lesquels on prend de très bons poissons, com. me du brochet, de la truite, dela carpe, et de ce que noue appelons

‘poissons blancs. Il est fuit à peu près comme je hareng blanc: mais

<’est, sans contredit, le meilleur poisson qu'il y ait dans toat l'univers. ‘On en fait des provisions pour l’hiver, que l’on met d#ns la neige aussi bien que la viande que l'on. veut conserver. Lorsqu'ils sont gelées, ile ne se gâtent plus jusqu’à ce qu'ils dégèlent..On conserve aussi de cette manière des oies, des canards et des ontardes, que l’on met à }a broche-pendant l'hiver, pour-accompagver les perdrix et les lièvres: de façon que ce,pays, quoique sous un mauvais climat, est cependant fort bon pour vivre, lorsque, par le secours de l'Europe, l'aïr a da pain et du vin. Quoique l’été soit fort court, nous avions cependant un pe-

20 - LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE SAINT-BONIFACE, e L tit jardin qui nelaissait pas de produire de fort bonnes laitues, dés choux verts et autres mêmes herbes, que nous salions pour faire.de la soupe pendant l’hiver. ‘ - Quoique les peuples qui habitent tous ces; pays soient fort dociles et naturellement amis des Français, cependant en 1712, je me trouvai dans l'obligation d'envoyer une pa tie de mes gens à la chasse de ces cariboux qui passent dans le mois de juillet et août, parce que ‘je n'avais pas reçu de secours de France, depuis que j'en étais parti en 1708, et que je manquais de vivres et de poudre, pour faire chasse au gibier avec des fusils. J'avais député mon Lieutenant, les deux commis et les meilleurs hommes de ma garnison, auquel je m'étais efforcé de donner une assez bonne provision de poudre et de vivres françaises. Ils se campérent malheureusement proche un camp. de Sauvages qui jeñnaient beaucoup et manquaient de poudre, parcs que je ne voulais pas leur en traiter, la conservant pour m’assurer la vie et celle de mes gens. Ces Sauvages se voyant braver par les. miens qui tiraient inconsidérément sur toutes sortes de gibiers, et qui faisaient bonne chère x teur barbu;-sans leur en faire part, projettèrent de les tuer pour profiter de leur pillage. 11 y avait deux des Français qu’ils redoutaient plus que les autres. Pour s'en. défaire plus facilement,: ils les invitèrent À une réjouissance qu’ils devaient faire la nuit dans leurs cabanes. Les deux Français s'y rendirent, sans se défier du piège qu'on leur tendait. Les six autres se couchèrent tran uilement, croyant être en toute sûreté; mais ils ne savaient pas.la trahison qui 8e framait contre eux. Lorsqüe nos conviés à ce funeste banquet voulurent entrer dans leurs cabanes, ils trouvèrent ces perfides rangés des deux côtés en haïe, avec des bayonnettes à leurs mains et de grands couteaux avec lesquels ils les poignardèrent sans qu'ils. se. pussent mettre en défense:parce qu'ils n'avaient point d'armes, Lorsqu'ils eurent tué ces deux, ils ne songèrent plus qu'à prendre leurs mesures pour aller égorger les autres qui‘dormaient. Ils.apprétèrent leurs armes à feu et leurs bavonnettes et furent attaquer Ces pauvres rens 6D-. . dormis. Ils commencérent per fairedeure décharges de fusil etise jettérent ensuite sur enx Ja bayonnetté à la main, et les éworgérent avaot qu'ils fussent bien éveillés. 1] y en eut cependant un qui n'ayant reçu qu'un coup de balle de fusil à travers d’une cuisse frignit d'être mort. Les meurtriers le voyant sans mouvements, se contentèrent de Jui ôter Ja chemise de dessus le cÿrps, comme ils faisaient à tous les autres, en 86 dépêchant le plus qu'ils pouvaient. et de piller ce. qu’ils trouvaient, alin de prendre anssitôt la fuite, de crainte d'être surpris. ? n'en Rite ce mort imaginaire eut un pen repris. ses sens, et. qu'il tirs PA ë Beni, 1 leva la tête et vit tous ses pauvrès compaones étendus mor s. se traîna comme il put, jusqa’à l'entrée du ons qu se sa « se lever et s’apperçut pour Jors qu'il n'avait reçu le oup que dans les chairs. I] boucha ses plaiés avec des, feuilles d’ar-,

Lu »

bre, parce qu’il perdait tout son sang, et’ s'achemina vers le Fort à travers des ronces et des épines, pu comme l'enfant qui vient de naitre, . ' .t.

I] arrive au Fort 4 neuf heures du soir, après ‘avoir fait dix lieues dans ce triste équipage, tout en sang et son pauvre corps tout déchiré, * Jugez, Monsieur, quelle fut notre surprise et dans quel embarras je

. me trouvai, Jorsqu'il nous annonça la mort de tous se+ ‘camarades. Aussitôt je ne pensai plus qu’à me tenir surmes gardes, #t à' faire mettre toute l'artillerie en état. parce que j'appréhendais que ces perfides ne fissent quelque tentative eur le Fort. ‘ . : | Comme nous ne restions plus.que neuf hommes, y compris .l'aumônier, un chirurgien et un petit garçon, il m'était im ible de-pouvoir garder les deux postes. Je rappelai auprés de moi le petit nombre de garnison qui me restait, pour faire bonne garde nuit et jour, Sans oser sortir de notre Fort. Ces barbares affamés de marchandises, vinrent au fort Phelipeaux, où ils ne trouvèrent personne. Ils pillèrent et ravagèrent tout ce qu’ils rencontrèrent. Ile y prirent onze cent livres de poudre, que je n’eus pas le temps de faire transporter au Fort Bourbon; c’était tout ce qui nous restuit. Ainsi noùs pastâmes tont Phiver dans ie Fort, sans oser sortir, sans vivres et sans poudre, et où nous pensâmes mourir de faim et de misère, toujours dans l’appréhen- #ion de revoir ces malheureux meartriers à notre porte, maïs ils n'ont pas paru depuis. ‘ CT En 1713, Messieurs de la Compagnie envoyèrent un navire qui nous appôrta toutes sortes de raffraichistements -et des marchandises . + Pour la traite dont les Sauvages’avait grand besoin. Car il y hyait Quatre ans qu'ils étaiet en souffrance, parce que je n'avais plüg de . marchandises à leur traiter; ce qui était éause qu'il en était mort peau- . Coup par la faim, ayant perdu l’usage des flèches depuis-Que 168 Éoropéens leur portent des armes 4 fea, Ils n’ont d'autre ressource pour la vie, ‘que le gibier qu'ils tuent au fusil où: la fléche. Ils ne savent aucunement ce que c'est que de saltiver la‘terre pour faire venir des légumes. Ils sont toujours errants, et ne restent jamais huit jours dans un même endroit, . ‘ .

Lorsqu'ils sont tout 4 fait pressés par Ja faim, le père et ia mère tuent leurs ‘enfants pour lés manger; ensuite le plns fort dss, deux mangent l’autre; ce qui arrive fort souvent. J’en ai vu an qui,. après avoir dévoré sa femme et'six enfants qu'il avait; disait n'avoir été attendri qu’au dernier qu’il avait mangé, parce qu'il l'aimait plas que les autres, et qu'en ouvrant la tête pour en manger la cervelle, il s’é-. tait senti touché du naturel qu’an père doit avoir pour ses enfants, et qu'il n'avait pas eu la force de lui casser les os pour en sucer la moëlle. Quoique ces gens-là essuient beaucoup de misère, ils vivent ‘ce-. pendant fort vieux; et lorsqu’ils viennent dans un âge tont à fait décrépit et hors d'état de travailler, ils font faire un banquet, s'ils on le

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