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45 mai.
46 mai,
17 mai,
[8 mai.
par la neige, leur ayant presque ôté l'usage de la vue. Nous arrivâmes tard, et nous nous bâtimes des huttes pour la nuit.
Nous ne partimes que dans Ja soirée, à cause de l’état des yeux de nos hommes, et nous fûmes obligés de faire dorénavant du jour la nuit. Nous traversâmes une étroite langue de terre, et nous continuâmes à marcher jusqu’au havre de V'Éclipse; mais nous fümes complétement arrètés à la pointe méridionale de ce havre par la nature formidable de la glace. Nous vimes cependant que, du côté du nord, la baie n'était séparée de la mer que par une étroite langue de terre, et qu'au-delà la glace n'était pas mauvaise.
Le 16, nous traversâmes le havre de l'Éclipse, dont la glace était couverte d’une couche épaisse de neïge , et la langue de terre dont je viens de parler, qui n’avait qu'environ deux cent cinquante toises de largeur et une cinquantaine de pieds d’élévation. Arrivés sur l’autre rive, nous descendimes sur la mer, qui formait en cet endroit une grande baie contenant une île, et bornée au nord par une pointe si élevée, qu'on ne pouvait voir la mer par-dessus. Nous laissâämes la barque sur la terre, et nous retournâmes à notre gite, après avoir avancé de huit milles.
Le lendemain, nous conduisimes deux traineaux dans le même endroit , et le reste des provisions y fut transporté le jour suivant ; chacun
ze de de ces transports nous coûtant une marche de s bà- seize milles. Le 19, nous partimes avec le reste 19 mai. de nos équipages, et nous arrivâmes au premier
cause poste avancé à onze heures. La neige était si 20 mai. umes épaisse, et la route si mauvaise le lendemain, Nous que nous pouvions à peine tirer les deux légers nous traineaux; cependant nous arrivâmes enfin, à
e l’'E- quatre heures du matin, à la station qui était à ‘rêtés douze milles du vaisseau. Nous primes ensuite ature les traineaux vides, et nous atteignimes enfin idant l'extrémité de la baie à quatre milles de l'endroit parée où était le navire.
€rre, En arrivant à bord vers midi, nous trouvâmes 94 mi. e. qu'on avait préparé des provisions pour un autre lpse, mois, et c'était presque tout ce qui nous en res-
aisse tait; mais nous reconnèmes qu'il faudrait une ns de semaine pour réparer les traineaux , et remettre
cin- nos hommes en état de les tirer. Nous eûmes ne de donc tout le temps de passer en revue tout ce que nous nous venions de faire , et le résultat fut que nous ten- avions fait trois cent vingt-neuf milles pour en
e, et gagner environ trente en droite ligne, conduiqu'on sant les deux barques avec des provisions pour lais- cinq semaines, et passant un mois à ce travail. tour- | Mais c'était la plus mauvaise partie de notre huit | route.
Un grand vent du nord et la neige qu'il chas- 22 «23
trai- $ sait, rendirent si mauvais les deux jours qui "7 ÿ pro- : suivirent notre arrivée, que nous fümes trèsacun
contens d’être à bord. Mais comme lc temps fut
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plus beau le troisième, quelques hommes par-tirent pour conduire à la station , à douze milles, un traîneau contenant des vivres pour un mois à demi-ration. Le 25, nous nous occupâmes à construire un nouveau traîneau, pour en remplacer un qu'il était impossible de réparer. Le jour suivant, nos hommes revinrent , après avoir réussi dans leur expédition. Ils avaient trouvé que la neige se fondait rapidement, ce qui avait totalement changé l'aspect du pays.
L'office divin fut célébré, et nos hommes purent se reposer. À minuit le thermomètre était à 22° au-dessus de zéro; il avait monté jusqu'à 40° pendant la journée.
Le 28 nous préparâmes tout pour notre départ définitif. Les thermomètres et instrumens astronomiques dont nous pouvions nous passer, et que nous ne pouvions emporter, furent cachés dans la tranchée que nous avions faite, avec une partie de notre poudre. Les mâts, les voiles et les agrès furent placés sur le Xrusenstern; et nos hommes conduisirent jusqu'au troisième lac deux traîneaux chargés de vivres et d’autres objets. Nous en gardâmes un troisième à bord pour le charger de ce qui restait.
Nous avions mis en lieu de süreté sur le rivage tous les objets qui pouvaient nous servir dans le cas où nous serions forcés de revenir en cet endroit, ou qui seraient utiles aux naturels, si nous n'y revenions pas. Nous arborâmes notre pa-
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villon, et nous le clouâmes au mât ; Nous bümes un dernier verre de grog pour prendre congé de notre pauvre vaisseau; et en ayant fait sortir tout mon équipage avant moi dans la soirée, je fis mes derniers adieux à la Victoire, qui méritait un autre sort. C'était le premier vaisseau que j'eusse jamais été forcé d'abandonner, après avoir servi pendant quarante-deux ans à bord de trente-six bâtimens divers. C'était comme si je me fusse séparé pour toujours d’un ancien ami; et je ne tournai pas la pointe où il cessa d’être visible, sans m’arrèter pour faire une esquisse de ce triste désert, rendu plus triste encore par l’aspect du navire solitaire et abandonné, qui nous avait si lang-temps servi de demeure solidement fixée dans des glaces immobiles jusqu'à ce que le temps eût produit sur lui son effet inévitable.
À mesure que nous avancions, nous trOUVIONS 30 mai.
la neige plus dure, et la route devenait meilleure; mais les traîneaux lourdement chargés rendaient nécessairement notre marche très-
lente , et nous n’arrivâmes qu'à midi aux huttes 31 mai.
à douze milles. Nous en partimes le lendemain à une heure du matin ; mais nous ne pûmes tirer plus de deux traîneaux à la fois sur les hauteurs, de sorte qu'il nous fallut dix heures pour arriver à la seconde station qui n’était qu’à huit milles. Ce fut là que nous terminâmes le mois de mai, le thermomètre, pendant la nuit, étant près du point de congélation.
Je puis maintenant expliquer quel était le plan du voyage que nous venions d'entreprendre.
C'était de conduire les barques au havre d’Élisabeth avec des vivres pour six semaines à ration entière ; d'y laisser les barques et la moitié de nos provisions ; de nous rendre ensuite avec les traineaux chargés du reste des vivres jusque sous la latitude de 71°; et de là d'envoyer un détachement de cinq hommes pour reconnaître l’état des choses à la Pointe-de-la-Furie.
La fin de ce mois nous avait conduits sous la latitude de 70° 21', de sorte qu’il ne nous restait que seize milles à faire pour gagner le havre d'Élisabeth ; et quoique nos hommes fussent loin de conserver la vigueur qui aurait été nécessaire pour le travail qu'ils avaient à faire, tous, même l'aveugle et le boiteux , faisaient tous les efforts dont ils étaient capables , et l'espoir renaïssant de revoir l'Angleterre soutenait leur courage.
’état de la glace, à cette époque avancée de la saison, ne laissait aucun espoir. La mer, de tous côtés, et aussi loin que la vue pouvait s'étendre ; n'était qu’une masse solide d'énormes pièces de glace soudées ensemble ; les crevasses que nous avions remarquées sur les terrasses le long de la côte, avaient leur surface couverte d'une glace aussi solide que le reste de la mer. Tout était rocher; il semblait qu'il ne dût plus y avoir jamais une goutte d’eau dans ces parages. Mais, quoi qu'il pût arriver, il était alors bien
évident que le vaisseau ne pouvait être dégagé cette année des glaces qui l’entouraient. Il était donc du moins satisfaisant pour nous de pouvoir être assurés que nous ne l'avions pas quitté avec trop de précipitation , et que nous n avions pas d'autre parti à prendre que celui que nousavions pris.
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