‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 104 sur 121 · CHAPITRE Lil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Lil

Tentative pour avancer sur les barques. — Obstacles opposés par la glace. — Proposition de retourner à la Pointe-de-la-Furie. — Nouvelle tentative, — Débarquement près de la baie de Batty. — Transport des approvisionnemens à terre, — Résumé de septembre. — Abandon des échantillons de minéralovie.

Nous fûmes retenus prisonniers par un ouragan, et pour toute distraction nous vimes quatre baleines noires et plusieurs blanches. Le dimanche se passa sans amener aucun changement. Le lundi, je gravis la montagne qui est réellement la pointe nord-est de l'Amérique ; et de là, je vis d'un côté le cap Warrender et le monument de Hope, et de l’autre le cap d'York et trois promontoires au-delà, ce qui forme la totalité de ce qu'on appelle le détroit de Barrow. Ce n'était qu'un champ non interrompu de glace ; on n’y voyait pas même une mare d'eau. Tout y était précisément dans le même état que le 51 août

1818. C'était un ospect fâcheux : car il semblait

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prédire que nous serions forcés de retourner à la pointe de la Furie.

Le seul changement qui eut lieu le 4, c'est que le temps devint graduellement plus froid; et le 6, le thermomètre descendit à 15°. Il neigea de temps en temps , et nous eùmes des vents froids. Le même temps continua jusqu'à la fin de la semaine. Le plus haut point du thermomètre fut alors 16°, et le plus bas 12°. Il n'y eut aucun changement dans l’état de la glace.

Les trois premiers jours de cette semaine furent comme les précédens, sans changement, sans événemens. Le jeudi, du haut d'une montagne, nous vimes la baie de Lancastre, le détroit de Barrow et celui du Prince-Régent, entiérement couverts de glace, à l'exception d’une ligne très-étroite près de l’isthme voisin des îles du Prince-Léopold. Le reste de cette semaine fut également monotone.

Le thermomètre tombait graduellement. Jamais il ne montait jusqu'au point le congélation pendant le jour, et il descendait à 21° pendant la nuit. 11 faisait si froid dans nos tentes, que nous fümes obligés de construire des murs de neige tout autour ; et la neige que le vent chassait rendait le froid encore plus insupportable. Un vent a nord-ouest détacha quelques glaces de la terre le 17, mais elles s'en rapprochèrent le 18. On tua deux renards et quelques ptarmigans, ce qui nous procura du gibier pour toutes

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les tables. Au commencement de notre séjour dans ce pays, nous méprisions la chair du renard, mais alors elle était préférée à toute autre viande.

I fit encore plus froid le 19, le thermomètre 1% «pr. étant descendu à 18°, et n’étant remonté qu’à 25°. Cependant comme les glaces parurent se détacher le 20 , nous chargeâmes nos barques, 20 sept. et laissant dans une caisse d’étain sous un monticule de pierres un récit fort abrégé de tous nos travaux, nous partimes à midi. Nous eùmes bientôt atteint le bord du chemin de glace à l'endroit qui forme la jonction du détroit de Barrow avec celui du Prince-Régent, après nous être frayé un chemin à travers une glace nouvellement formée. Nous vimes que c'était une masse solide et non interrompue, et qu'elle u'offrait aucun espoir: qu'elle püt se rompre pendant le reste de cette saison, avancée comme elle l'était déjà. Nous fümes donc obligés de retourner à l'endroit d'où nous étions partis. Nous n'y réussimes pourtant pas sans beaucoup de difliculté , et nous n’y arrivâmes pas une minute trop tôt; car les glaces, aussitôt après notre arrivée, furent poussées sur la côte avec une force redoutable. Quoiqu'il n'y eût guère personne qui püt espérer encore de surmonter cet obstacle terrible, j'étais disposé à attendre le moment de faire une nouvelle tentative, bien qu'elle me parût devoir être sans succès.

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sept,

Nous restèmes donc encore trois jours en cet endroit, le vent étant modéré, et le thermomètre à 9°. Le 24, chacun convint qu'il ne restait aucune espérance , et que nous n'avions d'autre parti à prendre que de retourner à la pointe de la Furie. Le lendemain le vent fut plus favorable ; les glaces voisines de la côte se mirent en mouvement, et nous vimes même un peu d'eau libre à la hauteur du cap Seppings. Nous nous préparâmes donc à nous mettre en mer , et j enterrai au même endroit une courte relation et une carte de nos découvertes.

A midi nous partimes, avec une brise fraiche , pour retourner « chez nous. » En arrivant au cap Seppings, nous trouvâmes un passage libre, quoique fort étroit, entre les glaces de la mer et celles qui bordaient la côte. Nos barques n'avaient précisément que la place nécessaire pour y passer à la suite les unes des autres. Cinglant alors à travers une eau qui attacha deux pouces de glace à nos barques, nous arrivâmes à six hewres à notre ancienne position, près de la baie d'Elwin. Cependant nous ne pümes approcher de la terre, et nous fümes obligés de passer sur uos barques , dans une crique qui n'en était pas éloignée, uge nuit froide et désagréable pendant laquelle 11 nesgea .

Ayantessayé le lendemain matin de traverser la baie d'Elwin, nous fûmes arrêtés par de pet”

champs de glace, et nous fûmes enfin obligés à

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midi d’entrer dans un bassin qu’elle avait formé, et sur laquelle nous dressämes notre tente. Le lendemain matin à six heures, le thermomètre était à zéro, mais il remonta à 20° dans la journée, et nous restâmes prisonniers. Nous gagnâmes du moins un supplément à notre diner, en tuant un renard et deux mouettes. Les glaces

devinrent moins serrées le jour suivant, et nous ?# sept.

partimes ; mais nous ne pümes avancer que trèslentement à travers une glace déjà fort épaisse, quoique nouvellement formée. A dix heures, un vent impétueux s'éleva, et 1l augmenta si rapidement, qu’à midi nous ne pümes conserver aucune voile. Nous fümes donc obligés de gagner le rivage, et de nous arrêter sur la glace tenant à la terre.

Malheureusement, nous étions sous le rocher le plus effrayant que nous eussions encore vu , à deux milles du cap septentrional de la baie de Batty. Il s'élevait à cinq cents pieds de hauteur, et il n’y avait que six pieds de rivage entre l'endroit où uous étions et celui où le sommet s'avançait, presque suspendu sur nos têtes. Il était donc absolument nécessaire de nous en éloigner le plus promptement possible; mais un vent d'est, poussant vers nous la nouvelle glace

le lendemain, nous empécha de changer de po- 29 sn

siion. Notre seule consolation fut de tuer trois renards , quelques canards et plusieurs mouettes, Nous étions alors réduits à la demi-ration.,

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après l’avoir été long-temps aux deux uers.

Un mouvement qui eut lieu dans les glaces nous permit le jour suivant de doubler le cap septentrional de cette baie, mais nous trouvâmes celui du côté du sud complétement bloqué par de gros glacons, et tout ce que nous pûmes faire, avec beaucoup de peine, fut de gagner un petit champ de glace qui s’étendait vers le sud jusqu’à un mille de la côte. Cette position nous paraissant favorab'e, nous déchargeâimes les barques, et nous les placämes sur la glace.

Quelque anxiété que nous eussions éprouvée dans les mois précédens, croyant toujours entrevoir la fin prochaine de notre détention dans ce misérable pays où nous avions été forcés de rester si long-temps, le mois qui venait de s’écouler nous en avait causé une plus grande encore, et il avait été pour nous une source de désappointemens encore plus fréquens et plus vifs. Cependant notre esprit trouvait quelque distraction dans les discussions qui s'élevaient parmi nous; et quelque fréquentes qu'elles eussent été depuis quelque temps, elles étaient devenues, pendant ce mois, plus constantes et plus énergiques.

Ces discussions devenaient une source d’amusement, par suite de la vivacité avec laquelle elles étaient soutenues ; elles avaient en outre l'avantage de servir à entretenir notre ardeur.

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