‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 105 sur 121 · NAT · texte numérisé non relu

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Les enthousiastes, dans la chaleur de leurs argumens , exagéraient les apparences de succès, comme cela arrive toujours; et les esprits faibles ou timides gagnaient ainsi quelque courage, et trouvaient quelques motifs d'espoir dans les raisonnemens mêmes qu'ils combattaient. -

Chacune de nos trois tentes formait ainsi trois petites sociétés délibérantes. Dans deux de ces réunions, l'opinion de l'officier était celle des hommes de l'équipage qui étaient avec lui. Le commandant Ross, qui était celui de nous qui avait toujours envisagé les choses sous le point de vue le plus encourageant, était encore à la tête de ceux qui avaient conservé quelque espoir, du moins presque jusqu’à cette époque, quelques doutes qui pussent s'être élevés dans son esprit. L'opinion contraire dominait dans la tente de M. Thom, dont les qualités, estimables sous tous les autres rapports, n'étaient pas accompagnées de cet esprit de confiance, qui est en général le propre d’un äge que mon exccllent ami avait passé. Ce n'était donc que dans ma tente que les opinions étaient partagées, ce qui n'’offrait que plus d'occasions de se livrer à ces discussions. Je crois que je n'ai pas besoin de dire ici quelle était ma façon de penser, après avoir parlé des arrangemens que je venais de prendre.

Mais mon désir, et je crois que c'étaii la mel

leure politique, était de cacher mon opinion, et de ne point intervenir dans les discussions. Par ce moyen, je pouvais mieux connaitre quelles étaient les idées de mes compagnons à ce sujet, et je pouvais en tirer parti.

Cependant leurs idées et leurs opinions subirent quelques changemens pendant que nous faisions ce court voyage , aussi difficile que le succès en était douteux. Pendant les derniers jours de ce mois, l'espoir du commandant Ross parut plus qu’ébranlé; et je dois dire que le 20 j avais commencé moi-même, avecquelqueregret que ce füt, à douter que nous pussions franchir cette barrière de glaces pendant la saison actuelle; et alors nous n’aurions d’autre ressource que de passer un autre hiver, une autre année, devrais-je dire , à la pointe de la Furie , si toutefois la bonne fortune de quelqu'un de nous lui permettait de survivre à une autre année semblable aux trois précédentes.

Mais ces doutes, je devais les renfermer scru puleusement dans mon cœur, et ils ne changerent rien à notre conduite, ou pour mieux dire à la mienne , à l’égard des hommes de mon équipage. Tant qu'il nous restait la moindre chance de réussir dans notre entreprise , il était de mon devoir d'y persister, du moins aussi longtemps que le permettrait l’état de nos provisions. Car, si je metrouvais dans la nécessité de laisser nos barques au point le plus éloigné que nous

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Ayant laissé la caisse de minéraux près d’un monticule remarquable, parce qu’elle était trop lourde pour que nous pussions la transporter plus loin , je dois indiquer ici la latitude de ce lieu , qui était de 73° 51. La montagne que j'ai déjà mentionnée comme étant située en cet endroit , est donc entre les latitudes de 73° 53 et 74°, et comme elle est sous la longitude de 90°, elle occupe la place à laquelle j'avais marqué la montagne de Croker dans mon voyage de 1818.

Je ne puis donc douter que la terre sur laquelle j'étais alors , ne füt la même que j'avais vue lors de mon premier voyage, et que j'avais pu distinguer très-bien des environs de la montagne que je nommai alors le monument de Hope.

Depuis cetie époque, eliea été regardée comme appartenant à ce qu'on a appelé les îles de Léopold, recevant ainsi un nouveau nom que je ne puis admettre. Je dois donc lui rendre celui que je lui ai donné dams l’origine ; et en usant d’un droit accordé à tous ceux qui font des découvertes, je dois naturellement réclamer le droit de découverte d'ume terre dont je pris alors

possession. Puisque cet endroit fait partie du continent , au lieu d’être une île, comme on l'avait assuré dans le voyage plus récent auquel j'ai fait allusion , il est également de mon devoir de faire remarquer que la découverte du cap nord-est du continent américain m'appartient ainsi qu'au premier voyage que j'ai fait dans ces mers septentrionales. Enfin tout en rétablissant le nom que j'avais donné à cet endroit dans l'origine , je dois aussi revendiquer le droit de rétablir tout ce qui s’y rattache dans l’ordre fixé par mes cartes, et par conséquent de rendre à plusieurs endroits des environs les noms que je leur avais donnés.

En m’exprimant ainsi à ce sujet, je ne dois pas ètre accusé d’égoïisme, ou de vaine ou puérile ambition. La cause que je plaide , est celle de tous les navigateurs ; du moins de tous ceux qui font des découvertes. La récompense qu'ils recoivent de leurs fatigues et de leurs dangers est bien peu de chose ; et si on leur dérobe ainsi le seul renom qu'ils peuvent espérer, c’est le moyen de refroidir leur ardeur, sans parler de l'injustice commise à leur égard. Le mal que firent à Colomb l'ignorance , la négligence et l’insouciance du monde, est un exemple à fuir et non à imiter; et quoique le plus grand des navigateurs modernes ne puisse supporter la moindre comparaison avec lui, il ne faut pas oublier que la réputation de chacun, quelque petite qu’elle

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puisse être , lui appartient de droit, et ne lui est pas moins précieuse que la renommée de plus grandes actions ne saurait l'être pour celui qui occupe une situation plus élevée aux yeux du monde.

Les circonstances dans lesquelles nous nous trouvions alors servirent aussi à prouver un autre fait, qui se rattache essentiellement à mon voyage de 1818 et aux discussions auxquelles il donna . u ensuite. Ce fait n’était que trop bien prouvé pour notre süreté et pour nos espérances. Îl aurait beaucoup mieux valu pour nous que ce que javais avancé comme vrai se fut trouvé faux; que la mer du détroit de Barrow n'eût jamais pu être gelée, qu'elle ne l’eût jamais été, et qu’elle ne düt jamaïs l’être, comme on l'avait assuré récemment avec tant de confiance.

Cependant ce détroit était alors entièrement couvert de glace; et il l’avait du moins été pendant l'hiver précédent et pendant l’été actuel, de manière à n’offrir qu'une mer solide depuis la baie de l’'Amirauté jusqu’à celle de Croker, et c’est précisément ce que j'avais vu en 1818. Je ne doute même guère , d'après le spectacle que nous eùmes sous les yeux pendant toutes les années de notre détention, que ce détroit n'ait

été dans le même état pendant la totalité de ce temps. On en trouve même des preuves dans les efforts que firent des bâtimens baleiniers pour

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