‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 11 sur 121 · CHAPITRE XX VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VI

Autre expédition du commandant Ross, — J'en entreprends une moimême, — Résumé du mois.

Cette journée fut plus froide que la précédente et nous eûmes une brise fraiche. Nous recümes la visite d’une troupe nombreuse de naturels qui étaient allés plus au nord, et qui nous vendirent quelques bonnes peaux. Nous vimes ensuite arriver les deux guides qui avaient accompagné le commandant Ross dans sa dernière expédition ; mais ils n'avaient pu rapporter le second bœuf musqué, et ils n’en avaient pas vu d'autre. Le lendemain, d'autres Esquimaux vinrent de leur établissement du sud, nous apportant un veau marin et quelques peaux. Ils furent suivis d’un vieillard que nous n'avions pas encore vu, mais qui était père de deux jeunes gens que nous connaissions. Sa femme, à ce qu'il parait, avait quitté son troisième mari, pour vivre avec lui, et autant que nous pümes

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le comprendre, c'était chose permise par la loi du pays, où du moins autorisée par un usage qui équivalait à une loi. Tikatagin étant aussi venu à bord en se rendant vers le sud, je l’engageai à y rester pour qu'il m'accompagnât le lendemain dans une excursion.

La neige qui tomba en abondance rendit ce 7 mai.

projet de voyage inexécutable; il aurait ététoutau moins inutile. Mon guide lui-même aimait beaucoup mieux rester à bord que de voyager par un

pareil temps. On ne pouvait pas songer davantage 8 mai.

à se mettre en route le jour suivant, car tout était enterré sous la neige. Cependant le guide partit seul pour aller chercher son canot. Dans la soirée, nous recûmes une seconde visite du vieillard que nous avions vu le 6. Il avait avec lui sa femme et deux jeunes gens ; la femme était jeune, maisnous apprimes qu’il en avaitune autre, et que les deux Jeunes gens n’en avaient qu'une pour eux deux. Ils demeuraient tous ensemble; une vieille femme ayant deux maris complétait cette étrange famille de polygames, qui, nous dit-on, vivait dans une parfaite harmonie. Il aurait fallu des rapports plus intimes que nous n’en avions encore eu avec ces tribus, pour bien comprendre le système de leurs arrangemens matrimoniaux ; mais ce que nous en savions déjà suffisait pour rendre probable ce que César rapporte à ce sujet des Bretons nos ancêtres.

Un vent du nord fit passer le thermomètre , 9 mai,

fu mai.

12 mai.

45 mai.

comme d'ordinaire, de zéro à 18° au-dessus.

L'homme qui était allé chercher son canot revint de Shag-a-voke, l'apportant sur son dos. Nous lui promiîmes du bois pour le raccommoder, s’il nous apportait un veau marin. Préférant voyager la nuit, il partit à dix heures. Un renard fut pris dans une de nos trappes.

Le temps fut toujours aussi froid, mais quand la neige cessa le ciel s'éclaircit. Quelquesuns de nos hommes se rendirent au grand lac pour en mesurer la glace, et ils lui trouvèrent huit pieds d'épaisseur. La profondeur de l'eau en dessous était de dix-sept brasses. Ils ne virent aucun poisson, mais ils amorcèrent et placèrent quelques lignes. La température continua à être beaucoup plus froide qu’on ne devait s'y attendre en cette saison ; ce qui ne fut pas pour nous d’un favorable augure. Quelques naturels. nous apportèrent une peau. On vit des traces de rennes et de lièvres et nous tuâmes huit ortlans de neige.

Toute la force du soleil jointe à un ciel pur ne put faire monter la température au-dessus de 11°. On ne trouva aucun poisson pris aux lignes, mais on tua un ptarmigan. Deux de nos principaux amis étant venus nous voir, nous primes des arrangemens pour un nouveau voyage. Quelques autres vinrent du sud le jour suivant, mais sans nous rien apporter. Ils allérent aux huttes du nord ; mais n'ayant pas

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trouvé leurs compagnons, qui étaient absens pour une excursion, 1ls revinrent coucher à bord. Le thermomètre varia entre 1° et 15° audessus de zéro.

Presque tous les Esquimaux établis au nord vinrent nous voir. Ils nous app°r**vent la peau du second bœuf musqué; mais comme il y manquait les deux pieds de derrière, elle ne pouvait servir à être empaillée. Îls nous apportaient aussi une hanche de l’animal du poids de quarante-cinq livres, et un échantillon de pierre verte taillée en forme de ciseau. Nous'allâmes à la chasse et ne tuâmes qu'une gélinotte. Nous avions demandé la veille aux Esquimaux un veau marin pour nos chiens, mais nous ne les revimes pas le 15, probablement parce qu'ils n'avaient pas réussi à en tuer. Tout fut arrangé pour que le voyage projeté püt avoir lieu le lundi suivant. On continua à travailler à l'équipement du navire et nous supprimâmes les condensateurs, qui n'étaient plus nécessaires.

Après le service divin, nous vimes arriver deux troupes d'Esquimaux, l’une venant du village du sud, l’autre de celui du nord; mais ils ne nous apportaient ni veau marin, ni autre chose. Les premiers nous informèrent qu'ils se diviseraient le lendemain en deux troupes, l'une qui chasserait les bœufs musqués, l'autre qui irait pécher dans le lac. Chacun d'eux nous promit de nous apporter des pro-

14 mai.

15 mai,

16 mai.

17 mai.

19 mais

99 mai.

visions avant. de partir. Le thermometre était à environ 10°.

Une partie des hommes de l’équipage et le premier enseigne partirent avec le traîneau et la barque qui devaient les transporter à dix milles de distance. Alors ceux qui n'étaient point de l’expédition devaient revenir à bord. Ils se mirent en route dans la soirée, après quoi le commandant Ross et le chirurgien prirent le petit traîneau pour aller les rejoindre. Nous ne recûmes point de provisions des naturels, et nous n’en vimes même aucun. Le lendemain le temps s’adoucit tellement que le thermométre monta à 30° au-dessus de zéro, et la chaleur du soleil forma sur les rochers de petites mares d’eau. Les yeux des hommes qui avaient fait partie de dernière expédition s'étaient enflammés pendant le voyage, et il fallut leur donner quelques soins.

Le chirurgien revint avec le premier enseigne. Ils avaient laissé le commandant Ross à environ vingt milles, ayant deux Esquimaux pour guides. Les yeux de M. Blanky le faisaient tellement souffrir, qu’il lui avait été impossible d'aller plus loin. Le commandant Ross avait acheté des Esquimaux de quoi nourrir ses chiens, et le retour des deux officiers devait faire durer plus long-temps sa provision de vivres. Nous vimes avec grand plaisir, le lendemain, que le temps continuait à être favorable

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à l'expédition. Les maux d’yeux allaient mieux. Nous jetâmes du sable autour de la Victoire, ct sur le Krusenstern.

Le soleil ne put faire monter le thermomètre 2 mi.

au-dessus de 19°. En allant voir le trou qui avait été pratique dans la glace du lac, on le trouva couvert d’une glace de six pouces d'épaisseur; la glace du lac avait sept pieds et demi. Nul poisson n'avait touché aux amorces des lignes,

et nous ne pümes trouver aucun gibier. Le 22 mai.

jour suivant, nous nous assurâmes que la glace qui entourait le vaisseau n'avait pas augmenté d'épaisseur, quoiqu'il s'en fat formé quatre pouces sur le trou que nous y avions fait. On vit les traces d’un bœuf musqué à peu de distance du navire, On fit une tente pour l'été, et l’on répara quelques voiles.

Ce dimanche était le jour anniversaire de notre départ d'Angleterre. Le bœuf musqué nous fournit de quoi donner de la viande fraiche, rôtie et bouillie, à tout l'équipage. Sa chair ne sentait pas plus le musc que celle que nous avions mangée auparavant, et ayant été gardée plus long-temps, elle était plus tendre. Pendant leur promenade après l'office divin, nos hommes trouverent les traces d’un ours blanc et virent quelques lièvres et quelques gélinottes. Dans la soirée, Ikmallik, le géographe, vint avec sa femme et sa famille et deux autres Esquimaux , tous ayant l'intention d'accompagner le com-

23 mai.

241 mai.

95 mai,

mandant Ross dans som expédition, et ils furent fàchés d'apprendre qu'il était parti depuis si long-temps. Il paraît qu'Ikmallik avait mal calculé et avait compté dix jours au lieu de cinq. Nous les engageâmes à le suivre et à lui porter des provisions dans le cours d’une semaine, et ils y consentirent avec plaisir. Tous nos chiens étant partis, nous les priâmes de nous prêter un des leurs, pour le cas où nous rencontrerions l’ours dont on avait vu les traces. Ils n'avaient pas eu de succès dans leur chasse aux veaux marins, mais ils avaient trouvé dans la glace plusieurs trous de ces animaux, et ils espéraient pouvoir bientôt nous en apporter un pour nos chiens. Chacun des hommes recut en présent un hamecon, et chacune des femmes une pelotie à épingles. Un d’eux donna à son fils une preuve d'affection paternelle. L'enfant s'étant mouillé les pieds dans une mare d’eau, il Ôta ses bas, les lui fit mettre, et retourna chez lui les pieds nus.

On supprina jusqu à la nice du grand mât la bonne qui couvrait le navire; on prépara les traîneaux , et l’on s’occupa d’autres travaux dans l'intérieur du vaisseau. Le vent était au nord; mais, à minuit, le thermomètre marquait 12° au-dessus de zéro. Ces deux journées furent belles et tous nos travaux se continuèrent. Nous tuâmes un ptarmigan, et nous vimes des tracesderenneset de loups. Nous avions

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