RER
PSE es RARES SASOE DR MIE PE
Pr
e plus utres s l’es-
autre is en nous parce t déiles, 2CON- Nous ruel ns le
ee Le Fe
j F LE
voisinage de deux bâtimens, et que probablement nous ne pourrions atteindre ni l’un ni l’autre.
Il fallait pourtant soutenir le courage de nos hommes en les assurant de temps en temps que nous approchions d’un de ces navires; et fort heureusement il survint un calme qui nous fit gagner tant de terrain, qu'a onze heures nous le vimes mettre en panne, toutes ses voiles coiffées, et envoyer en mer une barque qui s’avanca sur-le-champ vers les nôtres.
Elle fut bientôt bord à bord avec la mienne, et l'officier qui commandait nous dit qu'il présumaitque nous avions éprouvé quelque accident et que nous avious perdu notre bâtiment. Je lui répondis qu'il ne se trompait pas; je lui demandai le nom de son navire , et lui exprimai notre désir d’être reçus à bord. Il me dit que son bâtiment était /’/sabelle , de Hull, commandé autrefois par le capitaine Ross. Je lui répondis que j'étais moi-même le capitaine Ross, et que les hommes qui m'accompagnaient , étaient l’équipage de la Victoire. Je ne doute pas que cet officier n'ait été réellement aussi surpris qu'il le parut en m'entendant parler ainsi, car ilime répliqua avec ce ton d'incrédulité brusque assez ordinaire en pareille occasion, qu'il y avait deux ans que j'étais mort. Cependant il ne me fut pas difficile de le convaincre que ce qu'il regardait comme une vérité incontestable était une con-
fi D mms dé —
clusion un peu prématurée ; car s'il avait pris le temps de bien nous considérer , il aurait vu à notre costume qui nous faisait ressembler à des ours, que nous ne pouvions appartenir à un b4timent baleinier , et que nous portions sur le dos, sur notre longue barbe, etdans notre maigreur, d’assez bonnes preuves que je lui disais la vévité. Il nous félicita alors de la maniere la plus cordiale, en vrai style de marin; et, après quelques questions fort naturelles, il nous dit que l’Zsabelle était commandée par le capitaine Humphreys , et nous quitta pour aller lui faire son rapport, en nous répétant qu'il y avait longtemps qu'il avait cru, ainsi que toute l’Angleterre, que nous étions morts.
I] sauta à bord de son bâtiment , tandis que nous nous en approchions plus lentement , et en une minute tout l'équipage réuni sur le pont nous salua de trois acclamations , tandis que nous étions encore à un câble de distance. Enfin nous montâmes à bord de mon ancien vaisseau, où le capitaine Humphreys nous fit l'accueil cordial d'un marin.
Quand nous n'aurions pas eu pour recommandation nos noms et notre caractère, la simple charité ne nous en aurait pas moins dà les attentions que nous reçümes , Car Jamais on n’avait pu voir une réunion d'êtres humains ayant l'air plus misérable, et nous ne pouvions disconvenir que tout notre extérieur n’eùt quelque
chose de très-repoussant. Si la pauvreté, le dénüinent le plus complet, donnent des droits à la charité, personne ne pouvait la mériter plus que nous. Mais si la livrée de la pauvreté met en fuite les gens qu'on appelle charitables, nul mendiant errant en Irlande n'aurait pu mieux que nous exciter la répugnance de ceux qui ne savent pas ce que la pauvreté peut être. Avec nos barbes qui n'avaient pas été faites depuisje ne sais combien de temps, nos vétemens qui n'étaient pas les haiïllons de la civilisation , mais de sales fragmens de peaux d'animaux sauvages, une maigreur qui ne nous laissait que la peau sur lesos; une pâleur qui nous rendait commedes spectres, nous formions un tel contraste avec les hommes bien vêtus et bien nourris qui nous entouraient, que nous sentimes tous pour la première fois, je crois, ce que nous étions réellement, et ce que nous devions paraître aux autres.
Mais le côté plaisant de notre situation nous fit bientôt oublier tout le reste; toute pensée
sérieuse nous était impossible au milieu de la foule et de la confusion qui nous entouraient; et
la joie qui nous transportait nous disposait à nous amuser de la scène qui commença alors.
Chacun avait faim , et il fallait le nourrir ; chacun était couvert de guenilles, et il fallait l'habiller. Il n’y avait pas un de nous qui n'eût be-
soin d’une ablution complete , pas un qui ne dût se débarrasser d’une longue barbe pour repren -
dre une figure anglaise. Tout se faisait à la fois ; on se lavait, on s’habillait, on mangeait et l’on se rasait en même temps; et tout ce qui était nécessaire pour ces différentes opérations se mélait ensemble dans une confusion grotesque.
Au milieu de tout cela, les questions de part et d'autre étaient interminables ; nous avions à raconter nos aventures sur la Fictoire et la longue histoire de nos fatigues et de nos souffrances, et à apprendre les nouvelles d'Angleterre , nouvelles qui avaient quatre ans de date. Enfin l'ordre se rétablit; on prit soin des malades, on assigna leur place à nos marins; en un mot, on eut pour chacun de nous toutes les attentions que la bienveillance peut imaginer. La nuit amena
enfin le repos et des pensées sérieuses, et j'aime à croire que pas un de nous n oublia alors de rendre, comme il le devait, des actions de graces à l'intervention du Ciel qui, des bords d’une tombe qui ne pouvait tarder à s'ouvrir pour nous, venait de nous rendre à la vie, à nos amis, au monde civilisé.
Accoutumés depuis long-temps au lit froid et dur que nous offraient la neige, un rocher, peu de nous purent dormir sur le bon lit que nous eùmes cette nuit-là. Je fus obligé moimême de quitter le mien et de passer la nuit sur une chaise, et je crois que la plupart des autres ne dormirent pas mieux. Il nous fallait
du temps pour bien apprécier ce changement subit et total, pour rompre les habitudes que nous avions contractées , et pour reprendre les usages de notre ancienne vie.
27 août.