‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 14 sur 121 · CHAPITRE XXVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIT

Commencement de notre expédition. — Relation du voyage. — Retour au vaisseau, — Observations faites pour obtenir la différence d'élévation des mers orientale et occidentale. — Tnclinaison de l'aiguille aimantée ,

et intensité de la force magnétique.

Nous eùmes du brouillard pendant toute la journée, de sorte que nous ne pümes apercevoir aucune partie de la terre , à l'exception d’un rocher ressemblant à l'ile de Cass à la hauteur du Firth de Forth. Nous vimes quatre mouettes et un hibou , et nous continuâmes à marcher le long d'une côte rocailleuse , bordée de grandes iles et ayant beaucoup d’analogie avec quelques-unes des côtes de la Suède entre Gottenburg et Stronstad. Nous passâmes au milieu de toutes les îles sur un canal uni, assez large pour quatre vaisseaux , et où il ne se trouvait pas une montagne de glace. A sept heures du matin , nous arrivâmes aux huttes des Esquimaux, à dix sept-milles de notre navire, partageant

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tous, sans exception, la tâche pénible de tirer tour à tour le traîneau, travail qui fut d'autant plus fatiguant que, pendant les quatre derniers milles, nous avions de la neige jusqu'à mi-jambe. Nos hommes étaient très-fatigués, et l'enseigne Blanky ne put aller plus loin. Mais, ayant allumé du feu et pris du café, ils furent en état de gagner la station suivante où se trouvaient les huttes, à vingt deux milles de notre vaisseau.

À huit heures, nous nous remimes en route, et le brouillard s'étant dissipé , j'obtins quelques vues de la terre. Nous arrivâmes aux huttes avant onze heures et nous y trouvâmes sept Esquimaux qui nous fournirent de l’eau , mais à qui il ne restait pas de vivres. Comme nous espérions obtenir leurs chiens pour nous aider dans le travail de tirer le traineau , au moins pendant quelques milles, nous dressâmes notre tente pour faire un repas qui fut en même temps notre déjeuner et notre diner. Cependant nous découvrimes bientôt qu'ils allaient partir dans la méme direction que nous, et que leurs traincaux seraient si pesamment chargés qu'ils ne poursent nous donner aucune assistance, puisqu'il leur faudrait deux jours pour arriver au premier endroit où ils pourraient se procurer des vivres. En effet, ils partirent à une heure. Je fis quelques observations à midi et je déterminai la latitude à 69° 59', et la longitude à 92° 1’.

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A cinq heures, nous rencontrâmes une vieille femme à qui son avarice avait fait donner par nos gens le sobriquet de vieille pincemaille. Ele se rendait vers le sud avec trois chiens qui traînaient une peau de veau marin remplie de chair de cet animal, qu’elle allait déposer en avant; mais nons ne pümes la déterminer à nous prêter un de ses chiens. Notre situation en ce moment était très-pilttoresque : nous étions entourés de tous côtés, excepté au nord-est, d'iles et de montagnes escarpées. Les rochers de forme conique au nord-ouest étaient en partic couverts de neige, et au pied de celui qui était le plus rapproché de nous était un bloc détaché qui, par sa forme, ressemblait assez à une meule de moulin, et sur lequel nous trouvâmes ces mots inscrits par ceux de nos compagnons qui nous avaient précédés : « Vingt milles d'ici à la ’ictoire. » Tous les rochers paraissaienr étre de granit, mais nous trouvâmes aussi quelques fragmens de pierre à chaux. Nos hommes étant fatigués, nous les laissimes se reposer jusqu'à huit heures.

Nous étions partis a dix heures le soir précédent ; mais nous allâmes d’abord à une hutte à un mille de distance, pour chercher une hache que le chirurgien et l'enseigne y avaient enterrée sous la neige lors de leur dernière expédition. Nous la cherchâmes inutilement ; les naturels l’avaicnt probablement enlevée, et il en

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résulla que nous ne fümes réellement en route qu'à minuit. Prenant terre au bout du canal dont j'ai parlé, nous marchâmes au sud-ouest, et, à la distance d’un demi-mille, nous arrivâmes à un lac élevé d'environ quarante pieds au-dessus du niveau de la mer, après avoir suivi le lit d’une rivière qui y conduisait, et dont la surface était encore complétement gelée. Ce lac n'avait que trois rruarts de mille de longueur sur environ cent toises de largeur, ct il était entouré de rochers escarpés. Après l'avoir remonté, nous en trouvâmes un autre de la même dimension, à cent pieds plus haut , et dont les eaux se déchargent dans le premier. Continuant à marcher dans la même direction jusqu'à ce que nous eussions atteint trente pieds d'élévation de plus, nous descendimes d'environ quatre-vingtdix pieds vers la mer du golfe de Shag-a-Voke, et à environ sept milles de son entrée.

Arrivés près d'un trou de veaux marins, nous reconnümes que l’eau était salée, et nous traversâmes cette partie de la baie près d'une île où les naturels déposent leurs canots et leurs provisions d'hiver. Là, le sol changea de caractère, quoique les rocs fussent de même nature ; toute sa surface était couverte de fragmens de granit et de pierre à chaux, et présentait ainsi une apparence aride et stérile. Ayant atteint la terre, nous marchâmes encore vers le sud-ouest, en remontant le litd'une riviere pendant environ

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un mille, jusqu'à une élévation d'une cinquantaine de pieds, et enfin nous arrivâmes à un petit lac, dont la glace était en partie couverte d’eau. Nous y rencontrâmes la vieille femme qui s’en retournait avec ses chiens, après avoir déposé son fardeau. Nous lui fimes quelques questions relativement à la hache, et elle avoua qu'elle était avec ceux qui l'avaient dérobée, et que c’étaient deux hommes qui habitaient les huttes situées à l’est du navire.

Après avoir passé ce lac, nous en traversâmes unautre de même grandeur et offrant le même aspect. La terre qui l’entourait était pourtant plus basse, mais également couverte d'énormes blocs de pierre, dont quelques-uns avaient des formes très-bizarres. Ce lac était de vingt pieds plus haut que le dernier. Suivant ensuite les sinuosités des montagnes pendant un mille, nous arrivämes à l'extrémité nord-est du grand lac qui paraissait avoir onze à douze milles de longueur. Nous trouvâmes bientôt les huttes des Esquimaux qui nous avaient quittés la veille pour venir pêcher à cet endroit. Elles étaient construites en neige comme les autres, mais couvertes de peaux. Îls prétendirent d’abord ne rien savoir au sujet de la hache , et nous dirent ensuite que c'était la vieille femme qui l'avait prise. En avançant sur ce lac, nous y trouvâmes une chaîne de montagnes de glace, dont l'aspect était tout différent de celles qu’on

rencontre sur la mer. Quelques -uus de nos hommes étaient si fatigués que nous fûmes obligés de faire une hutte pour leur donner le temps de se reposer.

Nous nous remimes en marche à cinq heures et demie, et peu après huit heures, nous arrivâmes à une ile située au milieu du lac. Mais le traineau s'enfoncait tellement dans la neige, que nos hommes étaient épuisés de fatigue. Il fallut nous arrêter ; nous allumämes du feu, et nous préparâmes notre dincr sans dresser notre tente. ous fumes si long-temps à nous procurer de l'eau en faisant fondre de la neige, que nous ne pümes continuer notre route avant dix heures. Le temps était beau et la brise n'était pas forte. Nous vimes quelques rennes, comme nous en avions vu la veille à notre première hutte ; mais ils étaient trop loin pour que nous pussions tirer sur eux. À minuit, nous arrivämes au bout du lac, non sans beaucoup de peine , le chemin étant fort mauvais.

Nous fimes alors un mille au sud-est , et nous gagnâmes la plus haute élévation où nous fussions encore parvenus ;, et que je supposai être d'environ trois cents pieds au-dessus du niveau de la mer. De là nousarrivâmes à un lac étroit qui s’étendait dans la même direction et qui nous conduisit en vue del’Océan occidental, à Padliak, où nous arrivâmes après avoir descendu pendaut un mille. Nous y trouvâmes un Esquimaux

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