RENE
Bebe Res
à des endroits remarquables, quoique le commandant Ross l’eùt déjà baptisé de celui de cap Isabelle. Notre ancien ami Fiagashu vint peu après et nous permit de pêcher à un trou qu'il avait fait à la glace à environ cent toises de nous. Un autre Esquimaux nous quitta pendant la nuit et fit aussi un trou dans la glace, qu'il nous vendit ensuite pour deux hamecons. Nous y primes sur trois brasses d’eau deux douzaines de petits poissons, que les naturels nommaient iriktu, ct que nous supposâmes être des morues. Je donnai à cette baie le nom de Spence, d’après celui d’un de mes parens.
Nous laissimes dormir nos hommes jusqu'à six heures du matin. Exceplé moi, tous souffraient des yeux; je les fis donc rester sous la tente, tandis que je remplissais les différens métiers de pêcheur, de cuisinier, de dessiuateur et d'astronome. Notre repas, consistant en poisson, fit une heureuse diversion à notre nourriture ordinaire, car il y avait bien des mois que nous n'en avions fait un semblable. Le temps était assez chaud pour fondre la neige sur les rochers et nous procurer de l’eau. Je fis quelques observations sur l’inclinaison de l'aiguille magnétique. La baie, en cet endroit, a dix milles de largeur et est remplie de petites iles. A trois heurés du matin, quelques Esquimaux arrivèrent et dresserent leurs tentes à peu de distance de nous vers le sud. Ils nous
2 juin.
3 juin.
promirent de nous apporter du poisson, mais ils ne purent tenir leur parole, leur péche n'ayant pas été heureuse. Dans la soirée, je réitérai mes observations sur l’inclinaison de l'aiguille magnétique et sur l’intensité de sa force.
Le 3 juin fut un très-beau jour, et nous l’employâmes à pêcher. L’éclat de la neige avait tellement enflammé les yeux de deux de nos hommes qu'ils n’y voyaient plus du tout. Le premier enseigne allait mieux. Nous primes unc douzaine de poissons, maïs on les laissa par négligence à la portée d’un chien qui les dévora tous. Un :rou fait à la glace nous permit de mesurer la hauteur de la marée, qui était de quatorze pouces. Nous remarquâmes que nous ne prenions de poisson que lorsque le soleil brillait, ce qui semblerait indiquer que dans les eaux glacées de ces mers et de ces lacs, le poisson est dans un état de torpeur pendant les grands froids , et que, comme le loir , il n'en sort que lorsqu'il sent l'influence de la chaleur.
L'inflammation survenue à leurs yeux ayant
rendu nos hommes presque aveugles pour le
moment, et les chiens qui nous avaient été promis ne nous ayant pas été amenés, je fus forcé de rester en cet endroit. Je fis faire un trou dans la glace, et je trouvai que l'épaisseur en était de sept pieds et un quart, c'est-à-dire à peu près la même que près du vaisseau à notre départ : mais l'eau n’avaitqu'une profondeur de six pieds,
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