‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 2 sur 121 · SL · texte numérisé non relu

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avril.

Le lundi, des naturels nous arriverent de 26 avril.

leurs trois camps. Ils avaient des peaux à nous vendre, et ils apportaient en présent au commandant Ross, de la part de la mére de son jeune guide, une paire de bottes, en témoignage de sa reconnaissance. Il fut convenu ensuite qu’ils nous fourniraient le lendemain un autre guide pour une expédition qui devait se diriger vers le nord , afin de vérifier l’existence du passage qu'on nous avait dit se trouver de ce côté. Mais comme nous apprimes ensuite que quelques-uns d'entre eux devaient y aller pour leurs propres affaires, nous primes nos arrangemens en conséquence.

Le commandant Ross et un de nos enseignes 27 avril.

partirent pour aller examiner le bras de mer au nord. Tout le village était en confusion par suite 1h de Ja mort d’un enfant qu'une pierre détachée d'un rocher avait tué. Les cinq frères et le père de l’enfant sortirent de leur hutte, avec un air | frénétique et leurs couteaux à la main; et ky comme nous ne savions pas ce que cela pouvait jh) signifier , nos hommes préparèrent leurs fusils. | Les amis du père le forcèrent alors à rentrer dans | sa hutte, et la paix fut rétablie. Il fut convenu | que l'homme et le jeune garçon qui avaient déjà été engagés pour ce service accompagncraient | nos ofliciers dans la matinée; ils étaient convaincus qu'ils verraient des bœufs musqués. À bord, nous ne manquions pas d'ouvrage. On calfata le vaisseau aussi bas que possible, ce qui, avec ! d'autres préparatifs pour notre voyage futur, 28 avril, NOUS occupa toute la journée et la suivante. Ni } l’une ni l'autre n'offrirent aucun intérêt particuher.

29 avril, Le froidavait augmenté graduellement depuis deux jours, et, le 29, le thermomètre descen- 4 dit à deux degrés au-dessous de zéro. On finit de calfater le vaisseau, et l'on commença à garnir

! de peaux le canot qui avait été construit. Pen- {4 dant la nuit, le thermomètre tomba à 9° au-des- 50 avril, sous de zéro, et le lendemain matin, nous eù- | mes une tempête de neige, le vent étant au nord.

Il fut impossible de travailler hors du navire, et il ne nous arriva aucune visite.

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En faisant le résumé de ce mois, je dois faire vbserver que, dans la première quinzaine, le temps fut beaucoup plus doux qu'on ne devait s’y attendre dans cette saison ; mais la fin en fut si froide, que la moyenne de la température pour tout le mois fut zéro. Les événemens les plus importans furent les deux expéditions ; voici le résultat des renscignemens qu'elles nous procurèrent :

Nous acquimes la certitude que nous étions sur le continent américain ; on avait vu l'Océan occidental ; mais nous reconnümes aussi que s'il existait un passage pour y entrer, il nedevait pas se trouver à plus d’un degré au nord de notre position, à l'extrémité du détroit du Prince Régent , et dans la baie de Creswell, où , après avoir fait cinq milles , nous n'avions vu la terre d'aucun côté. Les limites des recherches que nous devions faire étant ainsi considérablement rétrécies , le plus pressant était évidemment d'explorer les différens bras de mer situés au nord. S'ils ne nous offraient aucun passage, nous retournerions dans le détroit du Prince Ré-

gent, et nous examinerions la seule issue qui restât au sud des îles Léopold. Cet examen avait été fait, autant que cela était possible par terre, dans la première expédition, mais le résultat n'en avait pas été satisfaisant. L'avenir devait nous apprendre quel serait le succès de celle pour laquelle le commandant Ross venait de partir.

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Onavait fait dans l’intérieur du vaisseau beaucoup de travaux nécessaires, et tous nos hommes étaient en bonne santé. Ils avaient même échappé à l’inflammation que la neige cause ordinairement aux yeux, à l'exception du premier enseigne, qui en avait souffert pendant la première expédition. On avait trouvé sept pieds et demi d'épaisseur à Ja glace; mais il n’était pas probable qu’elle épaissit encore. Nous avions fait plusieurs bonnes observations, et continué nos expériences sur la propagation du son; mais les résultats en étaient si irréguliers, que nous ne savions encore quelles conclusions en tirer.

Ce jour ne fut pas pour nous le 1°" mai des poëtes. Il fit pourtant assez doux , du moins jusqu’au soir; mais alors il s'éleva une brise du nord-est . Nous ne recüûmes aucune visite des naturels, et quoique nous eussions vu plusieurs lièvres , nous n’en tuâmes aucun. Nous attendimes en vain le retour de nos officiers. À minuit, le thermomètre marquait 4° au-dessous de zéro , et le baromètre était descendu d’un demi-pouce.

Point de nouvelles de nos ofliciers , ni des Esquimaux. Après le service divin, un des enseignes et quelques hommes de l'équipage firent environ cinq milles dans la direction que devaient prendre nos voyageurs pour revenir. Mais on ne put lesapercevoir. Le thermomètre monta, pendant quelques heures, à 1 au-dessus de zéro.

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Le temps était si couvert que nous ne pümes faire aucune observation, à l’exception d'un passage de la lune.

Nos officiers étant encore absens, nous com- 3 mai.

mencâmes à être inquiets, et M. Thom, le chirurgien et deux hommes d'équipage furent envoyés aux huttes du nord de notre position, pour voir si les naturels y étaient encore. Dans le cas contraire , ils devaient y laisser un dépôt de provisions, et élever un signal pour en donner avis à nos voyageurs, qui pouvaient avoir besoin de vivres , et seraient ainsi à même de continuer leurs opérations sans revenir au vaisseau. Pendant ce temps, quelques naturels arrivèrent d'un autre campement; ils nous informerent que nos officiers reviendraient le lendemain, et qu'ils avaient tué un bœuf musqué. Ils étaient neuf, et après leur avoir acheté quelques peaux, nous leur donnâmes à diner. Peu de temps après, M. Thom revint; il avait trouvé les huttes vides, et avait exécuté sa mission. Il était certain que les naturels étaient partis pour Neitchillee, mais ceux qui étaient venus nous voir devaient rester encore quelques jours.

À notre grande satisfaction, nos officiers re- 4 mai.

vinrent dans la soirée ; ils avaient tué deux bœufs musqués et apporté une partie de leur chair jusqu'à trois milles du vaisseau. Ce qui était beaucoup plus important pour nous, ce fut d'apprendre que le commandant Ross avait

trouvé un canal conduisant à l'Océan occidental. Je donnerai sa relation textuellement, comme je l'ai déjà fait. Nous ne perdimes pas de temps pour envoyer chercher ce que lesofficiersavaient apporté des bœufs musqués. Ces animaux étaient d’une taille peu ordinaire. Nos hommes avaient vu plusieurs rennes, et tué quelques ptarmigans au vol, à la grande surprise de leur

guide.

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Reiation de la troisième expédition du commandant Ross.

Comme la saison commencait à avancer rapi- 96 avril. dement, je désirais aller visiter, s’il était possible , un endroit situé au nord de notre position, etqueles naturels appelaient A w-wuk-too-te-ak. C'était une préparation convenable au voyage que nous avions projeté vers l'Océan occidental. Les Esquimaux étaient alors divisés en plusieurs troupes, et nous'avions à craindre qu'ils ne s’éloignassent tous de notre voisinage avant que nous eussions reconau la position de ce lieu. C'était pour nous un point fort important, s'ils étaient bien informés, car ils disaient qu'audelà, la côte inclinait au nord-ouest, et que c'était la seule route par laquelle nous pussions gagner la mer voisine de Nei-tyel-le. Cette information pouvait être exacte; du moins nous n'avions aucune raison de croire le contraire; mais une circonstance remarquable, et qui diminua

notre confiance, c'est que, bien que plusieurs d’entre eux eussent été jusqu'à Aw-wuk-t00-

te-ak, et mème à trois ou quatre journées audelà, aucun n’était jamais allé à Nei-tyel-le par le chemin qu’ils nous indiquaient. Tous leurs renseignemens ne venaient que d’oui-dire, et quand ils nous parlèrent d'une communication entre les deux mers orientale et occidentale, nous commencàâmes à soupconner que le point de cette communication était fort éloigné , et qu'ils avaient probablement en vue le détroit de Barrow.

Mais dans tous les cas, soit qu'Aw-wuk-to0te-ak ne füt pas plus éloigné qu'ils le disaient, soit qu'il fût situé à une plus grande distance, il était nécessaire que nous vissions cet endroit. Le pays nous était tout-à-fait inconnu; tout ce qui nous entourait ne nous offrait que doutes et obscurité; et quoique les descriptions géographiques faites par les naturels se fussent en général trouvées exactes, on ne pouvait jamais s’y fier complétement. La terre pouvait être coupée par des détroits ; il était possible que nous fussions sur une île : en tout état de choses , nous devions doncexplorer la côtecomme si nous eussions cherché l'embouchure d’une rivière, puisque nous j étions venus dans ce dessein, et que nous ne pouvions savoir si l'honneur d'unedécouverte si longtemps chcrchée ne récompenserait pas nos efforts,

eurs Tandis que ces réflexions se présentaient à -t00- notre esprit, une troupe nombreuse d'Esquiau- maux vint à bord du navire. Profitant de cette ar le circonstance, j'en décidai un à me conduire à ren- l'endroit en question , et je fis mes arrangemens uand pour partir le lendemain matin. Je devais entre être accompagné de l'enseigne Abernethy; le nous chirurgien se chargea de nous conduire jusit de qu'aux huttes, où je devais trouver mon guide, qu'ils et d'informer à son retour le capitaine Ross de it de nos arrangemens définitifs, et de la durée pro-

bable de notre voyage, pour qu'il püt nous

k-t00- envoyer des vivres, s’il était nécessaire. aient , Nous partimes de bonne heure dans la ma- 97 ait. ce, il tinée du 27 avril, et quand nous approchâmes it. Le des huttes, nous fûmes extrêmement désappoine qui tés, en n’entendant pas les cris de joie qui avaient t obs- coutume de nous accueillir. Un sentiment plus aphi- pénible encore s'empara de nous quand nous snéral vimes que les femmes et les enfans avaient été y fier mis à l'écart, ce qui, comme nous le savions, ée par était un signal de guerre; et il ne nous resta ssions point de doutes, en voyant que tous les hommes evions étaient armés de leurs couteaux. Leur air soms cher- bre et courroucé était de mauvais augure; mais nous ï quelle en était la cause, c'était ce que nous ne e pou- F pouvions deviner.

long- È Nous les apercümes long-temps avant qu'ils os ef- À pussent nous distinguer, car ils avaient le soleil

en face; et ce fut le bruit que firent nos chiens

qui les avertit de notre arrivée. Aussitôt nous vimes un vieillard se précipiter hors d’une hutte, brandissant le grand couteau dont ils se servent pour attaquer les ours, tandis que des larmes coulaient sur son visage ridé, et que ses yeux égarés cherchaient les objets de sa fureur. Le chirurgien et moi n'étions alors qu’à quelques toises de lui, nous étant avancés pour nous assurer de la cause de tout ce mouvement, et des qu'il nous vit, il leva son arme pour la lancer contre nous. Le soleil, qui l'éblouissait, lui fit suspendre son coup un moment, et son fils lui saisissant le bras, nous donna le temps de faire quelques réflexions à la hâte.

Le résultat de notre délibération fut qu'il fallait nous mettre sur-le-champ en défense, quoique nous ne pussions opposer grande résistance à des ennemis si nombreux. Nous nous retirâmes donc vers notre traîneau, sur lequel j'avais laissé mon fusil, M. Abernethy étant sans armes ; là nous attendimes la fin de cette affaire, nous perdant en conjectures pour deviner la cause de l'animosité soudaine de gens qui nous avaient quittés la veille bons amis,

Le vieillard furieux, Pow-weet-yah, était alors retenu par ses deux fils, qui lui avaient lié les bras derrière le dos, quoiqu'il fit de violens forts pour se dégager de ses liens, et les autres

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semblaient être prèts à le seconder dans toute tentative d'attaque contre nous.Il était pourtant

évident, d’après la conduite de ces deux jeunes

gens, qu'il y avait parmi eux divergence d'opinion, et que tous n'avaient pas des dispositions également hostiles; nous pouvions donc encore espérer d'entrer en pourparlers avant que les choses fussent poussées à l'extrémité, Cependant les Esquimaux se consultèrent et se séparèrent ensuite en marchant de deux côtés, de manière à nous entourer. Ne voulant pas nous laisser couper le chemin du vaisseau, j'avertis ceux qui avancaient derrière nous, de ne pas approcher davantage de ce côté. Cet avis produisit une courte halte et une conférence entre eux encore plus courte ; mais immédiatement après, ils commencèrent de nouveau à avancer, en brandissant leurs couteaux avec un air de menace, suivant leur coutume ordinaire, et ils furent bientôt sur le point de nous entourer. Voyant alors qu'une plus longue patience serait dangereuse, j'appuyai le fusil sur mon épaule, et j'allais faire feu , quand heureusement je vis que ce geste seul avait suffi pour les arrêter. Ceux qui étaient le plus près de nous s’enfuirent sans perdre de temps , évidemment alarmés ; tous firent retraite vers leurs huttes et nous laissérent ainsi le chemin libre en arrière.

Je ne pus en déterminer aucun à s'approcher

de nous et à répondre à nos questions, et nous restämes près d’une demi-heure dans cet état de perplexité. Enfin, nous en fûmes tirés par le courage ou la confiance d'une femme qui sortit d’une hutte à l'instant où je levais de nouveau mon fusil. Elle me cria de ne pas tirer, et s’avanca vers nous sur-le-champ, sans montrer le moindresigne de frayeur.

Nous apprimes d'elle la cause de tout ce tumulte, qui, quelque absurde qu’en füt le motif, aurait pu avoir des suites fatales pour nous. Un des fils adoptifs de Pow-weet-yah, bel enfant de sept à huit ans, avait été tué, le soir précédent, par une pierre qui lui était tombée sur la tête, et l’on nous accusait d’avoir causé ce malheur par le moyen des pouvoirs surnaturels qu'on nous supposait. Le père, fortement imbu de cette idée, avait résolu de se venger, et il avait essayé de le faire de la manière qu'on vient de voir.

J'eus beaucoup de peine à persuader à cette bonne femme que nous ignorions totalement cette catastrophe, et que nous en étions sincérement afiligés. Cependant elle alla répéter ce que nous lui avions dit à deux hommes qui n'avaient pris aucune part à l'attaque, et qui vinrent nous trouver sans armes en signe de paix. Leur but était de nous engager à retourner au vaisseau et à revenir dans trois jours. et ils nous offrirent de nous conduire alors où

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