‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 37 sur 121 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Expédition que j'entreprends pour procurer du poisson à l'équipage. — Relation de cette excursion. — Retour au vaisseau.

En nous rendant à l'endroit qui avait été dé- 29 juin.

signé pour rendez-vous , et avant que nous eussions atteint l'extrémité du lac, nous rencontràmes tout à coup deux grands ours blancs. Mais comme nos fusils n'étaient chargés qu’à petit

plomb, nous fümes obligés de les éviter, car

l'ours n’est pas un animal qu'il soit prudent de provoquer sans armes. Nous trouvâmes ensuite les hommes qui retournaient au vaisseau avec le traîneau cassé ; et nous arrivâmes bientôt à l’endroit où était restée la barque contenant nos munitions et tout ce qu'il nous fallait pour pécher. Nous nous remimes alors en marche sur la glace , qui était pleine de trous et de crevasses. Nous arrivâmes de bonne heure dans la matinée à la pointe formant l'entrée d'un bras de

mer, que nous crümes étre l'embouchure de la rivière dans laquelle nous avions intention de pécher. Nous fümes obligés de dresser notre tente ; car il commençait à tomber beaucoup de neige, et le vent souflait du nord avec force. Cependant nous étant établis dans un endroit où nous étions à l'abri, nous pümes faire cuire notre diner, et prendre du repos. Nous avions tué deux canards et un pluvier, et nous avions quelques rennes. Le sol en cet endroit était inégal; la neige en avait disparu, et l’on n’y voyait aucun signe de végétation. La glace, en beaucoup d’endroits était si peu épaisse qu'elle en devenait dangereuse, indépendamment des grands trous et des larges crevasses qui s’y rencontraient.

A cinq heures du soir, après avoir diné, nous remontâmes le bras de mer, qui se dirigeait au nord-est. Nous fimes sur la glace environ cinq milles. Là :l se divisait en deux branches conduisant l’une au nord-ousst, l’autre au nordnord-est. Nous suivimes ce dernier canal pendant un mille, et nous arrivâmes à son extrémité. Nous gravimes une haute montagne d’où nous vimes que l’autre branche tournait au nordest comme pour aller joindre la grande baie au nord. Le point le plus éloigné que nous apercevions, ne pouvait en être à plus d’un mille de

distance.

Nous nousétions attendus à trouver unegrande

rivière, mais nous n'en vimes aucune qui eût quelque importance , et nous n’apercümes qu'un petit lac sur les bords duquel étaient les restes de quelques huttes de neige. Le gibier y était assez abondant pour un pays qui en offrait si peu , et nous tuâmes quelques mouettes et quelques canards, qui n'étaient pas à dédaigner pour des hommes dont la nourriture avait rarement le charme de la variété. La montagne qui bornait l’autre branche, était rocailleuse et aride comme celle sur laquelle nous avions monté. Il ÿ avait le long de sa rive un étroit courant d'eau qu’on pouvait suivre des yeux, à l'exception de deux endroits où deux pointes le dérobaient à la vue. Pendant cette promenade, il tomba plusieurs averses, et il fit ensuite un brouillard si épais qu'on ne pouvaii plus rien voir dans l’intérieur

du pays.

Nous retournâmes à notre tent: à environ!‘ juil.

deux heures du matin , pour nous reposer jusqu à six, et pendant ce temps, il y eut un coup de vent venant du nord. Je partis ensuite avec le chirurgien et un de nos hommes pour examiner la côte à l'ouest, et y chercher une ri. vière. Marchant le long du rivage, nous arrivâmes à une île au sud du bras de mer, et ensuite à deux pointes. Les baies qui en étaient voisines, ne recevaient les eaux que d’un petit ruisseau. Nous passâmes deux autres pointes sur la droite, et trois îles sur la gauche, et nous ar-

rivêmes à un bras de mer et à l'embouchure d’une rivière dont le commandant Ross avait déjà fait l'examen. Voyant que la glace les couvrait encore, nous suivimes la rive septentrionale, le sol s'élevant à mesure que nous avancions. À Ja distance de trois milles, nous trouvâmes deux petits lacs.

Quittant mes compagnons, pour ne pas les fatiguer , je fis encore un mille, et ayant traversé un lac, je montai sur le sommet de la plus haute montagne. De là je vis l'extrémité de la branche septentrionale du bras de mer que j'avais examiné la veille, et au-delà était une langue de terre qui la séparait d’un autre bras de mer plus au nord, qu’on voyait distinctement à environ sept milles de distance. J'allai rejoindre mes compagnons au bout de deux heures , et nous retournâmes à la tente.

Nous en étions à peu de distance quand nous vimes un homme qui traversait la baie. Nous tirâmes un coup de fusil pour attirer son attention. Il parut d’abord alarmé, mais enfin il s’arréta pour nous regarder. Le chirurgien s’avanca vers lui en jetant son fusil en signe d'amitié, et l'Esquimaux , jetant aussi son arc, ses fléches et sa javeline, s'approcha en poussant les cris d’usage. Nous reconnümes alors notre ami A wack. Je l’engageai à nous suivre dans notre tente , et je lui donnai mon fusil à porter afin d'établir enlre nous une confiance entière. Nous avions mar-

ER

Page 1