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mée, qui était de très-mauvais augure. Au coucher du soleil, le thermomètre tomba à 21°. Nous continuâmes à couper la glace, et nous gagnâmes encore un peu de terrain. Le temps froid semblait réellement arriver, car le thermomètre descendit à 18° à minuit. La chasse au canard était alors un sujet de mortification plutôt que de plaisir, puisqu'on voyait qu'ils retournaient vers le sud.
Il y eut un changement de température toutà-fait inattendu, le thermomètre , entre quatre heures du matin et midi, ayant passé de 16° à 41°. Cependant ceux de nos hommes qui allerent à terre après l'office trouvèrent l’eau complétement couverte de nouvelle glace.
11 tomba le lundi une neige à demi fondue, et quoique le vent fût au sud, il était si faible qu'il ne produisit aucun eflet sur les glaces. Pendant la marée de la nuit, nous avancâmes d’une dizaine de pieds. La glace que nous avions à couper n’était pas gelée au point de ne former qu'une seule masse compacte. 1] fit beau le lendemain, mais non pas pour nous qui avions besoin d'une brise fraîche, et d'une brise de notre choix. La température, à midi, fut la même que la veille, et la vue d’un lièvre qu'on avait tué n'eut rien d'agréable pour nous, car il avait repris sa fourrure d'hiver.
Le vent avant fraichi pendant la nuit, et étant au sud, les glaces commencèrent à se
mettre en mouvement vers le nord, à peu pres à l'heure de la marée haute. Lorsque le jour parut, elles marchaient en fragmens séparés, et l'on voyait entre elles une foule de mares d'eau. La marée de la nuit nous permit d'avancer de quelques pieds , et celle du jour nous conduisit sur cinq brasses d’eau, quoique nous ne fussions pas à deux fois la longueur du vaisseau de la position que nous occupions la veille. Nous fimes transporter à bord les ancres et quelques autres objets pesans que nous avions laissés à terre, ce qui nous occupa toute la journée.
Dans " soirée nous étions prêts à partir, mais le vent tomba, et les glaces, pendant ce calme, allaient et venaient suivant le mouvement que leur imprimait la marée.
Le vent ne nous rendit pas de grands services pendant cette journée ; il fut léger et inconstant, entre le sud et l’ouest. Mais comme les glaces en avant de nous commencaient à devenir mobiles, nous y pénétrâmes de la longueur de deux câbles, afin d’être à portée de profiter de la première ouverture qui pourrait s'y faire. Dans la soirée, nous vimes quelques espaces d'eau libre le long du rivage, du côté du nord. Le thermomètre fut à 40° dans la journée, et à 29° à minuit. Avant le lendemain matin, il des-
cendit à 25°, et il y eut une aurore boréale. Au 17 sept.
point du jour, nous pümes voir que les glaces s'étaient éloignées de la côte ; mais l'en existait
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encore une chaîne complète entre le vaisseau et un grand espace d'eau libre qui s'étendait jusqu'à une pointe à trois milles au nord. Vers deux heures après midi, elle parut vouloir se rompre. Nous nous fimes toner sur-le-champ à travers la glace nouvellement formée qui nous entourait, et au bout d’une demi-heure nous nous trouvâmes encore une fois sur une eau hbre et sous voiles.
Sous voiles ! C'était tout au plus si nous pouvions le croire, et nous savions à peine ce que nous éprouvions. Il faut être marin pour sentir que le vaisseau qui bondit sous ses pieds, qui écoute ses ordres, qui obéit au moindre geste de sa main, qui semble ne se mouvoir que d’après sa volonté, est un être doué de vie , qui se conforme aux désirs de son maître, et non un corps inerte. Mais quel marin peut le sentir aussi bien que nous le faisions quand cette créature qui avait coutume de nous porter légèrement sur l'Océan , avait été, pendant toute une année, immobile comme la glace et les rochers qui l’entouraient , paralysée , désobéissante, morte ! Elle semblait avoir repris une nouvelle vie , elle nous obéissait une seconde fois, elle faisait tout ce que nous désirions ; et pour surcroît de bonheur, nous étions libres! Nous ne mettions pas de borne aux élans de notre joie; mais nous ne fûmes pas long-temps à reconnaître, comme l'ont reconnu d’autres amis d’une autre liberté, que
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cette liberté ne devait pas nous conduire au bonheur.
Sortis ainsi de captivité, nous fimes environ trois milles; mais rencontrant alors une chaine de glaces, nous fûmes obligés de nous amairer près de la pointe qui était au nord de notre an- We | cienne position , et nous passämes la nuit dans Î un havre assez commode formé par deux montagnes de glace. Le thermometre à minuit était à 30°.
Pendant ce temps, le vent tourna malheureu- 18 sept. | sement au sud. Tout passage nous fut fermé le matin, et nous fümes forcés de rester où nous étions. En pleine mer, les glaces suivaient le mouvement de la marée; et dans la soirée, le vent ayant passé au nord, elles se portèrent encore une fois rapidement vers le sud. 1] y eut beaucoup de neige pendant cette journée , et la terreenfutentièrement couverte. Quatre lievres qui furent tués causèrent dela variété dans notre
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diner, mais a+ nous consolérent pas de notre détention. F Un coup de vent soudain était survenu pen- 19 sept.
dant la nuit, et ayant continué dans la matinée jusqu'à l'heure de la marée haute, il en augmenta tellement la force que nos deux montagnes de glace se mirent à flot. Cependant elles ne changèrent pas assez de position pour détruire notre havre, et l’arrivée d’un floe, c'est-à-dire d'un champ de glace dont l'œil pouvait voir le
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