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bout, nous protégea contre la pression des glaces détachées, pression qui menacait d'être considérable. Il ne restait pas un espace d’eau qui ne füt occupé par les glaces. Cependant, elles ne se fixèrent pas lorsque le vent tomba ; la marée, soit en montant, soit en descendant, les maintint en mouvement. Dans la soirée elles se séparèrent un peu plus. Du reste, iln’arriva rien dans cette journée qui düt nous faire négliger les devoirs du dimanche. Le thermomètre à minuit était à 25°.
Un vent d'ouest fit une ouverture dans les glaces, mais si étroite que nous ne pûmes en profiter. Comme :1l s’en était formé de nouvelles autour du vaisseau , nous fùmes obligés de la couper. Le lendemain , un vent du sud-ouest, qui poussa les glaces contre nous, dans la matinée , rendit notre détention encore plus complète. Après avoir changé plusieurs fois , il finit par se fixer au nord-nord-ouest , et devint trèsviolent. Les glaces, mises en mouvement, vinrent heurter les montagnes de glace qui nous protégeaient , et les poussérent ainsi que nous jusqu'à dix toises des rochers. Le Krusenstern fut en même temps soulevé hors de l’eau. Il fut heureux pour nous qu'elles n’entrainassent pas les montagnes de glace qui nous couvraient, sans quoi nous aurions été jetés, soit contre les rochers, soit au milieu du champ de glaces mobiles, alternative qui n'avait rien de rassurant. Le vent
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était accompagné de neige , et la température
fut de 48°.
Le même temps continua le lendemain matin ; 22 set.
cependant il semblait y avoir moins de glaces dans la baie. Mais le vent ayant ensuite pris une nouvelle force , nous fümes bloqués plus sérieusement que jamais , quoiqu'on vit encore une ouverture dans les glaces de la baie. C'était le seul espace d'eau qui fût visible ; tout le reste
était une surface solide deglace. Pendant la nuit, 93 sept
le vent se modéra, et iln”y eut pasde changement dans le temps le jour suivant. L'eau s'était de nouveau gelée autour du vaisseau , et nous fûmes encore une fois obligés de couper la glace, afin qu'il pût se relever, la glace l'ayant fait donner à la bande. Il tomba beaucoup de neige le lendemain et le jour suivant. La semaine se 21 termina ainsi, et nous étions toujours immobiles 25 dans une inaction forcée. Le thermomètre, après avoir été à 24° depuis quelques jours, remonta
Rien ne mit obstacle aux devoirs et au repos 26 du dimanche, et rien ne changea dans notre situation. Cependant la température semblait tomber graduellement ; elle n'avait été qu'à 7° pendant la nuit, et elle ne monta qu'à 14° pendant toute la journée du lundi. On voyait une 27 ligne d'eau pres des îles qui étaient à peu de distance de nous, et elle s’élargit le lendemain. 9$ Si nous n'avions pas été emprisonnés, nous au-
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rions pu faire quelques progres vers le nord.
Le thermomètre descendit à 5", et l’eau que nous avions vue la veille était couverte de glace nouvellement formée. Les glaces de hauteur inégale qui nous’entouraient, s'étaient cimentées ensemble de telle sorte, qu'il fallait une tempète pour les séparer. Notre espoir de délivrance s évanouissait donc rapidement, et il ne nous restait alors qu’à couper la glace pour atteindre un havre, qui serait probablement notre demeure pour la plus grande partie d’une autre année. Elle avait un pied d'épaisseur. Mais comme nous rencontrions de temps en temps des fragmens plus compacts, nos progrès étaient nécessairement fort lents, et le travail tres-pénible.
La mème température continuant, toute la mer fut alors couverte de glace. Nous n'avions donc plus rien à espérer, rien à craindre; c'était du moins la fin de toute incertitude. L’agitation qui nous avait si long-temps tourmentés, avait fait place au calme d'une certitude complète. Notre prison d'hiver était sous nos yeux ; tout ce qui nous restait à faire était dy arriver, d'établir notre demeure amphibie , et, avec un pied sur la mer et l’autre sur la terre, de prendre patience.
Quoique nous eussions déjà fait beaucoup, nous éprouvâmes de grandes difficultés à continuer à nous couper un chemin dans cette glace, qui, quoique récente, avait déjà seize pouces
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d'épaisseur, indépendamment des fragmens de glace de l'hiver précédent, qui s'y étaient joints. Quand nous en avions coupé un bloc, il fallait le lever sur la surface, car il était impossible de l'enfoncer en dessous. Ilen résulta que, pendant cette journée et la précédente, nous n'avancâmes que de dix-huit pieds ; navigation assez lente, quoique heureusemer: le havre que nous désirions atteindre ne fût pas tres-éloigné. Il semblait que cette époque dût toujours nous être fatale ; car c'était à pareil jour, l’année précédente, que nous avions été arrêlés à moins de trois milles de distance de l'endroit que nous cherchions alors à occuper, et où nous allions peut-être encore être captifs, — qui pouvaitdire combien de temps? — Peut-être encore une année. Ce jour terminait septembre, et le résumé de ce mois est un des plus désagréables que j'aie encore eus à tracer.
L'hiver était incontestablement arrivé ; cela devait étre en théorie, et nous étions certains depuis long-temps qu'il en serait de même en réalité, quelques efforts que nous eussions faits pour flatter nos hommes, et nous flatter nousmêmes d’un espoir contraire. Nous avions été laborieusement occupés pendant toui ce mois, mais nos travaux n'avaient eu ni résultat, ni utilité : c'était, sous tous les points de vue, un mois perdu, un mois qui n'avait élé pour nous qu'une source d'angoisses. Dans toute l’année
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précédente, il n’y en avait pas eu un seul pendant lequel nous n’eussions fait quelque chose d’utile, ou du moins des préparatifs qui pouvaient le devenir ; pas un qui ne nous eût offert, ce qui valait encore mieux, des espérances, espérances d'autant plus vives que la chance de notre délivrance était plus éloignée. Il nous fallait maintenant recommencer à espérer pendant presque toute une année, compter les mois, les semaines, les jours , mais avec moins de confiance que nous ne l’avions fait l'hiver précédent.
Celui qui peut espérer une seconde fois aussi vivement que la première, est doué d’une constitution plus heureuse que ne semblaient l'être quelques -uns des hommes de notre équipage.
Ceux qui étaient découragés ne pouvaient réussir à le cacher. Je dois pourtant dire du plus grand nombre, que leur résignation excéda mon attente. Je cherchai à leur montrer le beau côté du tableau, en leur récapitulant les découvertes que nous avions faites, et en leur parlant de l'excellent état de notre vaisseau, de la demeure commode que nous avions appris à en faire, de nos nombreuses provisions, de notre bonne santé, de la paix dans laquelle nous vivions, et du havre beaucoup meilleur que nous allions occuper , puisqu'il nous offrirait plus de facilités pour nous dégager des glaces. Mais le présent était trop affreux pour laisser même le courage d’envisager un meilleur avenir. Il fallut donc inc
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lice au temps et à l'habitude, et espérer que nos relations avec les naturels, dans le voisinage desquels nous nous attendions à être, et qui uous fourniraient des provisions fraiches, et la possibilité de renouveler bientôt nos expéditions par terre, nous aideraient à passer le temps, et allégeraient le poids de nos maux.
La température de ce mois avait été plus rigoureuse que celle du mois correspondant de l'année précédente ; et comme l'hiver était arrivé plus tôt, il promettait d’être plus froid encore. Le plus haut point du thermomètre, pendant le mois qui venait de s'écouler, avait été 43"; le plus bas 7°; la moyenne 27° 42'; dans le méme inois de l’année précédente, le plus haut point avait été 50°; le plus bas 8°; la moyenne 32°. En septembre 1829, nous avions eu des vents de l’ouest et du sud qui, en écartant les glaces des terres, rendaient souvent la mer navigable le long des côtes ; cette année, il ne nous était venu de ces deux points aucune brise assez forte pour faire impression sur les glaces : au contraire, nous avions eu plusieurs coups de vent du nord, de sorte qu'à mesure que la glace se fondait dans la partie méridionale de cette mer, d'autres masses arrivaient du septentrion pour remplir l'espace qu'elle laissait vacant. On aurait dit que l'océan du nord envoyait de ce côlé tous ses approvisionnemens, et nous savions qu'ils étaient inépuisables. Comme si le
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blocus n'eùt pas encore été complet, le moindre changement du vent du nord à l’est remplissait de glaces toutes les criques qui auraient pu nous offrir une retraite. Quelque fâcheuses que fussent toutes ces circonstances, elles le devenaient encore davantage par suite de l’état des marées qui ne permettaient pas aux glaces, une fois échouées, de se remettre à flot, de sorte que nous ne pouvions nous dégager, même en les coupant; et si elles échouaient près du rivage, elles s’y attachaient aussi fermement pour toute la saison suivante, que si elles eussent été des rochers.
Il est inutile de faire mention, dans ce résumé, des occupations de nos hommes à bord, et des nôtres; elles offrirent moins d’intérèt que de coutume, et nous avions été dans une situation qui ne nous permettait de faire aucune observation. Notre journal de chasse ne présente guère que quelques coups de fusil tirés inutilement contre des veaux marins, et la poursuite sans succes d’un ours blanc.
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