CHAPITRE XXXV
Nouveau travail pour couper la glace, — Notre position pour l'hiver, — Résumé du mois d'octobre.
Octobre commenca par un beau temps, CL 1" oct.
dans le cours de la journée une forte brise venant de l'ouest, rompit assez la glace nouvellement formée dans la baie au nord-est, pour nous montrer un peu d’eau libre. Mais elle ne {it aucune impression sur les grosses glaces attachées à la terre; et une des montagnes de glace qui étaient près de nous, s'étant fendue presque sous la hanche du navire, nous éprouvâmes un choc très-violent. Nous recommencâmes nos travaux pour nous couper un chemin à travers la glace, et avec un peu plus de succès. Le thermomètre fut à 12° pendant la nuit. Le samedi amena peu de changement, si ce n'est que notre Wravail fut plus pénible; et ce fut ainsi que se lermina une autre semaine.
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3 oct.
4 oct.
6 oct.
7 oct.
Nous fümes obligés de continuer le même travail, et nous n’y gagnâmes que seize pieds, ce qui suflit pourtant pour nous délivrer de la pression des montagnes de glace. Nous en avions beaucoup souffert ; car elles venaient au-dessus du plat-bord du navire, et le soulevaient de manière à le tenir suspendu à trois ou quatre pieds plus haut que l’eau qu'il tirait. La matinée du lundi commença par un coup de vent qui rompit quelques masses de glace, mais sans nous être d'aucune utilité. Tous nos travaux ne nous firent encore avancer que de seize pieds. Le thermomètre se fixa à 20°, et 1] tomba de la neige à plusieurs reprises.
Le vent s'étant modéré, le temps fut plus favorable à nos opérations, et nous gagnâmes dixhuit pieds. Il y eut de la neige pendant le jour, un coup de vent du nord dans la soirée, et pendant la nuit le thermomètre descendit à 13°.
Le 6, au point du jour, le temps était beau; la brise avait rompu la nouvelle glace du côté du nord, et nous vimes encore une fois quelque espace de mer libre. Le vaisseau avanca de vingt pieds, et nous nous trouvions beaucoup plus pres de la position que nous avions dessein d'occuper pendant l'hiver. La nuit étant calme et le ciel pur, le thermometre tomba à 10°.
Nous avancâmes de cinquante pieds, mais nous n'avions que six pieds d'eau à la marée basse : cependant nous étions alors hors des
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grosses glaces. Le lendemain, avant le jour, les oct. thermomètre était à 5°; et au point du jour, on n'apercevait pas une goutte d'eau de quelque côté que ce füt. Tout était glace ; et il est remarquable qu'il en avait été de même, à pareil jour, l'année précédente. Nous gagnâmes pourtant encore cinquante pieds, et quarante le lende- 9 ot. main. Mais n'ayant alors que trois pieds d'eau, nous fümes obligés d’étanconner le navire. Le thermomètre avait toujours été fort bas, et pendant la nuit il descendit à 2°. Du reste, le temps
fut calme et serein.
Hparut alors évident que nous serions bientôt 10 oct.
obligés de compter les degrés de température d’après l'échelle descendante, car dans la matinée le thermometre fut à zéro, et ce n'était que le 19 du même mois qu'il était arrivé à ce point l’année précédente. Nous fûmes donc obligés de travailler le dimanche, car quarante-huit heures de pareille gelée auraient rendu fort diflicile de couper la glace, qui avait déjà de trois à quatre pieds d'épaisseur. Nous n'avions pas fait plus de la moitié du chemin nécessaire pour atteindre le lieu de notre nouvelle prison ; il était indispensable pour la sûreté du vaisseau de le conduire dans un endroit où il fût à flot, et nous n'en étions pas à moins de cinquante toises. Tous nos efforts ne nous firent avancer que de trente pieds.
Le temps ne changea pas : et nous gagnämes 1h out,
12 oct.
45 oct,
#1 oct.
#5 oct.
16 oct.
17 oct,
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quarante-cinq pieds. Un brouillard couvrit tous nos agres de glace le lendemain matin, et nous avancâmes encore d'autant. Le 13 fut un beau jour, calme, serein, et je vis que le soleil fon dait la neige sur les rochers, quoique la tempéature à midi ne fut que de 8°. Elle tomba à 1° à minuit. Nous avions encore gagné quarantecinq pieds.
Dans le cours de cette matinée, un vent d'ouest amena de la neige; le thermomètre remonta à 12°, et à 22° à minuit. Nous coupâmes encore la glace, mais le vent nous empécha de faire entrer le navire dans le canal que nous lui avions ouvert. La force du vent augmenta jusqu'au lendemain matin, et alors il tomba. Nous vimes que la nouvelle glace avait été de nouveau rompue en pleine mer, et l’on apercevait quelques espaces d’eau libre. Le vaisseau avança de cinquante pieds dans cette journée, et de quarante-cinq dans la suivante; mais il ne se trouvait pas encore à flot lorsque la marée était basse. Le temps fut variable, et les changemens du thermomètre presque imperceptibles.
Unesemaine, une secondesemainenousavaient fort peu avancés. Nous fûmes encore obligés de faire du dimanche un jour de travail, et nous gagnâmes ainsi quarante pieds. Un vent assez fort, qui s'était élevé pendant la nuit, dura jusqu'à midi. Le lundi, nous n'avancämes que de vingt pieds, et nous vimes que les espaces
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d’eau libre du côté du nord s'étaient agrandis.
Le lendemain , nous gagnâmes trente pieds. Les 19 oct.
blocs de glace que nous coupions étaient si lourds, que nous ne pouvions les lever qu’à l’aide du cabestan. Je vis du rivage , que la glace, que le vent avait rompue les jours précédens, commencait à se former de nouveau sur la surface de l’eau.
Le 20 octobre, la température tomba de 12° à 20 out.
4°. Nous avancimes de trente pieds, mais nous trouvâmes que l'épaisseur de la glace augmen-
tait considérablement. Le lendemain, nous ga- 21 ou.
gnâmes quarante pieds, et nous n'apercûmes
plus aucune portion d’eau libre. Un vent im- 92 oct.
pétueux, qui était accompagné de neige, nous empécha de travailler dans la matinée suivante ; mais dans la soirée nous avançcâmes de quatorze pieds, ce qui nous mit presque à flot à la marée
basse. Nous en gagnâmes encore autant le len- 95 set.
demain. Pendant ces quatre jours, ie temps avait beaucoup varié, et il en avait été de même de la température : cependant elle avait été en général moins froide que depuis quelques jours ; et pendant la nuit du 23, le thermomètre fut à 210.
Ce dimanche, comme les précédens, nous 21 oct.
fûmes obligés de continuer nos travaux; et ils étaient devenus plus pénibles que jamais, car la glace avait alors environ seize pieds d'épaisseur, Î était impossible d'élever hors de l'eau
28 oct.
29 oct,
96 oct.
97 oct.
les masses que nous coupions, ou de les y enfoncer : nous fûmes donc obligés de couper, dans le champ de glace moins épaisse qui nous entourait, une place suflisante pour les y enchâsser; mais ce travail additionnel ne fut pas terminé assez tôt pour que nous pussions en profiter pour faire avancer le navire.
Le 25 fut un beau jour, mais le thermomètre descendit à zéro !. Nous reprimes un ouvrage qui semblait interminable, et le lendemain nous fimes entrer une masse énorme de glace dans la place que nous lui avions préparée , et nous avancâmes de quarante pieds. Nous en gagnämes cinquante le jour suivant, et enfin nous nous trouvâmes à flot à la marée basse. Pendant ces derniers jours, nous avions vu un assez grand nombre derenards, de lièvres et d'oiseaux, mais nous en avions tué fort peu.
Un changement sensible parut s'être effectué dans le temps le 28. Le thermomètre , qui avait été à zéro le matin, tomba à dix degrés en-dessous pendant la nuit. Sur le rivage on avait de la neige jusqu'aux genoux, ce qui rendait trèsdifficile d'y marcher. Nous ne gagnâmes que treize pieds dans cette journée, la glace étant fort épaisse ; la gelée réunissait les fragmens que nous en détachions , presque aussi vite que nous pouvions les séparer. Le lendemain nous avan-
"Le point marqué zéro sur le thermomètre de Fahrenheit, répond à 11 degrés au-dessous de zéro de celui de Réaumur, (Vote du Traducteur.)
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câmes encore de treize pieds , et nous eùmes onze pieds d’eau à la marée basse. 11 tomba un peu de neige pendant la nuit , et la température s'éleva à 6° au-dessus de zéro.
Nous ne pûmes gagner que six pieds le jour suivant. C'était bien peu de chose, et il nous restait encore cent toises de glace à couper pour arriver sur une eau plus prof mde , ou dans une meilleure position. D'après cette évaluation , c'était de l’ouvrage pour cent jours. Mais la glace s’épaississait tellement de jour en jour, que nous ne pouvions même espérer de pareils progrès ; et comme l'endroit où nous étions n'était pas très-dangereux , entourés comme nous l’étions de tous côtés par les glaces, nous résolûmes de discontinuer nos travaux, et de rester où nous nous trouvions. Nous pümes donc faire du dimanche un jour de prière et de repos, et ce repos nous était certainement très-nécessaire.
Le résumé d'octobre ne peut être que celui de nos travaux, car nous avions employé tout ce mois à avancer à pas de tortue; et après toutes nos fatigues , nous n'avions gagné que huit cent cinquante pieds. Nous n'avions pas mème pu atteindre l'endroit où nous avions désiré d’arriver, quelque peu éloignés que nous en fussions. Il fallut donc nous contenter de ce qu'il nous avait été possible de faire. Je crois que plusieurs d’entre nous ne purent s'empêcher de calculer combien, à ce taux, il faudrait de siècles pour
30 oct.
31 oct,
faire un seul voyage par un passage au nordouest ; et d’autres se demanderent quelle prime on exigerait pour assurer le navire qui l’entreprendrait, s’il se trouvait quelqu'un qui voulût faire cette assurance.
Pour n'être pas tres-dangereuse , notre situation n’en était pas plus agréable ; cependant nos travaux n'avaient pas été sans utilité. Dans le cas où le vaisseau fût resté sur une eau basse , suspendu à des montagnes de glace, les secousses qu'il aurait éprouvées et ses changemens fréquens de position , l’auraient rendu inhabitable, et il aurait pu être brisé. Si l'épaisseur toujours croissante de la glace, jointe à la nécessité de lever hors de l’eau les fragmens que nous avions coupés, quand nous ne pouvions les enfoncer sous lesautres glaces, rendit ce mois très-fatigant pour tout l'équipage, qui était obligé de travailler par un temps souvent très-rigoureux , cette circonstance avait semblé animer tous nos hommes d’un nouveau zèle, et avait prouvé leur esprit de persévérance. La santé d'aucun d’eux n'avait souffert ; et leur occupation constante pendant tout ce temps avait eu un résultat avantageux , en détournant leur esprit d'un sujet de réflexions pénibles, et en les habituant peu à peu à l’idée d’être retenus dans ces parages encore un hiver.
Commenousallions y commencerune nouvelle résidence, d'à peu prèsuneannée, pour lemoins, après en avoir déjà fait une de treize mois , il
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devint nécessaire de faire l'examen de nos provisions, et d'en régler la distribution, à compter de ce moment. Ces détails offrent peu d'intérêt à la plupart des lecteurs, mais ils en ont beaucoup pour les navigateurs » et par conséquent Je ne puis les omettre ; mais je les donnerai d’une manière assez succincte pour fournir à ceux-ci les informations convenables , sans prendre aux autres beaucoup de temps pour les hre.
[nous aurait fallu pour unapprovisionnement de deux ans en pain et en farine , ainsi qu'en graisse de bœuf et en raisins secs pour faire des
poudings. . . . . . . . 19,514 livres.
Il n’en restait à bord, le 1°" octobre 1830, que. . . . . 17,364 Déficit. . . . 2,150
Mais , d’une autre part, nous avionsenbœufetencochon salé. 8,194 En viande conservée, fraîche. 5,056
Total. . . . 13,250
Il ne nous en fallait pour l’approvisionnement de deux ans, que . + . + + + + . . 12,061 Nous avionsdonc un excédant AU pr ie Gr, NU T0
La quantité de sucre et de cassonnade aurait dù être pour deux aus, de. . . . . . 2,828
gere om attentes
11 nous en restait. . . . 2,738 livres.
La différence n’était donc que de . . . . ‘ ‘ . . ‘ . go
La provision de cacao pour deux ans aurait dû être de. . 1,371 Nous n’en avions plus que. . 1,209
Déficit. . . . 162
Mais ce déficit se compensait par une caisse et demie de thé, qui en contenaient 96 livres.
Enfin nous avions un autre déficit de dix boisseaux sur la quantité de pois secs, entiers ou concassés , qui aurait été nécessaire pour la consommation de deux ans.
Nos autres provisions consistaient en 120 gallons de rhum et autres liqueurs spiritueuses, 250 livres de riz, 2 barils et 5 cruches d'orge; du jus de citron en quantité suflisante pour un an,
à ration entière ; { petits barils de fruits et lé-
gumes conservés dans du vinaigre, 2 caisses de citrons , et 2 boîtes de moutarde.
Je ne parle ici ni des soupes conservées dont nous avions cent gallons, ni d’un tonneau de vin, parce que ces provisions étaient réservées pour les malades. Voyant que nous pourrions atteindre ainsi l’époque probable où nous serions arrivés à l'endroit du naufrage de la Furie, et où nous avions encore laissé quelques provisions, à moins qu'auparavant nous ne fussions
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obligés d'abandonner le navire pour sauver notre vie, nous adoptämes, sur la proposition de M. Thom, l'arrangement suivant, qui nous parut varier la nourriture de nos hommes mieux que tout autre plan quenous aurions pu adopter.
Lundi 1° novembre, trois quarts de livre de bœuf salé et autant de farine.
Mardi 2, une demi-livre de viande conservée et un quart de livre de soupe à la farine d'orge.
Mercredi 3, une livre de cochon salé et une soupe à la purée de pois.
Jeudi 4, comme le mardi 2.
Vendredi 5 , comme le lundi 1.
Samedi 6, comme les mardi et jeudi précédens.
Dimanche 7, comme le mercredi 3.
Lundi 8, comme les mardi, jeudi et samedi précédens.
De cette mamiere, nos homimes avaient une soupe six jours sur huit, et, les deux autres, du bœuf et un pouding, ce qui se renouvelait ainsi successivement. Nous espérions que ce régime maintiendrait leur santé et leurs forces, et les mettrait en état de pouvoir voyager au printemps.
Je dois dire à présent que l'endroit où se trouvait le vaisseau, était situé dans une baie qui s'étendait vers le sud, dans le bras de mer à l’ouest. Nous appelâmes cette baie, Baie du Shévif, et la pointe à l’est, Pointe Watch.
Quoique l’eau libre en pleine mer ne s’étendit
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pas aussi loin au sud que l’année précédente, les glaces la couvrirent moins vite; et quoique le froid fût de temps en temps trés-rigoureux , la température moyenne fut de 5° plus élevée que dans le mois correspondant de 1829, le pius haut point ayant été 24°, et le plus bas 12°. Le 31, elle monta à 24°, c'est-à-dire à 40° plus haut que le dernier jour d'octobre 1829.
Le chirurgien avait seul le temps de chasser ; il nous rapporta quelques lièvres; mais ce canton ayant été habité par les Esquimaux l’année précédente , les animaux en général avaient été exterminés ou s'étaient éloignés. Le lieu où nous étions alors fixés, était très-vuisin des huttes qu'ils avaient occupées.
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