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construit des digues, et nivelé les monticules de glace qui nous entouraient ; et comme nous avions alors plus d'expérience, notre ouvrage était mieux fait que celui de l’année précédente. Le pont de dessous avait été rendu plus clair et plus agréable à l’œil, au moyen d'une couche de peinture blanche.
L'observatoire avait été placé sur un rocher aussi près du navire qu'il était possible, et la construction en avait été perfectionnée par des murs de neige, et un passage en neige, garni de doubles portes. Nous avions observé quelques passages au méridien. Nos succès à la chasse avaient été nuls; nous n'avions fait d'autre prise que le renard trouvé dans une trappe.
Nos travaux avaient nui considérablement à la régularité de l’école. Cependant nous avions continué à faire prendre des lecons à ceux qui étaient le moins avancés; et j'eus lieu de croire que la bonne santé de nos hommes fut due en grande partie aux exercices qui occupaient sans cesse leur corps et leur esprit.
Nous ne fûmes pas aussi sensibles au froid du 1 a
commencement de ce mois qu’on avait pu le croire, quand le thermomètre variait de 12° à 22° au-dessous de zéro. La glace sur le lac avait un pied et demi d'épaisseur. Nous poursuivimes inutilement deux perdrix blanches. Le temps de la chasse était alors fort court, car il faisait nuit
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à deux heures après midi. Mais c'était le moindre des maux occasionés par la brièveté de ces jours, qui ne permettent pas de voyager dans le fort de l'hiver. Ge n’est pas que l’on soit beaucoup plus heureux dans le cœur de l’été, car alors la fonte des neiges et l’état de la glace rendent tout voyage impossible pendant la plus grande partie de la saison. C’est ainsi que ce climat réduit la somme de la vie : de la me: ou de la terre, de l'hiver ou de l'été, il est difficile de dire ce qui est le pire; et je crois qu'un bon philosophe en viendrait à la conclusion que les Esquimaux seuls connaissent ici le vrai secret du bonheur, et la manière raisonnable de vivre; et comme il est probable qu'il n’attripuerait pas au pouvoir de leur raison cette grande découverte, si longtemps cherchée, il serait obligé de convenir que la nature n’est pas toujours une marâtre comme on J’a appelée. Si dormir et manger, manger et dormir est un mode de bonheur qui a été contesté en d’autres pays, même quand il y est mis en pratique, personne n’en contestera le prix dans cette contrée, et ne doutera que ce ne soit réellement la somme toute et complète de la félicité humaine. L'Esquimaux ne mange que pour dormir, et ne dort ensuite que pour manger de nouveau : que peut-il faire de mieux? rien ne manque à son bonheur. Si nous eussions été mieux élevés, nous en aurions fait autant; mais nous étions là hors de notre
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élément, tant philosophiquement que géogra phiquement parlant.
Le temps n'eut rien de désagréable. Dans Ja 2 déc.
matinée, le thermomètre ne fut qu'a 12° audessous de zéro, et il remonta jusqu'à 2° dans la soirée. J'avais arrangé nos quarts de maniere que la moitié de nos hommes pussent se promener à terre le matin, et l'autre moitié apres midi. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'exercice est regardé comme un des meilleurs moyens de prévenir le scorbut. Nous primes un renard blanc dans une trappe. I] fit beaucoupde vent pendant
la nuit; il augmenta dans la matinée ; mais 115 dec.
finit par se calmer, et il tomba de la neige jusqu'au soir. Nous reconnümes que la marée était aussi irrégulière qu’elle l'avait été dans le havre que nous avions occupé l'année précédente.
Le vent était tombé, mais il continua à neiger 4 déc.
toute Ja nuit. Il fit alors beau, et le thermomètre se fixa à zéro. La neige qui venait de tomber avait un pied d'épaisseur, et nous fûmes obligés d'en débarrasser les abords du vaisseau. Un pied de neige ne forme pas un grand volume d'eau, tant que la gelée n'en a pas fait une masse compacte; car le vent en disperse beaucoup. C'est du reste une évaluation qu'il n’est pas facile de faire, et qui est sans grand intérêt dans ces contrées; car ici la pluie estsans utilité, puisqu'elle n'a pas de végétation à favoriser ; et si la neige protége quelque chose, c'est un sol dépourvu de
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plantes qui puissent en profiter, et des rochers également indifférens à la pluie et à la sécheresse, au froid et à la chaleur.
Nos condensateurs nous rendaient de nouveau un grand service, car, en les nettoyant le samedi soir, on y trouva trois boisseaux et demi de glace. C'était une preuve qu'il y avait assez de chaleur entre les ponts, et personne n'en disconvenait. J'ai déjà décrit en quoi ils consistaient , et j'ai fait connaître le principe d'après lequel ils agissaient , en les comparant au condensateur d'une machine à vapeur ordinaire. Mais j'aurais dû dire alors ce que je puis ajouter à présent, que cet expédient fort simple nous dispensait d’avoir recours à ces moyens compliqués , qui étaient adoptés précédemment pour remédier à l'invasion de l'humidité entre les ponts. On se souvient qu'aucun des procédés dispendieux qui avaient été employés, et notamment les doublures en liége, n'avaient pu prévenir cette condensation de vapeur, qui est occasionée dans l'intérieur d’un vaisseau par les exhalaisons du corps humain etautres causes ; ce qui faisait que l’eau découlait sans cesse, et rendait la situation des marins très-désagréable , surtout dans leurs hamacs. Je n’ai nullement dessein de blämer les auteurs de ces inventions, et j'en ai d'autant moins le droit, que cet inconvénient se fit sentir sur mon propre navire lors de mon premier voyage en 1818, le moyen que j'employai dans
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le second pour y remédier, ne s etant pas alors présenté à mon esprit. Mais à présent que je l'ai essayé, et qu’il a complétement réussi, je puis en toute sûreté le recommander comme devant être adopté à bord de tout navire qui entreprend un voyage dans les mers septentrionales.
La semainese termina de la maniere ordinaire, 5 déc.
et le jour destiné au repos et à la religion fut célébré comme nous nous en étions fait une règle , sauf les cas de nécessité.
Le 6 ne produisit aucun changement qui mé- 6 déc.
rite d’étrerapporté. Dans le fait, 1] n'arrive que trop souvent que mes observations n'ont rapport qu'à nos travaux, qui étaient toujours les mêmes ; aux variations du temps, qui sontrarement fort intéressantes , et à celles de la température, qui le seraient encore moins, s’il n’était curieux de suivre les changemens qu'elle subit dans un climat semblable. L'homme est un animal étrange , puisqu'il peut vivre dans des pays si variés, sous des climats si opposés, et se nourrir d’alimens si différens; mais il le serait encore davantage, si, après avoir connu un autre pays, —Je ne dis pas meilleur, car il ne peut en exister de pire, —ilavait fixé volontairement sa résidence sur les côtes du détroit du Prince-Régent, en Amérique. I yest pourtantarrivé, de quelque endrcit qu'il y soit venu. S'il avait connu les bananes ct les ananas, il a appris à y préférer l'huile de poisson
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déc.
et la graisse de veau marin ; il a substitué les os aux bambous, la neige au bois et à la pierre s les peaux de veaux marins aux tissus de coton ; et n'ayant pas oublié d'apporter avec lui du feu et, ce qui vaut encore mieux , la dose d'industrie qui pouvait lui être utile, il s'est fait une habitation qu'iltrouve si commode, qu'il ne porterait envie aux habitans d'aucun pays , quand même il aurait ce qu'ils possèdent. N’est-il pas aussi fier de lui-méme et de sa supériorité, que tout autre homme menant une vie bien ditférente? S'il ne l'était même pas beaucoup plus, il ne serait pas vrai de dire que la vanité des hommes ignorans et grossiers est proportionnée à leur ignorance et à leur grossièreté. Mais cet arrangement est admirable, et les phi- Josophes ont raison, en principes généraux pourtant, mais pas tout-à-fait dans leur application. L'homme, pris en masse, est également heureux dans tous les genres de vie qu'il mène, dans toutes les régions de la terre, dans tousles degrés de civilisation. C'est tout autre chose de soutenir qu individuellement tous sont également heureux, ou qu il existe pour tous des compensations équivalentes de bonheur et de souffrances.
11 n’y eut rien de nouveau le 7, que le spectacle de la première belle soiréequenous eussions eue de tout l'hiver ; nous vimes dans le même moment le lever, le midi et le coucher d’un s0leil qui n'avait plus ni lever, ni coucher; qui
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les os ne semblait nous les promettre que pour manrre , quer à sa promesse ; et qui se glissait, non le long ton : de l'horizon , mais sur un espace étroit, comme « u feu pour nous dire qu'il se passerait long-temps istrie avant qu'ilnous revit. Cependant le ciel resplenhabi- dissait de l'éclat du soleil couchant, et les nuages erait brillaient de teintes qu'ils présentent rarement 1ème sous le climat plus favorisé de notre pays. aussi La construction d’un observatoire pour les 8 déc. que observations magnétiques avait occupé nos homlitfé- mes la veille, et les occupa encore toute cette lus , journée. Les deux suivantes n’offrirent rien de ?, 10,14 inité remarquable. Le temps, quoique variable, avait 1 por- ! été beau pour ce pays. Le thermomètre avait relé. ! varié de 10° à 35° au-dessous de zéro. Ainsi se phi- termina une autre semaine de détention. Ceux our- de nous qui aimaient les jeux de mots trouvèrent ion. que le nom Shérif, donné à notre havre, n'avait reux pas été mal appliqué ‘.
ans Les hommes qui allèrent se promener à terre 1246. UrÉs après le service divin, virent un glouton. Le enir ï temps du lundi fut, comme celui du dimanche, 43 déc. Leu- ‘alme et serein , et il y eut une aurore boréale ions peu remarquable. Le mardi il n’y eut guère de 14 déc. changement dans l’uniformité imévitable de nos pec - occupations et de nos amusemens. Nous suiions vimes, comme en beaucoup d'autres OCCASIONS, éme les traces d'animaux que nous ne pûmes voir; s0-
" Le shérif de chaque comté en Angleterre est chargé, entre autres choses, de présider aux exécutions. ( Vote du Traducteur. )
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45 déc.
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nous portâmes des fusiis, dont nous ne fimes aucun usage ; nous cherchâmes à entrevoir un soleil invisible, pour nous assurer du moins qu'il existait encore , et nous ne fümes pas fàchés, je ne dirai pas quand le jour finit, puisqu'il n’y avait plus de jour, mais quand nous pümes nous mettre au lit.
Une forte brise , accompagnée de neige, fui une sorte de variété, mais elle empéêcha nos hommesde sortir de prison, etc’étaitun malheur. Ce n'est rien moms qu'un soulagement de pouvoir réfléchir hbrement à ses maux. Si la vanité, l'ambition , l'amour de la gloire , soutenaient le courage des chefs , il ne pouvait guère en être de même du reste de l'équipage, qui n'avait qu'à exécuter les ordres qu’il recevait de ceux dont il partageait les travaux , sans espoir d'aucune renommée, Mais il est bon de remarquer que, d'un autre côté, ceux-ci étaient libres d'inquiétude, et exempts de toute responsabilité.
Il n'y eut à remarquer qu'une aurore boréale fort pâle. Le temps et la température offraient si peu de différence depuis quelques jours, qu'il est inutile d'en parler. L'occupation de nos hommes le r7 fut de couvrir les barques de neige pour les mettre à l'abri du temps. Cet ouvrage fut interrompu par un grand vent qui se modéra dans la soirée, mais qui recommenca le lendemain. Il ne dura pourtant pas long-temps, et nous eûmes le reste de la journée du samedi
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pour divers travaux dont il est inutile de parler. L'effet des derniers vents fut de durcir la neige
sur la terre au point de la mettre en état de soutenir le poids de notre corps. Ils balayèrent celle
qui était accumulée sur les rochers, dont les cimes noires contrastérent alors avec l'aspect général du pays. Nous passämes le dimanche 19 déc. comme nous le passions toujours quand cela nous était possible.
Nous comparâmes les différentes marées que 20 ae. nous avions observées. Il faudrait en présenter une table complète au lecteur, ce que je n’ai pas dessein de faire, pour le mettre en état d’en apprécier l'irrégularité singulière. J'ai fait mention des mêmes faits dans la relation de notre première année de détention, et ils furent encore plus remarquables la seconde. Les marées ne suivaient aucune règle. En dépit de la lune. les vents, les courans, les glaces, et peut-être encore d’autres accidens, mettaient tous les calculs en défaut. La marée était haute ou basse, quand bon lui semblait, et c'était presque tout ce que nous en savions.
Suivant le calendrier, nous étions arrivés au 9j jé. jour le plus court de l’année, ce qui nous était assez indifférent, puisqu'il n’y avait plus de jour pour nous ; mais le soleil atteiggit sa plus grande élongation à minuit. Cette journée et la suivante furent pour nous d’égale longueur. De 27° au-dessous de zéro, le thermomètre remonta
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à 21° le lendemain, qui fut un jour orageux . Pour confirmer ce que je viens de dire des marées, celle de ce dernier jour ne monta le matin que d’un pouce.
Il fit beaucoup de vent toute la nuit, mais nous eûmes une belle matinée; et le lendemain le vent ayant encore emporté la neige des rochers et durci celle qui remplissait les ravins, nos promenades en devinrent plus faciles et presque agréables. La terre n'offrait pourtant rien qui pût nous amuser, et elle ne faisait que procurer à nos hommes le moyen de prendre de l'exercice. Il est probable que c'était pour eux une tâche plutôt qu'un plaisir; mais cela était nécessaire , et encore plus pour eux que pour nous. La température de la nuit fut de 18° audessous de zéro.
Il tomba beaucoup de neige le jour de Noël, ce qui ne nous empêcha pas de célébrer cette fête de la manière accoutumée. Le dimanche qui la suivit fut pour nous un second jour de repos, et le lundi nous reprimes nos travaux accoutumés. Le temps saméliora, et pendant les trois derniers jours, la moyenne du froid pendant la nuit fut de 20° au-dessous de zéro.
28 « 2 Les deux jours suivans , il tomba de Ja neige,
le thermomètre remonta à 9", et redescendit
ensuite à 17°. Il n'y eut d'autre événement, . ,
pendant tout ce temps, que la prise d'un renard.
Nous mesurâmes la glace qui couvrait le lac,
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el nous trouvâmes qu'elle avait plus de trois pieds d'épaisseur. Le mercure se gela de nouveau. La glace accumulée dans les condensateurs montait à quatre boisseaux. C’était la plus grande quantité que nous eussions trouvée l’année précédente, après avoir pris nos arrangemens pour établir une température raisonnable entre les ponts. Un temps tres-froid termina le mois et l'année. Nous eùmes la plus haute marée que nous eussions encore vue; elle monta de près de huit pieds et demi.
Avant de faire le résumé d’un mois qui n'offre ni intérêt ni variété, on me permettra quelques remarques sur les événemens de l'année. C'est la période de temps qui contient nos principales découvertes; et quoiqu'elles n'occupent pas un très-grand espace géographique, elles sont d'une grande importance, puisqu'elles resserrent le cercle dans lequel il reste encore des recherches à faire, à tel point qu'elles rendent possible de les terminer en une seule saison, avec moins de risque et à moins de frais qu'on n'aurait pu le faire sans cela.
I] y a quelque raison de croire que nous aurions pu tirer notre vaisseau des glaces, si nous nous y fussions pris d'une manière différente ; si nous eussions commencé plus tôt nos tentatives, et que nous eussions essayé de nous glisser peu à peu le long de la côte. Mais je crus prudent de céder à l'expérience supérieure du comman-
31 dét
dant Ross en ce genre de navigation, d'autant plus qu'il connaissait particulièrement ce grand détroit. Il regardait cette entreprise comme aussi dangereuse que dificile, et il ne doutait pas que les glaces ne nous ouvrissent un passage assez à temps pour nous mettre en état d'avoir fait autant ou plus de chemin à une époque donnée, sans courir des risques inutiles. L'événement ne répondit pas à son attente; mais aurions-nous mieux réussi en adoptant un autre plan? c'est ce que nous ne saurons Jamais.
Le vaisseau semblait avoir souffert quelques avaries en restant si long-temps échoué, car quelques voies d’eau s’y étaient de nouveau montrées; mais nos arrangemens pour l'hiver étaient parfaits; nos hommes jouissaient de la meilleure santé possible, et paraissaient avoir profité du nouveau régime que nous leur faisions suivre. L'exercice qu'ils prenaient régulièrement y contribuait, et devait avoir encore cet avantage, qu'en s habituant à la marche, ils seraient plus en état de voyager par terre, quand la saison en serait arrivée,
Quoique le temps eût été souvent très-froid , la température avait été fort variable, et la moyenne était de 4° au-dessus de celle du mois de décembre de l’année précédente. Le plus haut point du thermomètre avait été 6° au-dessus de zéro; le plus bas, qui avait eu lieu le 31 décembre, 47° au-dessous , et la moyenne, 20° 24.
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