‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 7 sur 121 · DT · texte numérisé non relu

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Les termes mari et femme sont des mots de convention : l'idée qu'ils présentent est simple et n’admet aucun doute; c'est une expression qui appartient à la civilisation et à la morale. Il en estde même du mot mariage, qui n’excite ni réflexion ni commentaire. C'est la coutume, — je ne sais d'où elle provient, — mais enfin c’est la coutume de louer le caractère, la con-

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duite et les mœurs de ces tribus; mais quelques lecteurs pourront douter que leur système conjugal et leurs usages méritent ces éloges , s'ils se donnent la peine d’y réfléchir ; et ils penseront peut-être que le mot concubinage, et encore à ne pas le prendre dans sa plus rigide acception, convient mieux que celui de mariage à l’espèce de contrat qui consacre l’union des deux sexes dans ce pays.

Is seraient probablement encore plus portés à penser ainsi, s'ils avaient entendu toutes les anecdotes que Poo-yet-tah me raconta sur ce sujet. Je me bornerai à en rapporter une qui servira d’échantillon général. Parmi les Esquimaux que nous avions vus à Igloolik dans un autre voyage, il n'était pas rare qu'un homme eût deux femmes , et cette circonstance n’excite aucune surprise, la polygamie étant un système qui a été adopté dans tous les temps chez beaucoup de peuples, et qui l’est encore à présent. Mais mon ami m'informa qu'un de ses frères utérins et lui n'avaient qu'une femme pour eux deux ; que personne, si je l'ai bien entendu, n'y trouvait à redire , et que si cela n'était pas très-commun , c'était à cause de l'égalité de nombre qui se trouve entre les deux sexes. Nous n'avions vu aucun exemple de cette coutume à Igloolik, et les voyageurs ne l'ont trouvée établie que dans certaines tribus de l'Inde. Je laisse à d'autres le soin de prononcer sur la conve-

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nance et la délicatesse de l’union des deux frères avecune seule femme, car je n’ai pas le dessein de faire un commentaire sur les mœurs d’un peuple que chacun connaît à présent presque aussi bien que moi, d'après les relations qu'en ont faites récemment tant de navigateurs anglais et étrangers qui ont exploré les mers du Nord.

Comme je me proposais de faire une excursion du côté d’Oo-geoo-lik, après l'expédition qui m'occupait, je me fis donner par mon guide la liste de tous les naturels qu'il connaissait dans cette partie du pays. Il me chargea même de quelques messages pour eux, et j'en pris note avec soin, car c'étaient les meilleures lettres de recommandation que je pusse me procurer.

Cette conversation établit entre nous une entière confiance, si quelque chose y manquait encore.

Nous abrégeâmes ainsi la durée de cette triste journée, car elle l'était véritablement. Le vent hurlait autour de nos murs de neige, et celle qu'il chassait battait contre eux avec un sifilement que j'étais charmé de pouvoir oublier en me livrant à une conversation qui m'empéchait d'y faire attention. Notre habitation n'avait que quatre pieds de hauteur, et, par conséquent, nous étions obligés d'être constamment assis ; mais, par contraste avec le temps qu'il faisait dehors, nous y étions chaudement et à l’aise, Une maison beaucoup meilleure n'a pas souvent paru

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si agréable, et a rarement inspiré au même degré un sentiment intime de sécurité, de sa- Lisfaction et de reconnaissance pour le Ciel.

La conversation n'empêcha pourtant pas nos amis d'employer leurs mâchoires d’une manière toute différente. Pendant toute la journée, ils s’occupèrent à couper la chair d'un des quartiers de devant du bœuf. Ils la taillaient en aiguillettes longues et étroites ; s’en enfonçaient un bout dans la bouche, suivant leur coutume, aussi avant que possible, en séparaient le reste à l’aide de leur couteau, et avalaient cette bouchée comme un chien affamé dévore un morceau de viande. Se passant ainsi les aiguillettes l'un à l'autre, ils parvinrent à manger toute la chair du cou, du dos et des côtes d’un des quartiers du bœuf, suspendant pourtant leur opération de temps en temps, en se plaignant de ne pouvoir plus manger et en se couchant sur le dos; mais ils conservaient toujours leur couteau dans une main, et dans l’autre le morceau de chair qu'ils n'avaient pu finir, et qu'ils avalaient avec autant d'empressement que les précédens, dès qu'ils se trouvaient en état de l'engloutir à son tour.

Brutes dégoûtantes! L'hyène même, une fois repue, se serait endormie; et l'impossibilité absolue de faire entrer une bouchée de plus dans leur estomac pouvait seule arrêter la gloutonnerie de ces créatures appartenant à

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Lorsqu'ils furent réellement hors d'état de manger davantage, notre soupe étant prête, je leur offris de la partager avec nous. Poo-yettah en prit, par politesse, deux ou trois cuillerées, et déclara ensuite qu'il lui était impossible d’en avaler une plus grande quantité. Je lui passai la main sur l'estomac, et j'eus peine à revenir de ma surprise en en sentant la dilatation prodigieuse; je n'aurais pas cru qu'il fût possible à un homme de supporter un état si anormal; et si je n'avais connu les habitudes des Esquimaux, j'aurais pensé que la mort devait être la suite inévitable d’un pareil excès.

Ce repas effrayant fit que nos guides eurent 1° mai.

un sommeil agité; s'ils avaient connu un terme pour désigner le cauchemar , je ne doute pas que nous n'en eussions entendu parler le lendemain matin. Cependant le vent se calma, et quand nous nous levâmes, à cinq heures, le temps était de nature à nous permettre de nous mettre en marche, quoiqu'il fût encore menaçant, le vent venant du nord, et chassant quelque neige.

Notre traîneau fat bientôt chargé , maïs il fallut plus de temps à nos guides pour se remettre des suites de leur intempérance, et ce ne fut qu'à sept heures que nous pümes réussir à les mettre en mouvement. Mais lorsque tout fut

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prêt, et que j'eus annoncé à Poo-yet-tah que je ne voulais pas perdre encore un jour , il me dit que, comme nous avions à gravir des montagnes escarpées où des traineaux ne pouvaient passer , il fallait laisser notre bagage dans la huite, où nous pourrions revenir coucher, après être allés à Aw-wuk-too-teak.

Nous partimes donc à sept heures et demie, prenant avec nous nos armes et trois chiens, dans le cas où nous rencontrerions quelque bœuf musqué, et laissant dans la hutte M. Abernethy avec le jeune Esquimaux et le bagage. Après avoir marché pendant deux heures sur une contrée montagneuse et couverte d’une neige épaisse, nous descendimes enfin sur le lac que les naturels nomment Aw-wuk-to0o-teak , et qui se trouvera sur la carte.

Cette pièce d’eau s'étend de nord-est-quartd'est en sud-ouest-quart-d’ouest sur une longueur d'environ quatre milles. La forme en est fort irrégulière. Elle est bordée par cinq montagnes distinctes, séparées l’une de l’autre par des ravins où coulent, pendant le dégel, des torrens qui jettent leurs eaux dans le lac. La rivière qui en sort est large, mais semblait peu profonde ; le cours en paraissait rapide à sa source ; elle se jette dans la mer du côté du nord.

Mon guide me nomma ces montagnes ainsi qu'il suit, et j'indiquerai leur position rela-

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s'appelle Pood-le-ra-nuk ; celle au nord-ouest , Il-low-nuk ; celle au nord-est, Ac-cood-le-ruktuk ; celle à l’ouest-sud-ouest Tak-kc-noo-ra-lig ; et celle au sud Il-low-na-lig. Poo-yet-tah m'informa en outre que le lac contenait trois différentes espèces de poissons qui y restent toute l’année, et que dans le plus petit, situé vers l'orient , et appelé Ow-weet-te-week, où étaient campés les Esquimaux qui virent notre vaisseau en 1829, il se trouvait aussi beaucoup de poissons d’une grande taille.

Quittant le bord de l’eau, nous gravimes la haute montagne au nord-est, nommée Ac-coodle-ruk-tuk, et lorsque nous fümes sur le sommet, un peu après dix-heures, j'aperçus de hautes glaces raboteuses s'étendant de nord-nord-ouest en nord-est-quart-d’est. L’atmosphère était tellement chargée de vapeurs que je ne pouvais voir à plus de quatre à cinq milles, de sorte qu'il me fut impossible de reconnaître jusqu'où avancait un bras de mer dont l’entrée semblait être formée par la séparation de l'endroit où nous étions d'avec un cap remarquable. Ce cap avait été nommé par nous le Vieillard-de-Hoy, quand nous faisions voile vers le sud, dans l'automne précédent, et je le reconnus sans difficulté.

C'était là que je m'étais surtout attendu à trouver un passage pour entrer dans l'Océan occidental ; en effet, c'était de cet endroit que les naturels nous avaient parlé en plusieurs oc-

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casions ; du moins nous le pensions ainsi, car il n’était pas toujours facile de bien nous entendre. A la vérité, un Esquimaux, nommé Ib-Jushe, nous avait assuré que le bras de mer qui se trouvait sur ce point n’était que l'entrée d'une grande baie, et que nous ne pouvions trouver un passage vers l’ouest qu’en remontant pendant plusieurs journées vers le no:d ; assertion qui m'avait fait supposer , comme je l'ai déjà dit, qu'il voulait parler du détroit de Barrow. Mais comme ce bras de mer était couvert de glaces quand nous l’avions vu, l’année précédente , et que par conséquent nous n'avions pu l’examiner , je jugeai indispensable de saisir l’occasion qui se présentait de le faire, afin de sortir de l'incertitude dans laquelle nous étions. Quand pourtant je vins à observer la nature de la glace qui était entre nous et le bras de mer en question, et la grande distance que nous aurions à parcourir pour y arriver, je vis qu'il était impossible de commencer en ce moment une telle entreprise. Poo-yet-tah me pressait vivement de retourner sur nos pas, car il voyait que le vent du nord augmentait, ainsi que la neige qu'il chassait; mais comme les vapeurs commencaient à se dissiper , je lui proposai de descendre sur la côte, espérant que j'aurais de là une meilleure vue. Ilrefusaabsolument d'y consentir; maiscomme j'étais certain de pouvoir retrouver mon chemin sans lui, je descendis vers le rivage , le laissant

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