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avait trouvés l'été précédent sur les bords d’une ile, nommée Toot-ky-yak, qui était à une journée de distance au nord-ouest, et qu'il les avait retirés de dessous l’eau , qui les avait peut-être rendus plus visibles à leurs yeux sans expérience. C’est leur seul objet de commerce, et tous les trois ou quatre ans, ils échangent ce qu'ils en ont trouvé avec les naturels d'Oo-geoolik, dont ils reçoivent en retour du bois jeté par la mer sur les côtes. Ils achètent de la même manière des habitans de la baie de Répulse la pierre dont ils foni leurs bouilloires.
Poo-yet-tah me pressa alors de retourner à la hutte ; mais en passant au pied de la montagne d'où j'avais eu la première vue de la mer , j'obtins de lui qu’il m'accompagnât jusqu'au sommet. Le temps était pourtant devenu encore plus mauvais qu'auparavant; mais je ne pouvais me décider à quitter un endroit qui semblait m'offrir la seule chance de trouver un pas sage par lequel notre navire pourrait pénétrer dans cette mer occidentale que j'avais cette fois bien vue. Ma peine fut pourtant perdue, car la neige redoublait, et l’on ne pouvait rien distinguer. Nous redescendimes donc à la hâte, el nous nous remimes en route pour la hutte.
Chemin faisant, nous fimes lever une compagnie de six gélinottes. Je tirai mes deux coups, et j'eus le bonheur d’en abattre deux. C'était la première fois que Poo-yet-tah voyait tuer un
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oiseau au vol, et il en fut encore plus surpris qu'il ne l'avait été de la mort du bœuf. Peu de temps après, les autres gélinottes se levèrent de nouveau à un demi-mille de distance, et 1l me pressa de tirer une seconde fois, et ensuite de les poursuivre à l’endroit où elles s'étaient reposées. Mais je ne me souciais pas de hasarder ma réputation, ou plutôt celle de mon fusil, qu'il était important de conserver, et d’ailleurs nous avions alors plus de vivres que nous n'en pouvions consommer ou emporier avec nous.
Nous continuâmes donc notre voyage, et nous arrivâmes à la hutte à sept heures du soir, juste à temps pour éviter une des nuits les plus orageuses que nous eussions encore éprouvées. Les coups de vent étaient si violens qu'ils balayaient toute la neige qui couvrait les montagnes, et menacaient de renv”rser notre petite habitation, ou de l’enterrer sous une pile de neige. Peu s'en fallut qu'ils n’y réussissent, tant était épaisse la couche de neige accumulée autour de notre hutte et par-dessus ; maïs elle était trop forte et trop solide pour céder à la violence du vent. Nous fûmes surpris ensuite d'apprendre que cet ouragan s'était fait sentir sur une si petite étendue de terrain , car on n'avait eu qu une brise modérée au vaisseau , qui n’était qu à quarante milles de distance.
Ayant réparé nos forces par une nuit de repos, je conçus l'espoir d'engager Pou-yet-tah à faire
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une seconde excursion vers la mer; mais nous eûmes d’abord à nous ouvrir un chemin dans la neige qui s'était accumulée autour de notre hutte à une hauteur de six pieds, travail qui nous occupa quatre heures. Quand enfin nous fümes libres, nous vimes que l'air était rempli de vapeurs, que le vent était encore trèsfort, et qu'il continuait à chasser la neige avec violence. L'aspect du temps n'était certainement favorable ni pour notre voyage ni pour aucun autre, et nos guides désiraient fort rester tranquillement dans la hutte. J'y aurais consenti si j'avais pu les déterminer à retourner avec moi à Aw-wuk-ioo-teak ; mais ils s'y refuserent prsitivement , et je fus obligé de renoncer pour le moment à ce projet
Je réfléchis alors sur l'incertitude du temps à cette époque de l'année, et sachant aussi que notreabsencedu vaisseau avait été beaucoup plus longue qu’on ne s’y attendait, je craignis qu’elle n'occasionât des inquiétudes sérieuses au capitaine Ross, d'autant plus que nous étions partis dans des circonstances qui rendaient douteuse la continuation de nos rapports d'amitié avec les naturels ; il était possible en outre qu'elle donnât lieu à quelques inconvéniens, surtout si le capitaine jugeait à propos d'envoyer une autre expédition à notre recherche.
A cesréilexions se joignait celle qu’il faudrait plusieurs jours pour explorer d’une manière
satisfaisante le bras de mer en question, ce qui ajoutait encore aux difficultés que je viens de signaler. Jerésolus donc enfin de retourner au vaisseau et d'attendre quelque meilleure occasion pourachever un examen tropimportant pour être fait légèrement. Connaissant la situation exacte du bras de mer, je pourrais y retourner sans difficulté, et même me passer de guide au besoin ; de sorte que, si je n'avais pas atteint l’objet que j'avais en vue, j'avais du moins gagné du temps pour l'avenir , en reconnaissant le chemin.
Nous partîimes donc à huit heures du matin.
Nos traîneaux étaient pesamment chargés, et par conséquent notre marche fut difficile et laborieuse. Quand la route devenait trop mauvaise, nous étions obligés de décharger les traineaux d’une partie de leur fardeau, et de les ramener ensuite à vide pour reprendre ce que nous avions laissé en arrière, continuant alors notre chemin du mieux que nous le pouvions, mais toujours avec lenteur.
Vers midi, nous vimes que Poo-yet-tah se séparait de nous, et conduisait son traineau vers la rive gauche du lac. Nous le suivimes, et l'ayant rejoint, nous apprîimes qu’il avait vu les traces de quelques bœufs musqués, et qu'il les suivait. Il montra un vif désir d’en tuer encore quelques-uns, et 1l m'engagea à faire une halte dans ce dessein. Ce désir était fort naturel en lui, et j'y aurais cédé volontiers, non-seulement
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pour Jui faire plaisir, mais pour procurer des provisions fraîches à notre équipage, si cela eût pu être de quelque utilité. Mais nous étions déjà chargés de plus de vivres que nous ne pourrions probablement en porter jusqu'au vaisseau, et l’état de la neige était tel qu’en supposant qu’un de ces animaux füt tué, nous ne pourrions l'y enterrer assez solidement pour le mettre à l’abri des loups et des gloutons. C'eût été ainsi tuer un pauvre animal sans aucun but, ou plutôt pour s’exposer au regret d’avoir à notre disposition une quantité de viande fraîche que nous serions obligés de laisser aux animaux carnassiers dont on voyait partout les traces.
Je refusai donc de marrêter en cet endroit, et J'essayai de persuader à mes compagnons de continuer notre route. Poo-yet-tah fit la sourde oreille et commenca à bâtir un hutte, disant qu’il y passerait la nuit. Il croyait évidemment que nous étions hors d'état de partir sans lui, et de retrouver sans guide la hutte où nous avious passé la nuit du 27, et que notre dessein avait été d’atteindre ce soirmême. Il est très-vrai que j'en doutais moi-même un peu; mais plutôt que de perdre une autre journée, je résolus de le tenter, d'autant plus que le temps commençait à devenir meilleur, et promettait d’heure en heure d’être plus favorable.
Ce fut à leur grande surprise que nos deux
guides nous virent partir sans eux; et Comme nous nous retournions de temps en temps pour voir s'ils ne changeraient pas d'avis, nous les vimes plusieurs fois interrompreleur ouvrage pour regarder quelle route nous prenions , et quels progrès nous faisions. Le choix du chemin fut certainement pour nous un sujet d'hésitation, et notre marche était loin d’être rapide. Les traces que nos pieds et les traineaux avaient laissées quand nous étions venus, avaient disparu; la neige qui était tombée, en s’accumulant danscertains endroits; le vent, en balayant celle qui couvrait la cime desmontagnes , qui nousmontraient alors leur tête noire, avaient tellement changé la face du pays, que je ne sus si nous étions sur la bonne route, jusqu'à notre arrivée sur les bords du lac Nap-pur-re-uk-ta-lig. Là je reconnus sur-le-champ la forme particulière de cette pièce d'eau , et je vis que nous ne nous étions pas écartés de beaucoup de la ligne que nous devions suivre.
Si nous n'avions fait que peu de progrès en proportion du temps que nous y avions mis et des efforts que nous avions dû faire, nous n’en étions pas moins très-fatigués, et la soif nousfaisaitextrémement souffrir. Nous fümes, en conséquence, obligés de décharger le traineau au milieu du lac, pour pouvoir atteindre la lampe à esprit-de-vin, afin de faire fondre de la neige, et quand nousnous fûmes rafraichis, uous nous remimes en marche,
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Il peut sembler étrange aux lecteurs qui ne connaissent pas ces contrées septentrionales d'entendre dire qu'en y voyageant, on souffre plus de la soif que de tous les autres inconvéniens réunis. Dans notre pays , la neige ne peut jamais être très-froide, la chaleur ordinaire du corps suffit pour la fondre ; on peut même y avoir recours pour suppléer au manque d’eau. Mais un fait que bien des gens ignorent, c'est que la température de cette substance est toute différente dans les régions polaires. Elle ne peut étre malfaisante dans un pays où le froid est rarement beaucoup au-dessous du point de congélation, et où presque jamais il ne passe vingt degrés. Mais il en est tout autrement dans un pays où la plus haute température de la neige pendant l'hiver est à zéro, et où elle tombe quelquefois de cinquante à quatre-vingts degrés au-dessous du point auquel on peut la faire fondre dans la bouche en Angleterre. Si ce corps n'était pas un si mauvais conducteur, il serait aussi impossible de le mettre daus la bouche, et même de le tenir dans la main nue, que si c'était un morceau de fer rouge. La neige produit cet effet remarquable d'augmenter la soif, au lieu de l’apaiser. Aussi les naturels aiment-ils mieux endurer la soif la plus cruelle que de chercher à la soulager en mangeant de la neige. Je ne connais pas assez la philosophie médicale pour expliquer ce fait ,et je ne sache pas qu'il ait