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effort, est un événement si rare, et ne dure que si peu de temps. Ce mode presque surnaturel de se mouvoir est aussi utile qu'’agréable pour les laitières de Hollande , qui peuvent porter ainsi leur lait au marché, rivales non-seulement des diligences et des bateaux à vapeur, mais des oiseaux et des poissons. C'est un charmant spectacle que de voir la glace en Suède et en Russie, les jours de fête, quand tout le monde est en mouvement sur la terre comme sur l’eau, et que l'eau et la terre ne
forment qu’un seul élément; quand toute la chevalerie des deux sexes ne pense qu’au moment présent, comme s'il n'y avait d'autre affaire au monde que d’écarter les soucis et les réflexions, et de tout laisser derrière soi, comme l'éclair qui traverse les régions de l’espace sans s'inquiéter de ce qui existe sous sa carrière brillante.
Mais nous, qu'avions-nous de commun avec tout cela? La vue de la glace était pour nous un malheur, un tourment, un fléau , une cause de dépit et de désespoir. Quand nous aurions pu faire le tour du pays montés sur des patins, ce n’eût pas été un amusement, car nous n'avions rien à y gagner. Nous n'avions pas d’émules pour nous disputer la palme, pas de société pour nous admirer, pas un motif d'émulation ou d'encouragement. Nous avions assez d'exercice forcé pour ne pas avoir besoin d'en chercher
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encore de facultatif; et la glace qui nous enchainait nous et notre vaisseau ; qui nous entourait , nous emprisonnait, nous tourmentait de toutes les manières possibles, pendant dix mois de l'année, nous était devenue si odieuse, que je crois que l'exercice que nous aurions pris en patinant aurait été pour nous une tâche pénible plutôt qu’un plaisir. Nous détestions la vue de la glace, parce que nous en détestions les effets ; et tout ce qui s'y rattachait, toutes les idées qui s’y rapportaient, nous devenaient haïssables.
Y a-t-il quelqu'un qui aime la vue de la neige et de la glace? il me semble à présent que j'en ai toujours douté, mais à présent je ne doute plus. L'idée de la glace peut suggérer des sensations agréables dans une jourmée chaude de juillet; la vue d’un glacier en Suisse, au cœur de l'été, a quelque chose de « rafraichissant, » je n’en doute pas. Je conviens aussi que la vue en est pittoresque, comme celle des sommets glacés des Alpes, surtout quand on les voit sous la teinte de rose du lever ou du coucher du soleil. Ce sont sans doute des beautés, beau- Lés plus attrayantes encore pour les spectateurs qui n'y sout pas acroutumés. Elles donnent un caractère au pays ; elles font partie d’un paysage général, qu'elles rendent plus piquant en y ajoutant le charme de la mouveauté. N'est-ce pas aussi un peu à l'éloge des glaces, que le voyageur puisse dire aujourd hui : « J'ai vu la
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1 Suisse ; J'ai gravi un glacier ; j'ai vu, du haut du
Mont-Blanc, le soleil se lever, tandis que la
terre sous mes pieds était encore dans l'ombre.
Oui, moi, aussi intrépide qu'entreprenant, j'ai
gravi le père de toutes les montagnes, tandis
que la crainte retenait en arrière les guides eux-
mêmes. Je l’avoue, vue ainsi, la glace est belle,
agréable, et devient sans doute un spectacle
récréatif pour les yeux.
: De même la neige fait les délices des écoliers.
\ N'avons-nous pas tous accueilli avec de grands
cris de joie la chute de ces flocons qui nous four-
nissaient de quoi faire des boules de neige pour
nous les jeter les uns aux autres, et de quoi
| construire Dieu sait quel colosse, paur le laisser
| fondreaux rayons du soleil, comme ce palais con-
| struit par la grande autocrate deRussie? n'est-elle pas l'emblème de la pureté et de l'innocence virginale; et ne pourrait-on pas dire encore beaucoup d’autres choses à son éloge? Mais en revanche, on peut lui reprocher de détruire l'effet de tout paysage, d'en faire disparaitre l’ensemble en confondant les distances, les proportions, et surtout l'harmonie du coloris ; en nous donnant une misérable mosaïque de noir et de blanc, au lieu de ces douces dégradations de teintes, et de ces combinaisons de couleurs que produit la nature dans sa parure d'été, au milieu des paysages les moins attrayans et les plus agrestes.
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Telles sont mes objections contre une vue de neige. L'expérience d’un jour suflit pour les suggérer. À plus forte raison devaient-elles se présenter à nous dans une misérable région où, pendant plus de la moitié de l’année, on n'a audessus de la tête que de la neige ; où l'ouragan a des ailes de neige, où le brouillard est de la neige, où le soleil ne se montre que pour briller sur la neige qui couvre la terre, quoiqu'il n'en tombe pas; ot haleine qui sort de la bouche se change en neige; où la neige s'attache aux cheveux , aux cils et à tous les vêtemens ; où elle remplit nos chambres, nos plats et nos lits, si nous ouvrons une porte pour donner accès à l'air extérieur ; où « le cristal liquide » qui doit étancher notre soif sort d’une bouilloire remplie de neige et suspendue sur une lampe ; où nous avons des sofas, des lits et des maisons de neige ; où la neige couvre le pont et le toit de notre navire, et forme nos observatoires et nos garde-manger ; enfin où la neige, quand elle ne pourrait plus nous être d'aucun autre usage, servirait à former nos cercueils et nos tombes.
Ne voilà-t-1l pas plus de neige qu'il n’en faut pour suffire à l'admiration ? N'est-il pas pire encore que , pendant dix mois de l'année, la terre ne soit que neige, glace et verglas ; et que pendant l’année tout entière on ait toujours sous les yeux cette neige éternelle, odieuse et tour-mentante ? Qui plus que moi a admiré les glaciers