‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 91 sur 121 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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du Nord? Qui plus que moi a aimé à contempler ces montagnes de glace venant du pôle, poussées par la marée et par le vent, voguant sur l'océan pendant la tempête comme par un temps calme, semblables à des tours , à des chàleaux et à des rochers, brillant des plus riches couleurs, et magnifiques , quoique souvent capricieuses dans leurs formes ? N'ai-je pas aussi trouvé quelque chose de sublime dans les mugissemens d’une mer pleine de montagues mobiles qui s’entrechoquaient et se brisaient avec un bruit semblable à celui du tonnerre; et n’ai-je pas senti que la nature ne pouvait faire davantage ? Il y avait dans tout cela des beautés, des horreurs, des dangers, capables d’exalter l’imagination , et de porter l'enthousiasme d'un poète presque jusqu'au délire. Mais voir et sentir la neige et la glace, et rien que neige et glace, pendant tous les mois d’une année ; avoir le même spectacle, éprouver la même sensation pendant tous les mois de quatre années consécutives, voila de quoi faire de cette éternelle vue un de ces supplices dont le souvenir ne peut jamais s'effacer de la mémoire.

On ne voyait alors aucun espace d’eau libre du haut des montagnes. La température moyenne était de 32°, cependant je dois ajouter, pour être vrai, qu'il ne gelait pas au soleil, Le 16 ne nous fut pas plus favorable, et le samedi nous laissa comme il nous avait trouvés. Notre

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journal n'offre qu'une circonstance bien peu importante à rapporter , mais c'était beaucoup quand nous n'avions pas autre chose à remarquer; nous avions tué cette semaine beaucoup de gélinottes. Dans une vie comme la nôtre , la prise d’une souris arctique devenait un événement ; et puisque l'usage du navigateur aujourd'hui est de tout dire, et d’écrire sans matériaux, que pouvions-nous faire autre chose que de suivre la mode et de nous conformer aux usages établis ?

Le dimanche me dispense de rien dire. Tout 18 ce que me fournit le lundi, c'est que nous nous 19

occupâmes à scier la glace nouvellement formée autour du navire, de crainte que les masses extérieures ne la missent en mouvement. Ce fut pourtant ce qui arriva en dépit de nos précau-

tions. Les grosses glaces hors de la baie opérèrent 2

une pression le lendemain, mais sans nous causer aucun dommage.

Le vent fraichit le 21, et passa au nord, ce 21

qui mit les glaces en mouvement, mais elles restérent stationnaires à l'entrée du havre, de sorte

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les anciennes glaces sortirent de la baie , inaïs la nouvelle y resta et couvrit en masses énormes toute la surface de la mer. L'on ne voyait sur la terre que de la neige, de sorte que nous y étions dans une situation pire que jamais.

Le 23, nous pûmes conduire le vaisseau jus- 98 sep

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qu'au bord des glaces extérieures, dans l'espoir quele lendemain pourrait favorisernotre évasion. Mais le lendemain fut un nouveau désappointement. Il nous restait, comme à l'ordinaire, l’espérance, si l'on peut donner ce nom à ce qui n'était qu'un désir. Quant à présent, nous étions « claquemurés et sous bonne garde. » Je ne sais qui de nous pouvait s'attendre à quelque chose de mieux ; mais si quelqu'un fut assez simple pour cela, il dut être cruellement décu.

Le seul avantage que nous procurérent un ouragan et la neige qu’il chassait , fut de nous empécher de perdre notre temps à espérer et à alculer l'avenir ; car on ne pouvait rien voir, nous ne pouvions même faire une conjecture.

Le ciel étant serein le jour suivant, nous eûmes du moins la certitude que les glaces étaient aussi serrées qu’elles pouvaient l'être. C'est quelque chose dans la vie que de ne pas se fatiguer à espérer. Un coup de vent qui eut lieu le 28 ne pouvait guère avoir amélioré la situation des choses ; mais, quoi qu'il en fût, il tombait tant de neige, qu'elle ne nous permettait de rien distinguer. Pendant ces derniers jours, le thermomètre , dans la nuit, avait varié de 16° à 30°. Les deux suivans ne changèrent rien à notre position , et la fin du mois nous trouva exactement dans la même situation, seulement la perspective de notre délivrance diminuait chaque jour,

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Je puis même dire, avec vérité, qu'elle avait disparu. Il était impossible d'espérer que nous pourrions avancer davantage dans un pareil hiver , et sortir des masses de glace agglomérées autour de nous ; ce qu'il y avait de plus affreux encore, c'est quil semblait probable que nous ne pourrions jamais en dégager le vaisseau, et que nous serions forcés de l'abandonner , avec tout ce qui était à bord.

Cette crainte, évidemment exagérée , était comme beaucoup d'autres qu'ont les hommes dans la vie ordinaire. Nous redoutons les événemens malheureux, ou plutôt, nous nous imaginons, je crois, que nous les redoutons, et à force d’eu parler et d’en raisonner, nous finissons par nous persuader qu'ils doivent réellement arriver ; tandis que notre jugement plus calme, dans la solitude de nos pensées, à moins qu'il ne s'agisse d’un hypocondre voyant tout en noir, nous dit que les probabilités sont en notre faveur ; que le malheur que nous nous imaginons craindre n'aura jamais lieu, et que quelque circonstance imprévue nous tirera daflaire , comme nous nous en sommes déjà tirés. C'était ainsi que nous étions partagés entre la crainte et l'espérance ; nous nous livrions d'avance au désespoir ; et nous {lattant ensuite d’un avenir tout différent, nous nous voyions déjà, hors de tout danger, triomphans, de retour dans notre patrie, et y racontant ce que nous avions

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