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craint, ce que nous avions souffert, ce que nous avions tenté de faire, et ce que nous avions fait.
L'uniformité de notre journal donne à l'ensemble de ce mois une apparence de tranquillité, comme si tout se füt passé dans l’ordre habituel ; comme si nous eussions été tous, comme le vaisseau, dans un état de paix parfaite. Le journal de tout ce qui roulait dans notre esprit aurait été bien différent; mais qu'est-ce qu'un journal de craintes et d’espérances, se succédant d'heure en heure, pour ceux qui ne peuvent les sentir ; un journal de regrets, qui, en y réfléchissant, ne nous laissaient cependant rien à nous reprocher; enfin un journal de ces inquiétudes qui ne connaissent pas le repos?
La manière dont ce mois se termina produisit sur l'esprit de nos hommes un effet visible, parce qu'il était tout naturel. Lorsque nous étions sortis de notre dernier havre, chacun d'eux songeait déjà aux trois ans de paie qui lui étaient dus; il se voyait déjà de retour en Angleterre et réuni à sa famille et à ses amis; et cette attente trompée produisit un accablement profond. Peut-être n'étaient-ils pas moins impatiens de raconter leurs aventures , car plusieurs d'entre eux avaient tenu un journal. Mais pour le moment il valait mieux ne pas fixer leur esprit sur ces objets par des discussions prématurées. Le temps de déterminer ce que nous
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devions faire, et de travailler à l'exécuter, devait arriver avant peu.
La température moyenne du mois qui venait de s’écouler avait été plus basse de six degrés que celle de septembre 1829, et de quatre degrés que celle du même mois de 1830. Les points extrêmes atteints par le thermomètre dans le même mois de ces trois années , étaient les sutvans :
Plus haut point. Plus bas point.
1829. 400 au-dessus de zero. 17° au-dessus de zéro. 1830. 43° 5° 1831. 36° 6°
La comparaison du temps est plus remarquable. En 1829 il y avait eu des tempêtes qui avaient rompu la glace, qui l'avaient poussée vers le sud, et qui nous avaient ainsi permis de naviguer sur cette mer à la même date. Le même temps avait eu lieu en 1830, et il avait produit les mêmes effets, de sorte que si nous avions été à cette époque dans la position que nous occupions maintenant, nous aurions pu mettre à Ja voile même le 5 octobre. Mais en 1831, septembre avait été un mois généralement tranquille ; il n'y avait eu qu'un seul ouragan, et cela dans les derniers jours; et comme le vent avait été principalement à l'est, le blocus de la terre et de la mer par les glaces avait été
complet. On ne voyait pas un pouce d'eau libre, et toute la terre était couverte de neige.
Notre situation présentait le mélange ordinaire de bien et de mal. Nous étions hors de la route suivie par les animaux dans leurs migrations ; il n’y avait aucune rivière dans les environs, et nous n'avions vu aucun poisson dans les petits lacs dont nous étions voisins. Aucune de ces sources ne pouvait donc nous fournir des vivres, et nous ne pouvions compter sur les naturels, car l’intervalle qui les séparait de nous était rempli de glaces impraticables. Si nous avions l'aspect du sud, il était borné par de hautes montagnes qui abrégeaient les visites déjà trop courtes du soleil. Notre havre était sûr, beaucoup trop sûr même, car le vaisseau ne pouvait pas plus remuer que s’il eût été solidement scellé dans la terre et entre quatre murailles.
Le premier de nos soins à l'avenir devait être d'économiser nos provisions et principalement nos combustibles, et surtout de faire la plus grande attention à la santé de nos hommes. 1] fallait soutenir leur courage autant qu'il était possible ; et des motifs de consolation pouvaient leur être offerts, quoiqu'ils dussent agir diversement sur les différens caractères dont se composait notre équipage. Nous étions réellement en mesure de retourner en A ngleterre ; nous avions déjà fait quelques progrès ; et il n’y avait pas de
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raison pour supposer que nous ne pourrions pas linir ce voyage l'année suivante. Les restes des provisions de la Furie étaient encore à notre disposition, et si nous étions forcés d'abandonner le navire, il nous restait des barques pour nous conduire dans le détroit de Davis. Là nous pour-rions trouver quelque bâtiment baleinier, ou
gagner les établissemens danois du Groënland.
Si d'autres paroles d'encouragement furent encore prononcées, elles n’eurent que le résultat ordinaire : ceux qui conservaient quelque espoir n’en espérèrent pas davantage, et ceux qui se livraient au découragement n’en désespérerent pas moins.