CHAPITRE XLVII
Journal d'ectobre, novembre et décembre. — Résumés de ces mois — Fin de 1831.
(et. Le temps fut calme le samedi, et il fit du
brouillard ; il fut à peu près le même le dimanche. Le lendemain nous vimes les glaces en !wt. mouvement en pleine mer. Le jour suivant, nous trayaillâmes à couper la glace pour mettre le vaisseau dans une meilleure situation , et nous démontâmes le gouvernail. Nous eûmes du vent ot. Je 5, et les glaces commencèrent à marcher vers le nord, laissant un espace de mer libre à environ un mille du vaisseau. Nous coupâmes des canaux dans la nouvelle glace , afin d’être prêts à partir si elle s'ouvrait davantage; mais il survint un calme dans la soirée, et tout resta dans le même état.
6, 7«s8 Les trois derniers jours de la semaine, la tem- "*° pérature fut de 16° à 19°, ct le temps fut trèsvariable. Le samedi, une brise du nord ouvrit un espace d’eau libre en pleine mer. Ce fut tout ce qui marqua la première semaine d'octobre.
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Le dimanche ne fut remarquable que parce ? «1. que le thermomètre descendit à 8°, ce qui couvrit de glace le peu d’eau libre que nous avions vue la veille. Le lundi, nous commencâmes 10 ot. | à défuner le navire : c’eüt été s'abuser que | d’affecter des espérances en tardant plus longtemps. Nous nous mimes donc à construire un #4 «t.
EL observatoire sur le rivage, et à préparer notre habitation pour une autre année, quelle que füt cette habitation.
Il y eut peu de remarques à faire sur le temps 12,13 et t du pendant les trois jours suivans. Nous nous Les than: occupâmes à décharger le vaisseau, et à porter S en à terre tout ce qui s’y trouvait. Nous l’entouant, râmes d’une double chaîne. Notre intention était ettre de finir par le couler à fond ; ou pour mieux nous dire, comme il semblait devoir couler bas de vent lui-même avant peu, par suite des voies d’eau cher qui s’y trouvaient, nous voulions laisser les re à moyens de le relever , si quelque vaisseau venait »s des FA par la suite à l'endroit où il serait ainsi déposé , à prêts l'abri des vents, et des vagues , des glaces et des
sur- | Esquimaux. Je n’ai pas grand'chose à dire pour
dans justifier cette précaution; car il était probable
| qu'un autre navire n'arriverait pas plus tôt dans tem- È la Boothia Félix, qu’un printemps accompagné de très- roses. C'est peut-être l'éducation que nous recesvrit | vons dans notre enfance, ou je ne sais quelle autre
tout cause , qui nous porte à faire des efforts pour
€. ! empêcher que rien ne se perde ; et à conserver,
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comme nos grand’mères, quelques vieilleries , en attendant qu'un avenir incertain les rende utiles à quelque chose, si nous vivons jusqu'à cette épopue problématique, ce qui, je crois, n'arrive pas très-souvent.
Ayant bien assuré cette chaîne, nous portâmes les ancres à terre, et nous placâmes ces barques sur la glace, sens dessus dessous. Nous commencâmes à couvrir le vaisseau d’une banne, et la semaine se termina , le thermomètre étant à 10°. Nous vimes encore une ligne d’eau libre vers le nord, mais nous ne la vimes plus qu'avec des yeux indifférens. Eau libre ou glace, c'était la même chose pour nous: il n’était que trop certain que nous étions fixés en ce lieu pour tout l'hiver. En d’autres temps, en d'autres voyages, une telle vue offrait plus que de l'espérance; mais il y avait long-temps qu’elle ne nous présentait plus que l’eau de Tantale, et même encore moins; car la certitude du désappointement avait tellement paralysé tout espoir, que nous étions même à l’abrides tourmens de l'inquiétude. Tout nous était devenu indifférent ; nous étions chargés de chaînes que rien ne pouvait rompre, et nous avions cessé d'espérer comme de craindre.
Le temps fut variable le 17, et beau pour la saison , quoique accompagné de neige par intervalles ; la température alla graduellement en descendant. Elle atteignit zéro dans la nuit du jeudi, et descendit même, pour la première fois, à deux
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degrés au dessous ; il régnait alors un vent du 201 nord impétueux , qui amena de la neige. Nous eûmes pendant tous ces jours à travailler à nos arrangemens d'hiver, ce qui fut heureux pour nous; car le travail seul pouvait nous empêcher
de nous livrer au désespoir.
Le maximum de la température le 21 fut 2°21 ct
au-dessous de zéro : degré très-bas pour ce mois,
comparé aux deux années précédentes. Le len- 22 oct.
demain le thermomètre descendit à 14°; il
remonta de quelques degrés le jour suivant, et 25 «1. tomba à 23° le lundi. On avait vu et tué quel- 21 o«t.
ques lièvres et quelques ptarmigans, et l’onavait remarqué les traces d’un glouton. Une partie de nos occupations fut de continuer la reconnaissance de l’endroit où nous étions, afin de compléter notre carte, et de prendre la hauteur des montagnes. Si notre ouvrage n'est pas aussi exact que minutieux , ce n’est certainement pas le temps qui nous a manqué.
Il y eut un ouragan le 25 , et il fut si violent 25 «+.
qu'il mit en pièces la toile de notre banne, qui nous avait alors rendu d'assez longs services. Nous ne pümes même essayer de la sauver, attendu le danger qu'il y aurait eu d'exposer nos
hommes à un pareil froid. Le 26, le vent passa 26 or.
au sud , et quand nous pûmes regarder en dehors, nous vimes qu'il avait balayé la neige des mon-
tagnes. Î] varia souvent pendant le reste de la 27:2*°et 29 oct.
semaine, et la température resta à peu pres à
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zéro. Le rétablissement d’une banne donna de l'occupation à tout l'équipage.
Le dimanche le temps fut beau, mais le thermètre descendit à 7° au-dessous de zéro. Nous vimes deux rennes sur les lacs, un peu contre notre attente. Le lundi fut remarquable en ce que la température varia entre 11° au-dessousde zéro et 17° au-dessus.
Le résumé de ce mois n'offre ni importance ni intérêt. Nous avions fait quelques préparatifs pour couler le navire à fond au printemps suivant, comme je l'ai déjà dit, dans le projet de gagner par terre, à l'aide de nos barques, l'endroit où étaient déposés les restes des provisions de la Furie. A l'exception des vivres et des autres objets qui nous étaient indispensables , tout ce qui se trouvait sur le navire avait été porté à terre , et les deux barques avaient été placées de manière à ce qu'on püt travailler endessous à construire des traîneaux.
La température avait varié de 22° au-dessus de zéro à 23° en-dessous. La moyenne avait été de 8° au-dessus de zéro, et les deux extrêmes, 29° en-dessus et 23° en-dessous. L'épaisseur de la glace de la mer le 31 était de dix-neuf pouces, et celle du lac de vingt-deux.
Il n’y avait rien de nouveau à dire sur la santé de l'équipage.
Les cinq premiers jours de novembre n'offrirent aucun changement remarquable. Nos hom-
de mes furent occupés à entourer le vaisseau de neige, à construire des observatoireset àexécuter her- | tous les autres travaux des années précédentes. Vus Le plus haut point du thermomètre fut 20° autré dessus de zéro, et le plus bas, 2° au-dessous. Le 6 ner. Se dimanche , il descendit à 16° dans la soirée, et nidé à 17° à minuit. Le temps nous parut très-froid ; nous n'étions pas encore suffisamment endurcis déni contre ce nouvel hiver.
Hit J'ai déjà parlé de cette faculté qu'ont les hom- -mps mes de s’habituer aux diverses températures du rojet globe ; et chaque saison de la longue résidence ques, que j'ai faite en ce pays a servi à me convaincre roule encore plus de la vérité de mes observations sur “dei ce sujet. Ce n’est pas mon affaire d'expliquer le bles , fait ou d'en assigner les causes. Pourquoi les L été physiologistes , qui savent tout, ne nous appren- L été nent-ils pas quelle est cette cause, et ne nous L'aE donnent-ils pasdu moinsune théorie quelconque, s'ilsne peuvent faire plus? J'ai vu la même chose ssus | sous toutes lestempératures ; dans les Indes orient été | tales et occidentales, en Suëde, à l'extrémité du nes | nord de l'Amérique , sous la ligne équinoxiale et r de au-delà du cercle polaire arctique. Cependant ices, je ne sais comment croire que ceux qui reviennent des Indes orientales ou occidentales en Ananté gleterre , supportent le premier hiver mieux que le second; parce que, comme ils se l'imaginent, NA unerésidence de quelques annéesdans les régions
hom- tropiques les a si complétement échaulflés, qu'un
latahh-m ins
an de refroidissement leur est nécessaire pour sentir la différence de température. Mais ja langue accomplit encore de plus grandes merveilles. Cela a été dit une fois; ils l'ont entendu dire , et ils le croient, comme certaines gens croient aux revenans et à beaucoup d’autres choses , sur la foi de leurs nourrices.
aut2 La semaine suivante se passa d’une manière M aussi uniforme que peu intéressante. En général, le temps fut doux, comparé à celui du dimanche précédent. Cependant, le lundi, le thermomètre descendit à 19° au-dessous de zéro ; il remonta alors graduellement, arriva le 10 à minuit à 17° au-dessus de zéro, redescendit dans la journée du samedi à 2° en-dessous , et remonta pendant la nuit à 5° en dessus. Nos travaux ordinaires, nos observations , l'exercice, la chasse, continuërent comme de coutume, et nous avions grand besoin de tout cela.
“auty Pas la moindre nouveauté ne signala les jours “y. de la troisième semaine de ce mois. Le temps changeait plusieurs fois par jour, mais il n’était jamais très-mauvais. Au total, il commencait à faire plus froid. Le plus bas point du thermomètre à minuit fut 20° au-dessous de zéro, et dans la journée du jeudi, il monta jusqu’à 17° au-dessus. Le pont avait été couvert de neige comme les années précédentes, pour nous préserver de la rigueur de l'hiver, qui était alors complétement arrivé.
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iniere réral, anche métre nonta tàa 17° urnée ndant aires,
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jours temps r'était cait à ermoo, et ‘à 17° neige s préalors
S'ilyeut quelquedilférenceentrecettesemaine 9, ,, 2
et la précédente , c'est que le froid se fit sentir davantage , par suite des brises du nord, qui furent tres-fréquentes. Cependant le thermomètre fut toujours plus élevé, carfil ne tomba jamais plus bas que 18° au-dessous de zéro, et il resta presque constamment entre 7'et 8°. Alors, pour la première fois, un de nos hommes se trouva sérieusement menacé de scorbut , et je dois faire quelques observations à ce sujet.
Tous ceux qui lisent des voyages savent combien d’expéditions maritimes cette fatale maladie a fait avorter ; combien de fois elle a mis hors de service des équipages entiers, et combien d'hommes en ont été victimes. Il suflirait, pour preuve de ces faits, de lire le voyage de lord Anson. On sait aussi qu'elle a attaqué avec une rigueur particulière les équipages des navires qui faisaient voile dans les mers du Nord , et non-seulement les hommes qui étaient sur mer, mais même ceux quiavaient passé l'hiver à terre sur les côtes septentrionales, comme ne le prouve que trop la catastrophe si connue arrivée à l'équipage d'un navire hollandais.
Le caractère du pays et la nature des alimens expliqueront suflisamment ce dernier fait à ceux qui ont des connaissances en médecine ; je n'ai donc pas besoin d'appuyer sur les détails. I] est vrai que , depuis le temps de Cook , on a pris, dans la marine royale et marchande, de plus