‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 94 sur 121 · TR · texte numérisé non relu

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nov.

grandes précautions, qui ont considérablement diminué l'intensité de ce fléau. Cependant nous étions placés dans des circonstances telles, qu’on ne pouvait espérer que, malgré tous nos soins , nous y eussions résisté si long-temps.

Néanmoins, l'événement que je viens de rapporter était la première apparition réelle de cette maladie redoutable ; et la suite de la relation , jusqu’au moment où nous quittâmes ce pays, après une détention de quatre années, qui ne furent presque qu'un long hiver d’une rigueur sansexemple, prouvera qu'elle n'attaqua jamais très-gravement notre équipage, et que, presque sans exception, elle ne causa de mal sérieux à personne.

Que ce füt le résultat des soins qu’on prit pour en prévenir les attaques, c’est ce dont on ne saurait douter. Jusqu'à quel point cet effet est dû au commandant de l'expédition, c'est ce :

qu'il ne me convient pas de dire. Mais un fait constant , c'est que ces soins furent pris; et ils furent partagés par d'autres que moi, sans quoi cet heureux résultat n'aurait pu s’obtenir. Il faut d'abord faire attention que nous étions totalement privés d’un des moyens les plus connus et les plus eficaces pour prévenir et guérir cette maladie, puisque ce pays ne produisait aucune nourriture végétale, et que nos hommes ne pouvaient apprendre à boire de l’huile de poisson , que je crois être un anti-scorbutique fourni par

la nature aux habitans de ces régions glacées. I] est tout aussi vrai qu’une grande partie de nos provisions consistait en viandes salées; et si nous trouvions de temps en temps des ressources dans le poisson frais que nous fournissait le pays, dans la viande conservée, le vinaigre, le sucre et le jus de citron dont nous étions pourvus, je doute que ces ressources, dont l'insuffisance a été si souvent prouvée, eussent pu maintenir la santé de notre équipage si long-temps et dans un pareil climat.

Il fallait donc quelque chose de plus, et nous l'obtinmes au moyen des précautions dont je vais parler , pour l'utilité de ceux qui pourront naviguer à l'avenir sur ces mers. Ceux qui font la péche de la baleine dans les mers du Sud disent que le manque d'eau étant une des causes les plus fréquentes de scorbut, ils préviennent cette maladie en en fournissant abondamment à leurs équipages. Nous les imitions à cet égard, quoique, pour la plupart du temps, nous ne pussions nous procurer de l’eau qu à l’aide d’une chaleur artificielle. Dans la même vue, nous ne souffrions jamais que nos gens conservassent leurs vêtemens mouillés ; et les moyens que nous avions pris pour échauffer leur habitation dans l’entrepont, et pour en bannir toute humidité, y maintenait la salubrité de l'atmosphère.

En outre, il était rare qu'ils restassent assez long-temps exposés au froid pour en souffrir

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beaucoup, car nous savions parfaitement que le froid excessif engendre une débilité qui tend à produire la maladie en question. Sachant, d’une autre part, combien l'exercice était utile pour la prévenir, j'avais grand soin de les tenir constamment occupés ; et quand le temps ou le repos du dimanche s’y opposaient, j'avais soin qu'ils se promenassent pendant un certain nombre d'heures sur la terre, ou, si cela était impraticable, sur le pont du navire, où ils étaient parfaitement à l’abri de toutes les injures des élémens.

Enfin , et j'en parlerai comme d'une dernière précaution, nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour les empécher de s'occuper de leur situation fâcheuse et de se livrer au désespoir, et je puis dire que nos efforts ne furent pas sans succès. Je citerai pourtant encore, d'abord la diminution, et ensuite la suppression totale des rations de liqueurs spiritueuses , et je ne doute guère qu’en retranchant ce faux et pernicieux stimulant , je n’aie écarté une cause qui, si elle n’engendre pas directement le scorbut, prête du moins son aide à celles qui tendent à faire naître ce fléau.

Telles sont les remarques que j'ai jugé utile de faire sur ce sujet. Si elles ne contiennent pas les véritables causes qui nous ont préservés de cette maladie, aucune autre, du moins, ne s’est‘ présentée à mon esprit. Mais quand même j'au-

a rais commis quelque méprise à cet égard, je puis | dà du moins invoquer les faits. Nous avons été presque entierement exempts de ce mal pen-

une ; + ne dant un très-long espace de temps , ét même à vo l'époque la plus facheuse, nous 11 En AVONS soufos fert que fort peu. Enfin , Jai ramené en Anglecu terre un équipage qui, en même temps quil ce n’a eu que peu de motifs de se plaindre pendant pra- son séjour dans cet horrible pays, n'a aujouree d’hui aucune raison de regretter les rigueurs re du climat qu'il a bravées, ou les souffrances qu'il a enduürées.

ie Le thermomètre étant alors à 20° au-dessous 27 su 0 ee de zéro, et la brise étant très-fraîche, nos hom- . per vies ne purent aller se promener à terre après k dés- l’oflice divin. Le lundi, la température tomba 1H En à 30° » et le mardi à 40° au milieu de Ja journée. à “+ d'a- Le point le plus bas, pendant ces 4 Journées , ji us fut 42° au-dessous de zéro. Nous avions passé jN etje encore une fois le point de congélation du mer- 1! | et cure ; mais le temps étant calme, nos hommes ji PE purent aller se promener hors du vaisseau. L’é- f! Rise paisseur de la glace sur la mer, à la fin de ce sa mois , était de deux pieds neuf pouces.

A l'exception de quelques jours , ce mois avait tile été assez doux , le ciel, en général, ayant été pas couvert : fait qui suffit pour expliquer cette cir-

ks de constance , comme le sait aujourd'hui quicondot que connaît la théorie de la chaleur. Quant à

+7 nous, nous avions acquis assez d'expérience pour pau

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redouter unciel pur et serein,etindépendamment de toutes les connaissances que nous pouvions avoir sur la radiation de la chaleur , nous avions appris à attacher assez de prix à un ciel couvert de nuages, pour désirer vivement le cœlum nubibus fœdum de notre chère Angleterre; et nous cessions souvent de regretter les brouillards épais qui nous couvraient,—du moins quand ils ne nous empéchaient pas de voyager, — sachant bien et sentant encore mieux qu’à peu d’exceptions près , trop connues pour qu'il soit besoin de les rapporter , ils contribuaient à entretenir la chaleur.

La température moyenne de ce mois fut plus élevée de 9° que celle de novembre 1830, et de 5° que celle du même mois de 1829 ; mais il se termina beaucoup plus rigoureusement que dans aucune de ces deux années.

. Nous avions perfectionné la manière de couvrir letillac, en mettant une couche de sable sur celle de neige, ce qui empéchait que la chaleur de l’entrepont ne la fondit. D'autres améliorations, suggérées par l'expérience, avaient été introduites dans nos arrangemens intérieurs.

La ration de pain avait été nécessairement diminuée, celle de viande salée avait été aussi réduite ; cependant , malgré cette dernière réduction, malgré l’usage de la bière d'épices , six de nos hommes furent légerement attaqués du scorbut ; mais le jus de citron empêcha les

progres du mal : le découragement paraissait avoir disparu.

Nous avions fait très-peu d'observations sur les corps célestes, à cause de l’état du ciel, presque toujours couvert , mais nous avions continué à en faire sur le magnétisme et d’autres objets. La chasse avait été beaucoup meilleure que nous ne nous y étions attendus, et nous avions tué un assez bon nombre de lièvres , de gélinottes et de perdrix blanches.

Le premier décembre fut un jour très-froid ; 1 ax.

la température tomba à 41° au-dessous de zéro: il en fut de même le lendemain.

Le 3, à six heures du matin, un coup de 3 qw.

vent du nord menaça de détruire encore une fois la banne qui couvrait le vaisseau, et ce ne fut pas sans difficulté que nous réussimes à la sauver. Le

vent prit encore plus de force le dimanche; il 4 dé.

chassait la neige avec violence; et dès que nous pümes distinguer quelquechose, nous vimesqu’il l'avait balayée sur toutes les montagnes, et qu'il en avait rempli les vallées. Îl ne se modéra que

le lendemain soir, et le thermomètre remonta 5 «x.

à 6° au-dessous de zéro.

Le temps devint calme et beau le 6, et je 6 duc.

montai sur le sommet d'une montagne dont j évaluai la hauteur à environ mille pieds ; de là, je fus surpris de voir le limbe supérieur du soleil passant dans l’azimut. 1] avait disparu astronomiquement le 25 novembre, et aucune réfrac-

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