‹ Relation du voyage de Charas en EspagneChapitre 10 sur 13 · L. G. TORAUÜË · texte numérisé non relu

L. G. TORAUÜË

sont entrés au service de l’In .uisition. Ce n’est pas la coutume c.es Inquisiteurs d’emprisonner et de faire le procès à ces personnes qui n’ ont rien ; nais ■ de s'attacher uniquement à celles qui ont beaucoup de bien , à quoi ceux des Juifs qui en ont sont ordinairement fort sujets* et co e le seul Judaïsme ne pass^ pas parmi les Inquisiteurs pour un prétexte suffisant à les rendre bien criminels, ils ne manquent pas de les accuser Ce quelques paroles ou actions scandaleuses contre notre Seigneur Jésus-Christ ou contre la Sainte Vierge. Lee Inquisiteurs, en saisissant les personnes;, ne manquent pas c e se saisir en mène teins des papiers et de tous les effets tant con- ; nus et visibles, soit roubles, soit 1,. eu oies, que ca c hé s ou révélés, ou découverts par le eyen des papiers ou des grandes recherches gù’ils en font. Ce qui fut cause que quelques uns de mes amis Ecclesiastiques de Lugo, sçaehant qu’on ’avoit enlevé une lettre qui mdiquoit cinquante pittôles que j’avois à Bétances chez un ami, me dirent à l’oreille que ces pistoles ser/oient mon plus grand crime et la cause qu’ils n’oublieroient rien pour me faire paroître criminel, ne posant en fait que tout leur but est de s’emparer du bien de ceux qu’ils accusent, et c e perdre ou ce flétrir leurs personnes pour s’attribuer la confiscation de tout ce qu’ils ont: ce que je reconnois très véritable en tout leur procédé pendant ma détention dans leur Tribunal, ou les suites m’eussent été bien plus funestes nonobstant ma grande innocence, si ce qu’ils découvrirent de mes effets eut etc 'lus considérable,

et si je ne leur ausse fait connoîxre que je vouloir emt>rasser leur religion, ou s’ils n’eussent appréhendé que quelque Puissance ne les obligeât a r.e relâcher. Ils ont un fort grand nombre de prisons dans l’enclos ce leur Inquisition, et à suffisance pour donner à chaque accuse sa prison; elles sont "arquées par n° au clés sus de la porte, et la mienne étoit marquée 28; elles sont aussi disposées de sorte que les prisonniers ne peuvent se voir ni entendre l’un l’autre, et les ordres si bien donnés, qu’en n’y peut rien savoir de tout ce qui se fait dans le : onde. J’appris d’un des Alcades qu’il *’y avoit vu à la fois soixante-un Juifs ajant chacun leur prison séparée, et sans qu’ils puissent avoir aucune corn unication les uns avec les autres, dont je ne doutois point, vu que je ne vis ni n’entendis jamais aucun prisonnier pendant toute ma détention. Ils contraignent les prisonniers à se servir eux-mêmes, et d’aller vuicler eux-mêmes chaque cinquième ou sixième jour, leurs excrémens • dans un cloaque qu’ils ont en bas, tandis que quelqu’un des Alkades les accompagne de l’oeil. Quoique 1? inquisition d’Espagne soit estimée moins rude que celle de Portugal, elle ne laisse pas de faire brûler vives les personnes qu’il lui a plu ce faire cor damner par le bras séculier, après en avoir instruit secrètement euk-m&Ses le procès, et sans aucune contation de. té ont île supprii ent mène le

nom cour ne les embarrasser, et afin ou’il* donnent d’autant plus librement leur témoignage, et que l’ac ousé ne puisse recourir a aucun droit ce récusation contre eux- a quoi on ajoute que s’ils -n’en usaient

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ainsi,ils ne trouver oient jasais aucuns témoins.

Cette inquisition n’est soumise qu’au Souverain Pontife; et la ou il a pu l’établir, elle y est non seulement indépendante des Rois .et des Princes et de leur justice; mais elle pr .tend qu’à la réserve du Pape, il n’y a point ce Souverain qui ne soit soumis à sa juridiction, dont les Inquisiteurs firent voir une preuve notable peu de temps après l’arrivée de la dernière Reine d’Espagne a Madrid; lorsque voulant régàler leu s Majestés du triste spectacle ce vingt un Juifs ou Juives vu’ilc dévoient faire conduire tous embaîllornés, de peur ou’cn n’entendît leurs plaintes, et brûler ensuite ; vifs, en un lieu hors de la Ville destiné à cela. Ils y firent dresser deux échaffaux contigus, l’un plus relevé que l’autre, et ayant choisi le plus haut pour leur viège, ils réservèrent le moins haut pour le Roi et la Reine au grand étonnement des assistai, et surtout des étrangers qui s’y trouvèrent et qui jugèrent- bien que les Inquisiteurs avoient affecté cela pour faire voir que le Roi et la Reine étoient sujets a leur Juridiction de même que tous les autres. J’ai dit avec raison que l’Inquisition n’est oue là

où le Pape a pu l’établir, vu qu’elle n’est ien dans sa force que dans l’Espagne et dans le Portugal, et dans les oays Amérique ins qui en dépendent, tels que sont le Pérou et le Brésil,, ais il faut remarquer que le Royaume de Naples, ni les c.ix-sept Provinces ce la Flandre, quelques sujettes u’elie. ayent étc, ou qu’elles puissent être encore aujourd’hui au moi c'Espagne, n’ont jamais voulu se soumettre à l’Inquisition qu’elle est fort modérée dans les Etats d’Italie qui •

3 'y sont soumis et G e même clans Rome, que Venise ne la voulut souffrir m’a condition de connoître en première (Instance le crime des prévenus, et que l'Inquisition ne pourrait s'en saisir que lorsque la Justice ordinaire les ayant reconnus.coupables, elle les lui aurait livrés. Il faut, dis-je. remarquer qu'il a été mpos-ible au Pape de l'établir ni en Angleterre ni en France, ni dans aucuns autres Royaumes ni Etats de toute la Chrétienté, et que l'horreur qu'on en a eue n'a pas peu contribué à la grande reforme que Luther et Calvin ont faite dans l'Eglise, et à ce qui est arrivé que plusieurs Royaumes entiers, et des autres en partie, ont embrassé et préféré la doctrine de l'un ou de l'autre à celle du Pape qu'ils ont crue fort dégénérée cie celle de notre Seigneur jésus-Christ et de ses Apôtres. J'ai oui dire à plusieurs en Espagne,

\que le Roi Ferdinand, qui fut ensuite canonisé, se méfiant du trop de pouvoir des Grands de son Royaume, consulta le Pape la dessus, et que le Pape profitant volontiers de l'occasion d'augmenter ton autorité, lui fit non seulement trouver bon qu'il établit un Tribunal d'Inquisition en Espagne où les grands ..fussent assujétis et tenus en bride ce même que les moindres; nais de s'y assujatir lui-même afin qu'à son exemple tous les Grands s'y soumissent sans murmurer; lui promettant de l'en exempter et délivrer mientÔt après par un Bref particulier qu'il publier oit en sa faveur: mais que le Pape ayant obtenu de ce Roi ce qu'il désiroit, et ayant bien fondé son Inquisition, renonça à toutes ses promesses, bouchant s es oreilles à toutes les re-

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