‹ Relation du voyage de Charas en EspagneChapitre 12 sur 13 · L. G- TORAtfD · texte numérisé non relu

L. G- TORAtfD

personne et ces biens de tous ceux que bon leur Serbie., et en disposer a leur gré, s an- qu’aucune personne leur en puisse cerna mer la raison; et la crainte que tous les Espagnols en ont est si grande., qu’un voisin de la grande Inquisition ce Madrid ayant dans son -jardin un poirier qui produisit annuel le rient de tort belles et bonnes poires, que les Inquisiteurs et leurs Officiers voyoient de leurs fenêtres, ayant été un jour appellé par le Général de l’Inquisition qui avoit envie d’en manger, en fut à .l’abord si épouvante, que bien qu’il sçut après qu’on ne l’avoit fait venir que pour lui demander de ses poires, .les ayant toutes cueillies et envoyées à ce Général, il prit une hache et en coupa son poirier en lui disant qu’il ne lui conneroit jamais plus de telles allarr.es. Le Tribunal de l’Inquisition garde beaucoup plus de fêtes, que toutes les Cours de Justice, en certaines desquelles les Inquisiteurs accompagnés de leurs principaux Officiers, vont par la Ville corn: e en procession montés sur de très beaux chevaux superbe.q.ent harnachés., couverts de grandes et riches housses , et. ornés d’une très grande quantité de rubans, chacun cle diverse couleur, liés à leur crin, dont le haut de la tête et toute l’encolure des chevapx se trouvent couverts , les faisant marcher à pas comptés, orenant plaisir d’aller ainsi en cavalcade et d’être vus des fenêtres, et suivis du peuple venant en foule.

J’ai vu aussi c rvers Seigneurs du premier rang, aller a la procession que les Religieux de la Trinité font a Madrid, avant qu’ils aillent s’embarquer pour Alger., ou ils vont annuellement pour la rédemption des

LG. TORAÜDE

Captifs. J'ai vu. dis-je, ces Seigneurs précédées la Procession, montés sur leurs plus beaux chevaux, équippés de même et portant des bannières de l'Ordre de ces Religieux. Il faut être persuadé que ces Seigneurs n'imitent la cavalcade des Inquisiteurs que pour s'acquérir leur bienveillance, et pour éviter de tomber en leurs mains.,..

J'ai dit ci devant que les Inquisiteurs m'avoient à l'abord fait promettre de ne révéler jamais le secret de l'Inquisition et de ne donner à l'avenir aucune corn i oissance des choses qui se passer oient entre eux et moi, j'avoue que je leur promis, n'osant et ne pouvant le leur refuser, tandis mue j'et ois dans leurs griffes; mais je puis assurer que trouvant des- • lors leur procédé fort étrange, la pensée me vint, que si leur dessein étoit ü x!|â r humaineraent. et équitablement avec moi, ils ne dévoient pas craindre la révélation de leur procédé, et que s'ils avoient résolu de e maltraiter, ils en seroient plus coupables que je h en le saurois être en publiant leur mauvais traitement, quelque grande défense qu'ils m'en eussent faite. Je n'ai pas aussi cru être obligé de s'acquitter d'une promesse si injustement et si tyraniquement extorquée de moi. Il ne faut pas aussi s' ctonner si toutes celles qu'ils exigent de tous ceux qu'ils ont assujettis de gré ou de force à leur tyrannie, sont si mal observées puisque Dieu qui est le Dieu de vérité ne permet pas que la vérité soit cietenue en injustice; car quoique ces Inquisiteurs ayant tâché de me persuader que le secret de leur Inquisition ne souffre jamais

T , ■'y TOîlÀÜDfi

aucune atteinte, et qu’aucun des leurs ne l’a jamais révélé, la r„vdation qui n’en a été faite, et dont j’ai ci-devant parlé, en fait bien voir le contraire, et je. puis assurer que plusieurs personnes de la Corc grie. surent plusieurs jours avant ma liberté, le principal de ce qui s’étoit passé en dernier lieu entre les Inquisiteur: et moi. D’ailleurs s’il eut été nos-, sible que ce secret fut étroiterent observe, on ne le verroit. pas découvert coure il l’est dans divers Livres et même dans celui qu’on a vu depuis peu traitant de l’Inquisition de GOA . de la vérité duquel je je ne veux pas douter,, quoique je n’aye éprouvé en ma .personne qu’une partie des choses qui y so-t contenues; mais U. m’a été fort aisé de reconnoître que toutes les Inquisitions étant fondées sur les mêmes principes, elles ne different: les unes des autres, qu’en plus ou .‘.oins de cruauté suivant la diversité des climats et du naturel des personnes qui les régissent; tandis que les Espagnolésprétencent que la leur est incomparablement moins rude que celle du Portugal, quoiqu’ils avouent que celles de l’Italie sont encore moins rude que la leur,. C’est une vérité constante, qu’ils font tous leurs efforts pour obliger leurs prisonniers à s’accuser eux-mêmes, en leur demandant à l’abord le,sujet ce leur emprisonnement, je ne pus pas vérifier si ce que j’ai lu-.bw.ns les Livres pari an s de l’Inquisition est véritable, lorsqu’ils di sent qu’il renvoyent dans leur prison, et laissent croupir c e: six mois et c.es années les prisonniers qui refusent de leur c ire le sujet c.e leur emprisonnement, et qu’ils.different de travailler à leur pro-

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