c edit., l. I.", p
physiques qui sont restés d'eux chez ceux des Grecs modernes où trop de mélanges n'ont pas dénaturé le type.
Le berceau des Pélasges, connu sous le nom de Péloponnèse , fut l'une des régions les plus célèbres de l'univers 1 ; avec Athènes, elle éclipse toutes les autres en réputation; elle remplit dignement plus de pages dans les fastes du monde que beaucoup de vastes empires; cependant sa surface, qu'on peut évaluer à 216 myriamètres carrés , n'excède pas celle de trois de nos départements de moyenne grandeur.
Homère, le premier, nous donne quelques détails sur les principales villes qu'on y comptait au temps de la prise de Troie, et sur les États dans lesquels ces villes se trouvaient réparties lors du grand événement qu'a choisi ce prince des poètes pour son immortelle épopée. Énumérant les forces réunies qui, sous les ordres d'Àgamemnon , roi des rois , viennent attaquer, prendre et piller la ville de Priam, le Mélésigène caractérise chaque lieu par quelque épithète généralement si bien choisie qu'elle est encore applicable à ceux de ces lieux qu'il est possible de reconnaître. Le peu de détails dans lesquels on le voit quelquefois descendre, sont précieux sans doute, mais ne sont pourtant pas aussi importants en géographie qu'on l'a prétendu. Les enthousiastes de ce grand chantre des combats ont cru rehausser sa gloire en le
1. «Le Péloponnèse forme le corps le plus considérable de « toute la Grèce , et peut en être regardé comme l'acropolis; car , « indépendamment de la puissance et de la gloire des peuples qui « l'ont habité , la seule situation lui assigne la supériorité sur le « reste du pays. " Strabon, tik VIII, cap., t, §. 4.
célébrant comme un maître en toutes sciences ; ils ont voulu trouver dans ses vers des traités complets sur les connaissances où la société s'était élevée de son temps. S'il en eût jamais été ainsi , s'il eût si bien décrit en géographe consommé les endroits par lesquels il fait passer Ulysse de périls en périls, il n'eût pas été nécessaire d'écrire tant de dissertations et de volumes pour savoir si le roi d'Ithaque, parti des rives troyennes pour arriver dans File de Calypso, n'était pas sorti de la Méditerranée , ou s'il avait passé le détroit de Gades et visité ensuite Lisbonne, Flessingue et jusqu'à la Scandinavie, ainsi que «certains érudits ont prétendu le prouver contre toute vraisemblance.
Strabon , écrivant environ cinquante ans avant Jésus- Christ, donna le premier. l'exemple de ce genre d'abus d'esprit, qui fait chercher dans l'auteur, dont on se passionna, des choses que celui-ci ne prétendit jamais y mettre. Sa description du Péloponnèse n'est qu'un commentaire, souvent entaché d'erreurs, de la géo- • graphie homérique, à laquelle, quand on la dépouille du charme de cette poésie qui la transmit de siècle en siècle, on ne doit pa's faire plus d'attention qu'elle n'en mérite sous le point de vue scientifique. Citer emphatiquement les grandes pérégrinations que dut entreprendre l'immortel aveugle d'Ionie, pour voir les endroits que ses chants devaient immortaliser, est une véritable puérilité; ceux qui prétendent à toute force nous faire admirer la hardiesse de telles pérégrinations, montrent qu'ils n'ont pas la moindre idée des distances, et feraient supposer qu'ils ne savent pas faire usage d'une carte pour suivre les narrations de l'histoire et lès relations des voyageurs. Le moindre curieux qui
voudrait, Homère à la main, visiter tous les endroits où Ton veut qu il ait été, pourrait y réussir eu moins de six mois, et n'y dépenserait peut-être pas deux mille écus. Il n'est pas de caboteur de Venise ou de Trieste qui n'en fasse davantage chaque année, sans qu'on puisse attacher à leurs petites expéditions la moindre idée d'un danger ou même d'une difficulté vaincue. Il serait temps enfin de secouer le joug d'une admiration qui , grandissant les choses hors de toute mesure et leur donnant une importance qu'elles ne sauraient réellement avoir, enchaîne ou fausse, depuis tant de siècles, le raisonnement, commande l'adoption de palpables erreurs , et fait citer comme modèles certains écrits qui se perdraient inaperçus dans la foule des livres médiocres dont on nous inonde, s'ils venaient à paraître aujourd'hui pour la première fois.
Outre Homère et Strabon, Hérodote, Thucydide, Xéuophon, Polybe, Diodore de Sicile, Plutarque, PomponiusS-Méla, Scillax dans son périple, Pline dans sa compilation alternativement si déclamatoire et si sèche, Solin son maigre abréviateur, sont, avec Pausanias , les écrivains de l'antiquité chez lesquels on a cherché les premiers matériaux pour l'étude de la géographie péloponnésiaque , dont je dois commencer par m'occuper, parce que la description d'un pays est le véritable point de départ de tout ce qu'on en peut rapporter. « Il m'a toujours semblé, disais-je dans « une dédicace à feu mon ami Arnault 1 , que les fausses « idées qu'on puise trop souvent dans l'histoire sur les « batailles et leur résultat, viennent de ce qu'avant