Métam
à de certains modes de civilisation , y durent disputer, pendant bien des siècles , leur pâture aux animaux des bois; ils vivaient sans arU et furent peut-être sans langage, jusqu'à l'époque où des navigateurs venus du Delta ou de la Phénicie, poussant leurs découvertes en des contrées nouvelles pour eux, trouvèrent enfin la Grèce, qui leur fut comme était le Nouveau-Monde, aux quatorzième et quinzième siècles de notre ère, pour les aventuriers empressés sur les traces de Colomb.
Les sauvages antérieurs à la venue d'inachus se croyaient nés sur place, et Hésiode, contemporain d'Homère , s'il ne vécut un siècle avant lui , Hésiode , qui serait conséquemment le plus ancien des poètes dont les écrits aient été conservés, assura que Pélasge, enfant de la terre, fut le premier homme qui ait apparu dans le pays; ce Pélasge, ajoute -t -on, donna son nom aux peuples d'alors. Mais quels étaient ces peuples? 11 enseigna aux Arcadiens, dit -on encore, à se bâtir des maisons, ainsi qu'à manger les fruits du hêtre ou plutôt des chênes à glands doux. 11 existait donc des Arcadiens à qui ce prétendu premier homme put enseigner quelque chose, et cette tradition rappelle celle de la Genèse, où Caïn, qui , après avoir tué son frère Abel , restant avec Adam , Eve et sa sœur, devenue sa femme, la quatrième personne sur la terre, bâtit une ville qu'il appela Hénos, en commémoration d'un fils qui vint à lui naître. Or , le nom de ce Pélasge qui le premier apparaît sur le sol de la Grèce, où il jette les bases de la civilisation arcadienne, pourrait bien être symbolique et signifier aussi un homme venu par mer, un peu moins ignorant que les bimanes chez lesquels il apparut, sans qu'on dise
d'où il yenait, mais qui ne laisse d'autres traces de sa Tenue, dans un temps où récriture n'était probablement pas encore inTentée, qu'une désignation dont la racine grecque signifie océan ou les grandes eaux , par lesquelles des étrangers commençaient à pénétrer en Europe. Lycaon, fils de ce Pélasge, premier homme, conséquemment qui serait le second , bâtit , à l'exemple de Caïn, cette ville de Lycosure située sur une montagne, qui, de même que celle d'Hénos, dans la Bible, passe pour la plus ancienne de toutes: ce serait celle dont les humains descendirent au dire de Pausanias 1 , et de laquelle nous croyons avoir retrouvé les véritables ruines , ainsi qu'on le verra dans le cours de cet ouvrage. Je ne conclurai point du rapprochement qui vient d'être fait, et comme n'eût pas manqué de le faire un érudit du siècle, dernier, que Pélasge soit le même qu'Adam , Lycaon le même que Caïn , et la ville d'Hénos la même que Lycosure; mais je ferai remarquer qu'jj n'y aurait rien de contraire au bon sens à sup-
t.Lib. VIII., cap. 38. L'auteur des Arcadiques ajoute: «La « première que le s«leil ait vue et celle qui a fait naître aux « hommes l'idée de bâtir toutes les autres. » Le même Pausanias nous raconte, en ces termes, l'histoire de Lycaon, fondateur de Lycosure , (ils de Pélasge : « et qui , ayant trempé ses mains dans « le sang humain, fut, au milieu de ses exécrables sacrifices, « changé en loup, ce qui n'est pas incroyable; car, en outre « que le fait est tenu pour certain par les Arcadicns, il n'a c rien contre la vraisemblance (cap. 2).* Le chanoine Gcdovn ne pousse pas l'admiration pour Pausanias jusqu'à trouver aussi la métamorphose toute naturelle; il aime mieux croire, en note (t. II, p. 136) , «que ceux qui ont dit que Lycaon fut change « en loup ont seulement voulu dire qu'il était devenu plus cruel < que les loups. »
poser que cette ville de Lycosure ait été réellement le premier lieu fortifié dans le pays par un nommé Lycaon , et que les hommes qui, sur le sol de la Morée, furent dès lors connus sous le nom de Pélasges, quel qu'ait été et d'où soit venu celui qui leur légua ce nom, aient constitué , sinon une espèce du genre humain , du moins une race particulière et authoethone, c'està-dire née sur les lieux, dont le berceau fut sur les montagnes au sommet desquelles nous avons retrouvé plusieurs de leurs acropoles.
Les Grecs s'enorgueillissaient de ce titre d'authocthones ou enfants de leur propre sol ; le poète Àntisthène le leur reprochait en leur disant qu'une telle prétention était plutôt faite pour des Limaçons que pour les citoyens d'une ville libre. Le poète Antisthène avait tort; c'est peut-être à cause de cette prétention même que les Grecs , pour qui sol , berceau et patrie étaient des svnonvmes sacrés, montrèrent une si ardente amour du pays , passion qui brille partout et en tout temps dans leur histoire.
Les Pélasges , s'étendant de proche en proche dans l'universalité de la Grèce et dans les îles, passèrent plus tard en Italie, sous la direction de divers chefs de tribus. Il est inutile de s'appesantir sur leur histoire et d'entrer dans de plus longs détails à leur égard. J'ai donné ailleurs 1 , touchant leur origine, et sur la race de l'une des espèces du genre humain dont ils furent la souche, des détails où je renverrai, en me réservant de signaler dans ma relation les caractères