‹ Relation du voyage de la commission scientifique de Morée dans le Péloponnèse, les Cyclades et l'AttiqueChapitre 13 sur 40 · T. 1! , p. 212; édit. de Clavier · texte numérisé non relu

T. 1! , p. 212; édit. de Clavier

façon tantôt d'une autre, sans tenir compte des accidents qui les peuvent faire paraître plus longues ou plus courtes aux voyageurs, il fut la cause, avec Strabou, encore plus obscur et moins exact, des nombi erreurs où tombèrent les géographes • antérieurs à Dan ville. Ptolémée, un peu plus ancien, eût cependant pu fournir à ces écrivains des données moins, confuses que celles qu'ils nous ont transmises sur la position des lieux. Quoique noire respect pour l'antiquité de l'astronome d'Alexandrie ne nous le fasse croire infaillible, il faut convenir que celui-ci eut au moins le mérite de publier, sur quelques parties du globe, des éléments suffisants pour qu'on en fit des cartes qui, si elles n'étaient pas fort bonnes, donnaient au moins une idée, parfois assez juste, de la conformation des lieux. Ces éléments, tout erronés qu'ils pouvaient être, ont longtemps servi de base aux travaux de ceux qui, lorsque, à l'aide de la gravure, on commença à publier des atlas, essayèrent de représenter les diverses régions du monde connu; et c'est ce dont ils n'eussent jamais pu venir à bout avec Strabon et Pausanias. Pour les côtes surtout Ptolémée n'était pas un mauvais guide; la position des caps , des golfes et des ports ayant été établie d'après des périples qui mentionnaient de semblables choses chacune à leur tour, c'est-à-dire dans Tordre où on les devait successivement rencontrer, en donnant assez exactement leur distance respective, les erreurs n'y devaient pas être aussi considérables que pour les positions de l'intérieur , où nulle observation n'indiquait précisément comment elles étaient orientées respectivement. C'est par la même raison que les îles de lWrchipel, entre lesquelles on n'avait

nul moyen d'établir une subordination à la surface de la mer où elles se trouvent disséminées, étaient non moins mal disposées dans les vieilles cartes que les villes du centre de la péninsule, et sont demeurées confuses, jusqu'à ce qu'un capitaine de la marine française, M. Gauthier, en ait savamment fixé la place. Il est probable que, pour composer les catalogues gradués qui forment le texte de sa géographie, Ptolémée dut commencer par faire, d'après les renseignements prodigieusement nombreux pour le temps qu'il avait pu se procurer, desicartes sur lesquelles, ayant placé chaque point comme il put, il établit ensuite les latitudes et les longitudes dont il a donné les chiffres. Aucune de ces cartes n'est malheureusement venue jusqu'à nous; on n'en saurait même rencontrer un seul indice dans l'antiquité; nulle peinture ou sculpture, échappée à la faux du temps, n'en a perpétué le moindre linéament.

La première représentation de la Grèce qui nous soit restée des vieux temps, est celle qu'on trouve dans la Tabula peutingeriana , à laquelle Peutinger, savant qui vécut à Augsbourg de 1465 à 1547, doit sa plus grande célébrité, encore qu'il n'ait eu aucune part à sa publication. Ce précieux document, qui prouve combien peu les anciens étaient avancés dans l'art de construire et de dessiner des cartes, parait dater de l'an 393 de Jésus -Christ et avoir été exécuté sous l'empereur Théodose 1 . Rien n'est plus bizarre que ce

1 . On ne sait comment un tel document se trouvait gisant dans la poussière d'une vieille bibliothèque de Spire , quand Conrad Celtes l'y découvrit vers la fin du quinzième siècle ; l'ayant légué à Peutinger, celui-ci crut qu'il était une représentation de l'itiné-

fragment , qui produisit une grande sensation dans l'Europe savante lorsqu'il' parut, mais qui certainement, quant à l'exécution, est au-dessous de ces grossières mappes gravées sur bois, qu'on voyait encore vers la fin du siècle dernier en tête des almanachs les plus répandus, et qu'on trouverait maintenant trop mauvaises pour des publications -à deux sous.

Lorsque, l'imprimerie étant inventée , l'usage de la gravure se répandit avec elle par le secours de la presse; les ouvrages des géographes anciens, qui se multiplièrent promptement, furent, presque aussitôt, enrichis de cartes, dont la plupart ne donnaient guère de formes plus exactes du pays que celle dont nous produisons un fac-similé, La première représentation de la Moréeque je trouve, est dans le Ptolémée imprimé à Venise en 1 486 , in-folio, sans titre ni pagination 1 . Dès 1606, Mercator

raire d'Antonin : ce ne fut que quarante ans après sa mort que Marc Vesler en lit paraître quelques fragments avec des explications; enfin, par les soins de Balthasar Morctus, célèbre imprimeur, la pièce parut tout entière en 1598. Elle a été reproduite dans divers ouvrages, notamment dans le Ptolémée de Bertini et dans VOrbis delineatio d'Hornius; elle y a subi des réductions et des modifications qui en altéraient l'originalité. C'est à Christophe Scheyb qu'est due sa reproduction rigoureuse, publiée en 1753 à Vienne, sous les auspices de Marie -Thérèse, dans un volume in-folib, dont le texte lui sert d'histoire et de commentaire ; c'est de cet ouvrage que j'ai extrait le fac-similé qu'on voit dans la planche III du présent ouvrage.

1. Cette édition, due aux soins de Juste de Albano et de T. Reger, est peu connue, et n'est pas citée dans la plupart des catalogues bibliographiques; elle contient vingt -sept cartes, savoir : une pour l'ensemble de l'univers , dix pour les diverses parties de l'Europe , quatre pour l'Afrique et douze pour l'Asie. Dans celle de la Grèce , le Péloponnèse est placé sous le 12.'

avait donné une forme du pays moins disparate, et toutes les cartes qu'on en publia, jusqu'à Dan ville, sont plus ou moins semblables à celle du géographe de Ruppel monde.

Les Vénitiens qui, longtemps maîtres de la contrée, y bâtissaient des forts en y perçant des routes pavées, paraissent n'avoir jamais songé à relever un plan exact de sa surface et de ses contours; du moins ne connaissons-nous rien d'eux en ce genre. Coronelli ne nous en a laissé qu'un petit figuré dans sa carte des parties orientales de la Méditerranée, et cette représentation, toujours bizarre, est encore quasi copiée de Mercator. À peine le golfe de Coron y est-il indiqué ; on n'en trouve guère que le nom ; celui de Laconie , qui s'appelle de Colochioa, désignation employée pour la première fois dans le moyen âge, est aussi beaucoup trop ouvert. L'étendue des flots qui baignent la Messénie s'appelait mer de Sapience 1 , et nous trouvons ce nom conservé jusque sur la carte 4e Bellin , en 1 771 .

climat. Les positions données par le géographe d'Alexandrie y ayant servi de base, le pays y prend «ne forme toute différente de la Tabula peulingeriana , mais qui n'en est pas pour cela plus conforme à la réalité. La singularité de son exécution m'eut déterminé à la reproduire, si je n'eusse craint le reproche de trop multiplier les planches. Néanmoins dans la nécessité où je croyais être de montrer une carte du Wloponnèsc , construite d'après ce Ptolémée, qui fut si longtemps le prince des géographes , j'ai choisi celle de l'édition des Tabula geographicœ orbis terrarum veteribus cognatis, en 1645 (voy. pl. III , fig. 2).

1 . Mare de Sapiensa. « Au sortir de l'Adriatique et de la mer Ionienne, on entre dans la mer de Sapience, qui prend son nom de cette lie qui est adjacente à la Morée, et qui, confinant par l'occident avec la mer Ionienne , s'étend à l'orient jusqu'à l'archipel.» (Traduction de Coronelli.)

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