AMES
était
l'état le plus probable de la population de la Morée encore épouvantée des cruautés d'Ibrahim et fumante du sang de ses malheureux enfants. On eût pu ajouter à son chiffre celui de 4000 adolescents ou enfants des deux sexes , au moins , dont les familles avaient été récemment détruites. Nous vîmes souvent errer, broutant l'herbe des champs et sollicitant la pitié publique , ceux de ces misérables orphelins qui n'avaient pu être recueillis dans le paternel établissement des orphanothropes. Du reste, la population augmentait avec rapidité. Napoli et Navarin sont devenus des villes assez considérables depuis. Il faudrait peu d'années, sous un bon gouvernement, pour que la péninsule seule recouvrât les 450,000 âmes qu'on suppose y avoir existé vers le commencement du siècle; mais il y aurait encore loin de là aux 2,000,000 d'habitants , qu'elle nourrirait aisément , et dont on assure i. 3
qu'elle pouvait s'enorgueillir aux époques de sa splendeur. Pour la population du royaume de Grèce, toujours provisoire tant que Candie ne lui sera pas rendue avec la Thessalie et les frontières naturelles au nord, il est impossible de l'évaluer. On ignorait de notre temps ce qui restait de celle de l'Altique, entièrement ravagée; le nombre des habitants de TEubée n'a jamais été connu , et quant aux lies de l'Archipel , où nous • avons eu des renseignements passables sur Tine, Naxie, Siphante et Santorin seulement, on n'en eut jamais de dénombrement sous la domination turque; la population de certaines d'entre elles est d'ailleurs d'une grande mobilité. On verra , par la suite, que tel rocher de la mer Egée , devenu très-promptement une florissante cité, peut presque tout à coup être rendu à son primitif abandon. La présence du gouvernement à Egyne, par exemple, y avait attiré, de mon temps, un concours d'habitants qui n'y doit plus exister. Hydra et Spezia perdaient tous les jours de leur importance, et Syra, au contraire, était en progression notable. Je ne donnerai donc ici qu approximativement le chiffre de 186,091 pour le nombre dames que doivent contenir les lies du royaume , en le détaillant comme il suit:
Salamine 3,500
Égyne 9,000
Poros 10,000 '
Hydra 40,000
Spezia 25,000
Zéa 1,200
Andros *. 12,000
Tine 18,206
Syra 30,000
Thermia 1,500
Mycone 4,600
Grande Délos 25
Paros 4,500
Anti-Paros 450
Naxie 11,730
Serpho 800
Siphante 550
Milo 1,300
L'Argentière . . y 300
Polykandro et Sykio 160
Nio. . 800
Santorin et Thérasia 10,470
Ce qui fait, à quelques individus près et en nombre rond , pour la Morée et pour ses lies , en 1 830 , environ 527,000 habitants, ou un peu plus que nos premières évaluations. La comparaison de ces résultats avec les états de population que le gouvernement de S. M. le roi de la Grèce ne manquera sans doute pas de publier, montrera jusqu'à quel point et dans quelle progression l'auront fécondée les consolations répandues par l'Europe sur une contrée que l'éducation qu'on donne à notre jeunesse nous rend vénérable et sacrée. 11 est, au reste, fort probable que le chiffre de la population dans son plus grand état de misère, tel que nous l'avons établi, était inférieur à la réalité, principalement pour les cantons ruraux, dans lesquels on est partout très-enclin à diminuer le tableau du nombre des habitants et des revenus, dans la crainte qu'y causent la rapacité du fisc et la possibilité des levées d'hommes pour la guerre. Il y a longtemps que j'en ai donné des preuves dans mes écrits sur la péninsule
ibérique, où j'avais rectifié un grand nombre d'erreurs qui, dès Tan 1812, me firent entrevoir combien l'Espagne était plus peuplée qu'on ne le pensait, et que, malgré les pertes éprouvées pendant la guerre de l'empire, elle devait compter au moins deux millions d'habitants de plus que ne lui en supposait le gouvernement de Madrid lui-même. J'ai vu dernièrement un résultat à peu près pareil, établi sur des pièces que je n'avais pu avoir à ma disposition , annoncé comme la découverte d'un auteur que je prendrai la liberté de renvoyer à mon Guide du voyageur en Espagne, publié en 1824, ainsi qu'à mon Résumé géographique de la péninsule ibérique, imprimé en 1827; ouvrages où l'on ne trouve point, à la vérité, qu'il existe une bête à corne pour 5 habitants un mouton pour 1 habitant '/ s , un cheval pour 73 hommes, un mulet pour 60, un porc pour 5 et autres détails du même genre, dont certains bons esprits avouent qu'ils ne comprennent pas trop l'utilité; mais dans lesquels j'ai constaté le progrès de la population en Espagne, même pendant la durée du déplorable gouvernement sous le poids duquel elle était refoulée vers le quinzième siècle, pendant que je publiais mes deux volumes.