Mêmes ouvrages, p. 4 et suiv
Toulon , que par celui àHles d'or, abréviation du mot orientales. Ces lies d'or ou orientales sont au nombre de quatre, disposées à peu près en ligne courbe vis-àvis la terre ferme, qui en est à une ou deux lieues envirpn de distance. Le Titan est la plus grande et la plus au levant; sa forme est oblongue ; elle peut avoir deux lieues dans un sens et une demi -lieue dans l'autre t très-escarpées du coté du nord, ses rives sont toutes» déchirées j>ar de petites baies ou calanques, où les bateaux pécheurs trouvent des abris. On a imprimé qu'elle était d'origine volcanique; son aspect sinistre et des fragments de trachites roulés, trouvés sur les bords voisins , ont sans doute donné lieu à cette erreur. Le Titan, ainsi que les autres îles d'or, sont calcaires.
Portcros, qui vient ensuite, est séparée du Titan par un canal très-étroit; sa forme est à peu près ronde, et son diamètre n'a guère plus de trois quarts de lieue. Nous y distinguâmes des forts. L'île de Bagneau, la plus petite de toutes , n'est qu'un grand bloc de rochers , encore plus rapprochée de Portcros que n'est celle-ci du Titan. Le Grand - passage , qui peut avoir à peu près deux lieues de large et par où nous étions la veille entrés dans la rade, sépare le groupe des îles dont il vient d'être question de celle de Porquerolles, la moins sauvage et la plus reculée vers l'ouest ; divers postes nous parurent la protéger. Porquerolles n'est séparée de la teiTe ferme que par un bras de mer assez étroit , peu profond , semé d'îlots , et qui doit se combler tôt ou tard. La presqu'île de Gien est le point continental le plus rapproché de Porquerolles, elle fût. une cinquième île d'or; mais deux isthmes de sable, à peu près parallèles , si bas qu'on ne les aperçoit au-dessus
des eaux que d'une très-petite distance , l'attachent à la Provence, en interceptant le long étang de Pesquier, dont l'eau est saumatre. Cet étang et la conformation des lieux voisins prouvent que Gien s'est réuni fort récemment à la grande terre. On connaît à peu près l'époque où , sur nos bords méridionaux , Aiguës- Mortes cessa d'être un port de mer, où Antibes refusa les bâtiments d'un certain tirant d'eau, où d'autres lieux, précédemment fréquentés parles marins, n'ont pu les admettre. Il doit être facile de trouver dans quelques documents historiques de la Provence la date de la réunion de Gien , d'où résulta vers le nordouest la rade du même nom et qu'on rencontre à la place d'un ancien détroit. On rapporte dans le pays que des navigateurs étrangers ignoraient encore cette réunion vers le milieu du siècle dernier , et qu'un navire venu de loin, se fiant à des cartes qui n'indiquaient point les changements survenus, se jeta de nuit contre l'isthme occidental , en voulant passer entre Gien et la plaine d'Hyères. Outre les cinq ou six petits forts que nous avions aperçus, quelques maisonnettes de pêcheurs avec des huttes de pâtres sont les seules habitations qu'on trouve dans les îles d'Hyères , où ne se voient point les villages riants propres à donner asile à de riches convalescents, et les délicieuses demeures qu'on pourrait croire y exister d'après la renommée. Ou n'y trouve aucune source , il n'y a d'eau potable que celle qui, dans la saison des pluies, remplit quelques citernes. Des Myrtes y croissent,' à la vérité, mais en buissons, qui ne donnent point de frais ombrages; des Lentisques et autres arbres peu élevés de la région méditerranéenne y sont dispersés au hasard entre des
rochers; quelques Orangers fatigués par les vents, des Oliviers et des Figuiers , y furent plantés autour de chaque demeure , mais il est aisé de reconnaître qu'ils y croissent comme à regret. Le naturaliste seul peut avec succès visiter ces tristes Stœchades de l'antiquité, où végètent diverses plantes rares pour le reste de la France; mais il doit choisir, pour s'y rendre, le peu d'instants de. l'année où le soleil n'a pas dévoré toute verdure. On dit que le Papillon Jasius s'y rencontre; la chose est possible : cependant rien n'est moins certain ; tout ce que j'ai pu apprendre dans le pays sur ce rare insecte, dont l'air est tout à fait exotique , c'est que des amateurs d'entomologie en ont découvert la chenille dans quelques fourrés d'arbousiers, entre Toulon et Fréjus, qu'ils l'ont soigneusement élevée, comme l'on fait des vers à soie, et que des Papillons qui en sont provenus ont été obtenus presque tous les individus parfaits répandus dans les collections.
La nuit du 11 au 12 fut assez froide; le thermomètre centigrade s'était cependant tenu sur la frégate à 10 degrés vers la pointe du jour; lorsque je montai sur le pont, les hauteurs du continent étaient diaprées à partir de cent mètres d'élévation , d'une neige qui se fondit à peu près toute avant midi. Mais l'acropole d'Hyères et les Stsechades n'avaient point été blanchies, probablement le mercure s'y était tenu à 5 ou 6 degrés au-dessus du point de congélation, et le milieu de la journée fut chaud.