‹ Relation du voyage de la commission scientifique de Morée dans le Péloponnèse, les Cyclades et l'AttiqueChapitre 22 sur 40 · i/ i7 j ADD1 ZI MASO MIHIEL t)ANDREA FHANCESCHO VANVHOU · texte numérisé non relu

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autre inscription sur une maison de la grande place , laquelle fut peut-être un hospice, et où se lit le millésime MCCCCLX. XX OC. Modon était donc devenu le centre du Sandjiac et la résidence du gouverneur musulman, depuis la conquête de Bajazet; mais les chevaliers de Malte ne laissaient pas que de l'y venir menacer fréquemment; ils faisaient des descentes dans les environs et y enlevaient force captifs. Je trouve dans un nobiliaire manuscrit, extrait de la chambre des comptes de Paris , qui renferme copie de tous les titres expédiés de 1350 à 1660, et que possède la bibliothèque de notre dépôt de la guerre: « que le cardinal de Lorraine étant présent, fut expédié, le 6 Juin 1556, l'acte de mobilisation et anoblissement (signé L'Hillier, fol. 8) de Baptiste de Modon, en la Morée, fils de l'aga de cette ville , pris par les chevaliers à sept ans , nourri et élevé dans la foi chrétienne par Barthélémy le Grand, commandeur de Ville-Dieu en la montagne, le 2 Juin 1555 , à Saint-Germain en Laye. * Ce fait est curieux par le caractère de brigandage et de bonhomie qui en ressort.

Morosini, ayant pris les deux Navarins, vint attaquer de nouveau la malheureuse ville de Modon en Juin 1686. Achmet Aga y commandait et s'y dé-*» fendit vaillamment. Il avait fait enfermer les femmes et les enfants dans les basses fosses, pour que leurs cris et leurs larmes n'ébranlassent pas le courage de ses soldats; il se rendit seulement le 10 Juillet, livrant au vainqueur, avec quatre-vingt-dix-neuf canons de tout calibre , un grand nombre d'esclaves chrétiens qu'il retenait , et des nègres dont on ne dit pas l'origine, mais qui furent reportés en

Afrique 1 ; la ville demeura pour la troisième fois au pouvoir de Venise jusqu'en 1715, que les Turcs y rentrèrent en maîtres pour en être définitivement chassés à leur tour par les Français sous le commandement du général comte Maison. C'est à Modon que débarqua Ibrahim, lorsqu'au mois de Février il vint ravager la Morée; les neuf mille hommes de troupes qui l'accompagnaient furent campés dans la plaine où nous avons retrouvé les débris de l'un de leurs camps (p. 111); ils s'y préparèrent au siège de Navarin. Les Grecs n'opposèrent aucune résistance à leur descente.

Je vois en marge d'une vieille carte 2 , détestablement gravée d'après Cantelli , un petit plan du pourtour fortifié de Modon , daté de 1 68G , l'année même où Morosini s'en rendit maître: ce plan, tout mal fait qu'il soit, peut servir pour retrouver, à travers les améliorations dues aux officiers du génie de l'expédition libératrice des Français, les travaux qui, depuis la domination des Vénitiens, avaient fait de Modon une sorte de citadelle excellente, relativement aux moyens de siège qu'on pouvait avoir avant l'invention de la poudre et même plus tard. La ville, située sur un cap escarpé, était,. comme aujourd'hui, de forme longitudinale du nord au sud , trois ou quatre fois plus étroite que longue, terminée par une tour étagée qui servait de phare, et qui maintenant est la prison militaire. Celte tour s'élève sur un rocher, sorte de presqu'île , dont l'isthme est un pont en pierre , sous

1. Dcscr. de la Morée, p. 85-92. — 2. Le Péloponèse aujourd'huy la Morée , etc. ; à Paris chez Defer, quai de l'Horloge, à la Sphère royale, 1705.

les arches basses duquel la mer roule à deux ou trois pieds de profondeur. On rappelle le fanal. L entrée de la ville du coté du nord, dite de terre, est protégée par une citadelle, où notre général en chef habitait les appartements qu'avait occupés Ibrahim. Un grand fossé très-large a été creusé dans le roc de ce coté, pour unir la mer extérieure à celle de l'intérieur du port; nous l'avons beaucoup élargi et approfondi , mais cependant l'eau n'y entre qu'à peine par les vents d'est continus et du côté intérieur, qui demeure marécageux et fétide durant presque toute l'année. Un pont de bois assez élevé conduit à la grande porte par-dessus ce fossé , et peut être au besoin facilement supprimé ». Le lion de S. Marc, grossièrement sculpté sur une grande pierre carrée , se voyait , depuis la conquête de Morosini, incrusté dans les remparts, d'où les Turcs avaient négligé de l'ôter. Le port est formé par un môle évidemment antique, tout ruiné, mais encore solide, parce qu'il fut construit avec d'énormes pierres , qui , pour avoir été culbutées par les tempêtes, ne s'en sont pas moins tassées de façon à résister très-longtemps encore. Je le regarde comme ayant pour base ce rocher Mothon dont il a été question plus haut (p. 118); On a cherché ce Mothon dans une autre roche beaucoup plus considérable et près de laquelle nous passerons en allant visiter Sapience ( p. 1 37) ; mais certainement on a eu tort , puisque celle-ci est à une telle distance de la côte qu'elle ne la saurait protéger en aucune manière ni contre les vents ni contre les vagues.

1. On trouve le fossé, le pont et la porte de Modon gravés à la pl. 1, fig. 2, de la section d'architecture.

Le môle fut originairement continu, mais il y existe aujourcThui une interruption au pied du phare, qui, dans le plan cité dè 1686, occupe déjà la partie sud et courbée où ce môle se rattache en figure de faucille; par le côté septentrional , il s'étend jusque vers la hauteur du milieu de la ville , où s'ouvre la porte de mer par laquelle on communique avec la douane. Des tronçons de colonnes brisées sont plantés à l'extrémité septentrionale de l'antique jetée du Mothon , et y servent encore à l'amarrage des petites embarcations, qui seules peuvent mouiller en dedans, parce qu'il ne s'y trouve plus guère qu'une ou deux brasses d'eau; on appelle ce mouillage Mandraki : des navires de trois cents tonneaux n'y tiendraient pas, quoi qu'on en ait pu dire; mais le Mandraki a été certainement plus profond, et comme le sol y est composé de galets roulés, souvent réduits en très-petits fragments, il est présumable que son encombrement résulte de l'opposition de deux courants, occasionnée par la solution de continuité qui s'est faite au pied dû fanal. Tandis que la vague du large s'introduit dans la crique par cette solution de continuité avec une certaine violence, en venant du sud au nord, la continuation des mêmes vagues , brisant à la côte et déferlant en ligne courbe le long des rochers qui supportent les remparts intérieurs , occasionne à son tour une espèce de remous du nord au sud , qui entraîne les corps roulés pour les déposer aux points de choc. La vue que j'ai fait graver à la planche VII, aidera à comprendre ceci : on y voit la base des murs , par pù revient le flot , la tour du phare, sa presqu'île, le môle antique avec sa rupture et les vieux tronçons de colonnes qui témoignent de son antiquité.

Sous la direction de M. le colonel Àudoy , le génie français a beaucoup ajouté aux défenses de Modon , en conservant les fondations du moyen âge tels qu'on les voit sur le petit plan de 1686, cité plus haut (p. 125), ainsi que la citadelle, qui pourrait servir de réduit si la place était enlevée par mer; cette citadelle fait la principale force de Modon par le côté du nord. Pour en garantir les approches, on y a pratiqué un bon chemin couvert avec de nouveaux remparts et de beaux glacis.

La ville actuelle de Modon n'a dû être originaire* ment qu'une sorte d'acropole. La cité s'étendait beaucoup plus en dehors, et sa première enceinte comprenait probablement presque tout l'espace qui se trouve entre les hauteurs et l'embouchure du torrent , à partir du pont par lequel on le traverse. Les soubassements de ce pont sont évidemment antiques , et dans les travaux que faisait le génie pour construire le glacis , j'ai reconnu des traces de vieilles constructions qui répondaient à des murailles extérieures des âges reculés. Ces murailles furent peut-être celles de la première Pédase; maintenant ils sont pour jamais enfouis sous bien des brouettées de terre rouge. Quoi qu'il en soit, tout l'art de l'ingénieur ne pourra faire que Modon devienne autre chose qu'un de ces postes qu'on parvient à mettre à l'abri seulement d'un vigoureux coup de main, la ville étant dominée du côté de l'entrée , et ses murs anciens étant assez mauvais , dans l'intérieur du port surtout. Le siège n'en pourrait être long par terre et par mer, dans le, système actuel d'attaque. Quand l'armée française en prit possession , on la trouva dans un état de délabrement complet et mi-

«érablement armée; la plupart des pièces qui garnissaient les remparts n'avaient pas d'affûts et gisaient par terre devant des embrasures éraillées , sur des platesformes détestables; la plupart toutes en fer, elles dataient du temps des Vénitiens , et la rouille en avait tellement attaqué la masse, qu'elles se débitaient en grosses écailles presque jusque dans la moitié de leur épaisseur. M. Dubois a cependant remarqué parmi ces rebuts de jolies pièces en bronze; l'une d'elles était ciselée vers sa lumière d'arabesques les plus élégantes et qui attestent l'époque où le meilleur goût s'introduisait en Italie dans toute sorte d'ornements; sur une autre j'ai lu: OPVS CAMILLÏ. Il y en a où se .voient deux lions de S. Marc , dont le corps se termine en queue de poisson , comme la sirène , ce qui indique la suprématie que la république s'attribuait alors sur les mers. M. Dubois m'a assuré n'en avoir rencontré de semblable nulle autre part.

« On sait , dit M. de Pouqueville 1 , comment le prince « Dolgorouki , ayant attaqué Modon ( lors de la tenta- « rive d'une révolution en 1770), fut abandonné par « six mille Maniotes, au moment où la ville allait ca- « pituler. Après cette défection, le prince dut, malgré « des prodiges de courage, sacrifier son artillerie pour ( se retirer sur Navarin. * Celte version n'est pas celle du Magne, où l'on prétend que ce furent les Russes qui abandonnèrent, sans avoir fait aucun prodige de courage, les braves Spartiates, par lesquels, au contraire , ils furent héroïquement protégés dans leur fuite qualifiée de retraite: quoi qu'il en soit, «'les ^ — - — - — —

i. Voyage de la Grèce; t. VI, i». 08.

« Turcs , ajoute M. de Pouqueville, montrent avec or- « gueil les vingt-quatre pièces de gros calibre que le , général russe fut obligé de leur abandonner. » Le général en chef, comte Maison, me les montra aussi, mais avec cette simplicité qu'y devait mettre un guerrier trop habitué à conquérir de semblables trophées pour en tirer vanité. On a placé en batterie du côté de la mer , celles de ces pièces que le temps n'avait pas mises hors de service.

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