Voyez la pl. n.° 3 , ci-contrc
ombre que des exorcismes venaient contraindre, en rompant les charmes qui la tenaient évoquée, dé rentrer au fond de celle des tombes qu'elle avait laissée vide. Ainsi disparut Euridice aux yeux d'Orphée dans les profondeurs de ce Ténare que nous irons bientôt interroger, et dans les cavernes duquel de poétiques traditions plaçaient les portes de l'empire des morts.
Quand mes yeux se furent accoutumés à l'obscurité du funèbre réduit , j'y distinguai encore un objet oblong et blanchâtre, que deux cordes, fixées dans les parois opposées , tenaient suspendu entre le sol et la voûte. Comme je m'apprêtais à passer par le soupirail , pour voir ce que ce pouvait être , de faibles cris sortirent de cette sorte de paquet; la pauvre Grecque, qui reconnut , de l'enfoncement où elle s'était réfugiée , que nous étions Français , et conséquent ment Kctkot affendi(de bons seigneurs), n'hésita plus à se montrer; s'étant dirigée vers l'objet dont je paraissais occupé , die en tira un petit enfant qui s'y trouvait roulé entre deux toisons, et s'approcha en me le présentant: il était superbe, rose et potelé comme un Amour; l'ayant caressé et baisé de toutes ses forces , elle le tourna et rétourna en tous sens, pour me faire connaître qu'il ne pâtissait pas; remarquant alors l'émotion que me causait sa pantomime, ses yeux se rallumèrent avec une expression indéfinissable de tendresse maternelle; je compris à son regard qu'elle voulait dire : « voyez c comme il est gras quand je suis décharnée; il est « ma seule occupation; c'est tout ce qui m'est resté « avec assez de lait pour le nourrir : il ne maigrira « pas, lui, tant que la source ne sera pas tarie. ■ Du reste la pauvre femme ne prononça pas un mot ;
ses gestes exprimaient bien mieux sa pensée que tout ce qu'elle eût pu me dire en grec moderne, dont je ne savais pas d'ailleurs douze paroles. Par signes, à mon tour, je tentai de lui faire accepter les petites pièces blanches qui se trouvaient dans mes poches; elle prit mon argent sans paraître beaucoup s'en soucier, en portant la main à sa bouche, comme pour indiquer qu'elle aimerait mieux de quoi manger, afin de conserver son lait. Durant le reste de notre séjour à Medon , je lui ai fait tenir chaque jour des vivres en abondance , et mon valet de chambre Yillars , qui les lui portait, m'apprit plus tard que « L'hôtesse des tom- « beaux , comme il la désignait , ne nous avait pas « parlé, parce qu'elle n'avait pas de langue, les soldats « d'Ibrahim la lui ayant coupée. * Nous avons souvent rencontré, par la suite, de malheureuses filles auxquelles on avait fait subir la même opération; mendiant sur les chemins, elles sollicitaient la pitié des passants, en ouvrant piteusement la bouche, et tenant leur menton de la main gauche, tandis qu'avec deux doigts de la main droite elles imitaient au devant des lèvres le mouvement des ciseaux avec lesquels on les mutila.
En face du caveau que nous venions de trouver ainsi habité, était creusée dans le roc vif, de la paroi de droite , une autre pièce carrée, qui doit avoir été l'oratoire des catacombes. C'est là que se disaient probablement des prières pour les morts. On y entre par une porte basse et étroite» mais assez carrément taillée. Nous reconnûmes du haut en bas sur toutes ses faces, fort unies, des traces de vieilles peintures , dans le genre de celles dont les murs de la petite chapelle ruinée de la plaine
sont tout chargés (p. 1 10) ; mais comme ces peintures ont été plus maltraitées par l'humidité, il est impossible d'y rien distinguer aujourd'hui.
Ce fut dans cette même excursion, qui eut lieu le
10 Mars, que nous commençâmes à trouver des Tortues ; ne connaissant pas encore les habitudes de ces reptiles, nous ne savions où les prendre. 11 ne faut pas les chercher seulement dans les buissons; elles se tiennent assez volontiers au soleil sur les espaces arides, à portée des trous ou des amas de rochers sous lesquels elles se puissent blottir au besoin. Ce fut un chien arrivant avec nous d'Europe qui nous les fit découvrir.
11 en avait d'abord eu peur, puis il s'habitua à les tenir en arrêt. La première Tortue que nous rencontrâmes avait été surprise par cet animal sur la pointe d'une pierre où l'on avait peine à concevoir qu'elle eût pu grimper.
La Morée nous a fourni deux espèces fort distinctes de Tortues, lesquelles furent évidemment confondues d'abord sous le nom linnéen de Testudo grœca. Elles sont très-communes en certains cantons , particulièrement en Elide, eu Messénie et en Argolide, jusques assez avant dans l'intérieur des terres. On n'en rencontre guère dans les hautes montagnes, quoique, en parlant du Parthénius , Pausanias ait dit 1 : « Ce mont « nourrit beaucoup de Tortues , dont l'écaillé est propre « à faire des lyres, mais les gens du lieu, qui croient « que ces animaux sont consacrés à Pan , se font un « scrupule de les tuer. * Le même auteur rapporte 2
1. Pausanias, Ub. VIII, cap. 54. — 2. Idem, Ub. VIII, cap. 17. II ajoute (Ub. XX111) «que le bois de Soron, comme toutes les
que l'un des sommets du Cyllène est appelé Cbélidore, parce que « Mercure, y ayant trouvé une Tortue fort « grosse , Touyrit , la tua et se fit une lyre de son. c écaille. * Ces animaux sont rares sur les plateaux des parties centrales, quoiqu'ils se plaisent en générai au milieu des rochers, où nous les ayons vus monter malgré leur pesanteur et leur maladresse sur des escarpements presque impraticables. J'ai des raisons de croire que Ton rencontre l'une et l'autre des Tortues de Morée en Calabre, en Sicile, en Sardaigne et en Corse. Je ne me souviens pas de les avoir vues dans les parties méridionales de l'Espagne, où même je crois ne pas en avoir entendu parler. Ce qu'on m'y a plusieurs fois montré sous le nom de Galapago , était une Cythude, c'est4-dire une espèce d'eau douce, que j'ai retrouvée dans l'Eurotas. La plus grande de nos deux Tortues est plus alongée et beaucoup plus bombée que l'autre; elle est aussi plus amincie dans son pourtour vers le milieu , noirâtre quand le centre de ses plaques assez proéminentes n'est pas devenu couleur de corne en s'usant; sa carapace se termine postérieurement par une grande écaille impaire, ornée d'un triangle forte-
forétrrPArcadie, nourrit des Tortues monstrueuses, dont on fait des lyres aussi belles que celles qui se font des Tortues des Indes. * Forêt doit s'entendre ici des massifs ou étendues buissonneuses couvertes de grands arbustes, les Tortues n'habitant guère ou même jamais les bois. On se sert encore quelquefois de leur carapace pour faire des caisses de violons grossiers ou celles d'espèces de luths. Je me souviens avoir vu un aveugle mendiant qui, assis à la porte d'une ville, jouait, en chantant, d'un instrument ainsi composé, absolument pareil à celui qu'on voit figuré dans certaines médailles ou bas-reliefs antiques , et que l'on joignit comme attribut à des statues d'Homère.
ment strié, et qu'on pourrait appeler uropygiale, parce qu'elle se relève en croupion vers sa pointe. Cette première espèce est celle que Schœpff et Schweigger ont appelée Testudo margùuUa. M. de Lacépède la fit repré% senter daus son Histoire des quadrupèdes ovipares sous le nom de grecque, et dans le chapitre qui la concerne, il confondit avec l'espèce européenne d'autres Tortues d'Asie, d'Afrique et même d'Amérique. Notre seconde espèce, moins élevée sur patte, est bien plus 4 arrondie et large; ses plaques, dont la surface est assez unie et luisante, sont d'un beau noir à leur pourtour et marquées de grandes taches d'un jaune souvent trèsvif, principalement sur le milieu, qui se relève moins que dans la Tortue marginée. Le caractère principal de cette seconde espèce consiste dans le croupion, qui n'est pas comme celui de la première formé d'une seule plaque, mais d'une paire d'écaillés, dont la suture droite et longitudinale est fort distincte même chez les plus jeunes individus; ces deux écailles, au lieu de se relever en dessus, se recoquillent en dessous s il paraît que c'est celle à laquelle on a rapporté le plus ordinairement la Testudo de Linné. Il faut dis-
tinguer de l'une et de l'autre, décrites et figurées dans la partie zoologique dtf grand travail de la Commission 1 , une troisième Tortue terrestre du bassin méditerranéen , et que depuis la conquête d'Alger on rapporte souvent à Paris, où d'ignorants marchands de comestibles du Palais-Royal ou des passages, qui les confondent sous le nom de coquillage avec les Homars
1. T. III r part. I/% sect. t.* p. 57 et 68, pl. 7, fig. i. w et Z de la 3. e série.
et les Écrevisses , les martyrisent en les plaçant dans leur étalage entre de froides plaques de marbre ou dans l'eau. Ces bourreaux ignorent que ces pauvres bêtes ont besoin de beaucoup de sécheresse , de chaleur et de lumière pour ne pas devenir maigres et impropres à l'usage pour lequel ils les vendent aux gourmands ou aux malades , qui , après tout , en savent rarement plus qu'eux sur l'origine des choses.
Les soldais français recherchaient les Tortues pour s'en régaler, et les préparaient de diverses manières* Les Grecs qui le remarquèrent, en portaient au marché , et les appelaient dérisoirement gallinas, du mot franc qui signifie Poules; on s'en procurait une belle pour une douzaine de paras. Dans la profonde misère qui obligeait la plupart du temps les malheureux Moréotes à brouter l'herbe des champs comme Nabuchodonotor , ils ne purent jamais se décider à manger des Tor* tues , pour lesquelles ils témoignent la plus invincible horreur.
Celte aversion pour leur chair n'est pas d'aujourd'hui, et l'anecdote suivante, rapportée par Hérodote», en est une preuve. « Crœsus voulant connaître quel était le meilleur des oracles de son temps, envoya des députés à chacun d'eux pour les sonder, ordonnant à ceux-ci de les interroger simultanément cent jours après leur départ de Sardes et de mettre leur réponse par écrit. Celui de Delphes fut reconnu pour le plus digne de foi, parce qu'il répondit : je connais le nombre des grains de sable et les limites de la mer; je comprends le langage des muets; j'entends la voix