‹ Relation du voyage de Son Altesse Royale le prince de Galles en Amérique [microforme]Chapitre 29 sur 69 · TES · texte numérisé non relu

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Brockviile ; mais une brillante illumination et une procession aux flambeaux, composée de pins de 300 pompiers, eurent bientôt fait disparaitre l’obscurité. On conduisit Son Altesse Royale à un pavillon construit tout exprès, près de la gare du chemin de ter, décoré et illuminé avec un goût parfait, et là il reçnt les adresses de la ville et de ses diverses institutions. |

Brockville, ainsi nommé en l’honneur du héros de Niagara, est sitté sur la rive nord du $t. Laurent, à l’entrée des Mille-Isles. Sa population est d’environ 4,000 âmes ; la ville est bien bâtie, elle s’élève en amphithéâtre dans un site charmant, et ses boutiques. ses églises et ses jolies maisons de brique, ont un aspect de propreté et de gaieté qui fait plaisir à voir. 11 y a à Brockville p'usienrs anciennes familles anglaises ; et plusieurs des hommes publics qui ont figuré dans l’histoire parlementaire du Haut- Canada, sont nés dans cet endroit.

Le Prince s’embarqua de suite à bord du steamer Kingston, qui, le lendemain matin, se mit en route pour la ville dont il porte le notui. L’aurore et le soleil levant éclairérent aux yeux du Prince ua des plus beaux panoramas qu’il lui ait été donné de contempler dans tout son voyage d'Amérique.

La descriptien suivante des Mille-1sles (1), est empruntée à Essai publié par M, Sheridan Hogan, en 1855.

& C’est entre Kingston ct Brockville, et ordinairement aussitôt après le lever du soleil, Ici, le spectacle d’un brillant matin, ctilest rare que les matins än Canada ne soient pas brillants, est magnifique au-delà de tout ce qu'on en peut dire. Vous passez tout près (souvent assez près, pour qu'un petit caillou lancé du pont du vaisseau tombe dessus,) de groupes successiis de jolies petites iles circulaires, dont les arbres, tiennent comme suspendues au-dessus de l'eau, leurs branches au feuillage épais agréablement nuancé de diverses couleurs et toujours hunide, Vous continuez à avancer par des passages étroits et {ortueux et des baies, entre les îles, les arbres des rives s'entrelaçcant au-dessus, ct formant des berceaux naturels; et cependant les eaux de ces baies sont si profondes, que Jes vaisseaux à vapeur de grandes dimensions pourraient pas*er sous les branches entrelacées. Alors s'ouvre devant vous

agnifique nappe d’eau, de plusieurs milles de largeur, qu’une rrênas le dans le lointain paraît séparer en deux grandes rivières. gs sa vous en approchant, vous découvrez que ce n’est qu’un groupe 4e vetites iles, partageant le fleuve en autant de rivières qui paraissen. actes tiis d'argent jetés sans soin sur un grand tapis vert. Votre

(1) Il y a en Canada denx groupes d'iles portant ce nom, l’un dans le St. Laurent, entre Kingston et Brockville ; l’autre dans le bras de l'Ottawa qui sépare l'Ile Jésus de la terre ferme. M. Sheridan Hogan, dcnt l'Essai sur le Canada, écrit pour Exposition Universelle de Paris, en 1855, fut couronné pur les juges du concours, a, depuis, été élu membre du Parlement pour le comté de Grey, et est disparu mystérieusement, sans que depuis près de deux ans,on aît eu sur son sort aucun renscignement digne de foi.

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vaisseau entre dans l’un de ces brillants passages, et vous sentez enfin que dans la multitude de voies ouvertes il doit y avoir beaucoup de danger ; car votre rivière ombragée et sinueuse se termine brusquement à quatre ou cinq cents verges en avant de vous. Mais comme vous approchez avec une effrayante vitesse des rocher: menaçanis qui vous ferment le passage, un cherals’ouvre soudainement à votre droite; vous y êtes poussé en tournant comme le vent, et ung seconde après, un magnifique amphithéâtre de lacs s'ouvre devant vous. Cette expansion est bornée de nouveau, selon toute apparence, par un rivage vertfoncé: mais à votre approche, la masse se meut comme dans un kaléidoscope, et voicique cent jolies petites îles s'offrent à vos regards. Et telle est, l'espace de soixante-dix milles, et jusqu'à ce que vous atteigniez les rapides, la fécrie au milieu de laquelle vous voguez.

Il est impossible, même à ceux que leurs habitudes et leurs occupations rendent peu sensibles aux charmes de la nature, de s'emjécher d'éprouver des scntiments presque poétiques, en passant par les chenaux sinueux des Mille Iles. Longtemps mênie après que vous les avez passés, vous vous sentez comme réveillé en sursaut au milicu d'un rève agréable, Votre mémoire vous peint coup sur coup à l'esprit les groupes d'îles s’élevant de l’eau claire et fraiche: vous ne pouvez cublier Jes petites baies et les passages tortueux ombragés et iresque recouverts par les arbres ; et en pensant au bruit, à la poussière, a ja chaleur et au tracas de la ville d'où vous venez, ou de celle où vous allez, vous regrettez au fond de votre cœur, de n'avoir pas vu plus de la nature, et moins des affaires. Ce ne sont peut-être là que des rêves, mais ce sont des rèves agréables et utiles, car i's interrompent pour le moment la sombre monotonie d’un égoïsme qui absorbe tout, et ils jettent quelques rayons de lumière sur la poésie et Ia pureté de sentiment qui semblent devoir mourir d'une réclusion perpétuelle, dans la noire prison de l’avarice moderne.”

Le premier désagrément que le fils aîné de notre bien-aimée souveraine sit en dans tout son voyage d'Amérique, attendait à Kingston. Certains journaux du Haut-Canada avaient attaqué Padministration et le Duc de Newcastle, au sujet des visites que S. À. R. avait faites aux institutions d'éducation catholiques dans le Bas-Canada, et étaient parvenus à monter les esprits dans quelques endroits. Les orangistes s’étaient réunis et avaient décide de recevoir le Prince, en corps, et avec les insignes de leur association, à Kingston et à Toronto.

Le Duc de Newcastle, se faisant fort Ce l’état de la législation impériale en pareiile matière, et ne voulant point donner aux catholiques de cette province ce qu’il considérait devoir être nn juste sujet de plainte, informa les maires de Kingston et de Toronto, par l’entremise de N. I. le Gouverneur Général, de limpossibilité absoiue où se trouvait S. A. R. de reconnaître Porganisation des orangistes, ajoutant que si ceux-ci devaient faire partie de la procession et parader ofliciellement dans les cérémonies publiques, en quelqu’endroit que ce fût, il conseillerait au jeune Prince de passer outre et de continuer son chemin.

Les choses en étaient là lorsque le steamer se présenta devant

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