‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 10 sur 89 · DEUXIÈME PARTIE. [lC · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. [lC

amis de la disgrâce du magistrat : ce qui l'obligea de songer à sa sûreté.

[1634] Le président Ségnier, qui fut élevé à la dignité de garde-des-sceaux , n'en eut pas plus tôt prêté le serment que le Roi alla à Chantilly, où Ton continua à penser de faire une pronaotioD de chevaliers , comme on l*avoit rélohi avant la disgrâce de M. de Châteauneuf. Le cardinal fut d*avis que la fiérémonie en fût différée, y ayant alors trop de personnes qui a?(Hent assez bien servi pour y avoir part ; et il engagea le Roi à la faire à Fontainebleau le jour de la Pentecôte. Sa Majesté ayant donné sa parole à plusieurs personnes, du nombre desquelles j'étols , le cardinal y voulut faire comprendre aussi ses parens et ses créatures , particollèrement ceux qui avoient servi contre M. de Montmorency. Il y réussit par son adresse , de manière qu*on peut dire que ses parens et ses amis furent préférés aux bons et fidèles serviteurs du Roi. Il est pourtant vrai qu'on ne laissa pat de recevoir dans cette promotion plusieurs njets qui avoient mérité cet honneur. Sa Majesté déclara que je serois de la suivante , et elle Toolut que cela fût inséré dans le registre de tes ordres.

Je me rendis à Fontainebleau le lendemain de la cérémonie , et , faisant ma cour à mon ordinaire, je fus parfaitement bien reçu du Roi : le cardinal même m'ayant fait dire que , si j*alois quelque chose à désirer, il m'offroit ses services et son crédit ; je répondis à ceux qui ■'en parlèrent que je ne lui demandois que rhonneur de ses bonnes grâces; car je ne jugeai point à propos de me plaindre , afin que le init ne se répandit point à la cour que j'avois do mécontentement , ni que Ton crût que je voubis être élevé par Tentremise d'autrui , étant persuadé que cela étoit dû à mes services. M. le prince me fit compliment, et le comte de Soisions me témoigna du chagrin de celui que je devois avoir. Généralement tout ce qu'il y avoit de personnes considérables à la cour en firent de même.

Le Roi apprit pour lors la mort de Walstein, due de Fridiand , qui fut tué par le commandement de l'Empereur ; et comme Sa Majesté , dont le naturel étoit craintif et Thumeur sévère, eroyoit que l'autorité ne se maintenoit que par la crainte , elle loua beaucoup ceux qui avoient Mi à l'Empereur ; mais cela fut désapprouvé par le cardinal. Il en fit même ses plaintes au Roi, qui s'expliqua tout autrement qu'il n'avoit ftit le jour précédent. On soupçonna pourtant le premier ministre d'avoir eu d'étroites liaisons avec le gentilhonmie qui avoit commis cet as-

sassinat, dont il avoit cru pouvoir se servir dans les occasions. Comme ce jour-là je fus un de ceux devant qui Sa Majesté s'expliqua , j'attendis d'être seul avec le Roi pour lui dire ce que j'avois sur le cœur, et je le fis en ces termes : « Sire, ce n'est que la bouche qui parle, mais nous en savons la raison. » Cela ne déplut point à ce monarque.

L'été s'avançant , le cardinal , tout malade qu'il étoit , détermina le Roi à envoyer en Lorraine M. de Soissons , pour soutenir, en cas de besoin , le cardinal de La Valette , qui étoit entré en Allemagne afin de favoriser les desseins du duc Rernard de Weimar^ ou pour attaquer, si Foccasion s'en présentoit, les places du duc de Lorraine qui , étant entièrement dévoué à l'Empereur, retardoit et empéchoit les progrès de l'armée des confédérés. Mais parce que le Roi avoit toujours de la jalousie contre le comte de Soissons , et qu*il étoit bien difficile d'empêcher, autrement que par Téloignement de ce comte , qu*il ne passât par l'esprit de Sa Majesté beaucoup d'imaginations qui déplaisoient à ceux qui vouloient gouverner, le voyage du Roi en Lorraine fut résolu ; et ce monarque ne fut pas plus tôt arrivé à Châlons , qu'il ordonna à M. de Soissons d'aller investir Saint- Michel. Il le suivit de près pour se trouver à l'ouverture de la tranchée.

Cette place, étant de son assiette assez mauvaise et peu fortifiée , mais défendue pourtant par une garnison de douze cents hommes de pied et de cavalerie , fit croire, avec quelque sorte de fondement, que M. de Lorraine hasarderoit une bataille pour la sauver. On ne laissa pas de Tinvestir et de l'attaquer ; et le temps s'étant passé dans lequel ce prince devoit se présenter pour contraindre le Roi à en lever le siège , le gouverneur fit offre de rendre sa place à composition. Sa Majesté voulut l'avoir à discrétion , et que les officiers et les soldats fussent prisonniers de guerre , en conservant cependant aux habitans leur vie et leurs biens. Le gardedes-sceaux et quelques-uns de ceux qui avoient suivi le Roi lui mirent dans l'esprit que la capitulation ne seroit point violée , si l'on envoyoit aux galères tous ces misérables , qui, à la vérité , ne méritoient pas un moindre châtiment pour avoir osé défendre une telle place contre une armée royale , et le Roi présent.

J'arrivai dans le temps qu'on expédioit cette ordonnance; et ceux qui y avoient donné lieu voulant absolument que ce qu'ils avoient proposé fût approuvé de tout le monde , on me demanda mon sentiment. « A Dieu ne plaise , m'écriai-je, que je sois de votre avis; car c'est là

MEM0IBE8 DU COMTE DE BBIERNE

ane f njustioe qui crie vengeanoe devant Diea et devant les hommes. » Le Roi , qni m'entendoit, me dit en colère : « Vous blâmez volontiers ce que les autres font ; et cela me paroit surprenant, en ce que J'ai suivi l'avis de tous ceux de mon conseil. — Sire , lui répondis-Je , ce sont les avis de ceux qui portent la robe, et qui savent bien qu'ils ne peuvent être exposés à une pareille disgrâce ; mais s'il plaisoit à Votre Majesté de me permettre d'aller prendre les voix de ceux de son conseil qui sont d'épée, je suis assuré qu'ils condamneroient tout ce qui a été arrêté, et vous feroient de très-humbles supplications pour la révocation d'un tel orj^re. Les pauvres malheureux , continuai-je , qui sont prisonniers de guerre peuvent être échangés contre d'autres , et gardés tant et si long-temps qu'il plaira à Votre Majesté ; mais ils ne doivent être soumis à aucune peine afflictive qui emporte avec soi confiscation de biens, etc., ni même à être maltraités , puisqu'ils se sont rendus prisonniers de guerre. » Cependant J'eus beau faire, ma remontrance ne fut point écoutée.

Dans le temps que Sa Majesté se trouvoit encore à SaiQt-Micbel, après que la place fut rendue, le cardinal de La Valette vint au quartier du Roi et apprit à Sa Majesté une chose très* véritable. « J'ai , dit-il , battu trois fols les ennemis dans ma retraite. » Mais il lui cela qu'ils avoient toujours pris les devans , et que Galas étolt en état d'entrer en France. Chavigny, pour qui M. de La Valette n'avoit point de secret, dépêcha au cardinal de Richelieu , afin de savoir ce qu'il étoit à propos de faire, sans lui déguiser que les troupes ramenées par le cardinal de La Valette, ni celles que commandoient MM. d'Angoulême et de La Force , n'étoient pas suffisantes pour faire tête à l'armée impériale, d'autant plus que la cavalerie françoise n'étoit composée que des gentilshommes de l'arrièreban, qui demanderoient la permission de se retirer quand le temps de leur service seroît expiré.

M. de Chavigny reçut bientôt la réponse qu'il attendoit , et qui portoit qu'il falloit engager le Roi à rester en Lorraine et même à se loger à Toul , pour faire craindre ses armes et pour donner de la terreur à ses ennemis. Pendant qu'il attendoit des nouvelles du cardinal , il faisoit itenir des conseils à Sa Msjesté pour l'amuser. La nécessité qu'il y avoit de réparer Saint- Michel aidoit aussi à favoriser ses desseins, quand il arriva , un Jour que le Roi étoit enfermé dans son cabinet avec le cardinal de La Valette et Chavigny, que le comte de Soissons vint dans la chambre de Sa M(\|esté et lui fit dire

qu'il avoit à lui parler. On répondit à

d'attendre , et que le Roi étoit empêcha

affaires importantes qui ne regardoien

guerre. M. de Soissons , piqué d'un te

auroit pris le parti de quitter l'armée

retirer d'abord , si ses créatures ne lu

donné à entendre qu'il ferait mieux de

1er. Cependant il n'eut pas la moindre

tion en cette affaire* et l'on cessa mêi

communiquer ce qu'on avoit résolu de

dessein d'aller à Rar et celui d'en r

troupes que ce prince y commandoit. C

surprit d'autant plus que le comte de

reçut l'ordre de les remettre au cardii

Valette , sans avoir auparavant celui

trouver le Roi. La cour fit quelque séjo

où le courrier dépêché par le cardinal

rivé, le garde-des-sceaux et MM. de L

raye et de Chavigny entreprirent de |

à Sa Majesté de s'en aller loger à Tou

étonna beaucoup ceux qui connoissoh

tuation et la foiblesse de cette place.

après leur avoir témoigné le mécont

qu'il avoit d'un pareil conseil , et qu'il

voit se résoudre à le suivre , me fit 1

de m'en parler comme j'entrais dans i

net : ce qui me surprit fort. Sa Majest

demandant mon avis , m'expliqua bien

les raisons dont on se servoit pour le pi

J'agis en cette rencontre comme font {

dinaire ceux qui craignent de se mépr<

je connoissois d'ailleurs le crédit du <

son adresse , et les moyens dont il s

pour accabler ceux qui avoient le ma

lui déplaire; mais pour ne pas demenr

entièrement , et ne rien dire aussi dont

me repentir dans la suite , je demandai

jesté de quelles troupes on se servirai

compagnies des gardes , me dit-elle,

auprès de moi , et de mes mousquetair

cinquante de mes gendarmes et autant

chevaux-l^ers. Croyez-vous que je puis

Je doive faire ce que l'on me propose?

voulant encore éviter de découvrir mo

ment , sur ce que M. de Chavigny m'i

deux choses , la première qu'il parloit ]

dre du cardinal , et la seconde que la

étoit perdue si l'on ne conservoit la

Toul , je crus qu'il étoit de mon devoir

1er ainsi au Roi : < Votre Majesté , qui <

expérimentée que les plus grands ca[

peut juger si elle serait en état de basai

seconde i)ataille,s'il arrivoit(ce que Je i

drois point , s'il plaft à Dieu) que malh<

ment elle vint à être battue avec les

qu'elle conduirait, et celles que lui fo

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