DEUXIEME PARTIE
nous avoit doimée de leur disposition à établir leur repos et leur liberté se trou voit véritable. Quant à ce qu'il nous avoit mandé au sujet d'ime ligue qui se pourroit former entre les princes dltalie, relativement aux roouvemens q[ae les uns et les autres peuvent avoir dans les eoiijonctures présentes, on lui recommanda aussi de les observer et pénétrer tant qu'il lui seroit possible, pour estre esclairci quelles seroient. leurs véritables intentions, celles de Leurs Majestés ne tendant qu'à la paix et leur plus grand désir étant de la procurer à leurs peuples, persuadés que si les Espagnols en voulaient toujours retarder la conclusion, ce ne seroit qu'à leur bonté et au dommage de leurs ancres, d'autant que leur plus grande prospérité estoit, en recouvrant une place, d'en perdre une autre., et que ce qui se passoit alors en Allemagne , par la deffaicte de l'aile droicte de l'armée impérialle et bavarroise par messieurs ks maréchaux de Turenne et Chtangel, donnoit moyen aux confédérés de se prévaloir de cet advantage , et de réduire nos ennemis communs à ne plus s'opiniâtrer à la résistance, et a vouloir tout de bon préférer la douceur d'un accommodement à la rigueur des armes qui augmentoit tous les jours leur ruine.* Vers ce temps-là, M. le duc de Beaufort s'échapa du château de Yincennes , se sauva le jour de la Penteooste, en plain midy, par le courage et l'adresse d'un garde qu'il avoit gagné; lequel prit son temps d'enfermer tous les compagnons dans la salle, et de lier et bâillonner l'exempt poidant qu'il prist dans sa poche les clefs de la porte du donjon par où il descendit dans le fossé, et feut recueilli sur la contrescarpe par sept hommes habillés en femmes, et trouva à quel- (jue distance de là plusieurs cavalliers qui firent monter ledit duc à cheval , l'accompagnèrent hors le parc, d'où il passa le pont de Charenton, gaigna un petit bois, et delàonnesçut point quelle fut esté sa route; mais comme cela nefuat denulle suitte ny conséquence pour les af- Ures générales. Sa Msfjesté ne s'en esmeut point. Noos eûmes bientôt après l'avis de la jonction destroappesdeModène aux nostres, et de la fuite précipitée des Espagnols ; ce qui fut d'un trèsgrand avantage a la réputation de nos armes, au eommencement de cette campagne. Nous attendîmes impatiamment quel effet auroit produit le secours qui estoit allé à Naples, où nous voyons que les peuples seroient contraints de faire un dernier effort pour secouer le joug qu'ils ne pouvolent pas supporter. Mais M. le duc de Guise (ut emmené prisonnier par les Espagnols, et enfermé dans le château de Ségovie. ] m. c. n. M., T. m.
L'Allemagne étant en paix, il ne nous restoit de guerre que contre l'Espagne ; mais l'on voyoit déjà paroftre les étincelles d'un feu qui peu après causa un grand embrasement. C'étoient les ofQ- ' ciersdu parlement qui l'entretenoient, en se donnant la liberté de traverser les affaires du Boi , et de rendre des arrêts qui excédoient leur pouvoir, qu'ils entreprirent encore plus d'étendre qu'ils n'avoient fait après la mort du prince de Coodé , père du duc d'Engbien , arrivée dans l'année 1646. Ce prince s'étoit retiré de la cour mal content ; en voici le sujet :
Le duc de Brézé, beau-frère du duc d'Engbien, que le roi Louis XIII avoit pourvu du gouvernement de Brouage, La Bochelle et lies voisines, et de la charge d'amiral , sous le titre de surintendant de la mer, commerce et navigation de France, ayant été tué sur mer, après la mort du cardinal de Richelieu, la Reine , mal conseillée par Mazarin , se voulant faire pourvoir de la charge vacante de surintendant des mers, etc. , sur la nouvelle qu'elle eut de cette mort , ne voulut point faire arrêter Du Dognon , quoiqu'on l'eût avertie que c'étoit une chose qu'il falloit faire, et qui pouvoit être facilement exécutée avant qu'il eût gagné Brouage. 'Sa Majesté donc , après avoir écouté la demande que lui fit des charges du duc de Brézé ^ le prince de Condé pour le duc d'Engbien son ûls, me commanda de l'aller trouver, et de lui dire qu'ayant pourvu M. le duc d'Orléans du gouvernement de Languedoc, et le duc d'Engbien de celui de Champagne et de quelques places importantes, elle croyoit qu'il étoit temps qu'elle songeât à elle-même : ce qui l'avoit fait résoudre à garder pour elle ce qui vaquoit par la mort du duc de Brézé. A quoi elle se portoit d'autant plus volontiers , qu'ayant fait pour les autres ce qu'ils avoient souhaité, elle ne se trouvoit point dans la nécessité de moins faire pour elle-même que ce qu'elle avoit bien voulu faire pour eux ; et qu'elle étoit persuadée qu'il seroit le premier à la louer de sa modération et de la r^lution qu'elle avoit prise; d'autant plus qu'il l'avoit pressée et conseillée plusieurs fois de n'en pas user autrement. Ce prince me répondit qu'il étoit vrai qu'il avoit conseillé à la Reine de prendre un établissement, mais qu'il ne lui étoit jamais venu dans la pensée que ce dût être aux dépens de sa maison ; que Sa Majesté étoit la maitresse, et qu'elle pouvoit user du pouvoir qu'elle avoit; mais qu'il ne pouvoit croire qu'elle ne conservât point à son fils ce qui vaquoit par la mort de son beau-frère. Je me crus obligé de lui remontrer que les charges ne passent point aux héritiers de ceux qui les ont possédées, et
UBMOinBS ou COMTB DE BRIBNIf E ,
que sa maison avoit reçu tant de marques de la libéralité de la Reine que j*étois persuadé qu*il s'étoit déjà repenti de ce qu'il m'a voit dit. Bien loin de profiter de mon avis, il me répondit avec aigreur et emportement : et comme je vis qu'il metenoit des discours menaçans, je le quittai, dans la résolution de dire la vérité à la Reine, mais de m*expliquer dans des termes si généraux qu'il ne lui pût rester aucune mauvaise impression de ce qui m'avoit été dit par ce prince. J'avois appris de mon père , qui étoit un homme très-sage , et dont je ne puis m'empécher de louer la prudence en cette occasion , qu'un serviteur ne doit jamais rien rapporter à son maître qui le puisse aigrir contre quelqu'un , à moins qu'il n'y soit forcé pour le bien public ou par l'éclat de la vérité : ce qui le rend excusable de tout ce qui en peut arriver.
Je rapportai donc à la Reine , en présence du cardinal , que les premières paroles de M. le prince avoient été telles qu'on les pouvoit attendre d'un homme très-sage ; que les secondes m'avoient paru mêlées d'un peu d'aigreur; et que , prévoyant que les troisièmes en auroient beaucoup plus encore , je l'avois interrompu , et m'étois siéparé de lui; que je croyois qu'il n'y avoit plus rien à faire que d'expédier les provisions de l'amirauté sous le nom de la Reine, aussi bien que celles du gouvernement de Brouage. Je ne dois pas oublier de dire que feu M. le prince m'avoit avoué qu'il y auroit de la justice de ne les pas donner à son fils ; mais que, pour la charge d'amiral , il n'en comprenoit point la raison.
Je ne fus pas sorti de son hôtel qu'il envoya quérir le président de Nesmond. Ne pouvant croire que j'eusse eu assez de discrétion pour ne rien rapporter, il fit savoir à la Reine tout ce qu'il m'avoit dit , en commençant par mettre en avant que je l'avois fait parler, ou comme il croyolt que je l'avois fait, ou bien comme il croyoit que je l'eusse désiré pour le priver des bonnes grâces de Sa Majesté. Quand j'abordai la Reine , elle me reprocha que je lui avois déguisé ce que j'avois entendu ou dû entendre des discours de ce prince. Je suppliai la Reine de vouloir bien se souvenir de ce que je lui avois exposé, et qu'elle trouveroit que je ne lui avois rien caché de ce qui devoit venir à sa connoissance. «Mais, ajoutai -je, puisque M. le prince a douté de ma bonne foi et de ma discrétion, pour m'acquitter entièrement démon devoir, je me trouve dans la nécessité de rapporter à Votre Majesté jusqu'aux moindres de ses paroles. » Et pour lors je les rapportai telles qne ma mémoire me les put fournir. Soit
que ce prince eût du chagrin de ce qui s'étoi passé ^ ou que l'heure de sa mort approchât , 1 n'eut plus de santé depuis sa retraite de la cour Il est vrai que Leurs Majestés étant allées à Fon tainebleau , il y fit un voyage de peu de jours et se retira dans sa maison de Vallery, d'où i revint à Paris où il mourut. Sur le bruit de si maladie, et la campagne étant finie , le duc d'En ghien s'y rendit en diligence. Il fut bientôt coo sole de la mort de son père , toutes ses charge lui ayant été conservées. Il dit au cardinal qu*é tant comblé de grâces comme il venoit de l'être il n'avoit plus rien à prétendre ; ei cette Eml nence, au lieu de tirer de lui une parole posi tive , lui répondit qu'on auroit égard aux pré tentions qu'il pourroit avoir sur les charges qa avoient vaqué par la mort de son beau-frère.
Les choses étant en cet état , rien ne donnoll de la peine, à ceux qui avoient l'admiuistratloo. que la liberté que le parlement se donnoit d< rendre des arrêts qui autorisoient la eompagnk en abaissant le conseil du Roi. Quoique la eooi eût fait exiler ceux qui s'étoient le plus distingués par leur emportement, elle n'avoit pai laissé de souffrir que l'autorité royale eût éU méprisée ^en ce que les chambres avoient eesÉ de rendre la justice , et que le parlement, non content d'avoir faitdes supplications pour le rap pel de ses confrères , avoit déclaré que leur exil étoit injuste et nul ; que la compagnie étant seok en droit de corriger ceux qui en étoient, Ils ne pouvoient ni ne dévoient plus travailler aux Jq< gemens des procès pendans en la cour. GomnM on manda à cette compagnie de faire ce que la conscience et ses obligations exigeoient , eller» çut en apparence avec respect les ordres du Bol, et par mépris se dispensa d'y obéir.
Soit que les plus considérables du corps to«lussent avoir encore plus d 'autorité que n'en avoil le cardinal , dont la puissance leur déplaisoit, ot qu'ils eussent dessein d'augmenter la leur dam les désordres de l'Etat , ils n'appuyoient points comme ils y étoient obligés , les délibérationi qui se prenoient dans le conseil. Ils reoevoient les visites de ceux dont les actions étoient Mimées; et, ayant l'esprit plein de leurs rafsmis, ils les venoient débiter au conseil : de manlèn que l'autorité , d'une part y et la foiblesse du ministère , de l'autre , causoient de oontinoeb désordres. Pour les apaiser on accorda au parlement ce qu'il demanda , c'est-à-dire, qae eeu d'entre la compagnie qui auroient été exilés ptl des lettres de cachet seroient rappelés par dte très lettres dans l'exercice de leurs chai^ges*
Le cardinal, croyant régner par cette manlèrf folble, et ne voyant pas qu'il sucoombolt, m
DBUXIBMB P4BTIB. [l648j
s'ooeopa à rien avec tant de soin qu'à tenir dans la division et en jalousie ceux qui étoient dans le service , avançant et inventant hardiment ce qui pou voit les animer les uns contre les autres. Il se conduisoit avec les princes avec plus de retenue. Il se servoit de leurs créatures pour empêcher qu'ils ne fussent unis. Il n*yavoit point de grâces qu'il ne promit à Fabbé de La Rivière (1) et à ceux qui étoient en liaison avec IL le prince : et quand il arrivoit quelque roécn^Dtement avec celui-ci et M. le duc d'Orléuis, celui dont chacun d'eux se tenoit assuré se m^t de les accommoder.
Quelques considérations ayant obligé Son Altesse Royale à ne plus aller à Tarmée, le oommandementeD tai donnéau prince de C!ondé. A peine ce prince y ftit4i arrivé qu'il s'avança dans le pays de l'ennemi , qui , n'ayant pas osé eo venir à une bataille , se campa avantageummokU Le prince s'étant avanoi demeura en présence , croyant attirer au combat l'ennemi ; fluJsil ne changea point la résolution qu'il avoit prise de l'éviter : ce qui obligea ce prince A défiler et A se retirer. Il l'entreprit en plein Jour ; et l'ennemi , ayant voulu profiter de l'occasion, ittiqua son arrière-garde et la mit en déroute. Le prince de Gondé accourut , fit avancer ses troupes et défit l'armée ennemie , signalant son courage et sa capacité dans cette fameuse Journéede Lens; car c'est lA qu'il remporta une victoire des plus complètes.
Cependant le cardinal , animé par quelques personnes de la cour, crut que l'occasion étoit liiforal>le pour prendre une autorité absolue. Au Uen qu'il se oontentoit auparavant de faire exiler k» ofificiers du parlement dont il n'étoit pas satisfait, il résolut de faire arrêter le sieur Kerre Broussel. Le maréchal de La Meilleraye ht du même avis; et afin que la chose fit plus d'éclat , il voulut que l'emprisonnement se fit le Jour que le Te Deum seroit chanté dans l'église de Paris, en actions de grâces de la victoire remportée par le prince de Condé. Après donc que ieBoi fat sorti de Notre-Dame , l'ordre d'arrêter Brousse! fàt donné A C!ommlnges, lieutenant des gardes de la Reine, qui l'exécuta avec autant de eoonigeet d'expérience qu'il en falloit dansl'en-
(1) Losio Barbier étoit favori de Gaston/ duc d*Orlésoi. (A. E.)
CQ On verra par la dépéehe suivante adressée au comte d'Atelxel au aatres gouvernears des provinces par le ioerétalre d*Etat des commandemens du Roi , comte de Brlenne , amis quelle apparence insignifiante les ministres s*enpressêrent d'expliquer aux gouvemears des provinees et aux amiMssadears de France près les cours étrangères, im mouvement popalalre, qui suspendit
droit on devoit arrêter Broussel , qu'il fit monter dans un carrosse pour le conduire au lieu ordonné.
Le bruit de la détention de ce magistrat se répandit bientôt dans Paris , parce que Broussel étoit fort aimé dans son quartier, et qu'en plusieurs occasions il avoit été regardé comme le tribun du peuple , qui prit les armes et commença A faire des barricades aux environs de TArchevêché. La Reine, en étant avertie, fit doubler la garde ; mais on laissa aux capitaines la liberté de se porter comme ils le jugeroient A propos: et cela arrive ordinairement quand des gens sans expérience commandent.
L'archevêque de Corinthe , coadjuteur de Paris, prélat dont l'ambition étoit extrême, trouvant que l'occasion se présentoit de se faire valoir A la cour, ou croyant par lA s'acquérir l'amitié du peuple , se fit voir par la ville , et parla comme s'il eût voulu apaiser ces troubles , sur lesquels il établissoit pourtant sa fortune. Il se rendit au Palais-Royal , de même que le parlement , et se persuada qu'il falloit faire dire au peuple et aux bourgeois qu'ils dévoient se barricader pour assurer leurs vies et leurs biens. Le parlement et les officiers de la ville n'eurent pas le temps, ou peut-être la volonté de s'y opposer. L'ordre fût donc délivré et exécuté - et la compagnie, après avoir délibéré dans le Palais- Royal , tira parole de la liberté de Broussel , qui fut élargi dès le lendemain. Le chancelier, qui avoit eu ordre d'aller au parlement, courut risque de la vie , et fàt réduit A se réfugier dans l'hôtel de Luynes , d'où il fut tiré par le maréchal de La Meilleraye. Celui-ci UkX A la fin de même avis que les autres du conseil , qui étoit de mettre en liberté Broussel et de calmer la ville; mais il y eut quelques personnages plus éclairés ou plus fermes , qui dirent A la Reine qu'il ne le falloit rendre qu'après l'avoir fait étrangler : jugeant bien que l'autorité étoit abattue , puisque l'on se relâchoit de ce que l'on avoit entrepris. C'est ce que la cour fit assez connottre en se retirant A Ruel et puis A Saint- Germain-en-Laye , ou le prince de Condé se rendit (2).
Le parlement y envoya des députés qui firent
l'autorité royale pendant plusieurs Jours dans la capitale du royaume, força ia couri capituler et k rendre les prisonniers qu*elle avait si maladroitemeot fait arrêter.
.... « J*iJonste ce qui s'est passé ces trois derniers Jours en cette ville , selon la vérité , afin que vous ayez de quoi la faire cognoistre et faire cesser tous les faux bruits qui pourroient estre mandés au contraire.
0 Leurs Majestés ayant grand sul^et de réprimer la
MBIIOIBES DU COMTE DE RBIENNR ,
des demandes entièrement contraires à l'autorité royale; mais ils obtinrent ce qa*ils voulurent , peu de personnes s'y étant opposées. Le prince de Conti , le duc de Longueville et plusieurs autres s*étoient engagés dans leur parti ; et M. le duc d*Orléans et le prince de Gondé , qui jusques alors étoient demeurés attachés à celui du Roi, furent néanmoins d'avis que la déclaration de 1648 fût scellée , par laquelle Sa- Majesté s'obligeoit de faire interroger les coupables dans les vingt-quatre heures, et de remettre aux juges ordinaires la connoissance des crimes desquels on pourroit être accusé à Tavenir , sans avoir égard que cet article étoit entièrement opposé à l'autorité royale , et qu'il servoit de fondement à quantité d'inconvéniens qui en sont arrivés.
M. le prince dit à la Reine qu'elle prît bien garde à ce qu'elle feroit, et déclara assez librement au parlement qu'il seroit pour lui , et qu'il feroit observer cette déclaration si elle lui étoit accordée ; donnant pourtant à entendre par ses discours qu'il la condamnoit , mais qu'il vouloit se conserver du crédit dans la compagnie. La Reine m'ayant commandé d'examiner cette déclaration , je le fis en homme qui ne pouvoit s'éloigner de la fidélité qu'il avoit toujours con-
inauYaise volonté qui a paru en quelques-uns du parlement , dans toutes leurs assemblées , en se rendant directement contraires à ses volontés, prirent résolution, mercredi dernier, d'arrcster prisonniers MM. Bronssel, Blancménil et Charton. Les deux premiers furent enlevés hors de la ville , et le troisième trouva moyen de s'eschapper. Quatre autres conseillers furent aussi relégués . sçavoir : M. Lcsné i Gompiègne , M. Benoist à Senlis. M. Loisel à Mante, et M. de Cliarny a Provins. Le passage de ces prisonniers esmut quelque populace; ce qui obligea MM. les mareschaux de La Meilleraye et de L'IIospital d'aller par la ville, et après leur retour, le reste de la journée et delà nuict demeurèrent calme. Mais le lendemain survint un accident nouveau ea la personne de M. le chancelier, qui , 8*en allant au palais . selon l'ordre qu'il en avait reçu , trouva quelque obstacle au tournant du quay des Orpbèvres ; ce quy luy fit prendre soii.chemin par le Pont-Neuf, et le long du quay des Augustins, où quelques gens attroupés le suivirent , et par leurs discours tcsmoignèrent en vouloir à luy ; ce qui l'obligea d'entrer dans l'hosteld'O. Et l'avis estant venu à la Reine , elle commanda deux compagnies des gardes pour le desgager ; et M. le mareschal de La Meilleraye , assisté de dix ou douze cavaliers . voulut y aller pour ce mesme effet, et le ramena au Palais-Royal. Cependant, pour se garantir de cette canaille . qui déjà eatolt au pillage de l'hostel d'O . et empêcher que le désordre ne vint plus avant , les bourgeois prirent les armes au quartier du Palais , et du Pont-Nostre-Dame , et rue Saint-Honoré.
» Le parlement , assemblé en corps , vint au Palais- Royal, par très-humbles remonstrances. demander leurs prisoBuiers et relégués, à la Royne , qui demeura ferme au refus pendant quelque temps, et à la fin, se laissant vaincre par les prières et supplications de la compagnie,
servéepour le Roi. Je répondis donc à Sa M£ jesté : « Cette loi me parolt juste. » Et comme J me regardois aussi en homme qui ne manquero pas d'être mal dans l'esprit de ceux qui gouvei noient si je disois trop librement la vérité, j'ajoi tai à la Reine : « Mais j'eusse souhaité pourtai que cette loi eût pu être publiée sous les règne préoédens. Je ne puis plus être d'avis que le R< s'y engage présentement : et il vaut encore mieu pour lui qu'il sacrifie une partie du royaume qn de faire un tel préjudice à son autorité. Cepen dant, si la nécessité l'y réduit absolument, le R< doit toujours avoir intention de l'annuller , < de rétablir cette même autorité qui , sans celt seroit entièrement abattue. » Enfin , soit que 1 nécessité y contraignit ou que la foiblesse d gouvernement l'emportât , le parlement revint Paris chargé des dépouilles de notre honte , f enregistra cette déclaration.
[ Vers ce temps- là , nous reçûmes diverse nouvelles importantes d'Angleterre et de DOtr résident a la Haye. Les premières portoient qu le général Gromwel , avec huit mille six cent Anglois , avoit livré bataille au duc d'Ami ton, commandant l'armée d'Ecosse , laquelle « tant forte de vingt-deux mille homme ne lais pas de perdre le combat , trois mille étant de
consentit leur délivrance, à la charge que la déclaratio portée par le Roj au parlement n'y seroit plus contredit! En marchant en corps vers le palais. Ils trouvèrent tm de la difficulté à passer, à cause que le bourgeois av^oiei tendu les chaisnes, fait quelques barricades à la Croiid Tirouer, de sorte qu'ils retournèrent dans la maison d Roy où la matière fut mise en délibération par ceox d parlement, qui estolent au nombre de plus de cent cto quante , présidés par M. le chancelier, et honorés de I présence de Son Altesse Royale et de pluileun docs « pairs.
» Il fut convenu que très-humbles remonstrances le roient faites à Sa Majesté, de la bonté qu*elle avoit eoed filre revenir leurs confrères, et que la déclaration dai niére seroit exécutée sans nouvelle délibération ; que I compagnie continucroit à rendre la Justice Jusques an vacations , sans faire assemblée des chambres, qne pos procéder au tarif et au règlement des rentes, ainsi qo^ avoit esté fait : et toutes choses se sont pacifiées, détail façon que les marchands ont posé les armes . oafor leurs boutiques , et tous les artisans retournèrent à In travail , sans qu'il y ait le moindre vestige d*esmotioi La Reyne a usé de clémence ; le parlement s*est ni dans l'obéissance, et l'autor^é est demeurée à noaii maistre.
» Je n'ai pu parler de l'ordre qui doit eitre envoy pour le nouvel estât de la ville d'Aix ; et vous povfc vous assurer que ce qui s'est passé ici rendra Leurs Ml Jesiés encore plus fermes à vouloir l'exécution de lev volontés, tant en Provence qu'ailleurs. Vous aures don à y conserver leur autorité , et user du pouvoir que voa avez par vostre naissance et par vostre charge, avec voiir courage et prudence accoustumée. Je suis • eiff.,
» DE LOHiSIIB.
» A Paris, ce ^ août 1618. i>