‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 14 sur 89 · DEUXIÈME PARTIE. [ir · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. [ir

fOI

meorez sur la place et trois mille deroearez prifooniers. Ce mauvais évéoement, qui fût au désavantage du roy d'Augleterre, ne divertit pas les parlementaires de continuer leur traité comme auparavant.

La seconde fut une dépêche chiffrée de 11. Brasset , notre résident, qui m'informoit d*un projet de Tarchiduc sur Saint-Quentin, et d*un complot contre la vie de M. le prince de Condé et contre le cardinal Mazarin ; on fcsoit aussi offrir de livrer à la France le château de Touraaj. Voie! cette dépèche ;

A M. le comte de Brienne,

• Monsieur, quelques intérêts Joints à rinclination de servir la France , ont fait prendre résolution à un roaistre-de-camp et à son officier-major de déclarer à quelques uns des ministres du BoyTrès-Chrestien, ce qui est venu à leur cogfioissance , qui conserne entièrement Sa Majesté el le bien de la couronne , et de faire en outre quelque proposition qui ne lui sera pas moins glorieuse et utile , si elle réussit.

•Etpour ce subjet ont passé lesdits nommez de BnaellesàLa Haye, pour communiquer avec M. Brasset, auquel ilz ont faict entendre ce qui f*eDrait : premièrement , que des choses venues à leur oonnoissance , Tune étoit que depuis un a» rarchiduc ayant formé dessein sur Saint- Qaeotin , l'avoit faict recognoistre au-dedans et au^ebors, et voyant que l'entreprendre à force ooferteiilui estoit impossible, il le voulut faire pir intelligence , et renouvella celle qu'un capitaine Bourguignon y avoit commencée du temps ta gouvernement de dom Francisco de Mello , aToeun nommé Caboche , bourgeois et esche vin de la ville ; mais celuy qu'il envoya à cet effect ajant trouvé ledict Caboche mort, il s'avisa de INratiquer un hôte duquel il jugea l'humeur et la nudaon propres à son dessein.

• Cet hôte ayant continué dans sa pratique, l'affaire avoit esté mise en terme d'exécution au laois de juillet dernier , raison pourquoy l'arehlduc, après la prise d'Ipre , tira son armée de Sandres , la conduisit en Haynaut , et fit avancer pour aller attenter à la vie de son Ëminenee le cardinal Mazarin, et peut-estre du prince de Condé : et sont tous faits de la cognoissance dudit Piguenet

• Quant à la proposition , c*est qu'on peut re- BMttre le chasteau de Tournay dans l'obéissance ifaiRoy Très-Chrestien, aux conditions qui seront desdultes et présentées par celuy que M. Brasset fera conduire à Paris. » J

Le Bol continua à faire son séjour ordinaire

à Saint-Germain-en-Laye ; mais , se rendant aux prières de la Maison -de-Ville, il revint à Paris la veille de la Toussaint. La Reine ne pouvoit oublier la conduite que l'on avoit tenue à son égard , et le cardinal , au lieu de l'apaiser, lui inspiroit continuellement la vengeance , s'étant persuadé que tous les grands ne manqueroient [ms de prendre son parti. Mais il étoit bien mal informé de ce qui se passolt ; car il ignoroit que le prince de Conti et M. de Longueville avoient pris des engagemens avec le parlement , et que le duc de Bouillon n'étoit point content de ce qu*on ne l'avoit pas encore mis en possession des domaines qui lui avoient été promis en échange de Sedan. Il ne savoit pas non plus que M. de Turenne suivrait les mouvemens de son frère , et il le laissoit, cependant, commander l'armée d'Allemagne , et, pour mieux cacher le dessein qu'il avoit de se venger de Paris , il permettoit que toutes les choses dont cette capitale avoit besoin pour sa subsistance y entrassent. Cependant il projetoit d'en faire sortir le Roi et de faire venir des troupes auxquelles on donneroit la liberté de piller les lieux voisins , étant persuadé qu'elles retourneroient volontiers au camp après s'être enrichies de dépouilles.

Il proposa à ses plus intimes amis , du nombre desquels étoit le maréchal de La Meilleraye, de se retirer de Paris ou bien de s'en rendre maîtres : ce qui sourfroit sa dil^culté de part et d'autre. Le prince de Condé et le maréchal furent du second avis , prévoyant bien que l'exil de quelques conseillers et la détention de plusieurs autres rétabliroient l'autorité royale et remettroient le calme dans la ville. M. le duc d'Orléans n'approuvoit ni l'un ni l*autre de ces avis, et M. le prince s'étoit réuni à lui pour empêcher la sortie du Roi , à laquelle la cour paroissoit résolue.

Ce fut en ce temps-là que le cardinal fit arrê^ ter prisonnier et conduire au Havre un officier du parlement , parce qu'après lui avoir conseillé de faire arrêter Broussel , et ayant ensuite loué la résolution que Son Eminence en avoit prise , jusqu'à l'animer continuellement contre plusieurs autres membres de la compagnie , il ne laissoit pas de les avertir de ce qui avoit été résolu , et qu'ainsi une pareille perfidie ne devoit point être dissimulée. Le parlement s'en choqua , et fit des remontrances pour son élargissement. Cependant M. le prince avoit obtenu la cession et le don des lettres de Stenay, Clermont et autres places; j'eus ordre de les expédier et de les lui porter. J'avois pris plusieurs fois la liberté de représenter à la Reine qu'elle excédoit son pouvoir , et qu'elle pourroit bien s'en repentir un jour, le

UÉMOIBES DU COMTE DE BBIBRNB,

Régent pouvant toat feire à Tavantage de son peuple , mais non pas en détériorer la condition. J'allai donc , comme il m'avoit été ordonné, chez M. le prince , qui me retint, ayant envie de me pressentir sur ce qui se passoit : et comme il eommença à entamer le discours assez librement, le lui répondis avec la même liberté que ce sefoit à lui à qui Je m'adresserols pour savoir ce qui se passoit , si Je pou vois me flatter qu'il eût toujours pour moi la même confiance dont il m*a* voit honoré Jusques alors ; et que d'ailleurs il sa- Toit que J'avois si peu de part aux affaires, que Je ne pouvois pas satisfaire sa curiosité, à moins qu'il ne voulût se fier à moi autant que tout le monde étoit persuadé qu'il le faisoit; et sur ce qu'il me dit qu'il falloit lui parier plus ouvertement : « Je ne craindrai point, lui répliquai -Je , pour vous ol)éir , de m'avancer, et de vous dire que la peur du cardinal fera sortir le Roi de Paris ; à quoi vous consentirez, vous et Monsieur: ce qui sera la ruine du royaume. - Nous ne sommes point , me dit-il , Monsieur ni moi , capables d'un si pernicieux conseil ; car il faudra que le cardinal prenne confiance dans notre crédit. — La peur, lui ajoutai-je alors , en est incapable, et vous ne manquerez point d'avoir cette complaisance pour le cardinal. — Par Dieu, tenez-moi , repriMI en Jurant , pour un schelme si Je consens que le Roi se retire de Paris. — Souvenea-vous de ce que vous affirmez , lui dis-Je, car Je suis assuré que Votre Altesse suivra les •entimens du cardinal.

Ce prince ayant été conseillé de poursuivre au parlement l'enregistrement du don que le Roi lui avoit fait , madame de Lorraine s*y rendit opposante , et y fut reçue ; dont M. le prince se tint si offensé , qu'il prit alors la résolution de se Joindre au cardinal. Celui-ci , se trouvant appuyé de l'avis du prince, persista de plus en plus à vouloir que le Roi sortit de Paris ; mais ceci ne se trouva pas du goût de M. le duc d'Orléans , qui n'étoit pas fâché de l'arrêt qui avoit été rendu par le parlement. Car, quoiqu'il ne fût pas satisfait de la conduite de M. de Lorraine, il ne laissoit pas de prendre part À ses Intérêts, à cause de l'amitié qu'il avoit pour sa femme , qui étoit sœur de ce souverain. Cependant la Reine , ayant entrepris d'attirer Monsieur dans ses sentimens, l'alloit visiter souvent, et gagna Tabbé de La Rivière , qui lui conseilla de le faire. M. le duc d*Orléans lui remontra d'abord la nécessité qu'il y avoit de réprimer Taudace des Parisiens et du parlement ; mais enfin il se rendit, n'ayant pas la force de te défendre , et par une fatalité qui a pensé perdre l'Etat.

La chose ne fût dite qu'à ceux qu'on Dommoit les confidens , c'est-à-dire à M. le duc d'Orléans, au prince de Condé , au maréchal de La Mellleraye et à M. Le Tellier. Elle fût exécutée avec tant de précipitation et d'imprudence, que, le Jour même que le Roi se rendit à Saint-Germain, on trouva qu'il n'y avoit point d'argent à l'épargne. Les flatteurs, dont les cours des princes sont toujours remplies , louèrent la résolution qui avoit été prise, aussi bien que les foibles et les intéressés , pour s'aquérir les bonnes grâces de ceux qui pouvoient contribuer à leurs fortunes ; mais les gens de bien plaignirent l'Etat et prirent la liberté d'en dire leurs raisons à la Reine.

[1649] L'ordre m'ayant été donné d'aller à Saint-Germain, le Jour des Rois, à six heures du matin , Je n'y obéis qu'après avoir été à la messe demander à Dieu qu'il prit le Roi sous sa protection et qu'il l'assistât de son conseil, puisque ceux de qui il pouvoit en espérer de salutaires avoient , par un aveuglement extrême, mis les affaires en un point qu'on en pouvoit craindre la perte de l'Etat. Je fus un de ceux à qui la Reine voulut Justifier ce qu'elle avoit foit , en me disant que Je la louois sans doute. Je répoin dis à Sa Majesté que , comme les raisons de la louer m'étoient inconnues, Je ne pouvois ni louer ni blâmer ce qui avoit été fait ; mais que , par le respect que J*avois pour elle, J'étois persuadé que ce qu'elle avoit entrepris étoit entrepris à bonne fin; que cependant le peu de lumières que J'avois me faisoit craindre les suites, parce qu'après la complaisance que les princes avoieni eue pour le cardinal , ils croiroient qu'il ne pourroit plus leur refuser aucune grâce , et que Sa Majesté elle-même auroit bien de la peine à s'en défendre , quelque injuste que pût être leur d^ mande. «J'ai vu souvent, continuai-fe, un avaricieux , pressé du désir d'augmenter son bien , hasarder cent mille écus , dans l'espérance d'en gagner autant ; mais de mettre son argent contre rien , de ma connoissance cela n'est arrivé à personne. Le royaume est en péril par la démarche que Votre Majesté vient de faire , et Ton verra des villes et des provinces entières se soulever, parce qu'elles se régleront sur ce que Paris fera. Et puisque Votre Majesté agrée ma liberté, Je prendrai celle de lui dire que la peur et llntérêt ont été les bases sur lesquelles tout ced a été entrepris. Ce sont là les plus dangereux conseillers qu'un prince puisse écouter. » A peine eus-Je témoigné qu'il étoit lâche et honteux dlavoir peur, que l'on me proposa de rentrer dans Paris pour une affaire si importante, à la vérité, qu'elle ne pouvoit être confiée à un gentilhomme

particulier commç à moL II g'agissoit de consoler la reine d'ÀDgleterre , et de l'assarer que le Boi jurendroit toiyours beaucoup de part aux. intéréti de sa maison. Quelques-uns de mes amis forent surpris dv parti que Je prcnois, et me demandèrent si J'y avois bien pensé. Je leur répondis qu'oui , et qu'ayant blâmé la peur dans les latres , Je blesserais ma réputation si J'en faite^ paiottre. < Le dé est Jeté : je suis résolu de Toir ce qu'il amènera. »

Le maréchal de Villeroy, que Je trouvai étonné de ce qui avoit été fait , quoique vraisemblablement il y eût part , m'ayant demandé en particalier ce que Je prévoyois que feroient les Parilieos , et quel parti Je croyois qu'on dût prendre pour sortir de ce mauvais pas : « Vous ne tardera point , lui répondis-Je selon mon sentiment, à avoir bientôt les gens du roi du parlement qui ▼oos demanderont quelle raison a obligé Sa Majesté de sortir de Paris pendant la nuit , et qui nn?iteront à y rentrer. Ils offriront d'en chaster ceux dont la conduite a déplu. Si Ton sa voit ménager les esprits, on trouveroit son salut dans QDe grande faute ; mais si Ton s'emporte, comme je iois persuadé que l'on fera , on tombera dans la guerre dvile , et Paris ne manquera ni d'hommes ni d'argent pour se défendre. Tant de villes K trouveront intéressées à la conservation de eette capitale, qu'elles prendront les armes eu sa bTeiir. Si vous ne pouvez obtenir qu'on prenne en bonne part ce qu'ils diront , empêchez du moins qu'Mi ne rompe avec eux; car, pourvu que le teean tienne à un fil , nous le tournerons si bien,que nous garantirons la monarchie du précipice dans lequel on l'a Jetée. » Au lieu de prente ee tempérament, la Reine s'emporta et menaça de châtier ceux qu'elle croyoit coupables ; et, dans le même instant, on fit avancer des troupes pour investir Paris. J'y arrivai sur le ttlr, et Je m'y acquittai de ce qui m'avoit été ordonné. J'y fus visité par les présidens de Bellièvre et de Nesmond , qui eussent bien désiré <ie savoir ce que le Roi vouloit , afin de contriiNier à lui donner satisfaction , mais en me faisant entendre pourtant que, si l'on en venoit à la dernière extrémité, ils ne pourroient s'empêcher d'opposer une défense légitime à une oppression sans exemple* Il leur paroissoit injuste qu'un particulier ayant fait une faute , on en ftt une querelle publique , et que l'on affectât une vengeance qui ne pouvoit qu'être tyrannique et désagréable à Dieu. M'étant , dès le lendemain , dispmé à sortir de Paris pour retourner à Saint- Germain , J'appris que les avenues du faubourg étoient gardées, mais qu'il y avoit toujours un moyen de gagner la campagne en passant par des

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rues que la rivière avoit inondées. Je lesflsreconnoltre ; et sur le rapport d'un gentilhomme qui avoit sondé Teau , par où on pourroit remonter dans une rue plus haute. Je voulus hasarder de passer par cet endroit. Mais des personnes sages m'en détournèrent , en me disant que si Je demandois un passeport au prévôt des marchùids qui avoit la conduite de la ville , il ne me le refùseroit pas , et que J'en sortirois librement. Je me rendis à leur avis , et J'obtins le passeport qui me fut pourtant inutile , la populace nous ayant poussés , sans nous permettre seulement d'aller au corps-de-garde , où nous devions le montrer au commandant. Heureusement Dieu conserva la raison à l'abbé de L'Escalle; car sans cela nous eussions été tués , quelques gentilshommes et moi , parce que , nous sentant poussés et nos chevaux frappés , nous eûmes envie de tourner bride ; mais nous suivîmes le conseil de cet abbé, et nous fûmes tous surpris de trouver les chaînes levées et le chemin de notre retraite coupé. Nous présentâmes les chaînes à nos chevaux , qui les franchirent. En nous retirant , nous vîmes la ville tout en émeute, et le peuple dans le dessein d'arrêter les serviteurs du Roi, qu'on appeloit Mazarins , pour les rendre plus odieux.

Je trouvai un officier de ma connoissance qui commandoit la garde de mon quartier, auquel ayant montré mon passeport , il permit de me iaisser^ sortir, pourvu que Je me rendisse avant quatre heures proche du poste où il commandoit. L'envie que J'a vois de me rendre auprès du Roi me fit prendre ce parti , et cet officier me tint parole. Quand Je fus à Saint-Germain, Je trouvai que la guerre y étoit résolue , et qu'on se mettoit peu en peine de ce qui arriveroit aux serviteurs du Roi. On y faisoit même des railleries de ceux qui s'exposoient à quelque péril pour s'y rendre ; et enfin , comme si Dieu avoit ordonné la ruine de l'Etat, il fut résolu , pour intimider la ville de Paris , de la faire sommer par un héraut que ceux qui commandoient empêchèrent d'entrer.

[ En même temps. Je fus chargé d'écrire à monsieur Davaugour pour l'informer qu'on ramassoit le plus de force qu'il cstolt possible, pour réduire ceux du parlement et du peuple de Paris qui s'opiniâtroient dans la rébellion, qu'il faloit réprimer pour conserver l'autorité royale , et lui recommander de travailler à ce que nous ayons le plus qu'il se pût des trouppes étrangères, et que tout fût si bien conduit, que nous en tirions le fruit que l'on espéroit. Je lui disois aussi que : < Les autres parlemens , villes et provinces du royaume demeuroient

MBMOIBES DU COMTE DE BBIENNE ,

fermes dans lobéissance (1), si bien qu*il n*y aurott rien qui empescha au Roy de faire sentir à cette ville célèbre de Paris le poids de sa main de justice et de chastiment ; et après cela , que nous serions plus puissamment armez pour la campagne prochaine , et les Espagnols n'auront pas les avantages qu'ils pensoient de nostre division , qui sera bientost assoupie, pour aller contre eux avec plus de force; qu'il ne faloit point que nos ennemis s'immaginassent tirer avantage du désordre présent de nos affaires , car elles se relèveront en peu de jours à leur confusion, ceux de Paris estant en estât de craindre un chastiment plus rigoureux, dévoient avoir bientost recours à la bonté et à la clémence de Leurs Majestés par la voye de la soumission et de l'obéissance, ne pouvant plus long-temps demeurer en leur opiniastreté , sans tomber dans une ruine inévitable ; et qu'ils estoient persuadés de leur foiblesse, puisque deux mille cinq cens hommes enfermés dansCharenton avoient été forcés , à la vue de six mille Parisiens , qui n'osèrent attaquer nos trouppes pour deffendre les leurs. Il est vrai que Son Altesse Royale et monseigneur le prince de Gondé y estoient en personne, et que rien ne leur pouvoit résister; mesme qu'un grand convoi, qui voulloit entrer dans Paris , fut entièrement deffait par les soins de Son Altesse et du prince de Gondé , se trouvant toiyours où il y a de la gloire à acquérir et des avantages à emporter sur les ennemis du Roy. »

Enfin le Roi écrivit aussi à Sa Sainteté pour l'informer de ses projets contre Paris , par la lettre suivante :

» Très-Saint Père, comme Vostre Sainteté a intérest à la conservation de cette monarchie , qui a tousjours reçu beaucoup d'asisistance du Saint-Siège , lorsqu'elle a esté esbranlée par les émotions civiles qui s'y sont formées en divers temps , nous avons creu estre à propos de l'informer présentement des justes raisons de l'employ de nos armes contre ceux du parlement qui est en nostre ville de Paris. C'est pourquoy nous escrivons cellen^i , par l'advis de la Reyne régente , madame ma mère , à Vostre Sainteté, pour lui faire sçavoir que ceste compagnie , par plusieurs attentats contre nostre autorité , s'est inconsidéremment précipitée dans le crime , et ,

(1) Oo trouvre encore parmi les papiers de Brieone les lettres qae Loais XIY écrivit aa prince Gtiarles palaUn et à la reine de Saède , pour faire paner à ton service toutes leurs troupes . lorsqu'elles seront arrivées, en exécution du traité de paix, pour qu'il ait plus de force, pour s'en servir à réduire quelques^ms de mes ofieiers et sujets de ma ville capitale à leur

pour s'y mettre à couvert du chastiment, a suscité la révolte générale de tous les habitans , qai se sont intéressés dans leur cause ^ et ont attiré à leur parti un prince de nostre sang et quelques officiers de nostre couronne , qui , contre les obligations de leurs naissances et de leurs sermens, travaillent maintenant à la détruire. Et pour colorer davantage leur rébellion , qui a son fondement dans leur propi*e ambition , ils ont tourné leurs plaintes contre nostre très-cher et très-amé cousin le cardinal Mazarin, premier ministre de nostre Estât, qu'ilz ont accusé d'estre nostre ennemi et perturbateur du repos public , afin de l'exposer aux yeux du monde coupable de la faute qu'ils commettent eoxmesmes; sous ce faulx prétexte, se sont engagés à soustenir par les armes la demande qu'ils foui de son esloignement , comme si des subjels avoient quelques droits de contraindre leur souverain au choix des personnes à qui il confie le soing de ses affaires. Cependant ils ont ordonné des levées de gens de guerre et de deniers , et par diverses circulaires recherché définir les autres parlemens et les principales villes de nostre royaume , pour en avancer la désolation , pensant, dans un si grand excès de conftision , mieux establir leur puissance et anéantir la nostre. Ainsi, pour esviter un plus grand péril , nous nous sommes résolus de bloquer cette ville rebelle, et de faire cognoistre à nos amis subjects , aux princes nos alliés , et à Vostre Sainteté mesme, comme quoy nous sommes tombés dans cette nécessité fatale d'employer nos principales forces à fiéchir des cœurs obstinés, qui ne peuvent trouver leur salut qœ dans un véritable repentir de leurs^ fautes , et dans une parfaite soumission. Nous supplions donc Vostre Sainteté d'entrer en considératioD des malheurs auxquels nos peuples s'exposeol en manquant à leur légitime debvoir , qui les tient assubjectis, et de les rammener à Tobéiisance par vos exortations paternelles, et par toutes les voies jque Vostre Sainteté jugera là meilleures et les plus promptes, afin qu'ils ne s'escartent pas davantage du chemin qui les doibt conduire dans leur repos et tranquilité; n'estant pas possible qu'ils puissent accomplir les préceptes de Dieu et de la religion , ea prévaricant, comme ils le font, au prind-

devoir, et se deffendre en même temps des cutaqitês de ses ennemis.

On peat voir aussi par les fragments inédits d-apiéf des Mémoires de Brienne relatifs aax troubles de Provence et à ceux de Bordeaux , comment les autres par' lemens , villes et provinces du royaume demeurent fermes dans Vobéissance.

DEUX I KM B PABTIE. [16'I9]

pal, qui est le fondement de 'tous les antres. » Nous voatons bien encore tesmoigner à Yostre Sainteté que nons sommes obligés , par beanconp de respect, à maintenir nostredit coQSin à sa place, non-seulement à cause que ooQS le debvons à nous-mesme pour ne recevoir point de contradiction à nos volontés , mais encore parce qu'il a assez Justifié sa bonne conàiite par tant de succès glorieux arrivez depuis Doitre règne, et que ses bons conseils ont esté n fort approuvés de nostre très-cher oncle le due d'Orléans , et de nostre très-cher et trèsifflé cousin, le prince de Condé, qui ont pris a deiTense, voyant que par tant de signalés et neommandables services , il s*est acquis nostre proteetion royale. Nous ne doubtons pas aussi qw Yostre Sainteté et tout le sacré collège ne slstéressoitànepas souffrir qu'un cardinal, qui a tant mérité de nostre Estât , reçoive un traitement si injurieux , sans nous aider à réprimer Taudaee de ceux qui Tout ausé entreprendre. Cest ce qui nous fait supplier de nouveau Voitre Sainteté d'entrer dans des sentimens si jnstes, et de prononcer contre les coupables, iprès avoir béni nos bons desseins, qui n'ont point d'autre but que celui d'établir nostre doiBimition dans les termes que Dieu nous l'a proerit , d'empêcher la ruine propre de nos sub- M>, à laquelle ils travaillent avec trop d'aveugiODent.

» Cest le seul fruit que nous comptons remporter de nos travaux , et que tout nostre royaume ptee, en paix, prier avec nous sa divine tarte, qu'il vous conserve, Très-Saint-Père, loogoement et heureusement au règne et gouvernement de la Sainte-Eglise. » ]

M. deLongueville, qui étoit allé à Coulom- Qion en Brie , évita de passer par Paris, et alla i Saint-6ermain-en-Laye , quoiqu'il eût promis «Qx cheb de la cabale opposée au Roi d'être de ievr parti. Je crois que ce qu'il en faisoit n'étoit seulement que pour assurer les créatures qu'il «voit dans la ville de Rouen, qu'il vouloit emmener avec lui le prince de Conti son beau-frère, (pà s'étoit aussi engagé à accorder sa protection loi Psarisiens. M. de Longueville fit sa cour ; et quand Je le complimentai sur ce que le parlement de Normandie avoit député au Roi pour raoRirer de son service , il me dit avec une entière confiance et avec beaucoup d'imprudence : « Ce ne sont que ceux du semestre ; » d*où je eDodus qu'il n'étoit pas autant attaché à Sa Majerté qu'il affectoit de le paroltre. Je lui dis à cette occasion un mot en plaisantant : et comme je ne crqyois point que son discours dût être relevé, Je n'en dis rien à la reine ; mais je fus bien

surpris d'apprendre le lendemain que le prince de C!onti et le duc de Longueville , accompagnés du duc de La Rochefoucauld , s'étoient venus enfermer dans Paris, qui avoit déjà accepté pour commandans les ducs d'Elbœuf et de Bouillon.

Le prince de Conti fut prendre sa séance au parlement , et y protesta qu'il étoit résolu de mourir pour la défense de la cause commune et pour les intérêts du public. M. de Longueville y alla aussi ; mais il ne put obtenir de la compagnie de s'asseoir sur le banc des princes du sang , pairs de France et conseillers d'honneur, soit de robe ou d'épée. Le parlement ayant donné à M. de Bouillon une place pareille à celle de celui-ci , M. de Longueville en témoigna du mécontentement. Il partit peu de jours après pour se retirer à Rouen , qu'il fit déclarer pour Paris , quoiqu'on n'eût pas laissé de lui témoigner de la méfiance , et que madame son épouse eût été obligée à faire sa demeure à THÔtel-de- Ville , pour servir en quelque façon d'otage à la fidélité de son frère et de son mari.

La maison de Yendême se déclara aussi pour le parlement dans la personne de M. de Beaufort, et la cour ne songea plus qu'aux moyens de réduire Paris ; mais on fut bien surpris quand on apprit qu'on faisoit marcher des troupes en Flandre pour secourir cette capitale ; et l'on vit pour lors ce qu'on n'auroit point dû croire ni appréhender : le parlement recevoir des lettres des étrangers , et députer des personnes de considération pour demander du secours ù ces mêmes étrangers qui faisoient actuellement la guerre au Roi.

La cour s'appliqua de son cêté à réduire cette capitale par la force. Pendant que ceux qui y étoient enfermés firent des merveilles pour avoir des vivres , ceux qui étoient au dehors faisoient tout ce qu'ils pouvoient pour l'empêcher ; mais parmi ceux-ci il y en avoit toujours quelquesuns qui , poussés par le désir de s'enrichir , et par l'affection qu'ils portoient aux assiégés , trouvoient les moyens d'y faire entrer des provisions. Je fus surpris d'apprendre que le président LeBaiileui, qui avoit été lieutenant civil et prévôt des marchands , s'étoit persuadé , ou feignoit de l'être, qu'en empêchant les boulangers de Gonesse d'y porter du pain , la ville pâtiroit et seroit contrainte de se rendre. M. Le Teliier, qui avoit beaucoup d*esprit, n'étoit point de cet avis ; mais il s'étoit imaginé que les troupes s'engraisseroient si elles séjoumoient aux environs de Paris, qui, disoit-il, seroit contraint de demander grâce après six mois de souffrance*- Il croyoit qu'ensuite ces mêmes troupes seroient

MEMOIBES DU COHTB DE BBIENiVE

en état â*aller servir où Ton voudroit : de quoi M. Le Tellier s étant ouvert à moi , Je ne pus m'empécher de lui dire que Je ne concevois pas comment un homme aussi éclairé que lui , pouvolt croire qu'une pareille affaire pût durer seulement quatre mois.

On ne songea plus , comme il a déjà été dit, qu'à chercher à Saint-Germain les moyens de réduire à l'extrémité Paris , qui ne pensoit qu'à se bien défendre. Le cardinal crut pendant quelque temps que le prince de Condé étoit alors d'intelligence avec son frère et avec M. de Longueville ; mais il connut dans la suite qu'il s'étoit mépris. Ce prince faisoit tout ce qui pouvolt dépendre de lui pour réduire les Parisiens à rentrer dans leur devoir : et , autant que J'ai pu en avoir connoissance , il n*épargnoit ni sa peine ni sa vie pour faire réussir son dessein.

La peur prit de telle manière au cardinal Mazarin, qu'il envoya ses nièces à Sedan. M. le prince fut recherché pour se rendre médiateur de l'accommodement des Parisiens, et parut disposé à le faire ; mais , quelque envie qu'il en eût, il n'oublia pour lors aucune des choses qui pou-^ voient convenir à un homme de guerre et à un fidèle serviteur du Roi. On s'aperçut bien toutefois qu'il n'approuvoit pas la conduite du cardinal , qui n'omit rien de ce qui dépendoit de lui pour faire en sorte que les Parisiens eussent recours à son intercession , affectant de vouloir procurer leur paix , sans que M. le duc d'Orléans et M. le prince y eussent aucune part.

Cependant les ennemis , ayant fait avancer leurs troupes, proposèrent d'envoyer quelqu'un à Saint-Germain, pour essayer de trouver les moyens d'ajuster les différends qui étoient entre les couronnes. On ne Jugea point à propos de refuser cette ouverture^ et l'on dépécha aussi quelqu'un sur la frontière pour recevoir cet envoyé , pour le conduire à la cour , et pour prendre garde qu'il n'écrivît ni ne reçût des lettres de ceux qui étoient dans Paris. Ce fut Triquet que l'archiduc députa. Le cardinal lui donna une première audience où j'assistai , et dans laquelle cette Eminence témoigna assez de disposition de la part de Leurs Majestés à entendre à une bonne paix , sans néanmoins faire comprendre , sinon eu termes généraux , qu'on rendroit quelques-unes des places occupées par les armées du Roi : ce qui ne contenta pas Triquet, parce qu'il prétendoit, avant que d'entrer en matière , d'être assuré que ce qui avoit été conquis seroit rendu. Je ne puis pas dire ce qui se passa dans une seconde audience que lui donna le cardinal , ne m'y étant pas trouvé ; mais il y a beaucoup d'apparence que cette Eminence lui

fit des offres considérables pour engager l'ai chiduc à abandonner les intérêts du parlemeo et de la ville de Paris. C'est pourtant de qoc on ne peut parler avec certitude.

Triquet ayant été congédié et reconduit Jw ques à Cambrai , l'on continua à faire deux cho ses , l'une d'incommoder Paris , et l'autre d*é coûter les propositions qui étoient faites d'uD conférence dans laquelle on espéroit de padfle tous les différends. Elle fut enfin résolue ^ et 1 lieu de Ruel indiqué pour en faire l'ouverture Le parlementet la ville envoyèrent desdépotéi comme aussi les princes qui étoient dans leoi Intérêts. Ceux du Roi furent M. le duc d'Oi léans , M. le prince le cardinal , le chancelle de France , le maréchal de La Meilleraye , l'ai bé de La Rivière , M. Le Tellier et moL Nou trouvâmes d'abord une difficulté qu'on ne pu surmonter, quoi qu'on eût fait pour l'éviter» e cherchant des tempéramens pour ne pas blesM l'autorité royale. Cette difficulté étoit que k députés du parlement avoient fait défense d traiter avec le cardinal , déclaré ennemi de 1 patrie et criminel de lèse-Majesté, et comme U condamné et sa tête mise à prix , contre ce qi s'étoit pratiqué de tout temps dans le royaumi A cela nous leur répondîmes que ce n'étoit pdi à eux à prescrire au Roi de qui il devoit se ter vir , et que même c'étoit leur faire une grlc que d'entrer seulement en conférence avee em Leur opiniâtreté nous contraignit d'en paMC par où ils voulurent , sur les raisons que To nous dit que si la conférence se terminolt d manière que le calme et la tranquillité se réU blissent dans le royaume , toute la gloire en rei teroit à Sa Majesté. Mais , pour ne point aiili riser leur délibération y il fut arrêté que le chai celier et M. Le Tellier passeroient dans une ai tre chambre pour entendre les propositions di députés de Paris , dont ils nous viendroientftib le rapport; et qu'ensuite ils retourneroi^dt les dire ce que nous aurions accordé ou refusé. 0 tint plusieurs conférences où les affaires forei assez avancées; mais il se présenta une difli culte , qui étoit de faire consentir la Reine à < qui étoit demandé aux députés , en leur falsai commandement de s'y soumettre; à quoi l avoient déjà consenti. Comme, pour oonsenn leur réputation, ils vouloient blesser celle de) Reine, Ton me choisit pour aller disposer oeil princesse , et Je fus chargé de lui déguiser ( qui étoit venu à ma connoissance. N'étant pob capable d'une pareille infidélité, je conseillât la Reine , après lui avoir fait mon rapport^ i s'en rapporter à ses ministres pour fahre ce qa*i jugerolent à propos, et qu'elle approuverolt;

DBUXISMB PAATil. [1649]

qoed'eUe-iiiéiiie,et sans lear avis, elle nepoavoit «portera ce que ronioiihailoit.Le terme da saofeoDdait étant expiré, on se sépara, et l'on contint que , si Leurs Ifi^estés l'avoient agréable, 01 enyerroit one prolongation , etqae les séancessetiendroientà Saint-Germain-en-Laye.

On s'y rassembla , et les affaires générales élmt r^ées (l), on discuta les intérêts des par* ticaliers avec les députés des princes. Le comte de... (3), portant la parole, demanda l'expulàaa du cardinal hors du royaume. On lui refondit que le Roi donnoit la loi à ses sujets, et ne la recevoit pas d'eux. Les députés du parlerait et de Ja ville, ayant tenu le même discours fK le comte, demandoient encore que le senestre établi à Rouen fût supprimé; ce qui leur qfant été accordé , ce ftit le seul avantage que H. de Loogueville remporta de s'être éloigné de son devoir. On demanda aussi qu'il fût fajt dn^t à M. de Rooillon sur ses prétentions , cmme aussi à la maison de Vendôme. Chacun donna les mains à la dernière de ces demandes ; ■ais , à l'yard de celle de M. de Bouillon , le frenier président Mole ayant dit, pour le favoliesr, que c*étoit une souveraineté de laquelle nangmentolt la monarchie , et qu*on avançoit fw favois promis au propriétaire qu'il seroit fa traité , Je lui répondis que cela étoit vrai , (t que Je n*avois fait en cette occasion que ce fil m'avoit été ordonné ; mais que Je m'étois Vm donné de garde de convenir que Sedan fût QseioQveraineté , étant trop instruit des droits diBol pour faire une pareille l)évue; et que U-méme ne pouvoit pas avancer honnêtement celle proposition , puisqu'ayant été procureurgénéral il avoit souvent vu les titres de Sa Ma- Jerté, desquels il pouvoit avoir appris que le loi Charles YI n'avoit que permis aux seigneurs de Sedan ( cette terre étant pour lors possédée ptr Indivis par deux frères ) d'y construire des BvalUes. D'où il paroissoit clairement que ces geotilsbommes ne prétendoient pas la posséder dans ce titre éminent qu'on falsoit sonner si haut pour en augmenter le prix. A l'égard de M. de Vendôme, Je dis qu'il étoit bien vrai que, traitant avec M. de Vendôme de la récompense qu'il prétendoit du gouvernement de Bretagne, Je hii avois dit que la Reine feroit en sorte que l'amirauté lui seroit résignée; mais que Je me crojois obligé de dire deux choses, dont Je m'assarois qu'on oonviendroit infaillil>lement. C'est <pe, qui offre son entremise pour faire réussir ane affiaire, ne se rend pas responsable de l'événement, et que Je n'avois pas pu prévoir que la

maison de Vendôme se détacheroit du service du Roi , et manqueroit de respect à la Reine : dont Je tirois telles conséquences que Je devois, me remettant à Sa Majesté de déclarer sa volonté. L'accommodement fût enfin résolu après plusieurs conférences, et le cardinal se détermina à s'allier à la maison de Vendôme. Ce que M. le prince approuva d'abord, mats qu'il blâma dans la suite.

Le comte d'Harcoort, ayant déjà servi le Roi , fbt destiné à commander l'armée, et le prince de Condé, ayant déclaré qu'il vouloit aller prendre possession de son gouvernement de Bourgogne, et profiter de la saison de l'été pourtra* vailler au rétablissement de sa santé et de ses affaires, s'employa aussi avec chaleur à ménager les intérêts de ceux qui a voient été les chefs de la révolte de Paris.

Je suppliai la Reine de bien examiner ceci et d'en tirer les conséquences nécessaires, ajoutant que J'étois persuadé que ce prince se trouvoit en liaison avec eux. Car ce qui étoit soutenable pour son frère et pour son beau -frère, ne me le paroissoit pas quand il prenoit avec chaleur les intérêts de M. de Bouillon. Je me crois pourtant obligé de dire, à la louange de M. le prince, qu'il déconseilla pendant quelque temps le roi de pourvoir M. de Longueville du gouvernement du Pont-de-l'Arche ; mais depuis il changea d'avis, et cela sera expliqué dans la suite. A l'égard de M. de Bouillon, il appuya ises demandes , quoique très-injustes , comme nous l'ai Ions remarquer.

La terre de Sedan, qui avoit été évaluée à une somme considérable, fut, à la prière du duc , portée à trois mille livres de rente de plus que ne montoit l'estimation du revenu; de sorte que le cardinal , sans savoir pourquoi , lui fit donner cent quatre-vingt mille livres, ce qui fit espérer à M. le prince et à M. de Bouillon qu'on en passeroit par tout ce qu'ils voudroient sans aucun examen. Le prince de Condé se tenant assuré de M. Le Tellier, lui proposa de lire, à la requête de M. de Bouillon , le procès-verbal dressé par les commissaires du Roi. Mais M. Le Tellier s'en excusa, disant que Sedan étoit de mon département, et que ce seroit entreprendre sur ma charge ; ce qu'il n'avoit garde de faire. M. le prince, ne l'ayant pu persuader, me vint trouver, et me fit la même demande qu'à mon confrère. Je lui répondis que Je serois toujours prêt à lire et le procès-verbal et la requête , mais que, pour appuyer les prétentions de M. de Bouillon comme il me paroissoit le souhaiter»

(f) Gel arranfemenl toi conela le 11 mars. ( A. E.) I (Xj II est question du comte de Maure. (A. E.)

UEMOIBES DU COMTS OE BBIEKKE

il falloit que je susse ses raisons, aussi bien que celles des commissaires du Roi , pour approuver et pour blâmer ce qu'ils avoient fait. Ils se retirèrent en me laissant les papiers de M. de Bouillon, par lesquels ses prétéhtions, excepté la première^ me parurent mal fondées. C'est ce que je fis entendre au duc qui , n'étant pas sa* tisfait de ma réponse, s'en fut en diligence chez M. le prince pour lui en faire ses plaintes , et l'amena chez moi. Je lui expliquai mes raisons, auxquelles n'ayant su que répondre , Son Altesse me dit en colère : « Il paroît que vous ne voulez pas favoriser Mu de Bouillon. » A quoi je lui répliquai , en me possédant le plus qu'il me fût possible, que, faisant la fonction déjuge, je ne voulois me déclarer ni pour ni contre , mais être équitable ; et que si j'étois capable de corruption , ce ne seroit qu'au profit de mon maître, persuadé que j'étois que Dieu me le pardonnerait bien plutôt qu'il ne le feroit , si j'abandonnois ses intérêts pour ceux d'un autre. M. le prince et M. de Bouillon , commençant à craindre que si je faisois mon rapport de cette affaire elle ne tourneroit point à leur satisfaction, s'avisèrent d'aller trouver le cardinal, et de lui dire qu'ils recevroient comme une grâce ce qui seroit ajouté à l'augmentation faite par les commissaires. Il leur fit réponse qu'il falloit m'entendre, mais qu'ils pouvoient tout espérer de son crédit et de la joie qu'il avoit de leur faire plaisir. Gepremier ministre, ne pouvant se donner la patience d'écouter ce que j'avois à dire , me fit bien comprendre qu'il croyoit que je voulois favoriser M. de Bouillon: à quoi je répondis qu'il se donnât au moins le temps d'entendre mes raisons. Gela lui fit juger qu'il s'étoit mépris, ou laissé surprendre par M. le prince et par M. de Bouillon , et comme il leur avoit promis satisfaction , il dit à la Reine que , sans entrer en discussion du droit du Roi et de celui de ce duc, il falloit ac-

(1) Turenne raconte dans ses Mémoires qae« malgré les offres du cardinal , il le traita toujours très-froidement , et lui fit comprendre qu'il ne devait pas compter sur lui.

(2) Dépêche de M. de Brienne à ce sujet. Urée des papiers de ce personnage :

A Monsieur de La Barde, résident.

« Je TOUS avois mandé le siège de Gambray, et qu'il n'y avoit pas quinze cents hommes dans la place, si bien que nous espérions la fo.rcer dans un mois au plus : mais il est arrrivé que les ennemis ayant attaqué deux quartiers d'où ils ont été repoussés , se sont présentés k celui du colonel Flek . dans le temps qu'il estoit allé au sel'ours de ceux qui estoient atuqués , et ont fait entrer

corder à celui-ci cinq mille livres de rente audessus de l'évaluation. Outre cela, il lui lit donner un présent de cent mille écus , sans en pouvoir alléguer d'autres raisons que la passimi qu'il avoit de faire voir que les grâces dépen* dolent de lui seul.

On sera toujours étonné que le cardinal ait ménagé des grâces à la maison de Bouilkm , quand on saura que M. de Turenne fit son possible pour débaucher l'armée du Roi (i) qull commandoit, et pour prendre le parti des révoltés, aussi bien que son frère, auquel ce monarque avoit pardonné le crime de I^e-majesté ; car il avoit fait ligue avec les ennemis de l'Etat , et paru se déclarer le chef de la révolte de Paris. On s'étonnera , dis-je , de la conduite de cette Eminence , à moins qu'on ne l'accusât de s'être voulu assurer des deux frères pour les opposer au Roi en cas de disgrâce ; oa bien aux ennemis qu'il pourroit avoir. Il s*étoft aussi persuadé que par leur entremise il seraecommoderoit avec M. le prince , lequel disoft hautement que le cardinal n'avoit pu avoir h pensée de s'allier à la maison de Vendôme qm pour s'assurer de la protection de M. d'Orléaofe et de celle de cette même maison, en méprisai la sienne.

Le comte d'Harcourt ayant eu ordre d'Uivestir et d'assiéger Cambrai , cette entreprise eAt réussi s'il eût pu mieux espérer de la bonne fortune du Roi ; car un petit secours de cavalerie ne devoit pas empêcher d'en continuer le siège. Mais, pour avoir cru le secours plus eonsidérable qu'il n'étoit , il estima devoir se retirer , après que nos gardes eurent été forcées dans l'endroit où les troupes commandées par M. de Turenne étoient postées. La cour en Bfprit la nouvelle avec douleur (2) ; mais il y a beaucoup d'apparence que M. le prince n'en M pas fort sensiblement touché. Madame sa mère, qui , pendant le voyage de Bourgogne , n'abaft-

dans la place mille chevaui et cinq cents hommes de pied. SI bien que M. ie comte d*Harcourt n'ayant pas Jugé d» Yoir s*attaclier davantage k cette entreprise . a levé 11 siège. Je sais bien que les Espagnols en tireront bcaacoup de gloire , car ils sont accoutumés i faire graaii bruit, quand Us en ont assez pour se garantir de pertes; mais nous verrons dans peu jours ce qui se pourra aatreprendrCt car nous sommes plus forts qu'eux, ea résolutions de faire quelque effort qui fasse cosnolstif que nous avons les advantages tels sur nos ennearis qu'ils ne peuvent rien attendre de favorable , bien qail se soyent toujours flattés d'espérer faire de grands pn^ lits durant nos divisions qui sont totalement cessées

» DR I.OIIÉ!flE^

» A Compiégne, ce bjuiUet 1619. »

DBUXIÈMB PARTIE. [l649J

donna pas la ReiDe, le raccommoda avec le eardioal , de Tamitié duquel il se crut ensuite iBoré. Le gonvernement de DamyiHiers, dounépar le traité au prince de Gonti, persuada Dèroe toute la maison de Gondé que le prince étoit CD faveur , quoiqu'il est bien vrai que madame sa mère avoit Tesprit plein de méfiance ; mais elle la dissimula. M. de Longueville contiQaa de son cAté à demander le Pont - del'Arche ; et le gouverneur de cette place , qui aroit résisté pendant quelque temps, se rendit ilafin.

Ce fut pour lors que les troubles dont le royaume étoit agité s'augmentèrent et se firent Kotir dans les provinces les plus éloignées , et néme jusque dans celle de Provence, qui entrât de faire ce que l'on n'auroit jamais cru. Ctttce qui engagea M. d*Emery de proposer aaRoy d'y créer un semestre , en alléguant pour Msrabons que Sa Mi^esté en tireroit des sommes ODiidérables , et que son autorité s'affermiroit pour toujours dans cette province ; parce que , si Ton des semestres étoit capable de prendre un nanvais parti , le second s'y opposeroit , et qu'à Fenvi Ton de l'autre, pour se maintenir et pour ohleoir la suppression l'un de l'autre, ils ne songeroient uniquement qu'à bien servir le Roy. Le dkaneelier s'étant laissé gagner par £mery , un jour que nous nous trouvâmes ensemble dans la Aambre du cardinal où cette affaire fut agitée, je eoDtredis à ce chef de la justice et à Emery , et je fis connoitre à l'Eminence que si le Roi préteDdoit faire réussir ce dessein , la Provence le aoalèveroit infailliblement. Je dis, pour mes niions , que le parlement d'Aix étoit rempli de gens de qualité, et que leur ruine étant inévitable si la chose, avoit lieu , ils ne manqueroient point de prendre parti ; que leurs femmes ^ voyant leon biens diminuer , animeroient leurs maris et leurs poches à s'y opposer , et que tout ceci attirant enfin sur quelques-uns l'indignation du Boi,qui les voudroit punir , cette province ne manqueroit pas de se soulever. Le chancelier et Emery , ne se voulant point rendre à mes rai- KHis, attirèrent le cardinal dans leurs sentimens, et Son Eminence me dit : « Ils sont deux contre vous, et vous voulez encore que votre opinion prévale dans les affaires de cette conséquence ? — II faut , lui répliquai-je , peser les voix et non pis les compter. » Ge que je viens de rapporter méfait souvenir d*une chose qui donnoit assez à eoQDoltre le peu de lumières qu'avoit le cardinal sur DOS affaires. Lui disant un jour qu'il falloit faire la paix , il en tomba d'accord , et ne laissa pas de me demander pourquoi je la conleillois avec tant d'empressement. A quoi lui

ayant répondu que je la conseillois non-seulement parce qu'elle me paroissoit nécessaire , mais encore parce que j'étois assez éclairé pour comprendre que la guerre ne se pouvoit continuer sans laisser les impôts qu'on levoit sur les peuples, qu'étant épuisés et par conséquent hors d'état de supporter un tel fardeau , ils ne manqueroient pas de se soulever, et que le Roy ayant alors deux guerres sur les bras , il seroit bien empêché de se défendre de tant d*ennemis : n Eh I quoi , me dit le cardinal , une charge qui subsiste depuis vingt antiées peut-elle donc être insupportable ? G'est ce que je ne puis croire. » Je changeai là-dessus de discours.

M. le prince , qui avoit appuyé pendant un certain temps les intérêts de M. le duc d'Angouléme, s'en détacha quand il se fut lié avec le parlement de Paris. Gette compagnie ayant pris l'affirmative pour les autres parlemens, mais particulièrement pour ceux de Rouen et d'Aix , le semestre établi à Rouen du vivant du feu Roi fut révoqué aussi bien que celui de Provence.

[Mais avant cette révocation , la mésintelligence du parlement d'Aix avec M. le comte d' A lais, excita de nouveaux ressentimens , et des troubles assez graves eurent lieu dans la Provence. J'en fus informé par différens personnages de cette province , comme on le verra par les dépêches que je rapporterai textuellement :

« Monsieur, bien qu'on ne me communique pas beaucoup les affaires qui regardent le service du Roy dans cette province , je ne laisse pas de le passionner et de le faire valoir tout austant qu'il m'est possible.

*• Je ne pense pas que messieurs du parlement ayent aulcun desseing de se restablir par violence; ce sont des voyes, Monsieur, trop dangereuses et qui ne peuvent être aprouvées par les bons serviteurs du Roy , quant à moy je m*y opposeray tousjours avec vigueur à tout ce qui se pourroit faire contre le respect et l'obéissance que nous luy debvons.

» Je m'asseure , Monsieur , que vous me cautionnerez tousjours pour ce point- là, et je vous proteste que vous n'y aurez jamais point de regret , et que je serai toute ma vie avec grande passion vostre, etc.

I» Garces. »

Lettre de Monsieur d*Oppède,

« Monsieur , je suis contraint de recourir à vous pour vous demander et protection et justice d'une procédure la plus inouïe et la plus estrange

MÉMOIBES DU COMTE DK DBIBNNB,

du mooâe. Vous sçavez , Monsieur , Fexîl que je souffre depuis Pasques , et le sujet qui me cause toutes les poursuites de M. le comte d'Alais vous est connu , ce qui est cause que je ne vous diray point avec quelle chaleur il s'est servi des ordres du Roi pour satisfaire sa passion particulière. Nous avons trouvé quelque abri contre cette tempeste par la protection de monseigneur le cardinal de Sainte-Cécile , qui a obtenu de Leurs Majestés que notre séjour seroit libre dans le comtat. Maintenant, Monseigneur, pour nous priver de cette grâce , M. le comte d'Alais a fait courir le bruit que notre compagnie avait fait dessein d'authorité privée d'aller reprendre ses places , et qu'à cet effet nous faisions levées de gens de guerre dans le Comtat, nous ayant, pour raison due , voulu rendre de très mauvais offices auprès de M. le vice-légat.

» Je viens aussi d'apprendre comme M. le comte d'Alais flst procéder contre nous à une information par le sieur de Sencé, notre ennemi capital, et avec qui nous sommes tous hors de salut , et que même Ils emprisonnent des gens pour leur servir de tesmoiogs ; cette procédure me fait souvenir de toutes les autres qui ont esté cy - devant faites , où ils ont achepté des témoings à prix d'argent ; je n'advance rien que nous ne prouvions quand il vous plaira de nous y admettre. Cette violente poursuite, qui nous est faite par nos partis et non pas par nos juges , nous oblige de vous suplier , en cas de plainte contre nous^ de nous en donner qui ne nous soyent pas suspects, et dépendans de nos partis ennemis , comme est le sieur de Sève, et devant lesquels nous puissions faire paroltre la vérité de notre innocence et la sincérité de nos actions. Ce qui a donné pied à M. le comte d'Alais À cette nouvelle procédure , c'est que dans une visite qui lui ftit rendue par monseigneur le cardinal de Sainte-Cécille, pour le prier de nous procurer la paix et le repos dans nos familles , M. le comte d'Alais auroit répondu avec une telle aigreur et une telle passion contre nous , que toute la province en auroit demeuré extrêmement surprise , jusque-là même de tesmoigner qu'il empêcheroit l'exéoution des ordres du Roy en cas que nos députés en obtinssent quelqu'un, ce qui a donné sujet à quelques-uns de nos amis et de nos parens de nous rendre visite et de nous tesmoigner le desplaisir qu'ils prenoyent à cette mauvaise humeur de M. le comte d'Alais ; personne ne peut dire que nous ne lui ayons répondu que nous ne demandions autre protection que celle du Roy , et que quand nous l'aurions, nous ne craindrions pas que personne nous inquiétast; que nous avions mandé des députés vers Leurs Mi^estés

pour obtenir notre rétablissement , et que quanc nous aurions receu là-dessus les ordres nécesni* res, nous croyons que, quoi que M. leeomted*A< lais eût dit, nous netrouverioM^dans l'exéfvtitB aucune difficulté. Voylà, Monsienr, la vMM de toutes choses ; je vous supplie de'cr^re qm toutes les informations ou verbaux qu'ils tm pourront mander au contraire sont faux. M. h comte d'Alais se debvroit bien contenter de non avoir esloignés de nos parens , de nos biens et A nos amis , et qu'après la perte de la moitié de ooi charges , nous avons ce déplaisir de oonsama dans un exil ce peu qu'il nous reste de bieA Si je n'estois point officier, je pourrois paoei fort doucement mes jours; seray-je si malheB< reux qu'une charge que je n'ay prise que poa y servir le Roy, comme les miens ont toujour fait, ne me produise que des disgrâces et par sécutions de mes ennemis ? Que si , Monsieir on est en estât de doubter de ma fidélité,) vous conjure de me donner un parlement eè sans crainte de la corruption des juges, Je puisi faire voir la calomnie et la fausseté des dépori tions fabriquées et achetées ; je m'iray remettr dans la Conciergerie comme le plus infâme cri minci , et après qu'on aura examiné toutes me actions, on trouvera qu'il n'y en a jamato 6 qui ayent empiré au service du Roy, et J'ayoM ray mieux mourir que de m'en estre jamais d« taché.

» J'espère, Monsieur, de vous laproteetloû d mon innocence et la continuation de vos bonità et que vous respondrez de ma fidélité sur le set ment que je vous fais que je ne vous causera; jamais du déplaisir d'avoir protégé , Monsleiv,

» Votre très-humble et très-obéissant servitem

.» Oppàdb. »

« Monsieur, nous avons tant de subjeet A préhender dans cette province, voyant q« dès que nous sommes aimés de quelquea^nt les autres nous croyent ennemis , que en tM pensée J'ay vouleu prévenir les orages qu*OB m pourroit susciter, parce que j'ay creu le siofsli mauvais pour ce pays, quelques parentés e amitié que j'ay avec les vieux officiers m*atll rent tant de haine , que ce venin pourroit him me nuire jusque dans la cour. Je sçay que œil affaire passe le service du Roy, et le bien pabH que s'en esloigne; on voile toutes dîmes à manteau de la justice ; tous ceux qui ne m adhérans sont criminels, et ce malheur te ii pand sy fort partout , que toutes nos funiUe sont divisées. J'ai grand déplaisir de me ttti en charge en une si mauvaise saison , où Va

nniXlÈUB PARTIR. [iO'io]

lit

blanne les meillears sentimeDS , s*ils ne se lais- MDt entratoer aux passions particulières ; qui pirle de paix et d'union est un méchant homme. Les maximes retenues ne se publient plus icy nus danger; faire le service du Roy doucement et en repos, c'est estre un mauvais subject. En- Un, Monsieur, Je tous promis, en respectant vos commeodemens , de faire mon possible pour bien servir; mate quoique mon zèle soit grand , ilfnit estre monstre par des personnes qui font de la vertu un monstre , sy ceulx qui la pratiqoent ne leur sont point agréables. Je vous supUe très-humblement. Monsieur, de ne contapner que par les œuvres et soubçons de quelqieintérest particulier, les rapports qui vous semnt faiets, et Je vous respouds, Monsieur, sur la fbi que Je doibs à Dieu, que vous me cognoistRB toqjours , s'il vous plaist de me faire cet hmoeur, trè»>fidelle subject du Roy, très-intérené et obéisnnt aux volontés de nosseigneurs IsmiBlsIrea, et particulièrement, Monsieur, votntiMmmble et trè8K>béis8ant serviteur,

» Bbas. I»

Toolei ces divisions , qui existoient en Pronoee, ne firent que s'accroître, et l'opiniâtreté k eomte d'Alais amena enfin des troubles sérinx. L'arcbevesque d'Arles m'en rendit compte tes ime lettre , et le parlement en écrivit à Il Bdne la relation. En voici les principaux priirts:

«MoDsiear, Je m'estois donné l'honneur de

^^wescrire, il y a quelques temps, que j'ap-

Pt^kndois grand désordre en cette ville , si Taf-

Ure do semestre n'étoit promptement terminée ;

^ TOUS sçaorez maintenant que mon appréhen-

sioD n'estoit pas mal fondée , puisqu'il est vray

fw, sans les soins extraordinaires de monsieur le

ttmte de Garces . qui ont été secondés par mes-

ters les présidens de Séguiran, et de Déanville

cl monsieur de Sève , il y auroit eu une es-

tni^ eonftision dans la journée d'hier et d*au-

joord'hoy. Et Je crois vous dire , Monsieur, que

J^ ay eontribué des mieus, à un point que fen

si dewÊewri vingt-quatre heures de manger et

dormir, pour esviter le plus grand malheur qui

pooYoit arriver en cette ville.

Et pour vous informer du détail , Je vous drai que monsieur le comte d'Alais, se promemnl à la place des Pécheurs , un lacquais d'un eoosdiler du Tieux corps, n'ayant pas salué , un gude loj donna quelques soufflets, et ce lacqoais , qui a mon advis estoit y vre , ayant voulu résister, le garde lui lâcha un coup de carra-

bine , et on le mena en prison. Gela fit quelque bruit dans la place , qui augmenta dans le reste de la ville ; et quelques-uns de ces messieurs du vieux corps , ayant creu qu'on les vouloit arrester, se retirèrent dans la maison de monsieur le président d'Oppède , avec leurs amys , quoique ledit sieur président fust absent. Quelques autres se retirèrent dans la maison de Beauveureil , advocat-général ; et ces derniers se rendirent à la maison d'Oppède, qui, estant de retour chez eux et se voyant envelopé de tant de gens, fust contraint de demeurer avec eux. Et la troupe grossit sy fort, qu'il y eust de huit cens à mil hommes , et il y en avoit bien quinze cens ce matin.

Monsieur le comte d'Alais Payant sceu , ramassa tout son monde et les vouloit aller attaquer. Je vous advoue que Je vis l'heure que toute la ville estoit en feu. J'allai dans le commencement chez M. d'Oppède, et envoyé prier monsieur le comte de Garces de s'y rendre. J*eus peine d*en pouvoir sortir : ce fust encore à conduition que M. le comte de Garces ne les quiteroit pas. L*ayant prié de demeurer là, pour empêcher qu'ils ne sortissent pas pour venir faire désordre dans le reste de la ville , Je fis divers voyages , le Jour et la nuit , chez M. le comte d'Alais ; et enfin , ce matin , nous les avons séparés avec des peines incroyables , parce qu'ils vouloient aller remettre les anciens officiers au palais. Ce fut à condition qu*ils ne pourroient pas estre recherchés de ceste Journée, et qu'il n'en seroit faict aucune information ni escrit à la cour, monsieur le comte d'Alais nous ayant remis un escrit de sa main pour leur assurance , et Je suis certe obligé de dire , que sans monsieur le comte de Garces, nous ne pouvions pas les faire séparer, et qu'il a très-bieu servi le Roy en cette occasion , aussi bien que tous ceux que Je vous ai nommés cy-devant. La ville est maintenant assez calme ; mais â ne rien desguiser, il est à craindre qu'on ne tombe blentost dans un semblable malheur, si les affaires du parlement ne s'achèvent blentost. Et vous voyez bien que J'avois grande raison de vous en escrire aux termes que J'ai faict. Je ne crois pas qu'il faille faire recherche de cette action , puisque monsieur le comte d'Alais a donné sa parole et nous la nostre sur la sienne ; nous nous rendrions autrement tout à fait inutils dans des pareilles occasions , qui n'arrive» ront peut-estre que trop souvent : et Je puis vous asseurer que sy la chose feust allé de longue , la province eust esté en danger. Je vous ay déjà escrit que Je ne puis plus demeurer en ceste ville, et Je prie le comte d'Alais...., inviolable

MRMOIBES DU COUTE DE BEI EN NE

pour le service du Roy, et que je serai , avec passion et respect , vostre , etc.

» De GaiGNAN , archevesque d'Arles, »

A la Reyne.

<. Deux Jours après, qui estoit le jour de

saint Sébastien, qui se fait une procession généralle pour ia peste en laquelle tout le menu peuple a de coustume d'adsister et faire au deliors des murailles de la ville ^ le bruit courut qu'il y avoit des soldats cachez dans la maison de ville, comme, en effet , il s'y trouva vingt corps de garde de trente soldats. Le peuple d'abord esclame et s'en plaint ; les consulz les vouleurent rudoyer ; et , comme jls n'ont pas l'aprobation du public, ilz sont d'abord poursuivis et mal menés jusques dans la sacristie de l'église Saint-Sauveur, où les gens de la ville eurent de la peine de les garantir de la fureur du peuple ; lequel gagne le clocher de la mesme église pour sonner le tocsin. Sur ce bruit , toute la ville fut en mesme temps en armes : ledict sieur comte d'Alais est investi dans le palais sans qu'il peut sortir, non plus que les officiers du semestre qui se trouvoient enfermés auprès dudict sieur comte d'Alais. Le sieur comte de Garces va par la ville avec quantité d'officiers de nostre compagnie , et se rendent à ladite maison de ville pour arrester ce désordre ; et comme ce peuple n'estoit pas satisfait, pour n'avoir peu assouvir sa passion sur la personne des consulz , il demande que les gens de guerre ayent à sortir de la ville le jour mesme. Et, après que messieurs du parlement sont restablys , quatre de messieurs sont contrains , avec ledit sieur archevesque d'Arles , le sieur de Séguiran , président , et de Barbantane , d'aller chez le^it sieur comte d'Alais, en robe rouge , pour le suplier d'esviter la ruyne de la ville et consantir au dessin du peuple : de sorte que, l'ayant treuvé bon , nous entrons le mesme jour dans le palais, en robe rouge, et le lendemain se fist l'ouverture du palais. Le peuple ayant tousjours demeuré soubz les armes , le mesme jour est fait arrest , portant supression du semestre , et qu'il sera procédé à nouvelle élection du consulat, soubz le bon plaisir de Votre Majesté ; et encore il a esté nécessaire, pour mettre le calme dans vostre ville, de casser une imposition sur la farine y establie pour les nécessités de vostredite ville.

» Nous vous suplions très-humblement , Madame , de croire que ce nous est ung extresme desplaisir que toutes ces choses soient arrivées; mais, comme nous n'y avons aueulnement con-

tribué, et que les petits incidens, qui estoien survenus, rendent la faultedu peuple escusable nous espérons de vostre bonté le moyen de eon server le repos en ceste province. Elle vous te» les mains aussi bien que nous , pour assearc Vostre Majesté que nous manquerons plostai de vie que de fidellité et obéissance , ainsy 91 nous avons déclairé audit sieur comte d'Alais; c que nous tiendrons pour ennemis de TEstat octt qui s'opposent à vostre authorité , et que noa y employerons et nos biens et nos vies , n'ayan plus grande gloire que celle d'estre , etc.

I» Les gens tenant la cour du parlemen de Provence j

* EsTiEiins. »

Mais le comte d'Alais ne songeoit qu'à lire vengeance des gens qui s'estoient mutinés. 1 m'escrivit que je verrois , par la dépesche d M. de Sève , ce qui estoit arrivé en ce payi « J'espère , ajoustoit-il , tirer un grand bien d mal qui est arrivé. Je vous conjure d'appcnti toutes les facilités qui se pourront , et de ra voler promptement les expéditions que nous é mandons : c'est le moien qui reste popr estooft les divisions passées, et d'empescher que I< ennemis ne s'en puissent prévaloir. »

Pour arrêter le cours d'un mal si dangeren Sa Majesté envoya ses ordres à M. le cardlni Bichi , pour se transporter en la ville d'AJj avec plein pouvoir de composer toutes chosi par les voies les plus convenables au bien d k j)os de la province , lequel accorda , au nom < Sa Mi^'esté, la suspension des semestres et l'âh lition de ce qui s'estoit passé. AussitAl les ezp ditions en furent envoyées et portées dans Ai par le sieur Le Féron , des mains duquel aaeni dudit parlement ayant pris ladite délibératk et icelle enregistrée secrettement^ se servira du temps et continuation des troubles de Fw pour améliorer encore leurs conditions. Enfin I dit cardinal fut rjéduit à accepter cinq cent mil livres, savoir : deux cents en deniers clairs poi Sa Majesté et trois cents pour servir au rembov sèment des parties des affaires des requettessiq primées, laissant à Sa Majesté de pourvoir à tM les autres offices ; et l'accord ayant été signée cette sorte, nouvelles expéditions furent déU vrées. Aussitôt qu'elles furent arrivés à Aiz,eei du vieux corps firent mettre les armes Imis an bourgeois et mirent en liberté ledit sieur oomi d'Alais , qui depuis fut dans plusieurs villes ^ la Provence et dans celle de Tarrascon. Gel du vieux cofps conservèrent beaucoup d'aigreu

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