‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 24 sur 89 · DEUXIÈME PARTIE. [I66I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. [I66I

oooeordat^qiii ne s'explique pas nettement, a été pibliqiiement interprété par nn arrêt si soleii- Dd, contre lequel on n'a point réclamé à Rome. > La seconde difficulté regarde le clergé de France, qui alléguoit l'ancien usage de l'église gallicane de juger les évéques en des conciles proTindaux , coutume observée de toute ancien- DCté, et seulement depuis quelques siècles interrompue par les papes, lesquels, néanmoins, s*étoi«it toujours contentés de commettre semblables causes à des évéques de France, qui proeédoient comme délégués par le Saint-Siège Apostolique, bien que les parlemens réclamaslent assez et protestassent tousjours , au contraire, que le clergé a grand intérêt de se maintenir aujourd'hui en la même possession , sans doDDer lieu à de plus grands préjudices; et enfin, que la condition de cardinal ne doit point altérer cet usage , puisqu'il est question de destitner le cardinal de Retz d'une dignité épiscopale,qui est située dans ce royaume.

t Outre ces deux difficultés , le conseil du Roy oonsidéroit d'ailleurs que d'ôter à Sa Majoté le moyen de chastier la rébellion de ses iqjets, et de souverain monarque le rendre sollititear dans la cour de Rome, étoit non-seulenentone chose indécente à la dignité d'un si grand monarque , mais qui tendoit mesme à saper les fondemens de la monarchie, établissant rimpaissance de Tautorité royale à punir les crimes des sujets ; et enfin , que les embarras et les obstacles qu'on formoit à Rome au châtinentdu cardinal de Retz , dévoient rendre dès Ion en avant les Roys bien plus retenus à ne M mettre pas dans la nécessité d'avoir à demander à d'autres la justice qu'eux-mêmes ont le droit de se pouvoir faire.

" Il fut donc mandé alors au sieur de Lyonne 91e, parmi de si grandes difficultés, il étoit bien ntalaisé de prendre une bonne résolution , parce 9K,d'un costé, Sa Majesté auroit bien voulu donner toute satisfaction au Pape , mais que , de l*aQtre , elle considéroit que ce scroit se mettre mrles bras tout en même temps, et le clergé et k parlement, pour se maintenir en leurs prl- ^léges et leurs droicts ; et quoyqu'en cela le Boy agirolt contre son service et contre celuy <bPape même, on ne pouvoit faire plus beau j^ au cardinal de Retz , pour luy donner moyen d'élader la punition, que de clîoquer ces deux ^rps et les intéresser en quelque façon à le pro- ^S^ pour soutenir leur autorité. Sa Majesté es- P^ aujourd'hui que Sa Sainteté étant informée ^c nouveau par le sieur d'Aubeville de toutes It^ i^^rticularités ci-dessus toueliées, et ayant même ^^tantde temps à se pouvoir tromper des ira-

pressions que le cardinal de Retz, qui étoit alors présent a Rome, luy jetoit dans l'esprit à son avantage pour décliner son chastiment, Sadite Sainteté condescendra maintenant volontiers à députer un ou plusieurs prélats françois pour faire le procès , c'est-à-dire, procéder seulement aux informations, puisque lesdits prélats sont aussi bien soumis à l'autorité du Saint-Siège que les Italiens ; et qu'autant que les uns et les autres ne travaillerontàce procès qu'en qualité dedélégués par Sa Sainteté , laquelle même , se servant de nationaux , conservera et établira doucement en France son autorité , qu'elle pourroit d'autre façon mettre en compromis , et à des préjudices que Sa Majesté même ne sauroit empescher.

» £t comme , à dire vray, il pourra peut-être sembler étrange dans la cour de Rome qu'un cardinal ait à être jugé par des évéques , il ne paroîtroit pas en France une moindre incongruité qu'un étranger qui ne cognoît ni le pays ni les gens qui l'habitent , qui n'entend pas la langue et ne peut sçavoir la force et la propriété des paroles dans lesquelles consiste bien souvent la défense ou la condamnation d'un accusé, vint former un procès en France contre un François, où, estant obligé de se servir d'un interprète, il doit dépendre presque entièrement de la foy d'autruy en des matières de si grande considération. L'intention du Roy est donc que ledit sieur d'Aubeville demande à Sa Sainteté et insiste pressamment à ce qu'elle ait agréable de députer des évéques françois pour l'information des procès, luy représentant que ce n'est pas pour contrarier ses satisfactions ni s'opposer à son autorité , mais plustôt pour ne la pas hasarder, comme on feroit en s'éloignant du chemin battu , et qu'enfin Sa Majesté désire bien de la contenter aux choses possibles ; mais qu'il faut encore que, de sapart^ il luy plaise de s'accommoder aux voies praticables en ce royaume, et d'autant plus que son autorité se conserve et s établit également , soit qu'elle députe des François ou des Italiens pour commissaires ; voire il semble qu'il ne soit pas de la dignité du Pape de faire une pareille distinction : et à la vérité, si nonobstant tout ce que dessus Sa Sainteté continuoit encore aujourd'huy à former les mêmes obstacles, le Roy auroit grand suject de croire que sa véritable et secrète intention seroit de protéger le cardinal de Retz, et , par ces sortes de moyens indirects, procurer l'impunité de ses crimes: ce qu'elle n'a pas lieu d'attendre d'un Pape dont la vie et les mœurs s'accordent si peu avec la conduite et les actions dudit cardinal , qu'il se peut dire que rien n'est plus éloigne ny plus directement opposé que l'un l'est à l'autre. >]

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néllOlKRS DU COMTE DB BBIKNHB , DBUXIImB PABTIB. [lOOl]

Les ambassadeara des Etats-généraux reçarent ordre de leurs supérieurs de faire de fortes instances auprès du Roi , pour obtenir de sa générosité la modération des taxes qu*on avoit imposées sur les vaisseaux étrangers , et de garantir leur péclie, pour empéclier qu'ils n'entrassent en guerre avec l'Angleterre. Je n'ai point Jugé à propos de me charger d'en faire l'ouverture à Sa Majesté , ne faisant pas de façon de dire à ces ambassadeurs , que les conseils que je puis donner sont inutiles ; qu'ils n'ont qu'à s'adresser au chancelier, le premier des conmiissaires nommés pour traiter avec eux , et qu'il y a même des personnes qui seroient plus propres à persuader le Roi. J'ajoutai à ces députés, que Je m'en rapportois à leur prudence , et que c'étoit àeux de prendre le parti qu'il leur sembleroit, non pas le plus honorable, mais le plus sûr. Je leur conseillai de se conformer toi^ours aux volontés de Sa Majesté; car, comme je l'ai dit plusieurs fois , Je suis persuadé que leur république aura bleu de la peine à se maintenir sans la protection de la France , qui , de son côté , a grand intérêt à sa conservation.

J'ajouterai encore, avant que de finir ces Mémoires , que le Roi ne doit pas tellement se iier aux Allemands qu'il ne prenne de bonnes sûretés avec eux lorsqu'il voudra, pour ses propres intérêts ou pour les leurs, entrer en guerre avec l'Empereur, Les alliances que nous ferons avec les Anglois ne seront Jamais solides , parce que , d'un côté , le pouvoir de leur Roi est resserré par les pariemens , et que de l'autre , cette nation hautaine et ambitieuse ne voit qu'avec Jalousie la prospérité de ses voisins. Elle conserve des prétentions contre nous , et la diversité de religion aggrave sa haine. L'expérience du passé nous fait connoitre qu'on peut , malgré les apparences de la bonne foi , se défier des Suédois et des autres protestans^ qui n'ont d'autre dessein que d'abolir la religion catholique, que nous voudrions et relever et maintenir dans les pays où elle a brillé autrefois. Supposé que quelqu'un de vous , mes enfans, eût l'avantage d'être appelé dans le conseil du Roi , honneur qu'on ne peut assez estimer, et dont Jesouhaiteque vous puissiez vous rendre dignes , au milieu d*un profond respect et d'une

parfaite obéissance à ses volontés, i cesse devant les yeux l'objet de la Dieu et l'avantage de la religion. No vous pas craindre qu'un roi très-chi élevé dans ses maximes, puisse jamais gner. Souvenez-vous cependant que c quer à la fidélité que le service du Roi vous , si vous hésitez à déclarer, ave berté respectueuse^ les doutes et les ( que vous pouvez avoir dans les affair rencontreront : car, quand la nécessité nulle considération humaine ne peut i dispenser un homme de bien de mettre son Jour la vérité dont il est persuadé tice et la piété du prince ne vous cond point sans doute , lorsque dans l'occai oserez lui représenter que , quelque • indépendante que soit son autorité à !'( hommes , elle n'en est pas moins sou loi de Dieu; que cette autorité lui d'autant plus assi^étie que le sceptre c ronne du Roi , qui lui viennent de la m puissante de Dieu , ne lui ont été do pour établir, étendre et maintenir s< que la plus grande gloire du Roi dépei mour de ses peuples; que ce qui fait la monarchie ne peut être aliéné ni étrangers ; que notre ancienne constit plus Juste et plus sainte que celle des ] sins, et que la France ne sera Jamais tandis que des étrangers auront part ai nement Si Dieu permet que Je vive, passe des choses dignes d'être sues de rite , Je vous prie , mes enfans, que , si à les oublier, vous les observiez. Enfin croyez que ce que J'ai mis par écrit d lu , vous en userez comme vous croii Taurois dû faire moi-même. Mais souvei comme Je l'ai déjà dit, que je n'ai pas présomption pour être persuadé que puisse Jamais servir de modèle à cell très. Je souhaite seulement que vous i en ceci : ne dépendez jamais que maître ; méprisez les richesses qui stables, et amassez- vous celles qui ne point. N'ayez point d*autre vue que ce gloire de Dieu, et ensuite celle du n auquel la Providence nous a soumis.

FIN DES MBMOIBBS tV COMTE DE BR1BNNK.

MEMOIRES

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