‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 3 sur 89 · NOTICE SUB LB COMTE DB BBIENNE · texte numérisé non relu

NOTICE SUB LB COMTE DB BBIENNE

lion delaMi88ioD,à Sainl-Lazare-Iez-Paris, pour voir et coonoistre Ijeslal de la personne do M. de Brienne, détenu aodit lien, de Tordre de Sa Majesté et pour l'entendre; où estant, le sieur de Saint-Paul, prestre de ladite congrégation, qui a soing des pensionnaires, nous a fait venir, dans une salle de ladite maison , ledit sieur de Brienne qui y auroit esté amené par un des frères de ladite congrégation de la Mission. A l'interrogatoire duquel sieur de Brienne, après lui avoir fait entendre le sujet de nostre transport, suivant les ordres du Roy, qui est demeuré attaché à la minutte des présentes, nous aurions procédé ainsi qu'il en suit:

» Interrogé de son nom et surnom, — a dit qu'il s'appelle Louis-Henry de Loménie.

» Quel âge il a , — a dit qu'il est âgé de cinquante-six ans , estant né en l'année mil six cens trente-six.

» S'il y a long-temps qu'il est en la maison de Saint-Lazare, — a dit que le vingt-buitiesme janvier dernier passé il y a eu dix-buit ans. » Si il sait les raisons pour lesquelles il y a été mis, — a dit qu'il n'en sçait aucunes, et que néanmoins il nous dira véritablement ce qu'il en sçait , qui est que depuis le décès de sa femme il s'est retiré aux pères de l'Oratoire , où il a demeuré six années on environ, et que, y estant, madame de Gamache, sa sœur, luy vint proposer de faire le roariaçe d'une de ses filles , qui depuis a esté mariée à M. de Pongny ; à laquelle proposition il répondit fort simplement qu'il ne devoit pas se mesler de mariage entre cousins-germains; que quelque temps après le sieur de l'Egle, qui avoit une maison à l'Institut , le vint trouver et luy 6t entendre qu'il y avoit nécessité qu'il sortît de l'Oratoire; à quoi il répondit que sa vocation estoit bonne, qu'il estoit fort content du lieu où il estoit et qu'il n'en vouloit pas sortir; mais depuis ledit temps, ledit sieur de l'Egle l'ayant encore sollicité plusieurs fois de sortir , il en prit la résolution et fut loger dans la grande rue du faubourg Sainte- Jacques, vis-à-vis Saint-Magloire; et comme il devoit environ huit cens livres à ses créanciers, il fut exécuté par un en ses meubles : ce qui le fâcha extrêmement et l'obligea de se retirer chez Balancé, chirurgien, et de se servir de ce temps-là pour se faire guérir d*un ulcère qu'il avoit à la gorge ; et après qu'il eust esté guéri il se retira dans le monastère des Augustins du faubourg Saint-Germain; et ayant appris lorsqu'il y estoit, qu'il y avoit plusieurs archers qui vouloient Tarrester, il prit la résolution de sortir hors du royaume et s'en alla dans les Etats de M. le prince de Mecklembourg, où il a demeuré près de trois ans, et ensuite est revenu en France , et se mit volontairement dans l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés ; et après y avoir demeuré quelque temps, le prieur l'avertit qu'il avoit un ordre verbal de le foire rester dans la maison ; mais quelque temps après il alla à Saint-Benoit-sur-Loir, sur la promesse qu'on luy avoit faite qu'il y passeroit les étés

et qu'il reviendroit passer les hivers à Paris. Où estant demeuré à Saint-Benott jusqu'au mois de décembre, le pèreBrachet luy apporta un ordre pour rester à Saint-Benoit, ce qui lui donna l'occasion de prendre la résolution de venir trouver le Roy pour se jetter à ses pieds et luy demander ses ordres directement; et pour le faire avec prudence , il s'adressa au sieur Bontemps , qu'il pria de dire à Sa Majesté son arrivée , et l'assura qu'il demeureroit à l'hostellerie du Pélican jusqu'à ce qu'il eût reçu l'ordre de Sa Majesté, lequel ordre il attendit pendant trois jours. Un exempt du sieur grand prévost vint le prendre à Versailles et l'amena en la maison de Saint- Lazare , où il est demeuré depuis ledit temps.

» Si il se trouve bien dans la maison de Saint- Lazare où il est, et si il veut y demeurer, — a dit qu'il consent fort de demeurer dans la maison dudit Saint-Lazare où il est, pourvu qu'on l'oste de l'appartement des pensionnaires où il est, qui est celuy des personnes qu'on enferme par correction , et qu'on lui donne une liberté honneste d'aller et venir dans la maison , voir des personnes de mérite et bonne conversation, amis, et qui ont coustume de venir en ladite maison.

» Interrogé sy il se trouve l'esprit libre et en estât de gouverner ses affaires et d'entrer en conversation avec les prostrés de la mission de Saint- Lazare, -^ a ditqu'ouy, mais que quoiqu'il ayt l'esprit fort sain et en fort bon estât d'estre en conversation avec messieurs de Saint-Lazare et capable de gouverner ses affaires , néantmoins il a des infirmités corporelles qui ne le laissent pas en repos, en sorte qu'il ne peut pas dire qu'il soit trois jours en santé, et qu'il ne demande qu'à demeurer en la maison où il est et de songer à y mourir.

» Interrogé sy il a quelque réquisition à nous faire, ou quelque demande dont nous puissions rendre compte à Sa Majesté, — a dit qu'il souhaiteroit seulement avoir la consolation de vivre en communauté avec messieurs de Saint-Lazare, de converser avec eux et de faire les exercices ordinaires de la maison , autant que sa santé luy pourra perroeltre, et de n'estre pas obligé de demeurer avec ceux qui sont enfermés ou pour démence ou pour correction, de ne sortir et de n'aller promener qu'avec eux, ne demandant néant moins qu'une liberté houeste pour demeurer dans Tintérieur de la maison.

» Interrogé avec quelles personnes il voudroit converser, — a dit qu'il voudroit converser avec des gens de lettres et avec son procureur et gens d'affaires.

» Interrogé pourquoy il veut voir ses gens d'affaires, — a dit qu'il ne sçait pas quelle procédure on a pu faire contre luy pendant le temps qu'il a esté enfermé; mais que sy on a fait une inlerliction. il veut se pourvoir contre; et comme il a fait une donnation de tout son bien à ses enfans et ne s'est réservé que cinq mil livres de rente viagère, et une fois mil escus, pour dispo-

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