‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 4 sur 89 · ET SUR SES MEMOIBKS · texte numérisé non relu

ET SUR SES MEMOIBKS

ter par lesUmenl, et rasofrait de sa bibliothèque, il soahaile de faire les procédures nécessaires poor s'en fiiire payer et faire casser TinterdictioD , sy aucune a esté contre lay prononcée, parce qo'à présent on ne paye qae deux mil livres pour sa pension aox pères de Saint-Lazare et mil livres pour ses entretiens , an lieu de cinq mil livres qu'il s'est réservées; et qu'à Fesgard de sa bi- Ûiollièqne, il demande qu'on la luy rende ,^jparce qu'il n'a de plaisir que celuy de l'estnde.

» Interrogé sy il a quelque chose à se plaindre sur sa noorriture et de la manière dont il est traicté dans la maison, — a dit qu'il n'a point à se plaindre du tout , et au contraire il se loue de la charité de M. Joly; qu'il espère de la bonté du Roy qu'il ordonnera qu'on le séparera d'avec les gens de correction et qu'on luy accordera une liberté honneste et convenable dans ladite maison de Saint-Lazare.

Lecture faite de ce que dessus, — a dit qu'il y persévère et a signé ; après quoi nous nous sommes retirés.

» Di LoMiNii BaiBivNB et Le Camos.

» En la minute : Gaodion. »

Le ministre Pontchartrain se montra très-fa- Yorable à la juste réclamation de Brienne ; mais des infloences plus grandes neutralisèrent ses bonnes dispositions. Le prisonnier semblait les deviner; aussi, dès le 16 février, il écrivit au ministre:

<K Monseigneur,

» J'apris, dimanche dernier, par madame de Cayen, ma fille, que monsieur le lieutenant civil avoit reçu des ordres de Sa Majesté , qu'il devoit me venir signifier le lundi 11 , ou le jour ensuivant au plus tard. Il a mesme dit la mesme chose à mon procureur; cependant, Monseigneur, Toilà la semaine entière écoulée sans que j'aye reçu de ses nouvelles. Cela joint aux avis que j'avois eus précédemment , et qui m'obligèrent à me donner l'honneur de vous écrire ma seconde lettre du 7»*, dont je joins icy ma minute , craignant qu'elle ne vous ait pas été rendue; cela, dis-je, auroit augmenté mes justes appréhensions, n'estoit que M. Joly, supérieurgénéral de la Mission , m'envoya , dès le lundy matin , la copie de l'article de vostre dépesche du 8, qui me concerne. J'ay été confus. Monseigneur, des termes obligeans dans lesquels cet article est conçu , et je ne puis en rendre grâce à Sa Majesté et à vous que par un respectueux silence , beaucoup plus éloquent que ne le seroient mes paroles. Je vous supplie , Monseigneur, les larmes aux yeux, de détourner, par vostre charité , dont j'ay déjà reçu tant de preuves , l'orage nouveau dont je suis menacé ; et de vouloir, s'il vous plaisl, adresser à M. Joly la réponse dont j'espère que vous voudrez bien ho-

norer encore une fois , Monseigneur, vostre trèshumble , très-obéissant et très-obligé serviteur,

)> De Lom6nie Bbiennb.

» Ce samedi 16 février 1692 (au soir). »

Dès le 19 mai de la même année, Brienne donna un nouveau témoignage de résignation et du parfait état de ses facultés mentales, par une lettre de reroercfment qu'il adressa au même personnage , et dont voici le texte :

« Monseigneur ,

» La lettre que vous m'avez fait l'honneur de ra'écrire, en date du 17 avril dernier, a eu son effet à l'égard de M. le lieutenant civil. Il m'a rendu prompte justice, conformément aux intentions de Sa Majesté. L'interdiction insoutenable prononcée contre moy fut cassée samedy dernier, 17 do courant, ensuite de l'assemblée de mes parons et amis, tenue le jour précédent en Thostel de mondit sieur le lieutenant civil. Comme c'est A vous. Monseigneur, après Sa Majesté, à qui j'en ay toute l'obligation , je n'ay pu différer plus longtemps à vous en rendre mes très- humbles actions de grâces. L'autre partie des ordres du Boy en ma faveur reste à exécuter. M. Joly, supérieur général de la Mission , diffère à me tirer de la maison des correctionnaires et des insensés, pour me mettre dans le bastiment des ordinaires, où loge actuellement M. le curé de Saint-Hypolite, qui est à Saint-Lazare par ordre du Boy depuis plus de six mois, et où je dois estre mis, en conséquence des ordres de Sa Majesté du 8 février , dont mondit sieur Joly m'a donné un extrait et qui sont conformes à ceux du mesme jour que vous avez eu la bonté d'envoyer à M. le lieutenant civil. Je vous supplie. Monseigneur, trèsrespectueusement, de vouloir prendre la peine de luy en escrire un mot , et de me le faire remettre par M. Hersan, qui a bien voulu se charger de vous rendre cette lettre de ma part. Il a esté du nombre de mes amis qui ont déposé en ma faveur, et il vous rendra compte, comme je l'en ay prié, de tout ce qui s'est passé dans l'assemblée de mes parens. Comme je remettray moy-mesme vos ordres entre les mains de M. Joly , il ne pourra pas en différer l'exécution. Du reste , Monseigneur, j'obse'rveray très-régulièrement la volonté du Boy qui m'est connue. Je ne demande d'autre liberté dans la maison , que celle qui m'a esté accordée. Je ne sortiray point dans le clos ni dans les jardins poor y prendre l'air sans estre accompagné du frère qui a soin de moy. Je n'entreray point dans les chambres des prostrés ni des clercs de la Mission , et s'il faut mesme que je ne sorte point de l'appartement où l'on me mettra, sans que je sois accompagné, j'y consens de tout mon cœur; mais au moins je n'auray plus le chagrin d'estre détenu dans une prison. Les chaisnes de la charité sont beaucoup plus fortes que ne le sont les

KOTICB SUS LE COUTB Dl BBIEnHII

barremixetlMrerroiix. Je reelersy avec joy« dans lelDgemenlqa'oi) m'accordera jusqa'àceqaej'aye entièrement eCTacë, par ma bonoe condaite, toates les mauvaises impressioas qu'on a taschË de donner de moy à Sa Majesté. Je no nomme personne ; mais en vérité , Ûonseignear , des calomnies si atroces se détruisent d'elles-mêmes, et j'eapère que la patience qne vous m'avez recommandée avec tant de charité viendra à bout de toiil. An reste, Honseignear, je ne puis finir sans vous tesmoigner que je prens toute la part qne je dois ans grandes obligations qae vons a M. lîersan. Son mérite et sa probité me sontconnns depuis long-temps. Je vous en dirois davantage si ce n'esloit pas luy qui deost voas rendre celte lettre, et si je ne venais pas tout récemment d'estre juslirié par son suffrage.

» Je suis, avec an très-profond respect et une très-particulière reconnoissaoce , Uonseigoeor, Tostro très-humble , très-obéissant et très-obligé serviteur,

n De LohéNIB Bribnnb.

> Le 19 mai 1692. >

Ce De fut que le 17 juin 1693 qu'intervint la ■entence de levée d'interdiction du lieutenant civil ; elle (tit pré,cédée de trois jours sealeraent par nne antre sentence du même llentenanl civil, qui ordonnait qne Brienne aurait uu autre apparlement et pourrait agir dans la maison de Saint- Lazare sans être suivi de surveillants. Hais les hauts personnages qal tenaient le comle de Brienne sons clef s'empressèrent d'agir auprès du Roi, et de nonveaux ordres de restreindre sa liberté intervinrent bienlét après. Ils furent aussi sollicités par le supérieur de Saint-Lazare, comme on le voit par la lettre suivante adressée à M. de PoDtdiarlrain :

a MoDseignear, - » SI je n'étois pas au 111 comme j'y suis depuis ^oetqoes semaines à cause d'une fluxion qui m'est tombée dans une jambe, j'anrois en l'honneur d'aller i voslre audience vendredy, et de vous porter la sentence rendue, il y eut hier huit jours. par M. le lieutenanl civil, en faveur de H. de firienne qui me la lit donner. Je prens ta liberté d'en enfermer icy ane copie, par laquelle vous verrez, Honseignenr, si vous avez agréable de ▼ons la faire lire , que mondil sieur le lieutenant dril , se fendant sur les lettres du 8* février dernier que TOUS eacrivistes de la part du ftol, permet à inondit sieur de Brienne de se promener dans ■ostre enclos, et d'aller et venir dans nostre mal- ■en sans avoir de frère & sa suite, encore que j'euase demandé, daoa l'interrogatoire du mesme H. de firienne, postérienr aux snsdittes lettres, auquel mondil sieur le lieutenant civil voulut qne J'vssistUM, que si H. de Brienne soubailloil

(1) La Bibliothèque historique (édii. Fonteiic) indique malà ptopoi les Hénwlrei de Brienne comme Ikltant partie de la collection Gatgnlèrc. Nom ivont vérifié ce hli.

d'avoir la liberté d'aller dans nostre endos etdans nostre maison sans avoir de frère avec lui , nous fussions deschargéa de l'obligation de le garder, comme il nous est ordonné de faire par la lettre de cachet du Roi, du 27 janvier 1674, contresignée par feDM.CoIberliensnitledequoL, Hon* seigneur, vous vous donnasles la peine d'escrire au mesme H. de Brienne, qui me commnniqna vostre lettre, et de lui mander que le Roy ne JBgeoil pas à propos de luy donner, pour le présent, une entière liberté , et que nous avions raifonde le faire accompagner par un de nos frères. Ja lai ai fait représenter tout ceci , et que ce n'e»toil pas sar les premières lettres du 8 février qu'il devoit se régler, mais sur la dernière que vons loi aviez escrite. Monseigneur, de la part de Sa Uajesté , après avoir vu son interrogatoire et nos très-humbles remontrances. Il persiste i dire que nous devons obéir i la sentence de H. le lieutenant civil , ce qne nous n'avons pas sujet de croire estre l'intention du Boy, oy la vostre « après ce que vous avez escript de la part de SaMajesIé. J'ay cru qu'il estoildemou devoir de vous rendre compte de cecy. Monseigneur; sur quoy, et sur toute autre chose, j'altendray l'honneur de vos commandemens pour les exécuter fidèlement, et je suis tousjours, avec an très-profond respect. Monseigneur, voslre trèabumble et très-obéissant serviteur.

Plus tard, Brienne enl permission de se retirer à l 'abbaye de Sa int-Sé vérin de ChàIeau-Landon,et il y mourut en 1696. a C'ètoit un homme d'un beau génie, dit le généalogiste, d'ane grande érudition, poète, et la poésie le perdit. >

Ainsi lînit malbeureusement le fils du comle de Brienne, ce llls pour teqnel il avait écrit ses Mémoires, confiant qu'il était dans l'avenir de l'enfant auquel il destinait tant de leçons de savoir, d'expérience et de probité.

Les Mémoires (1) dn comte de Brienne ftirent écrits après sa retraite, en 1663(2), comme il l'indique dès les premières lignes de son travail. Ils embrassent uu espace de plus de quarante années'. Les événements marquants du règne de Louis XIII et de la première moitié de celui de Louis XIV y sont rapportés avec une grande exactitude; et les singularités caractéristiques du génie, si différent, des deux premiers ministres , Richelieu et Haiarin , y sont parfaitement exposées. Brienne exprime son opinion sur ces deux personnage* avec nne hotutile liberié.

ET SUfi SES MBMOlttBS.

Les motilalions que ees Mémoires ont subies privaient le leclear de lacoDnaissanee de quelques renseignements pen répandus , sur l'état des rapports de la France avec des puissances voisines ou alliées. L'Angleterre, où le comte de Brienne avait conduit la malheureuse Henriette-Marie de France, femme de Charles I**, attira constamment , dès Tannée 1644, l'attention du gouvernement français, qui voyait s'avancer à grands pas une révolution menaçante pour un trône occupé par une fille de France; les relations intimes de la France avec ce pays devaient fournir un chapitre intéressant aux Mémoires de Brienne; cependant tous les documents qui se rapportent auxaflaires de ce royaume avaient disparu de ces Mémoires; nous avons eu le soin de les rétablir.

On peut suivre dans ces fragments nouveaux les différentes phases de la mauvaise fortune de Qiarles I"; ils nous révèlent aussi l'impuissance des efforts de la France pour amener une réconciliation entre la chambre des communes et l'autorilé royale en Angleterre ; et lorsque le Roi est arrêté , qne les communes se sont emparées du pouvoir, un grand intérêt s'attache , dans le récit de Brienne, aux lettres pressantes adressées par Louis XIY à Cromwell et aux autres membres influents du parlement , lettres accompagnées de menaces aussi impuissantes que dédaignées. La mort de Charles I*' suspendit toutes les relations nec l'Angleterre. En attendant qu'elles soient reprises, Brienne nous retrace les efforts du Roi de France pour faire réussir l'entreprise du duc de Goise sur Naples , en 1647 et 1648, autre affaire non moins malheureuse, qui se termine par la prison du duc. Les troubles de 1648 éclatèrent ; et Louis XIY, par les mains de son secrétaire d'Etat, demande au Pape des prières pour le succès'' de ses armes devant sa ville capitale qu'il tient assiégée. Il n'est pas moins curieux de voir en quels termes le roi de France prie le Pa^e de s'intéresser au rétablissement de l'ordre dans son royaume, et de quelles raisons il se sert pour démontrer au Saint-Père qu'il est intéressé au repos et à la prospérité de la France. Mais la Provence s'engage contre son gouverneur; les ordres et les instructions du Roi et de son ministre se succèdent pour pacifier cette partie du royaume, et un traité, garanti par le Roi , intervient enfin entre le comte d'Alais et le parlement d'Aix. Le prince de Coudé, mécontent de Mazarin, soulève de nouveau la Guienne; ses relations avec l'Angleterre inquiètent le ministère. Mazarin fait tout ses efforts pour entamer des négociations avec le Protecteur; des envoyés partent pour Londres chargés de lettres du Roi pour l'usur-

pateur de la couronne des Stnart , et d'instructions secrètes et pressantes pour gagner l'assistance de l'Angleterre; mais, jalouse de profiter des malheurs de la France , elle croit avoir plus à gagner avec le prince de Coudé, et deux fois les tentatives de Louis XIV furent repoussées. Enfin, le prince de Coudé perd la Guienne; Cromwell alors devient plus traitable.

Tous ces faits sont nouveaux et d'une authenticité aussi irrécusable que les Mémoires eux-mêmes , puisqu'ils sont puisés à la même source : aussi avons-nous profité avec empressement de cette occasion d'en intercaler le récita la place que l'histoire leur assigne et d'où ils n'auraient jamais dû être rejetés. Ces fragments ont été copiés sur les manuscrits autographei du comte de Brienne, momentanément déposés entre nos mains; son écriture maigre et serrée est une des plus difficiles à lire de cette époque ; les nombreuses lettres autographes du comte de Brienne, qui existent dans différentes collections publiques, nous ont permis d*en vérifier l'authenticité ; ils lui appartiennent réellement.

On trouvera également dans ce même volume (page 297), un travail de Brienne d'une moins grande étendue , mais qui ne mérite pas moins d'être étudié. Ce sont ses Obtervatiom iur lei Mémoires de La Châtre.

Ancien ami de ce dernier personnage, Brienne eut occasion de lui rendre quelques services; mais il se brouilla avec lui lorsque La Châtre fit partie de la cabale des ImporlanlSy et fut exilé comme toutes les autres personnes de la même faction.

La Châtre écrivit ses Mémoires pendant l'exil ; il y maltraita assez fortement la reine Anne d'Autriche et Brienne son ministre. Longtemps après la mort de La Châtre, les amis de Brienne lui firent voir ces Mémoires, et Brienne se crut obligé d'en écrire la réfutation. C'est ce petit discours, qui contient quelques particularités oubliées dans les Mémoires écrits par ce ministre pour l'instruction de ses eufi^its, que l'on retrouvera page 297; mais on reproche généralement à ces Obtervalioni d'être une apologie trop déclarée de la reine Anne d'Autriche.

Ainsi ces Mémoires, comme tous les autres ouvrages dont nous donnons une édition nouvelle dans cette Collection, se recommanderont, aux littérateurs de notre époque et des temps à venir, par des addUiom inédiles qui ajoutent quelques nouvelles vérités à celles dont chaque jour s'enrichit notre histoire.

MEMOIRES

DU COMTE DE BRIENNE

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