VII. Lettre de Monsieur à Son Emim
« Mon cousin, après avoir satisfait an c^
ment qu'il a pieu au Roy mon seigneur, me îi
conseil que m'avez donné , ayez agréable q\
prie qu'ensuite du pardon et de la grâce que
obtenus du Roy mon seigneur, j'employe tou^<
générosité pour radoucissement de ce malhen
où Je me trouve. Je vous advoue . mon cousin
toutes les choses qui se sont passées , Il faut
fuit un dernier effort sur vous pour vous oblig
der en ce malheureux rencontre ; mais si voi
voir la sincérité de mon cœur , je n'aurols ai
de craindre que vous ne voulussiez adjoustei
gloire que vous vous estes acquise , celle de d<
fils de France toute l'assistance et le secours
demande. Je vous envoyé l'abbé de La Rivière
passage pour vous dire avec quelle résignatii
fais cette prière, et celle de me conserver
vostre amitié. Je suis si résolu de vous donn<
preuves de la parfaite estime et de l'extrém*
que j'auray pour toute ma vie , que Je suis a
vous aurez un jour une entière confiance ei
que vous connoistrcz que je suis aussi invh
que Je vous le proteste , mon cousin , vosire
tienne cousin ,
» Gai
VII I. Escrit de M, de La Rivière au nom iê qu'il reconnoistra devant M. le chancti tenu en sa déclaration estre véritable.
« Au cas qu'il plaise au Roy proraeUre pai remettre Son Altesse Royale en France, eti ou à Ville-Franche . et de là à Blois, dans la de tout son appanage, avec une déclaration p< don de sa faute, vérifiée en parlement, S< Royale m'a commandé de donner sa parole i] noistra devant M. le chancelier . qui le vieml audit Trévoux ou Ville-Franche, avec une le Majesté , que ce qu'il a escrit et esloil dans l'i faute, que j'ay porté au Roy, est vray et fera c pour reconnoistre la vérité de sa déclaralioi tesse Royale reconnoistra aussi le traitté M pagne, avec toutes ses circonstances. Sa agréable que le présent papier me soit reml mains dans trois semaines . si on ne satisfait tiens ci-dessus mentionnées. Monseigneur mandé aussi de dire qu'il désire le secret ci
faire.
» Fait ce deuxième jour d'août 1643 , à
« Signé La En
MBMOIBRS DB MONTRRSOR.
qàdqQes jours de mon côté , et me trouvai tellement onblié par Monsieur, quMI ne daigna me (aire savoir aucunes nouvelles ; mais, sur le bndt publié d*un si grand changement arrivé à Itcour, et des avis particuliers que j'avois reçu, Je ne perdis pas le souvenir des ordres qui m*avoient été donnés ; et comme roccasion de ks eiéeater me pressoit. Je m'en allai jusques à trais Ueacs de Sedan , où Je fus informé de très- [ bonne part que le traité de Son Altesse avec le \ Soi éloit fort avancé. Ce fut à moi à penser de I reienir sar mes pas : ce qui ne m'étoit pas aisé, peree que tous les passages des rivières étoient gardés contre les déserteurs de milice ; et quoique faie fait en ma vie des voyages fâcheux et péoibles, ce Ait, pour le temps qu'il dura , celil qui me Ta été davantage.
Les coors des princes sont composées de beaueoop de sortes de gens ; mais il y en a peu qui piéfrait leur honneur à leurs intérêts , et qui se piaioent à soulager leurs amis lorsqu'ils se Roeootrent embarrassés dans des affaires dont leneeèsne leur est pas favorable. J'en ai pourtiit ^[trouvé de fidèles dans des traverses qui ■e sont arrivées : le sieur de Roussillon me lénolgna dans mon besoin qu'il étoit tel en ■OQ endroit ; car il quitta Monsieur en deux Jnmées au-delà de Lyon, et fit ce long chemin pior mlaverlir que Sa Majesté et le cardinal Uttient paroftre beaucoup d'aigreur contre mol, et son Altesse peu d'affection à me garantir de Toppression dont J'étois menacé. Pour eài cmpêcber l'effet , J'allai en Périgord , où J'étois trèseertain que Je n'avois rien à craindre, pour la bienveillance que cette province a de tout tcnpo témoignée à notre maison (i) ; et le sup-
K. Àtcord faii par le Roy à Monsieur des demandes teûlenues en Vescrit cy~de»sus , au cas qu'il exécuté ce 9tc< est porté par iceluy,
•RoQi, Lcoys, etc., après avoir entendu ce que
''^de La Rivière nous a dit par le commandement
deooitre ft-ère d'Orléans , dont le contenu est ci-dessus
^*rHt, déctaroDi par la présente que nous accordons é
•■•Uedll firère ce qui parolst quMI demande par ledit
^*eHt, ao cas qu*il eiécute de point en point ce qu'il a
i^'^terit; en teimoln de quoy .etc. »
^* Omeêntement de Monsieur de vivre en particulier on royaume sans charge ny train , que celuy qu'il Milra au Roy luy ordonner,
Guton . fib de France , etc. Après avoir donné une
décUraUon ao Roy du crime auquel le sieur de
n , graBd-escuyer de France , nous a fait tom-
par set prcfsSDtea soUlcitatioDa , recourant à la clé-
de Sa 11 i^té . nous déclarons que nous nous
^Ji^aAioiii eitréiiiement obligés et bien traittés, s*il plaist
^ 8a Majesté nous laisser vivre comme simple particu-
^dais le royaume , sans gouvernement , sans compa-
pliai cependant, en continuant les obligations qu'il avoit commencé d'acquérir sur moi , de vouloir retourner vers Son Altesse pour que Je fusse informé de ce que J'avois à devenir, et de lui dire hardiment de ma part que je ne pouvois être en peine qu'autant qu'il voudroit que je le fusse ; et que cela étant , j'étois hors de toute appréhension. Il s acquitta de la commission qu'il avoit eu agréable de prendre avec toute la diligence et le soin que je pouvois désirer, et revint me trouver ainsi qu'il me l'avoit promis, pour me porter, en termes exprès , ordres de Monsieur de sortir de France, parce que le séjour que j'y ferois lui pourroit nuire. Il y a une particularité qui mérite bien de n'être pas oubliée : deux jours avant que j'eusse reçu ce commandement , Son Altesse avoit été interrogée à Villefranche par M. le chancelier , assisté de douze maîtres des requêtes ou. conseillers d'Etat, en présence desquels elle déclara par une très-longue déposition toutes les particularités des choses les plus secrètes; et comme il n'y en pouvoit avoir aucune, dans la vérité de l'affaire , suffisante de me faire tomber en crime, sa bonté, sans doute surprise, lui laissa consentir qu'il fût mis dans le douzième article que, si j'avois fait quelquetrailé avec le sieur de Thou ou autre , elle le désavouoit. Elle savoit pourtant bieu que cela ne pouvoit être, et que je n'étois point capable de rien faire à son insu, et principalement dans une occasion si considérable et de telle conséquence. Néanmoins je fus nommé de cette sorte dans un acte qui sera un titre à la postérité , que les princes de sa naissance ont peu accoutumé de donner (2), Je passai en Angleterre avec d'extrêmes
gnle de gendarmes, ny de chevaui-légcrs , ny sans pouvoir prétendre jamais pareille charge ny administraUon. telles qu'elles puissent estrc, et à quelle occasion qu'elles puissent arriver. Nous consenlons. en outre, à la vie particulière que nous supplions le Roy de nous laisser Taire , n'avoir aucun train que celuy quMl plaira à Sa Majesté nous prescrire , et ne pouvoir tenir auprès de nous aucune personne que Sa Majesté nous tesmolgne luy estre désagréable : le tout sur peine de descheoir, par la moindre contravention à tout ce que dessus, de la grâce que nous supplions Sa Majesté de nous accorder» ensuite de la faute que nous avons commise. »
(1) La tMironnie de Bourdeille était une des premières du Périgord.
(2) Voici les deux pièces dont parle Montrésor :
Déclaration de Monsieur, contenant la confession de tout ce qui s'est passé en la conspiration de Cinq- Mars.
« Gaston , flls de France , frère unique du Roy , due d'Orléans . estant louché d'un véritable repentir d'avoir
MBUOIBES DE MOMTRKSOII.
difficultés: cequi ne fut pas compté pour grand'chose.
Le cardinal de Richelieu mourut la même année, et le Roi celle diaprés. En continuant les procédures commencées contre mol , je fus crié à trois briefs jours, mes biens arrêtés , et eus à souffrir, dans mon absence , tout ce que la violence exige contre les innocens par les formes ordinaires de la justice , a ce que le cardinal prétendoit mal à propos , parce qu'elle cède à l'autorité dans de semblables rencontres.
M. de Thou , mon cousin germain, mourut à Lyon, par jugement donné par des commissaires, et M. le comte de Béthune, mon intime ami , fut accusé, par \H plus lâche calomnie qui se puisse jamais inventer contre une probité aussi reconnue que la sienne , d'avoir révélé le secret du traité d'Espagne. Enfin je fus le dernier, de tous ceux qui étolent en peine pour les intérêts de M. le duc d'Orléans , qui revint en France de l'exil où j'étois allé par son commandement. Dans le temps de mou séjour en Angle-
cncore manqué^ à la fidélité que je dois au Roy/mon sefgneur, après tant de tesmoignages que f ay reccusde son cxtrcsme bonté en de semblables Tautes , et désirant de tout mon cœur me rendre digne de la grâce et du pardon qu'il a pieu à Sa Majesté me promettre par Tabbé de La Rivière, je luy ad\oue sincèrement toutes les choses dont je suis coupable et dont j*ay eu connoissance.
p Je déclare et confesse à Sa Majesté que, depuis le voyage d'Amiens de Tannée dernière , j'ay esté sollicité plusieurs fols par M. le Grand de nostre iotelligenceavec luy , pour tascbcr de mettre M. le cardinal hors des arfaires ; à quoy j'ay résisté d'abord ; mais m'ayant après asseuré , en une autre entrevue, qu'il avoit la parfaite confiance du Roy , et me voyant pressé d'aller au voyage de Languedoc sans employ et sans raison, ce me sembloit , j'cntray en liaison avec luy d'autant pins volontiers qu'alors il m'asseura du service de M. de Bouillon , et qu'il me donucroit Sedan pour rctraitte. en cas de besoin.
» Quelques jours après, par une entrevue avec M. le Grand et M. de Bouillon, nous résolûmes, pour acheminer nos desseins, que M. le Grand di;mcureroit près de la personne du Roy et que je me retirerois à Sedan avec M. de Bouillon ; que nous fêtions un traitté avec l'Espagne, dont la principale condition serolt la paix générale pour attirer le peuple à nostre party; que cependant que le Roy seroit à Perpignan , nous entrerions en armes en France , proposant ladite paix. Mais tout ce dessein ne fut point exécuté , M. le Grand, ne le jugeant plus nécessaire , s'estant imaginé depuis que sans cet embarras il pouvoit parvenir a ses fins.
p Toutefois, comme la proposition de traitter avec l'Espagne fust pluslôt différée que rompue , e rois entre les mains de Frontrailles , à Paris , au mois de janvier dernier, deux blancs signés de mon nom seulement, dans un petit papier, pour en faire deux lettres. Tune adrefMiUe aa roj d'Espagne et l'autre au comte duc. Lefdltt bltDCi ilgiiei ont esté remplis par Fontraillcs, à ee qa*ll m'a dit : ce qna Je eroii d'autant plus véritt- UHfpe f «r mIm éam raponMi , toutes leadltes lettres
terre, je me trouvai non-seulement abandoDoé mais tellement oublié par Son Altesse, qae Ji tomberois pour elle en confusion si j'étois oon traint d'en faire la relation entière. A mon re tour, je fus reçu comme un gentilhomme qui . par curiosité ou pour son divertissement parti* culier, auroit fait ce voyage. Cette manière di procéder d'un maître qui m'a voit si souvent ez« posé pour son service me toucha sensiblement : toutefois je me résolus de n'en point faire d'éclat, et a différer le dessein que J'avoîs pris de me retirer , plutôt pour la satisfaction de nwi amis que pour la mienne , que je ne pouvois plus rencontrer après des traitemens si mdei. Trois mois s'étant écoulés dans ces sujets de mécontentement , qui auroient Irrité la patlenee des plus sages et des plus modérés, et me voyant si déchu des avantages que d'autres fWi SonAltcsse m'avoit accordés, je crus qu'il seroit injurieux à mon honneur d'attendre phs long-temps à exécuter ce que j'avois projeté. Pour en augmenter les raisons , je pris œca-
» La créance estolt de demander Une armée de dama mille hommes de pied et de qualrc mille chevaoi des vieilles troupes d'Allemagne , et de l'argent ralsooaablement pour faire des levées en France. Il y avoitqailques autres articles pour ma slibsistance , et pour afoir des leltres pour ma retraiite en toutes les places, si J'ai avols besoin. Il y avoit aussi un autre article pwrli subsistance de deux grands seigneurs , qui n'estoieotpii nommés autrement, mais effectivement c'ealoientlfll. de Bouillon et le Grand.
» Dans toute cette affaire, j'ay parlé deux foisàM.ét Tbou à Paris, que je trouvay informé; U medit^ avoit veu M. de Beaufort et qu'il Tavoit tronré fNt froid; ensuite de quoy, à mon arrivée à Ëlois,jelefii et le trouvay de la roesme humeur , toatcsfois ■• faisant quelque proposition , à quoy je ne m'arreHil pas.
» Depuis , Fontraillcs me vint trouver à Cbanboii pour me dire que les affaires de M. le Grand alloteit mat et qu'il falloit pourvoir à nostre seureté. Sorquaj j'envoyay le comte d'Aubijoux en Savoie, à M. deMllon , demander une lettre de luy , pour me faire recenif à Sedan , laquelle il m'envoya.
» Ënsuitte de ce , M. le Grand m'envoya uncaoricr pour médire qu'il cstoit en très-mauvais estât auprèsda Roy , et ce que je voulois qu'il devinst. Je luy miailiy de se trouver à Moulins-en-Gilbert , le quatriesme éf juillet, et qu'il se retirast avec moy au Comté. etdaUi Sedan : mais le courier trouva qu'il estoit arresté.
» Si , outre tout ce que dessus , t{ se trouve ^Mlffm négociations faites par Montrésor avec Jf. de Ttm* ou quelques autres de mes gens aveedautret, étnttt ment ou indirectement , je les désavoue, cornue iN ayant faites à mon insceu.
» Je proteste devant Dieu , et je supplie très-kmM» ment Sa Majesté de croire que la présente déclanlM que je luy fais est très-sincère et véritable , et 4|ae c^eil tout ce dont j'ay eu participation , et qui peat eatre vW à ma connoissance en cette affaire, dont j'en denaMli très-humblement pardon à Sa Majesté. Eo de quoy J'ay escrU et signé de ma mahi la
UBMOIBES DB MO.XTRBSOB.
arler à Monsieur de deux affaires qu*il promises, qui ne pouvoient recevoir ifflcuUé ; ii m'en refusa pourtant d'une lésobligeante, que je vis bien qu'il ne us remettre la résolution que J'avois que je n'a vois retardée que pour obserde bienséance et de respect vers Son et pour les considérations dont Je me
expliqué. Peu de jours ensuite , Je le l'agréer le traité que j'avois fait de ma e^chef de sa vénerie , qui ne venoit point enfaits, car je l'a vois récompensée aux e celui qui la possédoit avant moi.
e Monsieur eut à me dire ne consista iquérir pourquoi je m'en voulois déais lui ayant représenté que cï'toit la essité de mes affaires qui m'y obligeoit, ! par cette raison qu'un maître qui
plus considéré n'auroit pas si aisé- ;iie, j'en obtins la permission , sans me iQCun témoignage d'y désirer autreirvoir. Quinze jours se passèrent après
ndé à mon secrétaire de la contre - signer. Ayguepcrce, ce 7 juillet 1642.
» Signé Gastott.
» Et plus bas , GouLAS.
xwté, tournés :
If avoir escrit le contenu de l'autre part , je oavenH d'avoir obmis la rcsponse qui me Tut pagne , qui fut qu'ils me Tourniroient ladite iremier de juillet , qu'ils me donneroient qualille escus pour faire lesdites levées en France, aille escus par mois, comme ils avoientfait en Le traité me Tut apporté à Blois , signé du B. et ne l'ayant pas voulu signer , je Tay gardé Il prise de M. le Grand» que je Tay bruslé. »ls envoyer la ratification à don Francisco de qaeje n'ay pas fait, et jour et an que dessus.
» Signé Gaston.
» Et plus bas, GoDLAS.
lionne à l'original par moy conseiller et secré*
» BOCTUILLIER. »
ektration de Monsieur, pour ce qui concerne Son Eminence.
Ml, fils de France , duc d'Orléans , et fVère unioy, ne pouvant pas assez exprimer à mon cou* dioal de Richelieu quelle est mon citréme dou* otr pris des relations et correspondances avec iBs . je me sens d'autant plus obligé à luy déclabemeot ce qui est venu à ma connoissance. qui ffder sa personne , et particulièrement sur Taf- •fcm, dont l'abbé de La Rivière m'a parlé de sa ^rintcrcesnon favorable qu'il m'a promise par § poor obtenir du Roy, monseigneur, la grAce f demande , me fait croire certainement, dans It ettat où je me trouve, un effet très signalé
m'étre mis en état de me procurer la liberté entière que j'avois souhaitée avec tant de passion et à de si Justes sujets, à la fin desquels je fus au Luxembourg pour la demander à Son Altesse , sans perdre l'honneur de ses bonnes grâces. Elle y résista véritablement dans des termes dont j'aurois tort de me plaindre , et beaucoup plus honnêtes que ceux desquels elle s'étoit servie lorsque je lui avois demandé celle de tirer récompense de la charge que j'avois dans sa maison; et j'avoue que si je n'eusse été trèsassuré que ce refus venoit plutôt de l'appréhension du reproche qu'elle craignoit de s'attirer, que d'aucune bonne volonté qu'elle eût conservée pour moi, peut-êti'c me serois-je retenu d'insister davantage. Je savois ausst de certaine science que mon exclusion avoH été stipulée auprès d'elle avant mon retour d'Angleterre , sur la créance que les ministres qui avoient succédé à l'autorité du cardinal de Bichelieu lui avoient fait prendre que Je n'étois pas propre à demeurer à son service avec quel-
de sa générosité , tellement que je luy déclare et advoue que la vérité est que M. le Grand me convia de me trouver à Lyon . me disant que la conjoncture y seroit (rès-favorable , sans s'expliquer davantage, et que le Roy estolt en très-mauvaise humeur contre M. le cardinal , mal satisfait du voyage qu'on luy faisoit faire et du mauvais succez des affaires du Roussillon , sous le commandement du marescbal de Rrézé ; mais je ne m'y ronlua pas trouver, son intention m'estant suspecte, et craignant quelque autre chose de pire dans le cœur , qu'U n*eust osé me dire : ce qui n'est pourtant qu'un soupçon dont je n'eus pour lors; ny depuis pluÉ grande Fumière. M. le Grand me dit encore qu'il y ferdit trouver M. le marescbal de Schomherg , du sceu du Roy et à l'insceu de M. le cardinal ; ce qui pourroit restonner et luy donner beaucoup k penser , voyant que Stf llajesté auroit fait une pareille chose sans luy en donner adtis. Je proteste devant Dieu et prie M. le cardinal de croire que je n'ay pas eu une plus grande connoissance de ce qui peut regarder sa personne, et que pour mourir je n*aurois jamais preste ny Voreille , ny le éatut à la moindre proposition qui eût esté contre elle , en quel' que façon ou en quelque temps que ce peust estre, ma conduitte passée en est une preuve suffisante ; et Dieu m'a fait la grâce de me donner de si bonnes inclinations , que j'auray toute ma vie en horreur de si damnables pensées pour la moindre personne du monde , et à bien plus forte raison pour une qui est si précieuse et sacrée , que je prie Dieu de conserver longuement |)Our la France , et pour mon bien particulier que je veux attendre à espérer entièrement d'elle. £n tcsmoin de quoy j'ay escrit et signé de ma main ^ et commandé à mon secrétaire de contre-signer la présente.
» Fait k Aigueperce , le 7 juillet 1612.
» Signé Gaston,
» Et plus bas , GouLAs.
» Collationné à l'original par moy conseiller et secrétaire d'estat,
» normiLMEV. »
MBUOIRfiS DE HONTBESOB.
que sorte de crédit : ce que Je ne puis attribuer qu'à l*opinion très-bien fondée qu'ils avoient conçue, que Je ne chercherois que sa gloire et la réputation d'un prince de sa naissance, qui devoit être soutenue par des actions capables de le conserver dans le rang qu'il étoit obligé de tenir; et n'étant point un homme intéressé, que je ne serois Jamais leur dépendant. La Bivière assurément, sans une si puissante protection que la leur, ne m'auroit formé aucun obstacle que Je n'eusse facilement surmonté. Ainsi je ne le mets point en considération , les voies quej'avois pour ce qui pouvoitêtreà démêler entre lui et moi m'étant trop connues pour ne m'en pas servir, s'il n'eût été appuyé que de ses propres forces.
Dans ce discours , qui contient en substance les sujets véritables que J'ai eus de me rendre libre , {e me suis abstenu de rapporter beaucoup de particularités encore plus essentielles que celles que j*y ai employées. Je supplie ceux qui prendront la peinç d'en faire la lecture de vouloir exactement considérer la sorte de laquelle j'ai été traité par Son Altesse , remarquer la patience que j'ai fait parottre à le souffrir, et la manière de laquelle je me plains ; et ayant obtenu d'eux ce que Je crois désirer avec raison pour l'éclaircissement de la vérité , j'ose me promettre qu'ils ne m'accuseront pas de m'étre trop précipité à me retirer, comme quelquesuns me l'ont voulu attribuer, et qu'ils conviendront qu'il étoit impossible d'eu user autrement pour se conserver dans le monde avec quelque estime. Je proteste avec vérité qu'il ne m'en reste nul regret , ni , selon mon opinion que j'ai assez examinée , aucune occasion juste d'en recevoir le moindre reproche.
L'aigreur qui avoit été inspirée à M. le duc d'Orléans contre moi pour m'être retiré de son service, ne pou voit lui permettre de différer longtemps à m'en faire ressentir les effets : et comme les princes qui ont la puissance en main trouvent aisément les occasions d'opprimer ceux qui ne leur sont pas agréables , celle de la détention de M. le duc de Beaufort sembla fort à propos à Son Altesse pour me donner des marques de son indignation. Une heure après qu'il Ait arrêté dans le Louvre par Goitaut , capitaine des gardes de la Beine, nous fûmes avertis, le comte de Béthune et moi , par un homme de qualité , que nous serions compris dans cette disgrâce , et que ce seroit plutôt par la prison que par l'éloignement de la cour. Si nous eussions suivi l'opinion de celui qui étoit venu nous donner cet avis , nous aurions pris dès ce moment le paiii de nous mettre à couvert du péril
qu'il jugeoit que nous avions à courir d'être tenus ; itiais préférant les conseils que noai rions de notre innocence à tous autres , i délibérâmes de n'user d'aucunes nouvelles i cautions pour notre sûreté , estimant la de rencontrer entière dans la sincérité de nos lions. Nous attendîmes dans cette confianec que l'on voudroit résoudre et ordonner sor tre sujet , et convînmes cependant de den rer fermes dans cette résolution, nonobsl toutes propositions et avis contraires que n pussions recevoir. Après l'avoir ainsi arrêté tre nous, je fus voir mesdames les ducha de Vendôme et de Nemours dans leurs afl tions , et me retirai assez tard à mon logis lendemain nous usâmes comme nous avions coutume , excepté que nous primes soin de n tre nos affaires en état de n'avoir aucun eml ras qui nous pût donner de la peine , quelf événemens qui pussent arriver. Je fis deai trois visites le matin , et revins à onze hes au logis du comte de Béthune m'informerde qu'il avoit appris. Le comte de La Châtre étoit rendu , assez alarmé en son particulier, avec d'autant plus de raison qu'il avoit à p dre l'une des plus considérables charges royaume, enviée de beaucoup de gens , et n tout du maréchal de Bassompierre, qui Tti autrefois possédée. L'ordre avoit été déjàdoi de nous bannir, le comte de Béthune et bm l'exempt des gardes du corps du Boi , qoi avoit eu la commission , nous ayant trouvés < semble , Texposa avec la civilité qui déped de lui , et dans des termes qui nous faisoieit sez parottre que Sa Majesté vouloit être oh Il nous fit le commandement de sortir de h dès le même jour ; et à peine s'étoit-ii sépara nous , que M. le duc de Longueville entra, nous dit quli avoit beaucoup de déplaisir l'ordre que nous avions reçu, dans lequel reconnoissoit avoir usé de trop de précfpItBlI parce que Ion s'étoit éclairci que nous ne vions pas être traités avec cette rigueur, i ayant donné aucun sujet.
Ce discours fut accompagné de force con mens , et de plusieurs assurances de l'hoDi de son amitié ; il eut agréable ensuite de m rer à part, pour me demander ce que Je jog qu'il y avoit à faire, dont il me priolt de parler librement. Je le fis comme il me Ta ordonné , en lui faisant voir que la vérité ag été si facilement reconnue , il n'y avoit ria plus aisé ni de plus juste qu'à changer Toi que nous avions reçu par les mauvais ofBcei nos ennemis. Pour ce qui regardoit le cooiti Béthune , qu'il étoit digne d'être considéré
MBMOIBES DB MOMTBBSOB.
SB personne, qui valoit beaucoup, et par les services de monsieur son père utilement rendus à l'Etat ; que le comte de La Châtre devoit mati être à couvert de Teffet des bruits qui courolent de la résolution prise de l'éloigner par les mêmes raisons de son mérite et de son innoenee. Je le trouvai surpris du peu de souvenir qoe J*avois eu de moi , ne m*étant point nommé ; Biais je n*avols garde de lui faire aucunes propontions sur mon sujet , pour Tintérêt que j'y poavois avoir, parce qu'étant résolu à me retirer, il m'étoit égal que ce fût par mon choix ou pir l'ordre de la cour, qui ne me blessoit en faeon du monde , ma conduite ne me l'ayant pas attiré. S'étant approché de ces messieurs et de ceux qui nous avoient fait la faveur de nous venir voir sur ce commandement , dont la nouvelle s'étoit épandue , il y en eut un de la comjignle, emporté par l'affection qu'il avoit pour MQS, qui s'échappa de dire qu'il étoit bien étrange que nous eussions à souffrir étant innoecM , et que ce fût pour l'intérêt de personnes qui avoient vécu en sorte à notre égard, que noQS avions d'extrêmes sujets de nous en plaindre. Je n*en voulus pas convenir, mon opinion ayant toujours été que les malheureux doivent être soulagés, et que ceux qui les blâment dans le temps de leur mauvaise fortune font une actioa, sartoot lorsqu'il s'agit de leur intérêt particulier, qui répugne à la charité, et à l'honneur qall y a de ne rien ajouter de fâcheux à leurs disgrâces. M. le duc de Longueville approuva ijie J'ensse pris la parole pour témoigner que ^étoit mon sentiment et celui du comte de Bétlmne , dont je ne fus pas désavoué , quoique , d rapporter les choses dans la vérité , lui ni moi Q*eassion8 aucune occasion de nous louer de la numière qu'ils avoient usé vers nous, après ce qni s'étoit passé en diverses natures d'affaires, <tj|ns lesquelles nous ne leur avions pas été inutiles.
La condition de Saint-Ibar, mon cousin-ger- *^iain , ne Ait pas meilleure dans cette conjoncture que la nôtre. L'exempt qui nous avoit porté ^ordre de nous retirer lui en fit un pareil com- *%iBDdement ; et sur ce qu'il lui dit que la Reine Vooloit qu'il s'en allât dans l'une de ses maisons, U lai répondit en riant qu'il s'apercevoit bien <lue Sa Majesté avoit été aussi mal informée de soBbien que de ses crimes, et qu'il s'en iroit ^n Hollande pour lui témoigner son obéissance. Pour employer le reste du temps que nous BvioDs à demeurer à Paris , nous fûmes rendre dei visites de respect et de devoir auxquelles ooos ne pouvions manquer, et entre les autres ^M. de Vendôme, qui nous traita de la plus