‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 5 sur 89 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mes enfans , je crois que Dieu m'a conservé la vie jusques à présent et m*a donné du repos , afin que je puisse vous mettre par écrit les choses que J*ai vues et auxquelles j*ai eu part, et les adversités que J*ai ressenties. Je ne présume point que ma vie soit de celles qu'on propose pour modèle; mais elle se trouve entremêlée de tant d'accidens, qu'elle pourra contribuer en quelque façon à votre instruction , et vous porter peut-être à rendre à d'autres le même service. Je souhaite que vous y imitiez ce que vous approuverez, et que vous y joigniez ce que vous jugerez à propos.

Je vous dirai d*al)ord qu'il faut que vous soyez persuadés qu'il n'est jamais permis de faire une chose mauvaise, quelque avantage qn*on en puisse tirer ; et que le service de Dieu doit être préféré à tous les honneurs et à toute la gloire du monde.

Je commencerai ces Mémoires par des ac* tions de grâces que je dois à la bonté divine de ce que, quoique mon père professât la religion prétendue réformée. Je fus néanmoins l)aptisé et élevé dans la catholique , apostolique et romaine, dans laquelle j'espère, avec le secours de la grâce , vivre et mourir. J'eus aussi la consolation de voir que mon père en fit profession , et qu'il y persévéra le reste de ses jours , reconnoissant qu'elle seule nous montre la voie du salut qui nous est acquis par le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il a répandu pour nous sur la croix, et qu'il a offert à son père pour la rédemption de tous les hommes ; que s'ils n'en font pas l'usage qu'ils doivent , ils ne peuvent l'attribuer qu'à leur peu de foi , au peu d'amour qu'ils ont pour Dieu et de charité pour le prochain.

Je dois dire, à la gloire de celui auquel je rapporte toutes mes actions , que je suis né d'une mère catholique dont la vie est en odeur de sainteté , qui a eu le bonheur de servir Dieu , et

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