RELATION DE F0>TBA1LL£S
faire. M. de Thou étoit partout , mais il ne vouloit rien savoir. Ainsi il fut Jusqu*à la porte de l*hôtel de Venise sans y vouloir entrer.
Le Roi partit cinq ou six Jours après pour aller à Lyon. Son Altesse, ayant signé et donné ses blancs, s'en alla aussi à Blois; M. de Bouillon aussi chez lui faire son équipage , et se présenta pour aller en Italie.
Avant que de se séparer, M. le Grand tira parole de Monsieur qu*li se rendroit à un jour nommé à Lyon, et M. de Bouillon promit la même chose, pour contraindre Son Altesse de se porter au dessein projeté contre la personne de M. le cardinal. Gela se dit incontinent à Paris en public, et ne fut pas plus secret à la cour. Néanmoins ce n*est pas mon opinion , et suis assuré que M. le Grand n*en voulut pas user ainsi depuis son retour de Picardie. Je croyois plutôt qu'ayant beaucoup d'amis en Auvergne, que le maréchal son père lui avoit laissés , et qu'il avoit conservés par son adresse et par sa faveur ( car il vint plus de huit cents gentilshommes à Lyon le visiter) , il eût été ravi , pour satisfaire à sa gloire naturelle, que Monsieur les eût vus, et prit bonne opinion de son crédit.
Pour M. de Bouillon , il déslroit le voir pour l'obliger à lui donner un ordre par écrit pour pouvoir entrer dans Sedan toutes les fois qu'il voudroit ; lequel ordre il avoit refusé de lui donner à Paris, et avoit protesté de ne le bailler ou confier qu'à M. d'Aubijoux ou à moi , après que je seroisde retour d'Espagne. Monsieur et M. de Bouillon , quoiqu'ils s'y fussent engagés , ne se rendirent point à Lyon.
Le Roi s'en alla à Narbonne , et je repartis en poste après avoir reçu la minute du traité, et une copie de la lettre de Monsieur à M. le comte duc d'Olivarès, et deux blancs signés de Son Altesse qu'elle ro'avoit donnés , l'un de sa lettre au comte-duc , et l'autre en la forme qu'il le désiroit pour le roi d'Espagne.
Dans ces mémoires il y avoit aussi beaucoup de raisons exprimées qui marquoient l'avantage que recevoit Sa Majesté Catholique de ce traité. G'étoit la première négociation que j'avois faite , que j'entreprenois sans être fort instruit: et comme je m'enquis de M. de Bouillon , que j'cstimois savant en telle matière , de la façon de laquelle il falloit que Monsieur traitât avec le roi d'Espagne, et une instruction pour ne rien oublier de ce qui appartenoit à la dignité de Son Altesse, il me répondit que les Espagnols m'en donneroient plus que je ne voudrois ; mais je trouvai tout le contraire.
J'attrapai M. de Bouillon à Limoges. Après ravoir exhorté de pourvoir à sa sûreté, tout le
bonheur de notre affaire«dépendant e de lui, Il me l« promit f mais rév^tem lié depuis qu'il nWoit pa»bien pris m
J'arrivai donc chez moi , et priai M.
gentilhomme d'honneur auquel je n vouloir^aller reconnoltre un lieu dad tagnes où je pusse passer en Espag ment. r
A son retour, il m'en proposa plusi choisis la vallée d'Aspe«t le port qu Gaucasian. Le vSyage meparo^it { reux que je ne le trouvai en effet.
La première ville où je passai fut fi le gouverneur me traita, fort civilem* donna un garde pour me conduire à !
vers le vice-roi, qui se noînmoit le r Tavare ; lequel ayant voulu savoir I mon voyagé , et moi in'Stant défend dire, il se fâcha ftrt , et me^t partl| dans cette méchante humeur, avec un seul , et sans me perâiettre de mener avec moi.
Enfin j'arrivai à Madrid , où le mé vis sans difficulté le comte-duc; et < fusse très-mal vêtu , il ne me voulut j) 1er que je ne fusse couvert et assis dan rosse , où je le rencontrai.
Je reconnus visiblement qu^ Mi joie extrême lorsqu'il vit le seing de 1 et me l'ayant fait recorinoltre par qu cours qu'il envoya faire au Roi son nu il se repentit , il essaya de^réparer a mais jamais cela ne se fait que groa
Je fus trois heures à me promené?
il m'entretint toujours avec estim< pect de la personne de M. le cardia marquoit de la crainte. Il connois^oi gens de qualité de la cour et leurs Intért je pouvois faire. Me séparant de lui ,J] aux soins d'un secrétaire fi'Etàt , son i qui s*appeloit Garnero. Il avoit conQn un chapelet à la main , et ne laissoit p le mot sur le Pape et sur la religion ; que je fusse huguenot , et pensoit me sir. Il me fit mettre dans son carrosse tant jamais autrement , et ne vouloit vu s'il n'étoit assis , où il avoit bon parce qu'il étoit si courbé que son quand il étoit debout, touchoit près genoux. Je le vis une fois , mais ce ta prise , et m'aperçus bien qu'il en étoit i
Gomme je fus dans son carrosse a Carnero, il me dit qu'il avoit vu les * de M. le duc d'Orléans , qui étoient qu'il falloit que le roi d'Espagne fit ûi déboursât trois millions d'or ; et ^a'ii
RELATION DE KONTlUfLLES.
ite que d'imaginaire dans les propositions de r, qui disoit avoir avec lui deax pereonaidérables qnMI ne vouloit pas noro- ■■r; une bonne place frontière , et Ton ne sa voit «qw c*étoit; qa'il étoit Juste que dans un ftailé les conditions ftissent égales ; que, comme IhMJear demandoit des chose^elTectives de Sa ■4eilé Catholique , il falloit aussi qn*il fit voir èb Peffectif de sa part dans celles quMI promet- Ml; que la personne de Son Altesse étoit de Ms-grand prix ; mais qu*ll ne paroissoit point 9II eAt de p^acè ni de gouvernement ; qu'il n'é- Hit phis héritier présomptif de la couronne , et fBlls*étoit trouvé dans de si fâcheuses affaires -|Bi fait avoient si mal réussi , qu'il étoit difficile isertlireqijie'beauooop de gens se voulussent lahargncr à l'avenir avec lui ; qu'il avoit fait iWenrs traités avec le roi d'Espagne, été reçu ds lai dans ses Etats , et arrêté dans ses disgrâflBi; et que trois jours après avoir signé le derriffftitentreeux, il t'en étoit fui, comme sil*on JÊLea dMiein d'user de mauvaise foi contre sa inonne; qa*au surplus il ne devinoit pas quels lotvoient être les deux hommes si considéra- Un; qœ la Flandre et * l'Angleterre étoient mettes de personnes qualifiées de la France , fit leor avoient l)eaucoup promis, leur coûtiiaitfort et ne feisoient rien ; que M. le comte i^éloifr plus, duquel l'estime et la réputation notent ftdt tant de bruit , et acquis l'affection •le tant de gens; que M. d'Epernon, qui étoit ftimmede résolution et d'expérience, étoit mort; pe M. de La Meilleraye étoit parent et créa- Isede M. le cardinal , contre lequel le parti se Usoft ; que le Roi étoit dans le gouvernement Il maréchal de Schoml)erg , et par conséquent HoMieiur hors d'état de pouvoir rien exécuter ; fÊt M. de Bouillon avoit accepté l'emploi d'Itak;qoe M. de Gassion n'étoit qu'un capitaine ie (èevan-légers , dont il ne falsoit pas assez tétat; enfin qu'il ne voyoit pas quels pou voient tes ces deox hommes si considérables , et qu'il K paaseroit pas plus avant sur ce que Je demanfab, qœ Je ne les eusse nommés avec la place dasAreté;et qu'après tout ce qu'il alléguoit , fie le roi de France avoit la bonne fortune de M eftté en toutes les occasions , et se remettoit kh, conduite de toutes ses affaires entre les ■itaa d'an ministre qui étoit habile homme, et foiétoit encore plus heureux, ainsi qu'il avoit imi.
Mol, au contraire, je m'excusai de les nom- M , sor le commandement exprès de ne le pas Ure qu'après que le traité seroit signé ; que foffirois de lui montrer mon instruction; qu'il Berisquoit rien en le signant , parce que si les
personnes et la place ne lui plalsoient pas, étant entre ses mains il pouvoit me Tûter ; mais que si j'excédois mon ordre , j'agirois contre mon devoir; et que s'il ne vouloit pas ( moi les ayant déclara) accorder les demandes de Son Altesse, je me trouverois coupable , et reconnu pour trèsmal habile homme.
Après avoir contesté long-temps , il me repartit qu'il ne le signeroit point, mais qu'il convenoit de toutes mes demandes, dès Theure présente, dans tout ce qu'elles contenoient ; mais que je nommasse, ou qu'autrement il me feroit donner un passeport, et que je serois libre de m'en aller quand bon me sembleroit.
Moi qui étois assuré que les personnes et In place lui seroient fort agréables , et voyant que j'avois toujours ordre de m'en ouvrir ; que ce n'étoit qu'un formulaire inutile; que mon retour avec diligence étoit de conséquence , et que plus longue contestation me pouvoit plus long-temps retenir, je lui dis que, sur la parole qu'il me donnoit de signer le traité en la forme que je lui avois présentée , je lui déclarois que ces personnes étoient M. de Ik)uillon et M. le Grand , et la place de Sedan.
Il me témoigna une extrême satisfaction de cette bonne nouvelle ; mais il observa aussi mal sa parole, cor il me chicana sur tous les articles, tantôt sur les troupes, après sur l'argent, puis sur les qualités de Son Altesse , et enfin sur les avantages qu'il vouloit donner à l'archiduc Léopold par dessus elle. Ce qui me fit connottre par expérience qu'alors que M. de Bouillon m'avoit assuré qu'il m'accordcroit plus que je ne demanderois , qu'il s'étoit fort mépris ; et ne pus m'empêcher de faire sentir à M. le comte-duc que je ne m'étonnois pas si les affaires alloient si mal , puisqu'ils s'amusoient à des bagatelles quand il étoit question de sauver Perpignan , qui , étant perdue, leur ûtoit la Catalogne pour toujours et partageoit quasi l'Élspagne. Il me regarda, et ne me répondit quasi plus rien.
Il me retint quatre jours , et encore me dit qu*il avoit fait aller le conseil en poste à la françolse, contre sa coutume et la pratique de la nation. Il me fit voir le Bol après que le traité fut signé , auquel je présentai la lettre de Monsieur ; dont je ne tirai pas grandes paroles , le favori faisant tout avec pareille autorité que M. le cardinal de Bichelieu , agissant comme lui généralement en toutes les affaires.
Je repartis incontinent pour m'en revenir en France, avec passeport et gens qui m'accompagnoient. Lorsque je fus de retour à Huesea, prêt à prendre le chemin par lequel j'avois passé , Je trouvai un Bé^rnois qui m'avoit servi de guide
RELATION l>K
à mon passage , qui me dit que j*avois été suivi, et que si je retournois par cet endroit Ton m'arréteroît infailliMement : et ce fut le plus grand hasard que je courus en mon voyage. Je pris , sur cet avis, une autre route par le port de Benasque , et me rendis à Toulouse , où Je rencontrai M. le comte d'AubiJoux , avec lequel j*aliai trouver M. le Grand à Narbonne.
Après lui avoir rendu compte du succès de ma négociation, nous délibérâmes de ce qu'il y avoit à faire. Moi qui croyois les choses trèssecrètes , mon opinion étoit d'agir avec le plus de circonspection qu'on pourroit; et que si M. d'Aubijoux alloit vers M. de Bouillon Incontinent après mon retour, que cette conduite confirmeroit les soupçons que mon absence avoit fait prendre , et que Ton en donneroit de mauvaises impressions au Roi : si bien que j'étois d'avis que M. de Montmort, mon cousin germain , et fort proche parent de M. d'Aubijoux, allât porter une lettre à Monsieur , et une autre à M. de Bouillon , pour les informer que j'étois arrivé (parce qu'il le feroit avec moins d'éclat ), et que dans quinze Jours le comte d'Aubijoux partiroit sans qu'on y pût trouver à redire, tant pour porter le traité à Monsieur , que pour retirer les pouvoirs pour être reçu à Sedan.
Les choses ainsi arrêtées, et M. de Montmort parti , je priai M. le Grand qu'il trouvât bon que je me retirasse en Angleterre , ne pouvant retourner à la cour sans un danger évident et pour moi et pour ceux qui étoient engagés dans l'affaire , parce que le cardinal , sur le moindre doute, étoit capable de me faire arrêter , et, vu sa grande autorité , de me faire donner la gêne dans sa chambre ; et qu'en cet état nul ne pouvoit répondre de supporter les tourmens , et que pour moi Je ne sa vois ce que je ferois en telle entremise , et si Je pourrois me taire dans les douleurs qu'on y endure ; et qu'enfin , dans la moindre action que Je ferois , les soupçons se pourroient renouveler contre moi , ce que Je le suppliois de mettre en considération; et qu'au surplus je l'assurois que d'Angleterre Je ne manquerois pas de me rendre à Sedan , incontinent que J'apercevrois qu'il seroit parti de la cour.
Toutes ces raisons ne l'ayant pas persuadé , il ne voulut pas consentir à ma sortie hors du royaume, parce qu'elle causeroit de fâcheux embarras à mes amis , et particulièrement à lui ;
(1) Cette entrevue, toute forlutte, devint la charge principale du procès de l'infortuné de Tbou; elle entraîna son atroce condamnation. ( Yojei les Mémoires P. Dupuy pour la justification de F. A. de Thou, son
FOXTUAILUÊS. p
et me dit que puisque j 'a vo^ommeooé coup hasarder , il falloit que J *al lasse Jw bout ; mais qu'il convenoit que Je ne reti plus à la cour.
Nous partîmes, M. d'Aubijoux et nu) revenir à Toulouse, et'rencontréoies à sonne M. de Thou avec M. de CharosI ^ alloient à Perpignan ^ le dernier pour se quartier de capitaine des gardes du corps me donna mauvais augure, Jugeant , pa sortes d'apparences , qu'il n'avoit pasqu gouvernement de Calais dans un temps si étant créature de M. le cardinal , que i desseins extraordinaires , auxquels il se failliblemcnt employé.
Soudain que Je fus seul avec M. de 1 me dit le voyage que Je venois de faire me surprit fort , car Je croyois qu'il lui célé^ conformément à la délibération^ avoit été prise (1).
Quand Je lui demandai comme quo^ i appris , il me déclara en confiance ,, /y chement, qu'il le savoit de la Reine, etq tenoit de Monsieur.
A la vérité Je ne la croyois pas si t struite , quoique je n'ignorasse pas que ! jesté eût fort souhaité qu'il se pût forn cabale dans la cour, et qu'elle y avoit oc de tout son pouvoir , pour ce qu'elle n'en que profiter, soit en ruinant M. le cardi étoit son ennemi , ou en éloignant Mom ses prétentions de la régence , dans laqi seul étoit capable d'être son compétitei y partager l'autorité , et qu'étant absea) barrasse , il faudroit nécessairement qu* puyât d'elle à des conditions qui lui i avantageuses.
Dans cette connoissance que M. de T donna que c'étoit la Reine, il me dit qa*il encore d'autres personnes qui en etolen mées. Son discours me fit comprendre q faire étoit divulguée, et eûmes un n M. d'Aubijoux et moi , du voyage de H mort. Nous eussions bien désiré lors qi été lui qui l'eût fait , puisque la diligen plus nécessaire que le secret. Cette fi commise sur ce que nous ne pouvions do giner que cela dût être jamais décelé, po portance de l'affaire.
Incontinent que nous fûmes à Touloo»
comte de Brion y passa allant à la o
ami » à la suite de la traduction de l'Histoire « du président de Thou ; Paris, 1734 , tome 15^ 1 page 36. )
UELATION DE FO\TR«^IILLFS.
H. d'AobiJoux et moi jugeâmes par ses discours j êl d^ècfaes qu*il avilit envie de ruiner La Rilière par le moyen de M. le Grand , pour d'autici raisons. Pour cet effet il le venoit sopplier Mamment d'écrire à Son Altesse d*éloigner La Uviëre , qui , par la longue habitude qu*il avoit hH sa maison et de sa personne , dcvinoit ses )hi aecrèles intentions, pour en rendre compte IM. le cardinal (l), ne doutant pas qu1l ne Mtlnt foeilement, vu la perte (full y avoit ; et dftoltron des sujets de son voyage; l'autre, M lettre de Son Altesse au Roi , remplie de lUntea contre M. le cardinal , qu'elle prioît H. le Grand de lui donner ; et comme il avoit labours nersuadé Monsieur qu'il étoit tout puismi et maître de Tesprit de Sa Majesté ( ce fM le comte de Brion ne croyoit pas), il vouhkpar cette lettre (qu'il s'assuroit qui ne seroit p raidoe ) faire voir à Son Altesse qu*il y noit de l'artifice, et qu'il nelui-disoit pas vrai; fri étoit un moyen pour lui ôter toute créance.
M. d'AabIJoux itit avec lui à la cour pour don- ■ravls à M. le Grand sur ce si^et de rapportr le traité à Monsieur.
QuelqBe temps s'étant passé durant lequel M. le Grand étoit dans de grandes inquiétudes, t YMdoit fort avoir quelqu'un pour le soulager ■giri il pût parler confldemment , il m'envoya frisr plusieurs fois d'aller où étoit le Roi : Je Éte excusai , toujours résolu de n'y plus re- . Enfin il souhaita que je me rendisse de Monsieur pour mettre une fin à cette rfUre : il me dépécha un gentilhomme qui me itÊÊÊL onc lettre de sa part , par laquelle il me ■Bidoit que le Roi étoit à l'extrémité, et que laiiqQe diligence que je fisse , il ne pensoit pas ^Ja le dusse trouver en vie.
r^fontai foi à ce qu'il m'écrivit, et, sans ■wehanjcr, je partis la nuit même , et trouvai ta relaii Juaques à Perpignan ; et à mon arrilie Je rencontrai M. de Thou , qui me dit que h loi avoit été fort mal. Je me plaignis à M. le Omad de m'avoir ftdt venir à fausses enseignes ; ■■e dit que c'étoit par nécessité, et qu'il falttqoe j'allasse vers Monsieur, duquel il ne rettfoit point de nouvelles , pour savoir au vrai IVittdci choses. Je le priai d'avoir agréable, pMitivement à tout le reste, que, pour me hanlr absolument de la cour sans qu'il restât iKon prétexte de m'y faire revenir, je fisse ap-
(1) L*abbé de La Rivière accasoit Montrésor d'avoir xlvtté ta cardinal les aésociations avec l'Espagne , et il PMI vralfemblaMe que c*ett lal-méme qui se livroit à ^ eipiomiage auprès da prince. (A. E.) — Les dëposl- *i^ da prince conflrmèrent probablement aussi les ■^awignements fournis par l'abbé de La Rivière, comme
peler M. d'Kspenaii ; que je savois bien que celte nclion filchcroit le Roi, qui me Tavoit fait défendre par M. le cardinal et M. le maréchal de Schomberg ; de sorte qu'il n'y auroit plus de lieu d'en approcher sans une cH^rtitude d'être, arrêté. En étant convenu , après l'appel fait , ayant été séparés selon notre dessein , je fus a Ghambord où étoit Son Altesse, attendant la mort de M. le cardinal , sans songer a son affaire , quelque importante qu'elle fût.
Je lui représentai premièrement le péril où il étoit, et que le traité (2) qu'il avoit fait n'étoit pas à considérer comme une chose de néant , ni indigne de son application ; que M. le cardinal n'étoit pas pour mourir si tôt, et qu'il ne falloit point qu'il prît ses mesures sur ce fondement ni sur la faveur de M. le Grand qui étoit toutà-fait ruiné dans l'esprit du Roi ; qu'il étoit nécessaire, sans perdre de temps, de penser de pourvoir à sa sûreté et à celle de ceux qui l'avoient servi. Il avoua que j'avois raison , et me dit que son avis étoit tel , et qu'il l'auroit suivi si de jour à autre l'on ne lui avoit donné espérance que M. le cardinal ne pouvoit vivre.
M. d'Aubijoux fut dépéché vers M. de Bouillon pour retirer les ordres dont j'ai déjà parlé ; Son Altesse me promit que lorsqu'il seroit revenu elle s'en iroit , quand M. le Grand le jugerait à propos , et qu'elle lui en écriroit de sa main, lui donnant pareille assurance : et pour ce sujet elle s'avança à Bourbon.
J'étois convenu, avec le comte de Brion, d'une hôtellerie à Moulins, etavois tiré sa parole que lui ou un homme de confiance de sa part, s'y tiendroit toujours pour recevoir celui que M. le Grand y enverroit , pour le faire parler des l'instant et dans le secret à Son Altesse Royale ; et bien que j'eusse arrêté avec M. le Grand que seulement je lui écrirois le succès de mon voyage, et ce qu'il y auroit à faire , je jugeai très-nécessaire de le voir encore.
Je fus donc de nuit à Perpignan , où , après lui avoir rendu la lettre de Monsieur, et l'avoir éclaircide ses dernières résolutions, il m'en fit voir une de madame la princesse Marie , qui lui mandoit en ces propres mots, « que son affaire étoit sue aussi communément àParis, comme l'on savoit que la Seine passoit sous le Pont-Neuf. • Sur cela, j'insistai fort de nous retirer sans différer un moment, à quelque prix que ce fât ,
on a pu le voir par les documents relatifs à ce fait , insérés dans les Mémoires de Montrésor.
(2) Le traité fait avec l'Espagne est du 13 mars 101*2. et se trouve dans les Mémoires de Brienne , page 72 de ce volume.
BELitTrON DE FO.NTBAILLES.
et de nous mettre à couvert. Je Ty. avois une fois résolu , qaand tout d*un coup il me demanda si J*avois dit à Monsieur qu*il iroit si promptement le trouver : à quoi je répondis que non , parce qu*il ne m'en avoit pas donné charge. Il me repartit quMl ne vouloit pas se présenter à lui comme un fugitif, et quMl falloit que ce fût par concert ; et délibéra d'envoyer M. de Moyatmort vers Son Altesse pour arrêter le jour et le lieu où il se rendroit pour sortir du royaume avec elle.
Je Texhortai inutilement de prendre le parti le plus sûr, et de ne hasarder pas sa vie sur une bienséance; mais n'y ayant pu rien gagner, je lui prophétisai avec douleur, en nous séparant , que je ne le reverrois plus. Je m'en allai de cette sorte , et laissai un homme pour m'informer de tout ce qui se passeroit.
Cependant M. d'Aubijoux rapporta tout ce qu'il avoit demandé à M. de Bouillon , avec cette condition , qu'il supplioit Son Altesse de vouloir différer son partement pour quelques jours (la maladie de M. le cardinal les avoit tous amusés, sur la croyance qu'il n'en pouvoit échapper ). M. de Montmort n'ayant trouvé ni M. de Brion ni autre de sa part au lieu que je lui avois marqué à Moulins, il fut contraint d'y attendre cinq ou six jours sans savoir où donner de la tête , jusques à ce que M. d'Aubijoux fût revenu de Piémont, qui le fit parler à Monsieur, duquel il tira le jour préfix qu'il se rendroit à Dezize, ville située sur la rivière de Loire, ap* partenant à la maison de Nevers , pour sortir de France. Venant retrouver M. le Grande il sut à Béziers qu'il avoit été arrêté : ce qui le fit songer à sa retraite.
L'homme que j'avois laissé à la cour revint vers moi, et m'assura qu'il s'éloit sauvé; et M. de Thou ne l'étoit pas , qui avoit aussi été arrêté.
(1) Letire de Montieur à Son Eminence, après la prise de la personne de M. le Grand.
A Boarbon, le 17 Jain 1612.
« Mon coosin, le Roy, mon seigneur. iii*a fait rhoonear de m*e8crire quel a esté enfin Teffet de la conduitte de ce mesconnoissant M. le Grand: c'est rbommo du monde le plus coupable de vous avoir desplu , après tant d'obligations : les grâces quMI recevoit de Sa Majesté m*ont toujours fait garder de luy et de tous ses artifices ; mais vous avez bien veu . Je m'assure , que si je Tay considéré, ce n'a esté que Jusques aux autels; aussi estnre pour vous, mon cousin, que Je conserve mon eslime et mon amitié tout entière , et comme Je convoy que vous m'y avez tout nouvellement obligé , par Thonnenr que Sa Majesté m'a fhit de me donner le commandement de son armée de Champagne , Je vous prie de croire que vous ne sauriez jamais avoir de plus véritable
Dès l'heure même de cette première ncovdi je quittai ma maison poiff aller en Espagn pour de là passer en Flandre ; mais ayant ra contre des difficultés à mon passage , je reliii nai en Gascogne,* où je sus que M. le Gna avoit été pris (l) : ce qui me fit changer d'api nion , de crainte d'être pause d'un dangeni soupçon contre lu!*, qui établiroit plus de créiM dans l'esprit dO Roi que le traité étoit effeâil Je ne 'dî(Â)tois l^u'il ne fût paseni ; mais flji restoit quelque espérance qu*'il seroit très*ii|l oisé d'en avoir la preuve.
Pour cette considération , je choisis mi|i traite en Angleterre, et m'embarquai dans 1 mois d'août. J'y sus^peu après la mort de M. 1 Grand et de M. de Thou , qui périreft dam c rencontre , l'un pour s'être engagé dans eeU affaire sans. être persuadé qu'il y eût aoei crime capable dej'embarrasser, et M. le^^m pour avoir négligé sa sûreté et «pris trop d confiance à sa l)onne fortune.
La mort de M. le cardinal et celle da le étant arrivées en cinq ou six moto de teapi M. d'Aubijoux et moi revînmes à Paris d'Aï gleterre, où nous étions toujours demeirii Etant de retour auprès de Monsieur, nous flflK tous nos 'efforts pour essayer à le résoudre faire condamner la toémoire de M. le cardbf de Richelieu , comme d'un ennemi publie fi s'étoit emparé de l'autorité royale pour excm ses violences et contenter son ambitioii dte surée ; que , par ce moyen , il se vengeroltdc ii^jures qu'il en avoit reçues , se retirerolt hoao rablement d'une violente et honteine déetan tion qu'il avoit fait rendre dans le parlemeitc publier contre lut, rétablirolt la méoiolre I ceux dont le sang avoit été répandu pour in service , et tireroit ses serviteurs d'afMre ttt qu'ils prissent abolition, les mett|mt (n élatfi leurs actions fussent trouvées justes , et de m
ny de plus fidèle amy que moy, ny qui loU avec |hi é sincérité et de passion, mon coosio , votre tHêiÊtt tienne, » Gaitoi. •
Lettre de Monsieur au Roy, oprit la pri$e ds M>^
Grand,
« Monseigneur» ayant scen que Yostre Midnlé pAi' roit s'arrester trois ou quatre Jours à MoptCrio . ^.J prendre des eaux» J'envoye Tabbé de La Rivière povitvoir de vos nouvelles et pour vous protester to^fém* Monseigneur» de la parfaite fidélité que j*ay pourloiV* service. Je supplie trés-bumblement Vostre Miellé ^ prendre créance en ce qu'il ira de ma part; mail pf^ culiéremenl de mon entière soumission à toateiTSiV^ volontés , comme ayant l'honneur d'etlre, MouiUgMg» votre très-humble, très-obéissant senrileor et i^icc.
» Gaston-
M De Moulins, ce 'i^juin 1612 »
RILATION DE PONTBAILLFS.
» repentir, d*a voir exposé leurs biens et n pour 8*oppo6er de toute leur puissance rannie de iaquelie ils avoient souffert ndignités.
rencontrâmes Monsieur dans d'autres 918 : et il fallut nécessairement, pour oeorer les moyens de vivre en repos,
d'Anbijoux, M. de Montmort et moi 18 abolition , qui fût enregistrée au parde Paris sans qu'il fût besoin d'entrer on j en étant exceptés par le privilège
de France , qui s'étend jusques à leurs Iqnes et ceux qui les ont servis.
iu Rai au parlement de Paris , après la prison de M. le Grand,
i par le Roi. Nos amés et féaux , le not visible changement qui a paru depuis n la conduite du sieur de Cinq-Mars, notre écoyer, nous fit résoudre , aussitôt que ms en aperçûmes , de prendre soigneu.se- ;arâe à ses actions et à ses paroles , pour ret découvrir quelle en pourroit estre la
or cet effet , nous nous résolûmes de le agir et parler avec plus de liberté qu'au iL Par ce moyen , nous découvrîmes lant selon son génie , il prenolt un exilaisir à ravaler tous les bons succès qui rlYoient , relever et publier les nouvelles 8 étoient désavantageuses.
08 reconnûmes aussi qu'une deses princi- 08 étoit de blâmer les actions de notre le cardinal duc de Richelieu, quoique sells et ses services aient toujours été agnésde bénédictions et de bons succès, uer hardiment celles du comte d'Olivaoique sa conduite se soit toujours trouheureuse par les événemcns. Nous déles encore qu'il étoit favorable à tous I étoient en notre disgrâce, et contraire [ol nous servoient le mieux, mprouvoit continuellement ce que nous de plus utile pour notre Etat, dont il idit un notable témoignage eu la prodes sieurs de Guébriant et de La Mothe irges de maréchaux de France , laquelle isapportable.
entretenoit une intelligence très-partiavec quelques-uns de la religion prè- ^ormée, mal affectionnés, parle moyen agnac, mauvais esprit nourri dans les , et de quelques autres.