‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 45 sur 89 · MBMOIBBS DE LA CHATRE · texte numérisé non relu

MBMOIBBS DE LA CHATRE

étoit entrée , elle envoya M. de Beaufort dire à Monsieur qa'il fit vider la chambre , et qu'il demeurât seul auprès d'elle pour la consoler. M. le prince, qui étoit auprès de Son Altesse Royale , reprit la parole à Tinstant , et dit que si la Reine lui vouloit faire commander quelque chose, qu'elle choisit un capitaine des gardes ; mais que , pour M. de Beaufort , il ne vouloit point qu'il lui ordonnât rien. M. de Beaufort lui répliqua brusquement qu'il ne se méloit pas de lui rien ordonner ; mais qu'il n'y avoit personne dans le royaume qui le pût empêcher de faire ce que la Reine lui commanderoit. Cette petite dissension fût assoupie un moment après , mais l'aigreur ne laissa pas d'en demeurer.

Dès ce Jour-là , les ministres voyant qu'on disoit hautement que la Reine , dès qu'elle seroit à Paris , devoit aller au parlement pour faire casser la déclaration , ils crurent qu'en se soumettant ils pourroient rompre ce coup , et firent dire à la Reine, comme ils avoient déjà fait auparavant, qu'ils se démettoient absolument de toute l'autorité que cette déclaration leur donnoit , et en passeroient tous les actes qu'on voudroit. Cela fit balancer la Reine ; et quand elle arriva le lendemain à Paris, elle étoit irrésolue de ce qu'elle feroit ; mais dans les deux Jours suivans on lui représenta que sa régence n'auroit pas l'éclat ni l'autorité nécessaire , si le parlement ne la lui confirmoit sans restriction. On fit aussi voir à Monsieur combien la déclaration lui étoit injurieuse : si bien qu*enfin la Reine et lui s'accordèrent à la faire casser , et M. le prince y consentit aussi. Il est vrai que , pour les y faire condescendre tous deux. Il fallut que M. de Beauvais promit de la part de la Reine un gouvernement avec une place pour Son Altesse Royale, et la même chose ensuite pour M. d'Enghien. Après ce traité , la Reine alla au parlement , et y fit tout ce qu'elle désira d'une manière si glorieuse, qu'il ne s'y peut rien ajouter , tous ceux du parlement lui témoignant ne d^irer rien tant que son autorité absolue. Leur résolution^voit aussi été de lui faire en même temps quelque remontrance, et la supplier très- humblement de se servir de gens d*une probité reconnue , et d'éloigner d'elle les ministres de la tyrannie passée. Mais il n'y eut que le président Barillon qui en dit obliquement quelque chose ; et l'on ne poussa point davantage cette affaire , par l'avis de M. de Beauvais , qui dit qu'il falloit laisser à la Reine la gloire de se défaire elle seule de ces messieurs. L'effet a assez fait paroftre combien son opinion éto't mauvaise ; et

l'on doit demeurer d'accord que si le parlement eût parlé comme il vouloit faire , il eût imprimé une tache à la réputation des ministres , aprti laquelle la Reine eût peut-être ea honte de s'en servir ; et ils étoient déjà d'eux-mêmes si chancelans, que le moindre effort les auroil abattus.

Je ne sais pas quelle assurance le cardinal pouvoit avoir à cette heure-là de la bonne volonté de la Reine; mais s'il en avoit qadqa'iroe^ il ne s'en découvrit à personne du monde , et parla à ses plus confidens de son retour en Itelto comme d'une chose résolue , témoignant élis fort offensé de ce qu'en cassant la dédaratiiB l'on ne l'avoit point excepté. Mais les affidra changèrent bien de face en peu de temps : ev, quelques trois ou quatre heures après le retov du palais , la Reine lui envoya proposer fu M. le prince de lui rendre par un breict la place que] la déclaration lui donnoit , et de le faire, outre cela , chef de son conseil. Il ft quelque résistance à cette proposition; mil enfin il se rendit , et promit de demenrer es France Jusqu'à la paix seulement. On peit Juger quelle surprise ce Ait pour nous tous , qi le croyions prêt à passer les monts , lorsqs'eB arrivant sur le soir au Louvre noos appdflNi cette belle nouvelle. Je trouvai M. de Beaunis dans le cabinet de la Reine, et, lui en ténoignant mon étonnement, il me répliquai es haussant les épaules , qu'il avoit bien riposta du premier acte , mais non pas de la suite ,iDe voulant dire qu'il savoit bien comme ralAdie passeroit au parlement , mais qu'il ignon^ es que la Reine feroit ensuite. Je me retirai , Art confondu du peu de suffisance de notre priicipal directeur , et m'en étant allé le soir à rhôtel de Vendôme , J'y appris de M. de Beanfirt que M. de Beauvais s'étant plaint modestemoA à la Reine de ce qu'elle avoit fait sans hil lUre l'honneur de lui en rien communiquer, elle M avoit répondu qu'elle s'étoit crue néeessitéeà choisir et garder dans le commencement qoelqu'un de ceux qui savoient le secret desaCMres , et qu'elle n'en avoit point jugé de pi* propre que le cardinal , parce qu'étant étmger , il n'avoit nul intérêt ni nul appd « France ; que cela ne devoit point donner IV larme ni à lui ni à ses autres serviteurs qui s'^ toient pas bien avec le cardinal , puisqu'elle promettoit de ne les point délaisser, etqo^i pour marque qu'en arrêtant ce ministre ék n'embrassoit pas tous ses intérêts , elle sMl* donnoit tout le reste de la cabale. Ce discours nous rassura un peu ; mais après as ^ trait nous crûmes bien toujours avoir liei d*^

MEMOIRES DE LA CIlATfiB. [1618]

iiidèr un revers d'un esprit si couvert. BX Jours après arriva la nouvelle de la re de Rocroy (1) , qui releva roerveilleuit les esprits de M. le prince et de masa femme ; et comme leur haine pour la tn de Vendôme étolt assez manifeste, il la que la grandeur des uns fût l'abaissedes autres. Madame la princesse , insoét aigre à son ordinaire quand elle est en érité, s'en laissa entendre à beaucoup de le y et même quand je l'allai voir pour me ir avec elle , elie me fit un discours qui MDça par des picoteries, et finit pourtant Ulgeamment pour moi , mais qui fut rems beaucoup d'attaques contre M. de Beauanxqaelles Je repartis le mieux que je pus, la cabrer. Ce glorieux succès mit toute maison en état d'espérer et de demander raiaon beaucoup de choses , et fit que le nal se Joignit plus étroitement avec eux. or moi, c'est là où je commençai à recon- B que Je m'étois trompé , quand j 'a vois esqaelqne chose de grand de la l)onne vode la Reine; car lui ayant demandé une lagnie dans Rambures pour le frère d'un ■ine qu'on croyoit mort à la bataille , elle trhonneur de me la refuser. Il faut pourqve J'avoue que , ciuq ou six jours après , me fit une très-grande grâce, en consenà la suppression de la charge de comraisgânéral des Suisses ; mais ce fut après y * fldt beaucoup de difficultés. M. de Beaufbt le seul à qui J'en parlai d'abord ; et Ite la Reine ayant témoigné qu'elle s'en Ctott au sentiment du maréchal de Bassoroe, je le priai de m'y vouloir rendre offlce: d'il fit avec des marques de beaucoup de Quand j'achetai ma charge , je lui envoyai dans la Bastille , par le comte de Béthune , rt Je croyois non-seulement qu'il y pré- )t quelque chose, mais même qu'il eût quelregret de la voir entre les mains d'un autre, Y soogerois jamais. Il reçut mon compli- \ avec toute la civilité possible , et renvoya teveu d'Estelau dire à ma femme qu'il étoit que J'eusse cette charge , et qu'il me vouinstruire et m'y servir de père. L'ayant ■ns la Bastille, il me continua ses cajoleme redit encore les mêmes choses quand t en liberté ; et lorsqu'il revint à la cour, I cent embrassades, il dit tout haut que s'il \ encore des amis parmi les Suisses, il les t d'être des miens. Dans cette occasion du

Le dac d'Eogliien . âgé de vingt-deui ans « gagna baiaitle le 19 mal 1643 » cinq Jours après la mort de

commissaire général , il s*y porta avec un soin extrême, et jusqu'à ce qu'il me vit en disgrâce il affecta toujours de bien vivre avec moi. Mais tout cela parottra mieux dans la suite de ce discours ; et pour le reprendre où je l'ai laissé , une affaire si considérable pour mon établissement , faite sans que j'y employasse le cardinal , me fit croire qu'en effet nos intérêts n'étoient pas désespérés ; et quoique la capacité de M. de Beauvais fût médiocre, c'étoit toujours quelque chose d'éclat de le voir déclaré ministre d'Etat et désigné cardinal , la Beine ayant écrit pour lui à Rome , et de voir qu'en ce même temps elle promettoit à M. de Vendôme le gouvernement de Bretagne, auquel le grand-mattre avoit renoncé, ou une récompense équivalente.

Mais cependant le cardinal prenoit toujours pied , et quoique la Reine protestât qu'il ne pouvolt rien faire contre ses véritables serviteurs , elle avouoit que sa conversation étoit fort charmante , et le louoit toujours d'être désintéressé. Lui, de son côté, faisoit des civilités extraordinaires à toutes les personnes de condition , et hors , la maison de Vendôme qui s*étoit ouvertement déclarée contre lui , il alla rendre visite à tous les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne. Plusieurs personnes se sont étonnées de ce que dès-lors nous ne songeâmes point à nous rapatrier avec lui; mais il me semble qu'il étoit fort difficile de le pouvoir recevoir de bonne grâce, et qu'ayant rompu avec lui pour les intérêts de la Reine , c'étoit à elle à nous prescrire comme elle vouloit que nous y vécussions. Mais outre cet intérêt général , il y en avoit encore un particulier , qui étoit son intelligence avec le chancelier, contre qui messieurs de Vendôme , M. de Metz, messieurs de Montrésor , de Béthune , de Beaupuy et moi , nous étions déclarés, principalement à cause de la mort de M. de Thou ; si bien que nous ne jugions pas le pouvoir revoir avec honneur, tant qu'il seroit joint avec un homme que nous avions tant de sujet de haïr ; et , à dire le vrai , c'a été une chose assez incompréhensible que la Reine , à qui il devoit être encore plus odieux qu'à nous , l'ait laissé dans sa charge ; mais comme elle est d'un esprit assez susceptible des impressions qu'on lui veut donner, ayant trouvé des intercesseurs, elle diminua peu à peu la juste aigreur qu*elie avoit contre lui. Le premier qui lui en parla fut Montaigu , créature dépendant autrefois de M. de Ghâteau-

LouU XIII. Voyez à ce sujet la partie inédite des Mémoires de Lenel , qui fonlient quelques faits nouveaui.

MBHOIBES DE LA CHÀTBE, [lG43]

neuf, et gagné depuis, dorant sa retraite à Pontoise , par la mère Jeanne , carmélite , sœur du chancelier. M. de Brienne ensuite Tappuya fort, et préféra, comme il Ta dit lui-même, Tintérét d*un ami vivant à la mémoire de M. de Thou, qui avoit été de ses plus intimes. On l'accuse aussi d'avoir principalement considéré en cette rencontre vingt mille écus, qu'on dit qu'il lui fit toucher pour ses peines.

Mais ce qui l'établit entièrement y ce fut la considération de M. de Châteauneuf , qui étoit le seul homme dont le cardinal appréhendoit le retour ; et ne voyant pas que, dans un temps où l'on faisoit grâce à tout le monde , il pût empêcher sa délivrance, puisque son principal crime paroissoit avoir été de s'être trop attaché à la Reine, il prit ses précautions de bonne heure « et s'y trouva merveilleusement aidé par madame la princesse , qui, dans ce nouvel orgueil de la victoire de Rocroy, croyoit que tout lui étoit dû, et publioit hautement qu'il falloit que toute leur maison sortit de la cour , si la Reine remettoit dans le conseil celui qui avoit présidé à la condamnation de M. de Montmorency, son frère. Il n'en falloit pas davantage pour détourner la Reioe , de qui rincUnation étoit déjà si refroidie, qu'elle commençoit à dire que M. de Cbâteauneuf n'étoit point son martyr, mais plutôt celui de madame de Ghevreuse, séparant ainsi ses intérêts de ceux de cette dame, qu'elle avoit autrefois si chèrement aimée, et dont maintenant elle craignoit bien plus le retour qu'elle ne le désiroit.

Elle eût bien voulu la laisser en Flandre; mais puisque M, dnBpernon étoit déjà de retour d'Angleterre , aussi bien que M. de Montrésor ; que Fontrailles et Aubijoux, appuyés par Monsieur, se montroient publiquement dans Paris ; que mesdames de Senecey et de Hautefort étoient rentrées à la cour et dans leurs charges, et qu'on attendoit de Jour à autre le reste des proscrits ; il n'étoit pas raisonnable qu'elle laissât plus loog-temps dans l'exil une princesse que toute l'Europe savoit n'y être que pour avoir été trop passionnée pour son service. Si l'on me demande d'où pouvoit venir un si grand changement dans son esprit, je dirai librement que je l'impute à deux causes : l'une , que depuis que nous avons des obligations extraordinaires à des personnes, il semble que nous redoutions leur présence, comme si elle nous incitoit sans cesse à la recoanoissance, et blâmoit notre ingratitude dans le moindre retardement; l'autre , que sa vieille amitié pour madame de Ghevreuse s'effaçoit peu à peu par la nouvelle pour le cardinal , qu'bn voyoit s'accroître de

jour en jour, et qui faisoit déjà que les oonver» sations qu'il avoit avec elle , au lieu d'une heure ou deux , emportoient toute la soirée; d que le pauvre M. de Beauvais, qui avoit aeeo» tumé de prendre ce temps-là pour l'entreteairi attendoit dans un autre cabinet, et n'a voit phi que le loisir de lui dire son Benediciie , el di la voir un instant après souper. Néanmoias, pour vérifier en quelque sorte ce qu'elle avril dit , qu'elle ne s'attachoit pas à tonte la cahab| elle voulut qu'en ce temps-là M. BouthUltar quittât les finances.

Gomme le cardinal n'étoit pat encore entià" rement ancré, il fallut qu'il c^t à ce coup; tt il obtint seulement que la chose se fit d'une 1» nière moins fâcheuse. Le surintendant denufr dant de lui-même ^i se démettre , on rempli sa place de messieurs de Railleul et d'Avani, pour empêcher ce dernier d'être en passe pow la charge de M. de Chavigny , que le eardioil essayoit de maintenir. Pour le premier, la rai* son qui le fit mettre en ce grade fut pour Mn voir que la Reine avançoit ses anciens serviteurs, et pour l'éloigner de la prétention te sceaux, où il vouloit maintenir le chaneelisri parce qu'un titulaire étoit bien plus propre à opposer à M. de Ghâteauneuf qu'un ommilsionnaire , comme l'est toujours un gards-tesceaux. A ces raisons on en peut S)i0Utw m plus obscure, qui est qu'y mettant ces deix,lt le dernier étant obligé d*aller pléolpolentWli pour la paix générale à Munster, les flnawi demeuraient entièrement entre les mata» di premier , qui par son insuffisance donnoit Uci à M. d'Emery , nouveau contrôleur généfil II affidé du cardinal, d'agir avec autorité, cqmsw s'il eût été surintendant.

Quelque temps après cette promotkMi , te «v* dinal jugeant qu'il témoigneroit une ej^traoïi» naire déférence aux sentimens de la Reine ^fs faisant quelques avances pour aoqvérir ranMi de ceux qu'elle avoit toiyours crus ses seril* teurs, il commença par M. de Marsillae, oomni étant le premier à qui elle avoit protesté bartment de faire du bien , et lui fil demander m amitié avec des termes les plus civils et les pM pressans qui se puissent imaginer ; et snlrs «H très choses, il lui fit dire qu'il le prioU dsssi^ parer entièrement de lui , en cas qu'il reml^ quât jamais en lui aucun intérêt particulier Ai biens, de charges , ni d'autres avanoeaiflnS|il aucune intention de nuire à un homme de cea* dition. M. de Marsillac rendit compte A bl Reine de ce que le cardinal lui avoit fait dire; et lui demandant ce qu'elle lui ordonnoit M* dessus , elle loi dit que te plus grand plaisir

MBMOIRES D£ LA CUATA£. [l643j

oQToit Janmlf feire étoit d*étre sou en parla avec tine estime et un eni- ; qui déoouYroieut assez son inclina- I ce discours , M. de Marsillac n*eut nlter; mais avant que de l*aller voir, ce qui lui étoit arrivé à ses amis parst entre autres me fit le grâce de me

assez amplement. Cet exemple nous i nous ; et étant arrivé dans ce même

M. de Ghavigny , selon la méthode

e, demanda et obtint permission de de sa charge, qui fut donnée à M. de t qu'on parla de renvoyer à Rome ou igne, comme un homme sans resi cour, nous crûmes que le cardinal os personne dans le conseil qu*il afperticulièrement, il seroit aisé de se Qi, et que pour avoir notre amitié il iTOlt peut-être volontiers le chancelier. oDSuîté ce dessein, M. de Metz, à qui issi fait faire des propositions d*étre la trouver la Reine ; et lui ayant fait I même discours que M. dcMai^sillac,

une semblable réponse, y ayant seua de plus que , sur Touverture qu*il elle le conjura de lui acquérir d*auutantqull pourroit. M. de Metz ayant set entretien à M. de Vendôme , lui ira ses enfans voulurent que leurs Ht tout ce qui se passeroit en cette et prièrent pour ce sujet M. de Metz, non , le comte de Fiesque , Beaupuy nous trouver à leur hôtel, n étant lors domestique de la maison, ppelé à cette conférence. Messieurs de t de Montrésor, étant de leurs anciens lUX amis, dévoient bien y être man- Je crois que M. de Vendôme ne le dépeut-étre à cause de ce que j'ai déjà i Rivière, qu'il vouloit se conserver par rintrigue du maréchal d'Estrées.

é de la Reine ne donnant pas lieu à d'opinions différentes, le comte de t chargea d'aller dire au cardinal , de i messieurs de Vendôme , de Metz et I, qu'ils souhaitoient être ses amis 3 sorte de franchise et de sincérité ; I ne vouioient s'attacher qu'à lui seul, lose de cela ils n'avoient point voulu arler, qu'ils ne vissent M. de Chavides affaires ; que la seule chose qu'ils idoient pour marque de sa bonne vot qu'il détruisit le chancelier, que la

f . de Thou et la manière dont il avolt lans l'affaire des hermites et dans le M. d'Epernon, rendoient odieux à ces

messieurs. Le cardinal , après avoir témoigné recevoir cette ouverture avec joie, et faire un état extrême de leur amitié , répondit qu'on lui avoit fait plaisir de ne lui point parler lorsque M. de Ghavigny avoit encore part dans les affaires , parce qu'il ne l'auroit jamais abandonné ; que, pour le chancelier , c'étoit un infâme qui , à la mort du Roi , l'avoit renoncé, et dont par conséquent il ne faisoit nul état ; mais qu'en l'ôtant, il ne pouvoit éviter de voir rentrer M. de Ghâteauneuf , avec qui il avouoit ne pouvoir demeurer dans le ministère.

Ge premier colloque finit ainsi , et laissa de la matière pour quelques autres , dans lesquels le comte de Fiesque dit au cardinal que ces messieurs , pour qui il parloit , désirant se lier d'amitié avec lui , ne vouioient pas commencer à le choquer dans ses intérêts : c'est pourquoi ils lui demandoient seulement que, toutes les fols quil pourroit prendre ses sûretés du côté de M. de Ghâteauneuf, il chassât le chancelier. Il fit quelque difficulté de promettre qu'il le feroit chasser, et dit seulement à l'abord qu'il l'abandonneroit ; mais enfin il acquiesça , et fit la même chose sur le sujet de M. d'Enghien ; car ayant dit qu'il vivoit civilement avec lui , et ne prétendoit pas rompre , il n'eut point de réponse quand le comte de Fiesque lui dit que ces messieurs, le choisissant pour leur principal ami, demandoient aussi d'avoir la préférence dans son esprit sur tous ceux de leur volée.

Ge traité dura cinq ou six jours, parce que, d'un côté, le cardinal témoignoit tantôt désirer avec ardeur l'amitié de ces messieurs, puis après faisoit parottre plus de froideur , et parloit avec plus de réserve ; et de l'autre , M. de Beaufort étoit bien aise , avant que de conclure , de voir le retour de Gampion , qu'il avoit envoyé au devant de madame de Ghevreuse, qui arrivoit alors en France , et avec qui monsieur son père, M. d'Epernon et lui avoient de très -étroites liaisons. Et comme il étoit nécessaire que le comte de Fiesque rendit compte de ce quil négocioit , et sût ce qu'on vouloit qu'il dtt , nous nous assemblâmes durant ce temps cinq ou six fois , ou à l'hôtel de Vendôme , ou à l'hôtel d'Epernon , ou chez M. de Metz , ou aux Capucins^ ou chez moi : et quoique dans toutes ces assemblées il ne se soit presque agi que d'obéir à la Reine , l'on n'a pas laissé depuis de fiiire passer cela pour un crime , et pour le projet d'une cabale séditieuse.

Cependant le cardinal ne sauroit nier qu'il ne

sût chaque jour ce qui se résolvoit entre nous

par le comte de Fiesque. Au bout de ces cinq^ou

I six jours, Gampion revint et nous apprit qu'avant

MBKOlfiBS DR LA CHATRR. [1643]

que de partir de Flandre madame de Ghevreuse avoit reça des lettres de la Reine, qui lui faisoient paroltre ce qu'elle désiroit , que le cardinal et elle fussent en bonne intelligence ; qu'elle venoit avec un esprit préparé à cela, et qu'elle conseilloit à ces messieurs d'en faire de même : à quoi ils se résolurent aussitôt , et allèrent dès ie lendemain faire leur visite , dont ils eurent sujet d'être satisfaits , y ayant reçu toute la civilité possible. On s'étonnera peut-être qu'ayant été Jusqu'alors dans le même intérêt de ces messieurs, je ne fusse point compris dans leur traité; mais c'est que je ne le désirai point, et qu'ayant une charge qui ne dépendoit que de la Reine, je ne voulus rien faire que par son ordre. Ce fût la réponse que Je fis à M. de Beaufort lorsqu'il m'en parla, et je ne sais s'il en dit quelque chose à la Reine; mais deux ou trois Jours après, comme je prenois son ordre, elle me dit qu'elle croyoit que Je savois bien que messieurs de Vendôme avoient vu M. le cardinal Mazarin. Je lui dis qu*oui , avec un ton de voix et une façon qui pouvoient lui faire connottre que Je ne Jugeois pas que cela fit rien pour moi. Sur cela elle poursuivit son discours, et me dit qu'elle le croyoit son serviteur , et qu'elle désiroit que tous ceux qui l'étoient vécussent bien avec ini. Je lui répondis que Je la suppliois très-humblement de se souvenir que Je ne m'étols éloigné de lui que lorsque j'avois cru qu'il n'étoit pas dans ses intérêts. « Il est vrai,

me dit-elle ; mais à cette heure — Madame ,

lui répliquai-Je, Je n'ai que l'obéissance pour toutes les choses que Votre Majesté me commande; ^ et me retirai là-dessus, avec dessein de faire ma visite dès le Jour suivant.

Il est vrai qu'avant que de passer outre Je voulus voir messieurs de Béthune et de Montrésor, que je trouvai fort piqués de ce que le traité s'étoit fait sans eux; et quoique M. de Beaufort leur en fût venu parler avant que de voir le cardinal , ils croyoient qu'il devoit davantage à leur ancienne amitié que de leur rendre simplement compte d'une affaire résolue; mais ils s'en prenoient particulièrement à M. de Vendôme , et surtout à M. de Montrésor, qui se souvenoit que quand il partit d'Angleterre il lui promit toute amitié, et l'assura même de le servir auprès de Monsieur : ce qu'il exécuta si mal , qu'une des premières liaisons qu'il voulut avoir fut avec La Rivière. Ce souvenir lui étoit un peu dur, principalement en ce temps ; car, à son retour d'Angleterre, Monsieur l'ayant encore fait presser de vivre civilement avec La Rivière , et ayant employé pour ce sujet M. de Bellegarde sans aucun efl^t, M. de Montrésor ayant persisté à dire

qu'il tenoit La Rivière pour tel que Monsieur I lui avoit dépeint autrefois , c'est-à-dire pova coquin et un trattre. Son Altesse Royale afii vécu d'une autre manière avec lui ; et le traitai fort indifféremment , il étoit enfin résolu de rm dre sa charge et de se retirer entièrement : ee qu'il fit quelque temps après.

Leur ayant dit tout ce qui me ooneerHll ( qu'ils approuvèrent , comme étant un effet Abéissance pour une personne à qui Je m'éMi donné sans réserve), et ayant été à Montmge le communiquer à M. de Ghâteauneuf , qui M du même sentiment, j'allai chez le cardinal,^ Je rencontrai descendant son degré avec des Ae mes , et s'en allant de là au conseil ; si bien qii je n'eus pas pour cette première fois long âi« cours avec lui. Ce qu'il me dit fut pourtant M civil et fort obligeant pour moi , Jusque-là qil me fit excuse s'il ne remontoit pas pour m'eat»' tenir. J'y retournai le lendemain , et , l'ajwt trouvé dans sa chambre avec peu de mondCi Je lui fis un compliment dont il s'est fort phkt depuis, assurant que Je lui avoisdit queJeM« lois voir seulement par ordre de la Reine, qiilque mes paroles signifiassent toute autre tim. Je savois que quand M. de Marsillac le fiit vofe*, il lui dit d'abord que la Reine lui avoit parléàt lui : Je crus qu'elle en pourroit avoir Mt k même de moi ; et après l'avoir assuré de dm respect et de mon service , Je lui dis que Je aV maginois qu'il me feroit l'honneur de croire Ah cilement ce que Je lui protestois, puisqulM' voit que depuis très-long-temps Je fbisoispnfeision d'être son très-obéissant serviteur; aiii que s'il se pouvoit ajouter quelque chose à fil' clination que J'avois toujours eue à l'hoiiortr, ce seroit sans doute par la confiance et VtilÈm que la Reine témoignoit pour lui : ee qui obigeoit tous ceux qui étoient à elle , et md prt* culièremçnt, à le respecter encore davanbCB; que Je le suppliois de croire que , quand Sa Ih* Jesté me feroit quelque commandement ssrfli sujet, Je l'exécuterols , non seulement avec IV béissance aveugle que Je devois à tous sa i^ dres , mais avec une Joie et une satisMia extrêmes. Je laisse à Juger si ce discourt ftâ avec raison recevoir le sens qu'il lui a donaii et si c'est un Juste fondement des maux fiV m'a faits depuis, et qu'il commença dèstêlttdcmain. Carie maréchal deRassompierrer<M allé voir, il lui parla de mol d'une façoi # témoignoit assez qu'il ne m'aimolt pas, fliH voulut faire nattre dès-lors des pensées de tmr trer dans sa charge : de quoi le maréehalnelt avertir, dès le Jour suivant , par deux ou treis personnes.

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