MÉMOIRES DE LA CHATRE
Cette nouvelle me surprit uu peu , et désirant isafolr le fond , J'allai trouver M. de Lian- BTt, et le suppliai de loi parier pour moi : ce iV fit incontinent avec cette bonté qu'il a toun eue pour mes intérêts ; et lui ayant seule- 9it foit paroitre qu'on lui avoit dit qu'il étoit il satisfoit de moi , il fit Tignorant , et sans lui eouvrir d'aigreur contre moi lui conta qu'aèi avoir long-temps cessé de le voir, J'y étois Imimé, et lui avois dit que c'étoit par ordre I la Reine ; mais que maintenant il l'assuroit le si je voulois être de ses amis, il seroit des ioM. M. de Liancourt lui ayant répondu qu'il pouvoit fier en moi , leur conversation finit ; me l'ayant depuis dite , Je croyois que ce peu ï OHiuvaise volonté étoit passé , et que Je pouris me mettre bien avec lui.
Pendant ce temps, madame de Chevreuse étoit Tifée et étoit allée descendre droit au Louvre ; ils si la Reine avoit eu peu d*impatience de voir, elle en eut beaucoup de l'envoyer à VDplérre ; car, incontinent après les premières ihitations, elle lui dit que les alliés de la France Nirroient entrer en soupçon, si incontinent nés son retour de Flandre ils la savoient aulis d'elle ; et que pour cette raison il falft qu'elle allât faire un petit voyage à la UBpegne. Madame de Chevreuse , malgré sa vprise, lui répondit sans s'émouvoir qu'elle )ott toute prête à lui obéir ; mais qu'elle la sup- Mt de considérer que toute l'Europe savoit l'eue avoit été persécutée pour l'amour de Sa [^|esté, et que ce seroit peut-être se faire tort Âe-miême, si elle l'éioignoit si promptement; iVlle en demandât, s'il lui plaisoit, l'avis au vdlnal , qui , se trouvant dans le cabinet , et ant appelé en tiers , dit à la Reine que maune de Chevreuse avoit raison , et que Sa Malte seroit blâmée si elle en usoit de cette sorte. lui madame de Chevreuse para cette première taque, qui dut bien lui faire connoitrc qu'elle KfM plus sa place accoutumée ; mais si elle en aperçut^ au moins le cacha-t-elle à ses plus filmes , et de long-temps après ne fit part à ificmne de cette aventure , selon la méthode binaire de tous les favoris , qui ne veulent flsais laisser voir la diminution de leur crédit. n ne falloit pas pourtant que le cardinal la ■At entièrement ruinée , ni qu'il la Jugeât abihiment inutile à sa fortune, puisque dès le iMlemain il l'alla voir, et pour premier comllment loi dit que , sachant que les assignaoos de l'épargne venoient lentement , et que , eoant d'un long voyage, elle auroit peut-être esoln d'argent , il étoit venu lui offrir et aporter cinquante mille écus. Mais comme II sa-
voit qu'une ame ambitieuse comme celle-là se laisseroit moins toucher à ces belles offres qu'à des actions d'éclat, il lui demanda, quelques Jours après, ce qu'il pouvoit faire pour gagner son amitié , et lui protesta de n'y rien épargner. Elle le mit d'abord à une assez belle épreuve, lui demandant deux choses assez importantes : l'une, que Ton contentât M. de Vendôme pour ses prétentions du gouvernement de Bretagne, sur lesquelles on ne lui avoit encore donné que des paroles ; et l'autre, qu'on rendit à M. d'Epernon sa charge et son gouvernement. Il y procéda en toutes deux très-obligeamment; car, pour le premier point , M. de Brienne eut aussitôt commission de traiter avec M. de Vendôme, et de lui promettre , au nom de la Reine , l'amirauté , dont on envoya demander la démission au duc de Brézé; et pour le second, M. d'Epernon fut remis incontinent après dans tous ses honneurs, et l'on n'épargna ni diligence ni récompense pour tirer M. le comte d'Harcourt de la Guienne.
Après ces deux premières affaires , elle lui en proposa une troisième , où il eut peine à consentir, mais où il acquiesça à la fin, quoique depuis elle n'ait point eu d'effet : ce fut de donner le gouvernement du Havre à M. de Marsillac ; et sur cela il lui représenta ce qu'il devoità la mémoire du feu cardinal , et qu'il n'étoit pas Juste qu'il servit d'instrument pour dépouiller ses héritiers ; mais elle insistant toujours,* il témoigna à la fin qu'il se rendoit. Après de si grands coups d'essai , elle crut que rien ne lui seroit impossible auprès de lui , et lui proposa enfin le rétablissement de M. de Châteanneuf : mais comme c'étoit là son sensible et son intérêt , il ne put dissimuler, et lui répliqua nettement qu'il n'y consentiroit jamais; et dès cet instant il s'éloigna d'elle , sans que depuis, quelque civilité qui ait paru entre eux , il y ait Jamais eu d'intelligence ni de réconciliation sincère.
Il y avoit déjà quelque temps que M. de Châteanneuf étoit à Montrouge , y étant arrivé au même temps que madame de Chevreuse abordoit de l'autre côté à Paris ; et peut-être que s'il ne se fût pas arrêté , et qu'il fût venu droit à la cour sans capituler avec la Reine , il l'eût engagé par cette franchise à ne le point abandonner ; mais s'étant voulu servir de l'exemple de madame de Senecey , qui n'avoit point voulu rentrer dans Paris qu'étant rétablie dans sa charge , Il donna temps à la Reine de s'accoutumer à le savoir auprè» de Paris, sans souhaiter de l'approcher davantage , et ne considéra pas que madame de Senecey n'avoit pour olistacle qu*one personne que la Reine n'aimoit point ;
m lleo que lai , outre la maison de M. le prince qui s*opposoit à son retour, il donnoit de l'ombrage au premier ministre , et ne pouvoit gagner que par adresse, peu à peu, ce que la dame d'honneur avoit gagné du premier pas. Mais il se trompa sans doute dans la créance de rinclination de la Reine pour lui ; et ce ftit aussi par là que M. de Beauyais se perdit insensiblement, et qu'après avoir tenu le premier rang et avoir été nommé pour cardinal , on envoya un contremandement secret à Rome, et le lalssa-t-on dans Tantichambre pendant que la Reine entretenoit paisiblement le cardinal , de qui au commencement il n'estimoit pas l'esprit , disant qu'il n'étoit pas habile homme , puisqu'il n'entendolt pas les matières bénéficiales ni les finances, parties véritablement fort nécessaires pour un grand ministre.
Voilà comme toutes nos affaires alloient à leur déclin; et pour moi, M. Le Tellier, suivant les traces de M. Des Noyers , son prédéces^ seur, commençoit dès-lors à me traverser dans ma charge, et se voulant approprier l'autorité de donner des commissaires pour les revues des Suisses, songeoit à m'ôter en détail ce que la Reine m'avoit rendu en gros, par la suppression de la charge de Lille. Il s'y prit pourtant d'abord d'une manière qui me donna lieu de croire que son dessein alloit plutôt contre les maréchaux de France que contre moi, et par les civilités qu'il me fit, il me tint quelque temps dans cette pensée; mais enfin ^ voyant que toutes ces belles paroles n'aboutissoient à rien, et qu'on ne faisoit qu'alonger de jour en jour la résolution de ce que je demandois, je jugeai que ces chicanes venoient d'un autre principe , et que le cardinal n'y avoit pas moins de part que dans les délais qu'on apportoit à la conclusion des affaires de M. de Vendôme , à qui Ton faisoit naître chaque jour mille obstacles dans l'exécution de ce qu'on lui avoit promis. Il est vrai que lui-même contribuoit bien à son malheur; car il faisoit difficulté de prendre l'amirauté sans l'ancrage , et ne oonsidéroit pas qu'il devoit; à quelque prix que ce fût, entrer en charge , après quoi il lui seroit aisé d'étendre
ses droits.
Cependant sa façon d'agir, incertaine et confuse , donnoit assez d'occasion de lui rendre de mauvais offices. Tantôt il s'adressoit au cardinal , et témoignoit lui vouloir avoir l'obligation
(i) Il refaite aa contraire, des Mémoires de Campion, que le doc de Beaafort flt à cette époque une eatreprlM ayaat pour bat de faire périr le cardiDsl Maiarlo. Nous plaçons à la salle des Mémoires de La Châtre le récit fort circoottaocié, laissé par Garopion, des diverses ten-
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de ce qu'on ferait pour lui ; un instant après , il alloit chercher l'occasion de faire parler à La Rivière par le maréchal d'Estrées, et le em^urer de faire réussir ses intérêts; et au sortir de là, il essayoit, par des voies obliques, d'engager M. le prince à le servir. Enfin il ne se ptlsoit presque point d'heure ou il ne changeft plus d'une fols d'opinion et de parti. Hais ee m lui étoit pas assez d'aller ainsi decôtéetd'antrei il vouloit faire faire le même badinage kU.k Beaufort, qui, ayant de son côté ses vIsfaM particulières, et mêlant les affaires importait avec les bagatelles , vivoit d'une façon si biam avec le cardinal, qu'il lui étolt impossible d^ prendre assurance. Ce n'est pas que je croie (1) qu'il ait jamais eu dans l'ame aucun des dessetai qu'on lui a imputés; et je dirai seulement qsB| selon la disposition des esprits de mesdames di Chevreuse et de Montbazon , ses entretiens âne le cardinal étoient pleins de froideur ou de dvilités : si bien que si un jour il lui donnoit toi de se louer de lui , le lendemain il le désoUIgeoit , en lui disant qu'il fe venoit voir seolement par l'ordre de monsieur son père.
Si , dans l'état où il est , je voulois me pUidre de lui, j'en aurais quelque petit sq|eKi étant très-véritable qu'en ce temps-là, quoiqri me fit l'honneur de venir souvent manger ém moi , et que nous passassions la plupart to apr^-dinées ensemble, il ne me faisoit qoe M peu de part de sa conduite ; et J'ose dire qpte* core que je ne sois pas le plus grand poiMfSt du royaume , s'il se fût ouvert plus llbnmtft i moi , il ne se seroit peut-être jamais embarmié dans cette fâcheuse et honteuse intrigue to lettres de madame de Longueville, qui arrtu en ce temps-là , et dans laquelle ranaour deMdame de Montbazon le précipita. Sans affit* fondir davantage la chose, ni imputer la nshi à ceux qui n'en sont pas coupables , Je pk avancer ce mot , que , pour bien pwiiw l'affaire, il n'en faut rien cralre du tout JeiV jamais recherché à en être plus savant; mail i dès le commencement M. de Beaufort m*ei sM parlé, je lui eusse conseillé, sans en é^actar davantage la fausseté ou la vérité, de fUieni* dre les lettres à madame de Longueville : et Ji crois que ce service rendu à une personne qa'ci a autrefois passionnément aimée, et contre fri le dépit nous dure encore, est un reprodie Mn sensible qu'on lui fait , et une vengeanee h phi
tatiYcs qal furent faites contre la Tie de es mialilie.'B est cependant à remarquer que presque tentes k$ ^ sonnes qal ont écrit des Mémoires sar la Frsade. si croyaient pas à cette entreprise de Beaafort eooue b vie de Ma tarin.
MBMOIRRS DE LA
Miiiète et la plus glorieuse qu'on puisse prenre. Hais il se laissa emporter à la passion d'auui I et par l'éclat de cette maudite brouillerie
adieva de se Jeter dans le précipice.
Dèt-là, véritablement, il y avoit peu d*intellieooe entre M. d*Enghien et lui ; et outre le Nivoilr de ce qui s'étolt passé dans le démêlé y grandrmaltre, et le bruit qui couroit que ce rince demandoit qu*on maintint son beau-frère, idœ de Brézé , en sa charge, il avoit fait une épouse à la lettre que M. de Beaufort lui avoit vite sur la naissance de monsieur son fils, où ! le traitoit fort de liaut en bas , pour avoir sa evanche du petit orgueil qui l*avoit porté à lui Nttre seulement à la souscription : Très-humk ei irès-affeciionné serviteur. Mais quoique «petites piques entre deux esprits fiers et gloleiix fussent assez capables de les porter aux strémités , 11 s'y pouvoit encore apporter de la lidération; au lieu qu'après une affaire qui •adK^t directement à Phonneur, il n'y avoit phi de biais de réconciliation. J'avoue que Je M parle fNis de sang-froid sur ce sujet , et que liBS tout ce qui s'est passé depuis la mort du Roi , I ii*y a que ce seul point que Je regarde avec tffMj eCJedirois avec quelque sorte de repenfr , ai Je ne trouvois une infinité de raisons qui IM Cnroèrent à me Jeter du côté où je me mis.
CSellet qui m'en dévoient détourner étoient que presque tout mon bien dans le Berri , et le gouvernement de M. le prince , que Je ogrois H. d'Enghien en état de revenir dans peu
beoor, ayant augmenté l'éclat de la victoire «Boeroy par la prise de Thiouville , qu'on JumM infkillible; et qu'après de tels services il Mt diffieile à croire que la Reine appuyât un Wie parti que le sien ; que M. de LongueiUe avoit toujours agi très - obligeamment L^vee mol, et qu'il y avoit peu de personnes à loi il parlât plus oonfidemment. Enfin il y avoit I remarquer que J'avois l'honneur d'appartenir le fort près à madame la princesse , que J'offen- «is mortellement en m'offrant à madame de iontbazoD, de qui la parenté m'étoit et plus iMgiiéeet moins glorieuse. Mais aussi de l'autre salé de poissantes considérations m'appeloient : msqoe toos mes amis s'y trouvoient embarqués, ilpertieolièrement M. de Guise, qui à son re- MNir en France m'a voit fait des caresses extraorilnaires , et sembloit m'avoir choisi pour son capltil ami. J'avois l'honneur de lui être plus pro. ehe qo'à qui que ce fût de sa condition ; Je l'a- ^ralidetoot temps fort chéri et honoré , et avois M le premier auteur de l'étroite union entre W. de Beaofort et lui , qui sembloit être une des principales causes qui le Jetoient dans cette in-