CHATRE. [IC
trigue. Je croyois aussi qu'indubitablement la querelle des fenunes en forroeroit une entre les hommes , et Je ne voulois pas embrasser un parti pour le quitter le lendemain.
Mais , pour parler franchement , la plus essentielle raison qui me fit déclarer fut que Je voyois bien que , quelque l>on accueil que me fit le cardinal , il avoit peu de bonne volonté pour moi ; et croyois qu'il étolt nécessaire que Je prisse un autre appui auprès de la Reine. D'en espérer de M. le prince, quoi que Je fisse , Je savois bien qu'il ne choqueroit pas le premier ministre pour moi : d'en prétendre du côté de La Rivière , ennemi mortel de mes amis , m'y étoit un obstacle invincible. Si bien que Je ne voyois plus que madame de Ghevreuse qui , cachant sa disgrâce le mieux qu'elle pouvoit , en conservant son ancienne familiarité avec la Reine , me parolssoit encore en état de me protéger. M*étant trouvé Joint d'intérêt avec ses principaux amis , j'y avois en peu de temps acquis beaucoup de liberté, et en avois reçu des assurances de me servir en toutes occasions ; mais Je l'y voulus encore obliger par quelque chose d'éclatant , sachant bien qu'étant vaine et ambitieuse , cela la toucheroit. Je lui dis qu'en me rangeant du côté de madame de Montbazon, c'étoit elle premièrement que Je regardois : ce qu'elle reçut comme Je l'avois pu espérer , et me promit des assistances non pareilles. Je ne parlerai point de toute la suite de l'affaire , parce qu'elle a été si publique que personne ne l'a ignorée ; Je dirai seulement que si le sentiment de M. de Longueville eût été suivi , on l'auroit étouffée. Mais madame la princesse, suivant l'aigreur de son naturel, et trouvant une occasion de contenter ses anciennes animosités , la porta à l'extrémité ; et Je ne sais si elle n'y fut point poussée par le cardinal , qui oonsidéroit notre parti comme formé contre loi, et Jugeoit que c'étoit moins contre M. le prince que contre son autorité , qui croissoit chaque Jour , que s'étoit faite à l'hôtel de Ghevreuse l'assemblée des quatorze princes , à laquelle Je ne me trouvai point, la Jugeant fort inutile et fort impertinente.
Deux Jours après l'amende honorable que madame de Montlmzon fut faire à l'hôtel de Gondé, la Reine, étant dans le cercle, m'appela, et me dit qu'elle croyoit que Je n'avois pas su que les officiers de la maison du Roi ne prenoient point de parti dans les querelles de la cour , parce qu'il falloit qu'ils attendissent ce qu'elle leur ordonneroit. Je lui répondis que je l'avois ignoré ; mais que, quelque parti que Je pusse prendre, cela ne pouvoit préjudieier à l'obéissance que Je rendrois toujours à ses commandemens. Elle répliqua que, me rendant suspect à l'un des partis,