SUR LES MÉMOIRES DE M. DE LA CHATRE
esté à désirer pour la réputation de de La Chastre quil se fût al>steDa 011 qu'il eust mieux été informé des mt il a voulu laisser des mémoires, ou les amis et les miens ne m'eussent pas roir son ouvrage : Je n'aurois pas été \ destruire ce qu'il avance contre la Beine du monde , et de faire voir au
erreurs que la passion ou le défaut de oy a fait commettre contre mon hon- [ presque toujours désapprouvé les apque j'ay vu donner au public, parce usage n'estant légitime que quand éndent l'innocence et la vérité , Ton d'ordinaire pour déguiser la vérité , et Qrcir les choses fort manifestes; ainsy elles rarement la créance de ceux qui . soit peu esclairés , et elles laissent n tous le soubçon du mal dont on s'efie purger. Mais Je ne crains pas ce iQCcès en cet escrit particulier, où le
des choses qui se sont passées sera e détromper les lecteurs préoccupez , ;érét de la Reyne, plutost que le mien, ainct de descouvrir des particularités
cela J'aurois laissé ensevelir dans
ir des Mémoires devroit s'estre souvenu Iques mois avant la mort du Roy , je que la Reyne avoit résolu de se servir cardinal Mazarin , et quelle témoiitre portée par la connoissance qu'elle K>n mérite et de son esprit, vraisemblable que Sou Eminence le t aussy de son côté , pour reconnoistre itions qu'il avoit au Roy et à la cout pour avoir veu dans la personne de ! les grandes qualités dont elle estoit Il Jugeoit assez que , si Dieu venoit à du Roy , il trouveroit une ample mar travailler au bien de l'Estat et à la la Reyne, et ne pouvant douter qu'elle
ne deust estre déclarée régente , il prévoyoit mille occasions de signaler son nom et de se rendre recommandable à la postérité. Voici comment cette affaire s'est conduite :
Son Eminence se servit du ministère de monseigneur de Grimaldy, qui n'estoit pas encore cardinal, mais à qui cette dignité estoit asseurée pour les services considérables qu'il avoit rendus à l'église ; les charges qu'il avoit dignement exercées dans l'Estat ecclésiastique, et les nonciatures dans lesquelles il avoit fait paroistre son esprit, luy avoient acquis l'applaudissement de la cour romaine et l'estime d'Urbain huitième, qui l'honnora enfin de la pourpre.
Ce prélat fit connoistre les sentimens de monsieur le cardinal Mazarin à monsieur l'évesque deReauvals, qui avoit en ce temps-là la confiance entièrede la Reyne, et qui. Jugeant le service de Son Eminence nécessaire à Sa Mi^esté, fut si persuadé que la nouvelle luy en seroit très-agréable , qu'il alla tout à l'heure luy en donner avis.
Je me rendis, le lendemain, à Saint-Germain où J'ai lois assez souvent pour obéir aux commandemens de là Reyne qu'elle m'avoit faicts , pour elle conserver auprès du Roy l'accord que j'y avois toujours eu. L'estime, qu'en diverses occasions il avoit toujours faict de mon zelle pour son service , me donnoit cette liberté ; et si Je n'avois pas eu part à sa plus étroite confiance , ma fidélité avoit esté néanmoins assez ferme et assez constante pour m'acquérir y malgré la résistance et les artifflces de mes ennemis , quelque part en ses bonnes grâces ; je rencontray monsieur de Reauvais qui , ayant l'esprit reroply de ce qu'il croyoit avoir mesnagé pour la Reyne , me le communiqua aussitost, de manière qu'il paroissoit qu'il en voulût mon approbation ; j'escoutay néanmoings ce qu'il me dit sans m'ouvrir tout-à-faict, croyant qu'il estoit de mon devoir d'apprendre de la bouche de la Reyne ses sentimens, auparavant
OBSERVATIONS DE li. LE COMTE DE BBIENNE,
qoe de dire les miens sar un dessein qui ne laissoit pas de donner de la Joye à eeluy qui avoit contribué à radvancer.
Je ne fus pas en peine de sçavoir la pensée de la Reyne , parce qu*aussitost que Je l'approchay elle me dit, avec une extrême satisfaction, la conquête qu'elle avoit faîcte , et elle me tesmoigna qu'elle n'avoit rien tant désiré que de s'acquérir le cardinal Mazarin ; qu'elle l'avoit toujours estimé, et que, la liaison qu'elle avoit avec quelqu'autres ne luy ayant pas esté heureuse , elle avoit augmanté les sentimens avantageux qu'elle avoit toujours eus pour luy.
Les affaires du cabinet estoient en cet estât lorsque les médecins ne craignirent plus de déclarer que les forces du Roy estoient tellement diminuées, qu'il n'y avoit plus d'espérance à avoir de sa guérison , et que sa dernière heure estoit s'y proche qu'il pourroit bien surprendre ses serviteurs.
Plusieurs formèrent alors des desseins pour relever leur fortune , et l'on crut mesme qu'il y en eust qui, pour s'assurer de l'autorité, conceurent les derniers attentats, comme se vouloir rendre les maistres de la personne de monseigneur le Dauphin , et de celle de monsieur son frère, et exclure ensuite la Beyne de la régence, que le Boy luy avoit déférée , quoyque ce fût avec des bornes , les cabales de la cour n'ayant pu le porter à déclarer monsieur le duc d'Orléans et la Reyne co-régents ; ils crurent que, sans avoir en leur puissance les personnes sacrées de monseigneur le Dauphin et de Monsieur, ils ne pouvoient Caire réussir leur projet du conseil de la Reyne. Il est vray que le Roy leur avoit accordé le pouvoir de l'establir; mais ils ne l'avoient composé que de ministres , les uns attachez au service de Son Altesse Royale, et les autres si foibles qu'ils n'estoient pas capables de résister à la puissance ny à la volonté des grands. Les serviteurs de la Reyne, portés d'un esprit fort différent, s'appliquèrent à travailler pour prévenir les pernicieux desseins , et comme le moyen le plus court et le plus infaillible estoit d'avoir la force en main , ils s'employèrent avec succès à attirer toutes les gardes françoises et suisses , et les compagnies du Roy dans la seule dépendance de la Reyne.
La vérité des choses qui se passèrent alors m'engage à rejeter la tache de folblesse sur eeluy qui m'en veut accuser dans ses Mémoires , et de luy marquer un défaut de prévoyance duquel Je Tadvertis ; et Je puis dire que Je suis par ce moyen l'auteur de la seule chose qu'il fit avec quelque esclat et quelque louange ; car Je luy conseillay, peu de jours avant que le Roy mou* |
rût, de doubler la garde suisse, dont il ne s' toit point advisé, et cette précaution estoit d*autant plus sage et plus importante à soi honneur, que les François firent la mesoM chose sans qu'il leur eût esté commandé.
Je confesse, en revanche, autant que Je ftj pu connoistre , que M. de La Chastre n'advinn rien qui ne soit véritable, ny sur ce qui regarii la confiance que la Reyne fist paroistre à M. il Beaufort, ny sur le crédit que ce prince s*«itoit acquis , ny sur l'excessive vanité dont 11 II blasme de s*en estre donné ; peut-estre que il eût sceu se commander , ses affaires se «roient advancées plus heureusement , et qil auroit évité d'offenser les esprits de ses envinx qui, comme il arrive ordinairement , deviimt ensuite ses ennemis.
Je fus celuy, et M. de La Chastre l'a IgMi qui donnay le conseil à la Reyne d'offrir à M* Il cardinal la mesme place dans le oonoeil qMb feu Roy luy avoit destinée ; mais ce ne flil V pour en avoir esté prié par Son EmineMB,V moins encore pour en avoir reeea vingt wÊê escus , comme quelques-uns se sont imugiiii Cette somme serolt trop petite si l'on tùoéëm les ^advantages que Je pouvois me pnoMlIn en ce temps-là. Je diray librement quel M b motif du conseil que Je donnay à la BqfDe,ll Je ne doute point que si Sa Miyesté estioil priéi de dire ce qui se passa entre elle et moi wm$ê sij^et. Je n'eusse la gloire de ne m'eatre poMaivancé et d'avoir conservé en cette retteMMk franchise que J*ay toqjours falct paroistre i» bliant mes propres intérêts, et les saeriSail i la seulle passion dont J'ay toujours esté qui est la gloire de servir mes maistres.
Sa Majesté m'avoit témoigné avee qne Son Eminence se vouloit retirer en Ililtot et qu'il l'avoit suppliée de permettre qall piV' veust à son honneur par ce moyen, pnlsfAi la déclaration qui devoit estre portée an fâris* ment, la dignité de {ieutenantpgénéral qnelefei Roy avoit déférée à M. le ducd^Orléans, luy do* voit estre conservée , et à M. le prince eelli il chef des conseils , en l'absence de Son AHM Royaile , et qu'il n'y estoit point parlé de lqf« quoyque le feu Roy ne Teût pas moins oonsMÉé que ces deux princes. Je pris la liberté dedlrsili Reyne que, puisqu'elle Jugeoit qne le servkeii M, le cardinal luy seroit uUle et à l'EitMt, di ne pouvoit prendre un meilleur conseil qn ii luy offrir la dignité que le Roy luy avoit ta* tinée ; qu'il arriveroit de deux ehoses l'Une : M que Son Eminence en seroit satisfaite et rooi* vroit avec reconnoissance l'honneur qu'elle kj procuroit , et qu'ainsi elle le conserverottàM