EXTRAIT DES
lèrent ce prince au point qu'il me dit de voir mon frère , qui savoit son dessein , et que nous vinssions ensuite le trouver ensemble. J'allai donc lui dire tout ce que Je crus capable de le rame* ner à mon opinion. Il en parut touché , et assura qu'il m'aideroit à ôter au duc de Beaufort un projet que je trouvois aussi injuste qu'extravagant ; car , comme Je le leur dis encore depuis à tous , quand même l'exécution de ce dessein eût été utile au public (ce que je ne pensois pas) , ç'auroit toujours été la ruine du prince et de ceux qui y eussent participé, parce que, outre qu'ils aurcMcnt eu le Pape et la Reine pour ennemis irréconciliables, l'un pour l'intérêt de l'Eglise, et l'autre pour le maintien de Tautorité royale et pour son ressentiment particulier , ils pouvoient s'assurer d'avoir tous les favoris et les ministres présens et à venir pour persécuteurs , y ayant apparence qu'ils croiroient utile à leur sûreté de punir des personnes qui tournoient à crimes le crédit, l'éclat et la bonne fortune, le cardinal n'en ayant point d'autres que ceux-là. J'allai chez le duc avec mon frère, pensant que la croyance entière qu'il avoit alors en lui le feroit changer d'opinion. Il le mena aussitôt dans la ruelle de son lit , pendant que Je m'arrêtai un peu avec ceux qui étoient dans la chambre: néanmoins l'envie que J'avois de faire changer le projet m'engagea à les quitter pour approcher du lit , et j'entendis mon frère qui étoit assis dessus avec le prince , à qui il disoit , contre ce qu'il m'avoit promis , tout ce qu'il croyoit capable de lui faire hâter l'exécution de cette honteuse entreprise. Cela me toucha fortement, voyant bien que tous mes efforts seroient inutiles contre ces deu x hommes, et particulièrement contre les deux femmes qui gouvernoient alors entièrement le premier. J'étois plus étonné de mon frère que des autres, lui connoissant des mœurs douces et une assez grande bonté naturelle. Je crus alors , comme J'ai toujours fait depuis , que la longue habitude qu'il avoit eue avec les factieux , pendant qu'il étoit auprès du comte de Soissons^ lui avoit, contre son penchant, inspiré le désir de voir toujours la cour et l'Etat en troubles : il a donné depuis plusieurs autres marques de cette inclination , plutôt acquise que naturelle. Cependant mes raisons ébranlèrent de telle sorte le duc de Beaufort , qu'il me dit qu'il vouloit avoir l'avis de quelques personnes : je crois que c'étoit celui des deux duchesses. Il s'en alla faire sa conférence, après laquelle l'étant revenu chercher au même lieu , Je le trouvai si i)ien confirmé dans sa première résolution , qu'il me dit le soir, en^présence de Beaupuis , qu'il citoit décidé à exécuter promptement ce qu*il
MÉMOIBBS
m'avoit communiqué', et qu'ainsi il me prioit de ne plus lui opposer de raisons puisqu'elles seroient inutiles. Je répondis que cela étant , Je ne lui en parlerois plus et le servirois à soo gré 9 mais qu'avant d'aller plus loin Je lui demandoh deux choses : Tune , de ne point mettre la main sur le cardinal , puisque Je me tuerois plutôt mol* même que de faire une action de cette nature; l'autre, que s'il faisoit entreprendre Tezéeutioa hors de sa présence , Je ne me résoudrois Jamtii à m'y trouver ; tandis que s'il y étoit lui-même, Je me tiendrois sans scrupule auprès de sa personne pour le défendre dans les accidens qui pourroient arriver, mon emploi auprès de lui et mon affection m'3r obligeant également. Il m'ae* corda ces deux choses , en témoignant m'en estimer davantage , et ajouta qu'il se trouveroit â l'exécution , afin de l'autoriser par sa préseoee. Je ne fis donc plus de difficulté d'y être moimême , avec les réserves que J'avois faites. Il communiqua encore son dessein à deux de ses anciens et fidèles domestiques : l'un , le siearde Lié , capitaine de ses gardes ; et l'autre, le sieur Brillet , son écuyer.
Nous demeurâmes tous d'accord qu'il ftUott prendre le temps où le cardinal iroit par la ville; que le duc de Beaufort, avec ceux qui hii seroient nécessaires pour l'entreprise, feroit anéter le carrosse et donner le coup de la mort i son ennemi. Il alloit alors si peu acoompigiiê qu'il ne menoit que quelques bénéfiders et einf ou six pages ou laquais ; de sorte que la cbose auroit été facile, si le duc, y devant être et n'étant pas de condition à attendre dans la rue on dus les logis voisins de celui du cardinal sans donner de soupçons^ ne l'eût, par cette raison , rendue moins aisée. 11 fut résolu , après avoir bien raisonné sur ce sujet, que les sieurs de Lié et ds Brillet , qui savoient le projet, et les sieurs de Ganseville , de La Londe , d'Hérioourt , de Priment , de Gine et de Bochette-Freseli^ , toas domestiques de la maison de Vendôme, qn'aa n'avoit point mis dans la confidence , se tromaroient tous les jours dès le matin dans lescabarefei proches le logis du cardinal, qui étoit à l'hôtel ds Clèves , près le Louvre , et que là ils attendroM de moi Tordre de ce qu'ils auroient à faire; foe Je serois toujours , et Beaupuis , avec le prinee; et que ceux qui savoient le dessein s'inflvBM* roient avec soin quand le cardinal sortirez, pour en avertir le duc ; enfin, qu'on ajouteroiteneore, à ceux qu'on n'avoit pas mis dans la oonfidenee, les sieurs d'Avancourt et de Brassi, pfesrds, gens fort déterminés et intimes amis de Lié. L'oa convint que je dirois à tous , de la part du doc, que madame la princesse de Condé et madaiBe
t)ft HENI\I nfi CAMPION.
itùtk ayaut , comme il étoit vrai , un èlé , et la première annonçant qu'elle afDroDt à Tautre , le duc vouloit tou- UD nombre de gentilshommes , avec pistolets , en lieu où il les pût avoir à mé , pour s'opposer à ce dessein. Le a en outre avec Beaupuis , mon firère n quand on en viendroit à l'exécution , 'Oit à Ganseville et à Brillet de faire !Ocher du cardinal , et à Héricourt et art d'aller chacun à une portière et pendant que lui-même seroit à chei rue avec Beaupuis , moi et tous les essus nommés , autour de sa personlous opposer à ceux qui voudroient réqu'incontinent après l'affaire faite , Ions tous de Paris pour nous mettre
le Beaufort ne voulut point que mon
IX assemblées ni à l'action , afin qu'il r la duchesse de Chevreuse dans le l'on auroit d'elle pour essayer d'apaie et de la raccommoder avec le duc t, quoique cette duchesse ne fût alors esure de rien faire à l'avantage de ses remier Jour que ceux destina à l'enréunirent, fut dans la rue Champ- J'allai avec eux , et fis mener un cheloi et un pour le duc. En retournant chez le baigneur Prudhomme , où il toiupuis, je passai devant le logis du
le vis sortir en carrosse avec l'abbé ;l!o et plusieurs autres ecclésiastiques, 1 cinq valets à sa suite. Je demandai
X où il alloit, et l'on me répondit : laréchal d'Estrées. » Je vis que si Je oer cet avis sa mort étoit infaillible ; is que Je serois si coupable devant rant les hommes , que Je n'eus pas la iDtation de le faire : au contraire , lu duc que l'on m'avoit assuré chez le \*i[ ne sortiroit point ce Jour-là; de
me dit de faire retourner ceux que lis à l'hôtel de Vendôme où nous lo- : ce que J'exécutai aussitôt. Le duc Iques heures après , en carrosse par mcontra le cardinal qui retournoit me le dit le soir, et je répondis que i trompé. Ma petisée fut , lorsque Je ne pouvois rompre ce dessein , de le
plus que Je pourrois , afin que le itt quelque occasion de le changer ; > qu'il s'en présentât, contre mon dé- B tenter, J*étois résolu d'en souffrir
plutôt que de trahir un prince qui ne entière confiance en moi. Telle
étoit ma détermination , que rien n*eùt été capable de changer : cependant Je priois continuellement Dieu de faire naître quelque conjoncture qui fit avorter le complot , sans qu'il en arrivât mal au duc.
Un jour après, il apprit que le cardinal alloit faire collation à La Barre vers Pontoise, où étoit la duchesse de Longueville , qui en avoit aussi prié la Reine , laquelle étoit déjà partie ; de sorte que le cardinal n'avoit que son seul carrosse, où étoit le comte de Haroourt. Le duc de Beaufort me commanda de faire assembler notre monde pour courir après : ce que J'exécutai, et l'allai ensuite trouver avec Beaupuis. Je lui dis, jugeant que mes autres raisons serolent inutiles, que s'il se défaisoit du cardinal en présence du comte de Harcourt, il falloit se décidera les tuer tous deux , le second étant trop généreux pour souffrir cette action sans périr avec le premier ; qu'il considérât qu'outre que l'assassinat du comte ledéshonorerolt,il lui donneroit toute la maison de Lorraine pour ennemie irréconciliable; et que je croyois que, pour éviter ces inconvéniens,il falloit attendre un autre Jour. Beaupuis fut, celui-là, de mon avis, et je sauvai encore une fois le cardinal , sans qu'il m'en dût obligation , puisque je ne le faisois que pour la Justice et pour l'intérêt du duc, que cette action eût avili et entièrement perdu , selon ma croyance. Peu après, il eut avis que le cardinal devoit aller le lendemain dîner à Maisons , et que le duc d'Orléans y Iroit aussi. Je fis encore consentir le prince que, si le ministre étoit dans le carrosse de Son Altesse Royale , le dessein ne s'exécuteroit pas ; mais il dit que, s'il étoit seuh, il falloit qu'il mourût. Le matin , il fit préparer des chevaux et se tint dans les Capucins avec Beaupuis , près de l'hôtel de Vendôme, postant un valet de pied dans Fa rue pour Pavertir quand le cardinal passeroit , et m'enjoignant de me tenir, avec ceux que J'avois coutume d'assembler à l'Ange , dans la rue Saint-Honoré , assez proche de l'hôtel de Vendôme ; et que si le cardinal alloit sans le duc d'Orléians , Je montasse à cheval avec tous ces messieurs et l'allasse prendre en passant aux Capucins où il seroit aussitôt prêt que nous. J'avoue que Je n'eus jamais tant de chagrin que cette fois, voyant qu'il m'étoit impossible de sauver le ministre. Les sieurs de Lié et de Brillet, qui désapprouvoient autant que moi cet odieux dessein , étoient au désespoir. Le sieur de Lié n'étoit pas avec nous, ne s'étant trouvé qu'à la première assemblée, à cause d'une blessure qu'il avoit au bras ; mais il ne laissoit pas d'être à toutes les consultations qui setbisoient.
KXTHAIT DES MEMOIRES
Je fus daus l^inquiétude que l'on peut peuser, jusqu'à ce que, voyant passer le carrosse du duc d'Orléans , J'aperçus le cardinal dans le fond avec lui. Gela me donna une joie que je ne puis exprimer, et J'allai représenter au duc de Beaufort qu'il devoit s'apercevoir que Dieu n'approuvoit pas son projet , puisqu'il s'y trouvoit tant d'obstacles. Cela l'ébranla et le fit rêver; puis il me dit qu'il penseroit à mes réfleiions, mais qu'il en vouloit conférer avec quelques personnes qu'il ne me nomma point , et qu'après il me oommuniqueroit sa dernière résolution. Je crois qu'il alla trouver les duchesses de Chevreuse et de Montbazbn, qui assurément lui avolent mis cette entreprise en l'esturit, et qu'elles le réprimandèrent de ce qu'il tardoit tant à faire ce qu'il leur avoit promis ; car il revint si animé contre le cardinal , qu'il me déclara qu'il ne pouvoit plus attendre , et que puisque de jour il se rencontroit toujours des ol)stacles , il étoit résolu d'exécuter le coup de nuit; que le cardinal alloit tous les soirs au Louvre; qu'il le falloit attaquer au retour, avoir des chevaux prêts dans quelque hôtellerie voisine; et que, quand le ministre seroit chez le Roi , il s'y tiendroit aussi avec Beaupuis et moi ; et que sitôt qu'il sortiroit, nous nous avancerions pour faire venir les autres , qui , en attendant, se tiendroient à cheval sur le quai , le long de la rivière et tout auprès du Louvre; que cela se pouvoit la nuit sans soupçon ; que tout ce qu£ l'on avoit à craindre étant les gardes ^ qui s'opposeroient peut-être à Tentreprise , qui ne pouvoit s'exécuter qu'en leur présence, à cause du peu de distance du logis du cardinal au Louvre , il se résolvoit à mettre dans sa confi«> dence le sieur Des Essarts , capitaine au régi* ment des gardes , et absolument à lui , afin de choisir le Jour de sa garde , et de le prier de commander à ses soldats que, quoiqu'ils vissent faire , ils ne s'en mêlassent point et ne songeassent qu'à garder le Roi. Je ne pus ôter ce dessein au duc, qui parla à Des Essarts, lequel lui promit tout ce qu'il voulut. Les ordres se donnèrent pour quand il seroit de garde. Je mourois de peur que l'on ne ftt de nuit ce que l'on avoit manqué de jour; mais il arriva, heureusement pour le cardinal, que ce soir- là Des Essarts devoit être au poste derrière le Louvre, et la compagnie colonelle devant. Cela pensa désespérer le duc : néanmoins madame de Chevreuse, Beaupuis et mon frère , auxquels il apprit son déplaisir, dirent qu'ils croyoient que le ducd'Epernon, étant l'intime ami de la duchesse et pas trop satisfait de la cour, ne feroit pas de difficulté , sans entrer plus avant dans l'affaire,
de commander au premier sergent de la colonelle que, quelque bruitqui survint, il em« péchât les soldats de prendre parti pour pe^ sonne , et leur fit seulement garder la porte du Louvre.
Cet expédient fut trouvé si bon , que la ùh chesse de Chevreuse parla le Jour même an die d'Epernon^ qui , Je pense, se douta bien , parla connoissance qu'il avoit des affaires , de ce qui cela signifioit , à moins que la duchesse le M dit , comme il y a plus d'apparence , par l'ainltié qui étoit entre eux. Quoi qu'il en soit, k duc promit ce qu'elle désirolt. Je ne sais s'il lui tint parole ; mais Je suis bien assuré qatce nirlà tous ceux qui étoient des assemblées était venus avec moi aux Deux-Anges, sur leqoai près du Louvre^ il se trouva force gens qui dou observèrent , quoique ce fftt un lieu où l'on m se dût pas étonner de voir des chevaux, sortoit n'y en ayant que huit ou dix. Cela seditnéiB* moins chez la Reine comme une chose extratr* d inaire ; mais ce qui fait mieux voir que le car dinal étoit averti, est qu'il ne vint pohit ai Louvre comme il avoit accoutumé , et que rca dit tout haut qu'il s'agissoit d'une entrepriaenr sa personne. Gela me fait tenir pour assuré, ae pouvant en soupçonner d'autres (etparoiaiaM assez ; par la suite des choses, que le cardinal n'a jamais su les circonstances du complot, fà ceux qui en savoient le fond et qui y étoW employés) , que le duc d'Epernon , qui n'iioft appris qu'en gros le dessein du duc deBeanftft, et ignorant ceux en qui il se confioit poureeda affaire, rapporta seulement au cardinal la pnpa' sition de madame de Chevreuse et ce qu'elle M avoit appris : ce qui engagea le ministre à Uic épier ce qui se passoit à l'hôtel de Voidôued à ne bouger de chez lui. Une autre raison fi me fait tenir cette opinion pour inCaiiliUei al que le duc d'Epernon , qui alors n'étoit pasUa avec le cardinal, a depuis été tellement onlavae lui, que ce ministre a mieux aimé que la GideDia se révoltât que de lui en ôter le gouvemeiDCBti comme tout le conseil le vouloit , Jusqu'à eeqoi M. d'Epernon lui-même, quand les ehoseioil été à l'extrémité , a demandé ce diangemnlt pour son intérêt et sa sûreté. De plus , l'afflyre, qui avoit duré deux mois sans qne l'on ea ell rien soupçonné, fut divulguée deux ou tnii heures après que l'on en eût parlé à If. d'Epernon.
Quoi qu'il en soit de mes conjectures, Ton dit hautement à la cour qne le duc de Beaofort avoit voulu tuer le cardinal ; et il persévéra toi^oort dans la même pensée , quoique Je lui oonsdUaaae d'aller faire un tour à la campagne. Le loid^
Dl BSN AI DB CAMPIO.N.
flulD, il ne lainapas dese montrer au Louvre, et ieie trouver ensuite à une eollition que faisoit
I leine an Ms ëe Vineennes chez M. de Cha- %By. Je ne le lis point ce Jour-ià , à cause K je ie passai avec une fille très-riche que J'éib près d'tépouser. Le soir, je l'entretins iongnps, sans loi pouvoir persuader de se retirer. me dit qne ie liruit commençoit à s'apaiser, et ill espéroit dans peu exécuter son dessein. Je t laissai 4ans tMtte idée , et ne ie vis point debIs; car la Reine ayant assemblé le duc d'Or-
j le prince de Condé et tous les ministres , apprit les soupçons qu'il y avoit contre le K de Beaufort , lesquels furent trouvés si graes, qu'ils opinèrent tout d'une voix quMI le lUoit arrêter, tant pour le Juger, si l'accusation Mtbien fondée, que pour la haine qu'ils avoient ontre lui. Cela étant résolu, et les ordres donléscn conséquence, le duc alla seul au Louvre e soir d'après celui où Je lui parlai , quoique la ihipsrt de ses amis l'eussent averti de prendre pde À lui. Là 11 flit arrêté par le sieur de Gui- M, capitaine des gardes de la Reine , et ayant soidiédansle Louvre, ftit conduit le lendemain n donjon de Vineennes, où il a demeuré cinq m. Le soir qu'il fût pris , le maréchal d'Estrées le Tint dire à l'hôtel de Vendôme, où J'étois. U doc de Vendôme étoit depuis peu de jours à bsflaos , entre Paris et Charenton , pour quelle légère indisposition. La duchesse se mit en phirs et alla pour parler a la Reine , qui refusa b la voir.
Je consultai avec les sieurs de Lié et de Bril- Ict, et lenr proposai que nous allassions trouver le due de Vendôme, pour i^ir comme il lejuiMt à propos. De Lié , qui n'avoit paru qu'à
II pemière assemblée , à cause de sa blessure , bieura; mais nous partîmes aussitôt, Brillet et Boi,et sortant par la porte Saint-Honoré , de mu d'être arrêtés, fûmes par dessus le fossé Ure le tour de la ville Jusqu*à la porte Saintiatoine , près de laquelle nous rencontrâmes le Ile de Vendôme , qui sur cette nouvelle venoit Pkris. Je lui dis que le duc son fils étant prinsler, nous venions prendre ses ordres pour I suivre en toutes choses. Il répondit que nous ivions qu'à rentrer dans Paris avec lui. Je 'approchai de son oreille, et répliquai que nous us étions trouvés à quelques assemblées , iessiles, quoique sans mauvais dessein de notre rt y feroient peut-être du bruit. 11 repartit initinent , sans s'informer davantage, que nous Basions à Anet, où nous aurions de ses noulles. Nous le quittâmes à Theure même , et nrae nous passions à une heure après minuit rs le Marais , en un lieu tout-à-fait désert , et
dans un chemin où il falloit que nos chevaux fussent à la file , Je vis venir vers moi , qui étofs devant , dix ou douze cavaliers. Llieure et le lieu me firent croire que c*étoient des gens qui nous vouloient prendre. Je me tournai vers Brillet, et M dis qu'il faltoit savoir mourir, et, mettant la main au pistolet , allai droit à eux , qui passèrent outre sansdire mot. Je ne sais ce qu'ils pouvoient cherdier en ce lieu si écarté et en pleine nuit. Nous poursuivîmes notre route sans nous arrêter Jusqu'à Ânet , où le duc de Vendôme eut ordre le lendemain de se retirer avec sa famille.
Tous les gentilshommes qui avoient été , par mon invitation , aux assemblées qui s*étoient faites à Paris, vinrent à Anet, à la réserve d'Avancourt et de Brassi , qui s'en allèrent chez eux . La crainte que de Lié , leur ami , eut qu'ils fussent pris ou dissent quelque chose de ce qu'ils savoient , l'engagea à découvrir au duc de Vendôme le dessein du duc de Beaufort contre le cardinal Mazarin. Le prince me demanda alors ce que J'en savois , et que Je ne pus dissimuler après Taveu de Lié. Il manda à Avancourt et à Brassi de venir à Anet; mais eux qui avoient déjà été gagnés par un nommé Boissi , gouverneur de Pontdormi, et attaché au cardinal, se firent prendre en chemin. On les amena à la Bastille , où ils déposèrent que je les avois fait assembler plusieurs fois, de la part du duc de Beaufort , pour les intérêts de madame de Montbazon , à ce que Je leur avois dit. Cela ne donnoit point matière d'interroger le duc, puisqu'ils avouoient qu'il ne leur avoit pas parlé : ainsi il n'eût pas manqué de nier d'avoir donné les ordres que je leur avois portés de sa part. L'on connut alors que l'on ne pouvoit travailler à son procès avant de me prendre , afin de trouver matière à Tinterroger d'après mes propres dépositions , et de nous si bien embarrasser tous deux , que l'on pût découvrir le fond de Taffalre. La preuve de cette conspiration importoit essentiellement au cardinal , qui ne faisoit que de s'établir dans le gouvernement, et affectant de le faire par la douceur, avoit été assez malheureux d'être contraint , eu débutant , de faire une violence contre un des plus grands du royaume pour son intérêt particulier, sans qu'il parût nulle conviction qui l'obligeât à traiter le duc avec cette rigueur. Le cardinal , désespéré de ne pouvoir persuader les autres de ce dont il étoit entièrement assuré, avoit un grand désir de m'avoir entre ses mains. Il jugea néanmoins qu'il falloit me donner le temps de me rassurer, afin de me prendre avec plus de facilité.
Le duc de Vendôme jugeant, par ce qu'il
EXTBAIT DES MEMOIRES DE IIKNEI DE CAMPIOIf.
avoit appris de Lié et de moi , que ma sûreté dépendoJt de celle de son (lis , me pria de ne bouger du château , prenoit lui-même le soin de me faire divertir, et me traitoit d'une façon trèsobligeante. Il ût aussi demeurer à Anet ceux qui avoient été de nos assemblées. Nous passâmes ainsi quatre mois , pendant lesquels J'eus divers avis par le sieur Pihalière, capitaine des gardes du maréchal de La Meilleraye , et commandant de son régiment d'Infanterie , mon ami particulier, et qui avoit de l)onnes habitudes à
la cour^ que Ton tentoit toutes sortes de voi pour me faire arrêter ; il vint même à Anet po me conter tout ce qu'il avoit appris sur ce suji J'en informai le duc de Vendôme ; et comme lui avois promis de faire tout ce qu'il Juger nécessaire à la sûreté de son fils , il songea i l)ord à me faire sortir de France ; mais la crain que cela ne fit croire le crime que tout le moiN croyoit supposé (par le cardinal), l'engagea à n faire rester, s'imaginant que j'aurois toujounj temps de me retirer s'il en étoit besoin.
V\y DE i/eXTRAIT des MSMOIBES de UEKRI de CAMPION.
MEMOIRES lARÉGHAL VICOMTE DE TURENNE,
comtetiaut