‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 55 sur 89 · KT SUA SRS MEMOIRES · texte numérisé non relu

KT SUA SRS MEMOIRES

ions amenée à ee( effet, deux d'eolre Taprès l'obserTation du citoyen Lenoir , ignèrent ces vénérables dépouilles audit les monuments français.

) 32 messidor de Fan VU de la république, onze heures du matin, nous, Alexandre »( Pierre-Claude Binart , administrateurs soussignés, ayant fait ériger le monument t renfermer les restes de Tnrenne , et y cet eflfet fait pratiquer une concavité, avons rer ledit cercueil du lieu où il était d'àlosé , duquel nous fîmes enlever le vitrage vait été placé , et dans Tintérieur fîmes stte inscription gravée sur une plaque de

restes de Henry de la Tour d'Auvergne , de Turenne, tué d*un coup de canon le i 1675, à soixante-quatre ans , près le vil- Salzbach , exhumés en 1793 de Tabbaye it-Denis, où ils avaient été enterrés, ont leillis parles soins d'Alexandre Lenoir, ir du Musée des monuments français , et dans le sarcophage qu'il a fait exécuter, dessins , par arrêté du Directoire exécu- 1 VU de la république française , une et Ue. »

qui étant exécuté , nous fîmes à l'instant ledit cercueil d'une planche de chêne, ) étant scellée , et l'inscription rapportée 18 y ayant été replacée, nous susdits , aditenrset conservateurs, avons fait transedit cercueil au lieu où était érigé le mo- , où, étant arrivés, nous le fîmes, en présence, placer dans le sarcophage par ïttoyens Sauvé frères, auquel dépôt ast lesdits citoyens Ambroise-Robert Le- : Jean Pachcz, ouvriers audit Musée, et , nous soussignés , fîmes poser et sceller mnement qui termine le monument, loot ce que dessus nous avons dressé le pré- )Gès- verbal , lesdits jour et an que dessus, mstater l'exécution de l'arrêté du Direc- Lécutif , et pour laisser un monument de 6nération pour la mémoire de Turenne.

» Signé: Lenoir, BmABT, A. R. Lbsiecr,

PACHBZ,SAUVÊatoé,etP.SAUVÉ. »

lit réservé au premier consul Bonaparte Ire les derniers honneurs funèbres au plus lomme de guerre du XYIP siècle , et de lui an dernier lieu de repos , non moins ho- I que celui que lui avait assigné le roi LIV. Le monument érigé à Turenne dans e de Saint-Denis avait été préservé de roction et transporté au Musée des mois français. Suivant l'arrêté du premier on l'enleva de ce lieu pour le placer dans de de Mars ( église des Invalides ) , et le o maréchal y fut de nouveau déposé avec et solennité. Voici la relation de cette céd:

a La translation du corps de Turenne s'est faite le cinquième Jour complémentaire , an YIII, ainsi que l'avait annoncé le programme. A deux heures , le ministre de l'intérieur et le ministre de la guerre se sont rendus au Musée des monuments français, ruedesPetits-Augustins, accompagnés d'un grand nombre d'ofGciers généraux. Là , ils ont trouvé le citoyen Desfontaines , professeur du Jardin des Plantes , au patriotisme et au courage duquel on doit la conservation des restes de ce grand homme, et le citoyen Lenoir , administrateur du musée , qui le premier a pu les recueillir honorablement. Le corps de Turenne avait été placé au milieu de la salle des monuments du XYII* siècle. Devant lui , sur un brancard couvert de riche draperie , on avait posé l'épée qu'il portait le jour de sa mort , et le boulet qui l'a frappé (1).

» Le citoyen Lenoir , en présentant le corps au ministre , a fait un discours auquel le ministre de l'intérieur a répondu quelques mots improvisés , puis le cortège s'est rois en marche. Le corps était placé sur un char de triomphe, décoré avec beaucoup de soin , de goût et de magniûcence , traîné par quatre chevaux blancs. Un cheval pie, semblable à celui que montait Turenne et que connaissait si bien son armée , couvert de harnais semblables, marchait en avant du char, conduit par un nègre vêtu de la même manière que celui de Turenne. De vieux guerriers portaient ses armes, de vieux guerriers entouraient son char; les généraux : Berruyer, général de division; Aboville, général de division; Vital, général de brigade ; Estourmel , général de division, (ce dernier, parent de Turenne par son épouse), marchaient aux quatre coins; les ministres suivaient ; les citoyens Lenoir et Desfontaines faisaient partie du cortège ; il a marché dans le plus grand ordre jusqu'au dême .des Invalides.

» Au moment où il est entré dans ce temple si majestueux, si digne de renfermer les cendres des grands hommes , une musique militaire grave et touchante s'est fait entendre. Le ministre de la guerre , si digne d'apprécier le mérite militaire , si bon juge de ceux qui le professent, a prononcé un discours noble, décent, tel qu'il convenait à la circonstance et à son caractère personnel. Il a Gni par un mouvement oratoire d'un très-grand effet et d'un genre véritablement antique.

D Ce discours a plusieurs fois été interrompu par des applaudissements.

» Le corps de Turenne a ensuite été déposé dans le monument qui le renfermait à Saint-Denis. Ce monument a été placé dans une des parties latérales du dême, par le citoyen Peyre. On ne peut assez s'étonner que ce travail ait été ter- Ci) Ces précieuses reliques appartenaient à M. «Je Bouillon, Pun des petits-neveux de Turenne , qui voulut bien les confier pour cette cérémonie.

NOTICE SUB LE VICOMTE DE tUBENNE

miné dans le court espace de temps qui a été donné à cet artiste, et on doit admirer le goût avec lequel il a choisi remplacement. Ce mo^ nnment est beancoop mieax placé qu'à Saint- Denis.

» Le ministre de la goerre a posé sar le cercueil qui renferme le corps, une couronne de laurier, et le ministre de l'intérieur y a placé une botte d'acajou renfermant des médailles et des inscriptions.

V La cérémonie a été terminée par une symphonie militaire. On a tu des larmes couler des yeux de plusieurs vieux soldats à cette solennité auguste. »

Enfin, les habitants de la Sonabe n'avaient pas moins honoré la mémoire de Turenne, en laissant en friche, pendant plusieurs années, la place où il avait péri , en conservant soigneusement l'arbre sous lequel il s'était assis un instant avant sa mort. Cet arbre devint l'objet de la vénération publique et le but des pèlerinages des voyageurs , comme le fut le laurier de Virgile , le mûrier de Shakspeare, le pommier de Newton et le peuplier de Pope ; on s'en est disputé les derniers débris. Le cardinal de Rohan fit élever, en 1781, un monument à la place de ce même arbre; presque entièrement détruit en 1801, il fut restauré par les soins du général Moreau , et l'on ne peut passer à Saitzbach sans aller se prosterner au pied de ce monument élevé en l'honneur d'un des grands noms et des grands hommes de la France.

Le vicomte de Turenne profita des premiers loisirs que lui laissait la paix qui suivit le traité des Pyrénées, conclu à la fin de Tannée 1659, pour s'occuper de recueillir les souvenirs de ses campagnes passées , et retracer les événements auxquels il avait pris part comme maréchal de France , ou comme Frondeur.

11 écrivit les Mémoires de sa vie, sans remonter toutefois au delà de la fin de l'année 1643 , qu'il avait passée tout entière à l'armée d'Italie. Le Roi le rappela après le siège de Trein , et lui donna ensuite le commandement de l'armée d'Allemagne, où le vicomte de Turenne se rendit en qualité de maréchal de France.

Les Mémoires du maréchal de Turenne retracent donc les événements civils et militaires arrivés pendant les années 1643 à 1659. Il les divisa en trois livres : le premier contient les guerres d'Allemagne (1644-1648); le second, les guerres civiles de France (1649-1653) ; et le troisième les guerres de Flandres ( 1654-1659). Turenne raconte toujours à la troisième personne , comme l'a fait César, et Ton remarque surtout l'extrême simplicité du style ainsi que la clarté de la narration ; car il s'agit d'un homme qui a passé « pour avoir toujours eu en tout , comme en son parler, de certaines obscurités qui ne se

(1) Mémoires da cardinal de Reti.

(2) Dans ses lettres, lorsqu'il parle d'ane victoire , il

sont développées que dans les occasions, miii qui ne s'y sont développées qo'à sa gloire (1). t

Ainsi qu'on devait s'y atteiidre de la part <r« homme vraiment supérieur , le vieomte de Ti" renne avoue ingénument ses Crafei ^, sanscko^ cher à les déguiser ; mais il ne met pas mofaiéi soins à pallier celles qui fbrent eommiflei pir les généraux combattant soos ses ordres. Kl l'année 1649, la coar, retirée à Roel, se Mm^ mina, par les conseils de Mazarin, à aanéger H* ris. Cette conduite fut publiquement blâmée pir le maréchal de Turenne; il témoigna même an envoyés du ministre tout Fétonnement qae M causait une pareille détermination. Il fit àt^rn même temps à Mazarin , que s'il persistait ém| ses projets, il ne devait pas compter sur son eoacoors. Tels sont du moins les motifo énoncés pir Turenne , pour justifier , autant qae faire se peÎÉ, la conduite d*un maréchal de France , anesari aux Frondeurs, qui avaient chassé le Roi de il capitale , l'armée qu'il commandait pour le le^ vice de ce même Roi. Ce fut aussi Pacte qsik retint dans le parti de la Fronde après le Inli de Roel. Mazarin, du reste, selon son priaeipi, avait manqué , après ce traité , à toales ks pih messes faites solennellement à la maison è Rouillon. Turenne s'associa donc au parti qà combattait pour la liberté des princes du sssfi et il signa un traité avec l'Espagne. Taresm raconte, dans ses Mémoires, cette partie de il vie , mais il y emploie l'ingénienz artUlee iiH diqué ainsi par un de ses panégyristes : c Ni* qu'il est impossible de passer sar des choses qM tant de sang répandu a trop vivement marqatai montrons-les du moins avec l'artifice de eepeittre qui , pour cacher la difformité d'an visigii inventa l'art du profil. i»

Le duc de Rouillon et le vicomte de Téihbi furent compris dans les déclarations enragiiliétf au parlement , contre les partisans des priaes, pendant les années 1649 et 1650; mais Hsaceaptèrent l'amnistie au mois de mai 1651. Restés II* certains pendant quelque temps sur le parti qrt avaient à prendre, au moment de s'engager ane le prince de Condé dont ils avaient aooeplê lu premières conditions d'un traité discale enlr^ eiif ils furent gagnés par la cour et ne se détachtewt plus jamais de ses intérèts.Leur réconciliatioBafee le Roi donna lieu à un écrit intitulé : L'oMtnsMf des illustres sujets. Mais le service immense qseli maréchal de Turenne rendit an Roi blenléCapfli» en gagnant une victoire à Rlénean , firent oMff sa faute. C'est au retour de ce combat, qae h Reine mère s'écria en le voyant : « Yoos vesH de mettre une seconde fois la coaronne sar II tète de mon fils, d Et cette même vieloire, ee|MSdant , est indiquée dans les Mémoires de fr renne, comme <t an avantage de peo de consM" ration. »

dit : Nous l'avons remportée; cl lorsque c'en mt^ faite : J'ai été battu.

ET SUR SKS MRMOIRRS.

%\fl

Ueré dans U religioa réformée ( 1 ) i le yicomte rareone persisU long-iemp» dans ses croyao- » «C ee ftit poar loi la source de plos d'un tade à son aranceaicnt dans les dignités de al, d*où étaient exelns ceux de sa religion. «ue n'en éponsa pas moins, en l'année 16d3, lemoiieUe Charlotte de Canmont La Force , tesUnte anssi, et qni moamt en 166$ , sans am^ laissé d'enUnts.

tas ses Mémoires ^ le TÎeemte de Tarenne se slie sartoot extrêmement sobre de blâmes ; il ppnNiTe cependant pas toujours la conduite ses amis , non plus que celle des ennemis qu'il àk à eombattre. Cette particularité donne donc m Mémoires un degré de plus d*autbenticité fexaclitode, fondé sur la réserre même que I IroaTe toujours dans ses jugements.

IKi reste, un passage de ses Mémoires peut irir à confirmer l'opinion que nous atons isadans notre Notice sur Pierre Lenet, que ne des principales causes qui déterminèrent prinee die Condé à faire la guerre à Mazarin ,

I b désir d'acquérir des gourernements imfffanls, qui doraient le rendre redoutable au WÊÊm ministre. On lit en effet le passage saisi dans les Mémoires de Turenne :

c n est bien rrai que madame de Longueville M. le prince de Conti négoeioient avec Mazai, par le moyen de madame la princesse Paliae, etpromettoient que M. le prince se ra- Mciroit pour le retour de M. le cardinal s'il lift ee qu'il demandoit ( le gooTemement de la riemse pour lui et celui de Provence pour son in), s

II si Maaarin surmonta les difRcoltés de toute tare qui l'enveloppèrent pendant la minorité ilel, c'est que « Tassiette des esprits de presm loeles les personnes de qualité de France ne Mandait qu'un désordre , pour se faire ache r Maelier. » Turenne ne se dissimule pas non lm|C qn'U yavoit beaucoup de personnes méconmésta ministère de M. te cardinal Mazario, » feesi les troubles ne recommencèrent pas vers

ifôS, c'est que c l'on se ressouvenoit des qu*un chacun avoit ressentis dans ces dé-

fi) Henri de La Tour , vicomte de Turenne , père du ■Mal de ce nom , avait été premier gentilhomme de ctaDBbre de Henri lY, et un des premiers qui le re- ■nrenl pour roi de France. On voit même» par un le original portant une signature autographe . et qui partient à la Bibliothèque du Roi , qu'il coodoislt imitatement à ce rot « une levée , faite en Guyenne , de m de guerre , tant de cheval que de pied ; lesquelles ■s avens amenées à Sa Majesté, estant en son armée rasU Paris, dès le mois d*août dernier (1588). » ■ri lY lui fit épouser ( 1591 ) Charlotte de La ■rd[ , dnebesse de Bouillon, princesse de Sedan , etc., nt II n'eut pu d'enfanu. Il la fit tester en sa faveur m avant sa mort (1591). Les chroniques prétendent âme qu'elle était morte quand on lui fit signer le tes- SMnt. Créé maréchal de France cette même an-

Turenne devait être alors bien informé, car il nous apprend que, « cet hiver (1655) se passa dans une entière confiance du Roi et de la Reine pour M. le cardinal, qui avoit toujours une grande considération pour M. de Tarenne , lequel sçavoit autant que personne les intérêts de la cour les plus cachés. »

Celte considération que le maréchal de Turenne s'était acquise à la cour ne fit que s'accrottre pendant les années suivantes; la mort de Mazarin 7 ajouta encore. Dès ce moment , personne ne fût au-dessus du crédit du vicomte de Tu-* renne. Sa famille en ressentit de salutaires effets : son neveu, Emmanuel -Théodore de Bouillon (2), fat élevé au cardinalat , en 1667, et plus tard , sa turbulence ne donna pas moins d'humeur à Louis XIV que celle du père et ceHe de Tonde de ce cardinal n'avaient donné d'inquiétodes à la reine régente. Mais Tannée suivante, 1668, le roi de France devait encore donner une preuve plus grande de Testimc qu'il faisait de la personne du vicomte de Torenne, par son intervention personnelle, pour faire faire à Maurice-Fébronie de Bouillon , dite mademoiselle d'Evreux , un mariage auquel sa naissance ne Teût jamais élevée, sans la protection dont le Roi Thonora à cause de Turenne. C'est ce qu'on apprend par de nombreuses lettres diplomatiques , dont nous ne citerons que la suivante :

Jf. de Lionne à M, de Gravel.

Le 8* jour de mars, 1668.

« Je profite de Toccasion d'où courrier que Ton> dépesche à Munich, pour vous dire qae le Roy a en très-agréable la pensée que M. le prince Maximilien, frère de M. l'électeur de Bavière, a lesmoignée d'avoir d'espouser mademoiselle d'Evreux , fille de feu M. le duc de Bouillon , et niepce de M. de Turenne, et qae Sa Majesté souhaite beaucoup que cette affaire poisse réussir, mesme par toutes les raisons de son service que vous jugerez assez. Sadite Majesté désire , si vous estes encore à Munich, que vous en parliez vousmême de sa part à madame TEIectrice, lui té-

née , il fût en grande faveur jttsqu*i la mort de ce roi , de qui 11 recevait de nombreux présents ( le dernier, 1610 , était de quarante mille livres . dont le reçu eilste aux titres originaux de la Bibliothèque du Roi ). Turenne devint suspect à Louis XIII , comme chef des huguenots; sa mort arriva en 1623. Il avait épousé en secondes noces la fille du prince de Nassau , fondateur de la république de Hollande. C'est lui qui força soi* neveu, Frédéric Y, électeur palatin, k se déclarer roi de Bohème (1619) , disant : « Le Roy a (kit des cbe-valiers du Saint-Bsprit . et moy un roy à la barbe de TEmpire. »

(2) Il passait pour être né à Rome , pendant le voyage^ de son père (1614) , créance à laquelle II ne s*opposr pas. Le cardinal Maldachtnl disait de lui : il cardinale Boglione , il eardinak CoçHone.

NOTICE SUfi LE VICOMTE DE TURENNB

inoignaot qu'elle prendra pour une preuve et un effect signalé de raffection que S. A. R. lui a promise, sielleveul bien s'employer efficacement pour faire que M. TElecteur agrée que ce mariage-là se fasse et sans aucun délay ; à quoi vous pourriez ajouter que ledit sieur prince Maximilien, outre les advantagcs de la dot dont il est fort satisfait, témoigne encore grande inclination pour la personne. Si vous estes desjà retourné à Ratisbonne, vous en parlerez à M. Mayer dans la mesme manière que je viens (le dire , afin qu'il veuille bien en escrire à madame TElectrice. J'honore à tel point M. de Turenne, et sais son serviteur si passionné , que je puis vous avouer, qu'en mon particulier, vous ne trouverez jamais une occasion de m'obliger qui me soit si sensible que celle-cy (1). »

Mademoiselle d'Evreux épousa donc, en 1668, le duc Maxiroilien-Philippe, frère de Télecteur de Bavière. C'est aussi en cette même année que Turenne abjura le calvinisme et rentra dans le sein de l'Eglise romaine.

Six ans après (1674) , Turenne , fatigué des grandeurs du monde , songea sérieusement à se retirer chez les pères de l'Oratoire; Louis XIY fut même obligé d'user de son autorité afin de prévenir ce malheur pour la France , au moment où de nouvelles guerres réclamaient encore les talents du maréchal.

Mais le Saint-Siège apostolique, alors gouverné par Clément IX , ne devait pas laisser échapper Toccasion d'acquérir au sacré collège l'illustra lion d*un nom tel que celui de Turenne ; aussi le Pape envoya-t-il à Paris pour engager le maréchal à persister dans sa pieuse résolution de se retirer chez les pères de l'Oratoire, et Clément IX lui promettait que, bientôt après, le chapeau (le cardinal lui serait donné (2). L'influence royale l'emporta cependant , et l'année suivante Turenne mourut. Madame de Sévigné écrivit d'admirables (!hoses sur cette grande mort (3).

Au moment de se rendre sur le champ de bataille , et ce devait être pour la dernière fois , Turenne signa la dépêche suivante , adressée à M. de Louvois , dans laquelle il rendait compte (le la position de son armée. En voici les termes (4) :

(1) Malgré les bonnes dispositions du prince Maxlmllien , rélectrice douairière s'opposa long-temps à ce mariage; il fallut même les instances réitérées du Roi poar triompher de TopiniAtreté de cette princesse ; et en donnant son adhésion h cette union , elle eut soin de déclarer que c'était uniquement pour complaire au Roi.

(2) Ce fait peu connu est constaté par les papiers diplomatiques de cette époque.

(3) La cour de Rome, cependant, était loin de partager les regrets de madame de Sévigné sur ce funeste (événement. L^abbé Servien écrivait de Rome le 15 août 1675:

« L'abattement où nous sommes de la mort de M. de Turenne est très - grand , dont le pape triomphe secrètement et les Espagnols en public , le cardinal Ni-

<c Je vous manday, par ma dernière lettre, comme J'allois marcher , et ainsi après avoir fiât retrancher les camps à Freyst et près Bischer, je partis avant-hier de bon matin et allay à a village, une lieue au-dessoas de Renchen, et y passay la petite rivière qui porte ce nom de Reachen , qui estoit le quartier qoe j'avoia ùit pnidre à M. le chevalier Du Plessts.

» Je fus, le même jour, avec quelqoe eavalMk jusques à Gramshorst, et m'en estant revena m quartier , je commandai les dragons à minuit, afin de voir si les ennemis prenolent le poste de Gramshorst. Ils trouvèrent la nuit an grandcorpi à une heure de mon quartier, ce qoi obligei M. de Boufflers de se retirer jusqnes à la pdMe garde , en escarmouchant tousjonrs, et voyaÉ qu'on vouloit le couper à un qoart-d'heore dB jour, l'ennemi, qui avoit un trèsîgrand corps qM le prince Charles commandoit , et qui estoit ViH pour enlever le quartier de M. le chevalier Di Plessis , poussa la teste des dragons et cent Cliquante maîtres commandés. M. de Vaabnio,qri s'y trouva, fit très-|^ien et fut blessé au pledsfli aucun danger; néantmoins cela i'empescheradB servir si tost. M. de Ranne s'y rencontra ao«l, qui fit tout ce qui se peut en pareille occasioi; et M. de Lislebonne, qui'y estoit allé et n'avril pas voulu le quitter , y reçut trois coups d'épée dans ses habits.

0 Comme le jour commençoit , on fit avaiMir de l'infanterie. M. de Boufflers ayant arreilf jusqu*à ce temps-là un corps de quatre ou dif mille chevaux ou dragons de l'ennemi , M. Jk Plessis se mit à la gauche, et M. le dacde Sarift qui estoit de jour, à la droite, dans les lien avantageux , et firent avancer avec tant d'oidn l'infanterie, que, l'ennemi après avoir tenu kam un peu de temps , commença à se retirer anrt que le jour fût grand.

» On dit qu'il a perdu assez de gen8,qaoyqa1 n'en soit pas demeuré plus de vingt on Tingt-di| sur la place. M. de Tracy estant seul et eroyol voir une des troupes de Tarmée du Roy , se wà au milieu de celles de l'ennemi, et ainsi fut M prisonnier.

» Il y a eu quelques officiers et soldais A Rouargue tués ou blessés, le régiment ayant trèt-

tard en ayant receu et recherché les complimensdelM ccui de sa faction. »

On répandit bientôt après des bruits ffâcheui poir II réputation des armes ft'ançaises. Le cardinal d'EittÉi en rendait compte par sa lettre do 28 août i9I& :

« Les Espagnols n'ont oublié aucun artifice pow# goiser l'échec que Parmée de TEmpereur a recenapiW mort de M. de Turenne, et ils en ont fldt Imprimer dl relations pour envoyer à Naples et en Sicile, ansqadb nous ne manquerons pas d'en opposer d'antres. TtÊfiÊ qoe la présence de M. le Prince produira de plos gnid avantages. »

(I) Cette lettre fait partie du riche dépôt des areUie du ministère de la guerre , confié aoi soins de M. lefé néral baron Pclet, à qui nous en devons robligeanie < munieatlon.

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