ET SUR SES MFMOIRKS
le mesme que les commandans do corn-
archay daos le mesme temps et irias deGramshorst, à ud demi-quart d'heure [ne j'ay sur le Renchen , dont je vous ay
lioia à dire que Caprara, avec un corps erie de l'armée enuemie et Tinfaoteric l tirée de Fribourg, devoit attaquer le de M. le chevalier Du Plessis de l'autre Seace (?), eu mesme temps que le prince n-deçà.
08 hier près de Gramsiiorst, à un demieare du pont que j'ay sur le Renchen , (avez déjà esté informé, et m'ayant esté ce matin qu'il y avoit beaucoup de bruit Etenchen, et ayant remarqué qu'il n'y I, je suis revenu du costé du village de rst, où j'ai trouvé de l'infanterie des en- I s'estoit saisie d'une église et d'un ciet quelques troupes de cavallerie qui la rent, et m'cslant un peu plus avancé, i vu an corps d'infanterie et les ennetMirricadoyent un village qui soustcnoit
se.
iQSsitost fait avancer de l'infanterie d'un » dragons de l'autre. La marine royale i teste ; le camp s'estant ainsi trouvé et Rouergue après , et ensuite les deux I de Montmoulh, l'ennemi estant dans -bonne église avec un cimetière qui a ts murailles soutenues de quinze cents de pied , que Leslé , lieutenant du mai-camp? commandoit, et Rabatia la cail y avoit de la difTicullé de le forcer. cquiDCOurt a esté tué à Roisleau , en se rès de là. On a fait avancer quatre pesés de canon, et à la quatrième volée ie a donné, le corps du régiment royal rine tout entier, et Rouergue aussi, et lis par gens commandés, qui, avec leur aire et par leur mouvement, ont donné \ de chaleur à l'action. M. de Feuquières bien fait, et M. de Montpezaux, ayant bien suivi des officiers et soldats de leurs
a bien eu plus de quatre-vingts hommes imi tuez et autant de prisonniers , dont lieutenant-colonel du régiment de Soûle chevalier Du Plebsis, qui a le seing de 'ie , a eu une petite contusion, et M. de [ ane un peu plus forte. M. le comte (ne estoit de jour. M. de Roufflers, avec ins , y a très-bien fait. On a poussé les josqaes an-delà du pont, et ils se sont ans leur camp.
nande ceci légèrement , et je ne peux cher d'ajouster que c'est un domage exaToir perdu M. d'Hocquincourt. J'ay en- « de deux cents prisonniers au quartier I Lorge est retranché. Les armées sont de voir continuellement des actions, et c. D. M., T. m.
comme il y a grande apparance que l'armée de l'Empereur sera renforcée par les Cercles, il seroit bien nécessaire que celle du Roy le fust. On a tant de postes diflTérens, à quoy la nécessité oblige, que l'on est tous les jours à la veille de voir des actions bien extraordinaires.
» TuBBNNE.
>»Deux charetles de munitions de l'ennemi se sont égarées et sont venues à nos gardes avancées, au lieu d'aller à cette église , et ont été prises. Je crois qu'au commencement, l'ennemi ne vouloit que couvrir les fourrages; mais Leslé, qui commandoit, voyant un si beau poste, manda au quartier-général, qui n'en estoit qu'à une heure, qu'il le soutiendroit. Il y a eu quelques officiers d'infanterie blessez, dont on envoyera la liste.
» II sera entièrement nécessaire de faire ad~ vanccr des munitions en ce pays et des armes pour l'infanterie ; j'en ay escrit à M. de Charchiel. L'ennemi a beaucoup plus de canons que l'armée du Roy. Si je n'aydois et par des promesses et par l'argent , je n'aurois pas la moitié d'officiers pour servir celle que j'ay. M. deTracy ayant été fait prisonnier, je fais servir M. de Rubentel à sa place, attendant les ordres du Roy.
» Je crois que S. M. pensera à M. d'Essonville pour le régiment des dragons de la Reyne , dont il est lieutenant-colonel, et aussi à M. de Givry, qui a beaucoup de mérite, pour quelque établissement plus solide. »
Cette dépèche arriva à Paris , et une heure après, lorsque AI. de Louvois avait à peine fini de lire cette longue lettre , un nouveau courrier lui apporta un écrit entièrement chiffré et signé par M. deVaubrun. Quel ne dut pas être son effroi à mesure qu'il en déchiffra le contenu, en ces termes (1) :
A Wideraken, ce 27 juillet, à trois heures après midi.
a M. de Turenne vient d'estre tué d'un coup de canon en mettant ses troupes en bataille devant les ennemis qui marchèrent hier, comme je vous le mandois , par Ribol , et on les a trouvez en arrivant sur le bord du ruisseau de Sasbach, qui est celui qui sépare les armées , la nostre ayant marché dès la pointe du jour. Vous voyez bien qu'il ne peut y avoir de blessure qui m'empesche de monter à cheval , pour tascher d'estre utile au service de Sa Majesté tant que je vivray. Je ne vous sçanrois encore rien mander de ce que feront ces deux armées; je monte à cheval dans cet instant pour aller trouver M. de Lorge. » Je suis, Monseigneur, absolument à vous
» N. nB Rbactbu nB Vaubbcn. »
(1) Noos copions l'original même , ainsi que celui de la lettre précédente.
su
ICK 5UB LE VICOUTE UB TUBENNE
On a tant écrit sur la mort de Turenoe , ton- | les les circonitaaces en sont ai connues, qu'il noDs seoilile inutile de les rappeler. On aimera ' mieax trouver ici qaelqoes particularilés nouvel- ' les que noos avons remarquées dans des docn- 1 ments, les nns raremeul étudiés, les autres ignorés jusqu'à cejonr. Noua ne pouvions pas en par- ; 1er dans le cours de cette Notice sans eu interrompre la suite, mais roaiulenant nous devons tes recueillir , puisque ces parlicularitéa ajoulenl i quelque chose à ce que nous saTionssor l'illustre j personnage, qui, dans ses propres Mémoires, | raconte si madeElement ses hauts faits. |
Le caractère de Tureoue fol exempt de mor- I gue; il dul cette grande qualité à ses premiè- , res habitudes et à sa naissance. j
l.a proleclion de la maison de Nassau n'avait | pas cessé de soutenir ses neveux i la cour de i France ; elle leur avait été d'un très grand secours. Turenne surtout, qui n'était que cadet tie famille , avait grand besoin d'en ressentir les 1 effets. De bonne heure il avait été exposé à se trouver au milieu des splendeurs de la cour , où il était admis à cause de sa naissance, mais sans | se laisser entraîner aux dépenses excessives qui s'y faisaient. Sa mère, Isabelle de Nassau, l'habitua à lai rendre compte de ses actions par 1 de fréquentes lettres. C'est dans ces lignes que | Turenne nous retrace, avec une grande naïveté, les premières impressions qu'il éprouva en se préparant à figurer dans le monde. En 1G2C, âgé seulement de quinze ans, il écrivait à sa mère, de ! Paris, le 10 novembre : I
« J'étoischez madame votre sœur , qui n'a pas i trouvé trt^ cher un cheval de Bague que j'ai acheté. 11. est fort beau et fort glorieux sur le pavé; il me rendra bon gendarme, car Je courrai Ions les jours : Il tue coûte cent écui. n
« Le 10 décembre de la même loiiép.
n Ha sceur est allée faire sa révérence aux deux reines ; elle me lit l'honneur de me prêter jeudi deux de ses chevaux , avec le carosse que madame de Nemours me prêta; cela m'accommoda 1 fort , car autrement j'eusse gâté à cheval mon ha- | bit neuf qui a été trouvé fort beau, n
Admis an ballet du Roi l'année suivante, ' 16:27, il n'élait pas des derniers à sejeleraa mi- i lieu de la preêtt pour pouvoir entrer dans la salle , de spectacle, et un soir qu'il s'y trouvait avec ' le Roi, il remarquait que ce prince u n'avott jamais été si gaillard qu'alors, car il se mettait à la presse comme les autres. 20 Février 1627. B
Turenne pratiquait toejours avec nn certain plaisir les usages du protestantisme : a Encore que l'on soit en carême , écrivait-il à sa mère , je ne laisse pas de manger de la viande dans ma chambre. « Les levons d'armes, de danse, les professeurs de langues latine, allemande, fla-
mande cl les mathémaliques, partage temps de ses éludes, il écrivait de Lahi Paris , à sa mère , celte letlre en date d tobrel627 :
0 H. Jusiel m'avoil dit qu'il meviemi une fois à Lahi, et qu'il preodroit la m'inlerroger de mon latin. J'explique for après le manège dans les commentaires i où je me plais plus qu'en aucun livre. Oi la peste s'augmente fori à Paris , ce qi pèche d'y aller. •
18 Janvl
« Je m'avance le plusqa'il m'est p«s les mathématiques, ayaol passé Ions I
L'année suivante, 1630, il figurait tête d'un régiment qui lui appartenait : à ce malin le Roy , écrivait-il encore k ; de Lyon 29 août 1630, qui m'a fait fa chère , et m'a demandé des nouvelles d giment, et qu'on lui avoit dit que c'étoii leur de l'armée. Il le verra demain. »
Turenne avait le bon esprit de borne penses pour ne pas excéder ses ressosri niaires; cepeudant il n'abandonnait pa prérogatives auxquelles il avait droil naissance , qu'il no négligeait sa loilelle sirs et les moyens de s'élever; il noua 1 lui-même par les lettres qu'il adressait à dont voici quelques fragments :
1 Le chevalier de Saint-Simon a pai frère pour parler au Roy de l'entrée df rosse dans le Louvre : cela se doit prc conï'eit. »
n Uon frère avoit trouvé nécessaire' fisse encore faire un habit, n'en ayant à porter, mon noir et le mien rouge en que je porte fort et qui passe. On recou loutesfois, que ce n'est pas un habillai heure. Tout le monde, jusqu'au moim pensent prodigieusement , et ils s'imag cela est honteux de porter deux fois, grandes assemblées , des liabils qui lei deux ou trois mille francs. C'est une gr de se ruiner au point qu'ils le font, pou ses qui meitent si peu un homme en ré|
l'J Avril 1633. à L
t Madame la princesse d'Orange quérir pour aller à la campagne avoe M. et elle ; il n'y avoit que le comte Mi RiiigraO et moi. Un y a demeuré depn jusqu'au samedi au soir. On y a fait un
wlceliHi mediguisa dans aavilageen paysanne: ililiuiil tws qa'ils n'oDl jamiig rien va de si et frojiUe. >
Ptrb.lOiTTillA».
( faTOis acheté un carosse à deux chevaux pMt mon mariage ea UoUande ; H. le cardinal kl» Valetle ne me oonseilie ni celai-là ni aatatBiJea'r IroaTede grands avaDlages. n
Eo 1641 , Torenne élail à J'armée d'Italie , el l'ia de ses revenus les plus certains c'était son Initemenldemaréchal-de-camp, monlani i sis tits livres par mois (1). Hais les dépenses faites ur les ofHciers pendant le temps de repos que liver lear laissait, furent si excessives cette naée-là, qn'nna ordonnance du Roi inlerliit l'année saivanle, 1642, poor leur dëfenka le séjour de Paris. En voici l'annonce content dans ane lettre de Losis XIV, adressée à i. Le Tellier.
«Hmi cousin, considérant la despense i lallrile le séjour de Paris engage les officiers de Niannées pendant l'hyver, et que la plaspart tatre eux consomment en desbauches l'argent |He je leur fais donner pour leurs troupes, j'ay ifcl expédier une ordonnance pour deflèndre aux iwli et officiers de mon armée d'Italie de venir Paria et k ma coar, pour qaeique caase que ce rime esire, et de quitter leurs charges. ùTexiplipa seulement de ceux qui auront ordre de in les recrues de leurs corps, auxquels je tmets d'aller à Lyon pour en toucher l'armI, et de là aux lieux d'assemblée de leurs Knies , ayant pourveo à ce que le fondz des revnde madite armée soit porté audit Lyon, pour ■r estre distribué dans le mois de janvier proitin, et j'ay bien voullu accompagner ladite ormnance de cette lettre, pourvous dire que mon lantïon est que vous la fassiez publier el teniez main à ce qu'elle soit ponctuellement observée , sirant qne vous fassiez chastier excmplaire- (Bt ceux qui y contreviendront, par les peines M Tons estimerez convenables. C'est ce que je «ndiraypar celte lettre: priant Dieu qu'il vous t, mon cousin , en sa sainte et digne garde. ■ Eecrit à Saint-Germain -en-Laye, le IS' no- Olbre 1648.
D Locis. u
ABn de résister à ces occasions fâcheuses pour I officier sans fortune , Torenne dut employer
'i) Qulitaoce revêtue de la tignaiure de Tarenne.
M dn 10 octobre 1611 . el conMrvfe à la Blbllo-
qne du Rot I litres origlnaui).
q Dèi le mois de juillei , on iranimeiuil à Le Tel-
r les ordres luivanls, au lojet de H. le duc de
■Uh»:
I Honiiear. Ttsiai auquel le trouTC M. Te duc de
alÛon, obligeant à voir les pacquets qui lu; lonl en-
m el le* neni. el rinienilon du Rot n'eiiant pas
! cela pr^ndicle aucunement à ccui qui m mm cou- '
ET HVR SES UÉHUIUES.
cette force de caractère et de volonté dont il donna tant de preuves dans la suite. (2cs mêmes dispositions te préservèrent encore des dangers que courut plusieurs fois le duc de BouilloD , son frère, lequel se jeta dans toutes les enlreprisee contre Richelieu , projetées pendant les derniers temps de la vie du cardinal ministre ; peu s'en fallut que la conjuration de Cinq-Mars ne coùlil la vie à ce due [2). Il est facile de se convaincre, par les documents suivants, que, contrairement à l'opinion généralement re;ue, ce ne fut pas l'abandon fait par Bouillon de sa place forlede Sedan qui le sauva d'une condamnation à mort, mais réellement la protection du prince de Nassau.
Richelieu craignit un moment, après la couspiration de Cinq-Mars, d'être renvoyé des affaires. Pour effrayer le Roi , le cardinal dépêcha en toute hdte, au prince d'Orange, pour le prier de le souteoir de son crédit, cl, dans ce but, le moyen le plus sûr élail de menacer le Roi qne, dans le cas où Richelieu serait renvoyé dn ministère, lui, prince d'Orange, accepterait les offres de l'Espagne. Celle prière du cardinal ministre eut un plein succès, comme on le voit par les pièces suivantes :
Leilre de M. le prince d'Onnge à M. le cardinal de Richilieu.
D'Ordlogben , le ISJulllet 1612.
n Monsieur, je remets à M. le comte d'Estrades à vous expliquer les véritables sentimens que j'ay pour vostre santé et pour tout ce qui regarde vos inlêrcsls et vostre service, dans lesquels je scray toujours envers tous et contre tous. Vous ajouterez foy, s'il vous plaist , en tout ce qu'il vous dira de ma part. Je vous demande, Monsieur, pour marque de vostre amitié , de sau ver la vie à mon neveu de Rouillon, et do considérer ma sœur la douairière, qui n'a de bien que celuy du domaine de Sedan, n
Ullre de M. te firinee d'Orenge au Roy.
D'Ordingben. le 18 Juillet 1«19
« Sire, je supplielrès-hamblement Vostre Majesté de m'accorder la vie de mon neveu , le doc
pabieg d'aucune cbose coDIre son •ervlce , J'ay fili bire un pacquet de loat ce qui t'eit trouvé avec eeni dndlt sieur duc , et j'aj cru voua en debvolr advenir, affin que charitablement voua rasiiei rendre tontes le* lellrei i ecui à qui ellei (ont adres>«ei ; c'eai le teul lobject de celle leilre el de voui Mwnrerqoe Je luli. Monsieur. voBlrc très-humble et Irèi-atIteUonoé serviteur.
S Noveas.
■ A Lyon, I* 13 juillet IfttS. ■
NOTICE SUB LE YICOMTB DB tUBBNKÊ
de Booillon, et de le retenir poar son crime dans ooe prison perpétaelle.
» J'ay prié M. le comte d*Es( rades de dire à Voslre Majesté les offres qui me sont faites de la part des Espagnols.
« Si les bruits qui courent, qae M. le cardinal dac n*e8t plus dans les bonnes grâces de Voslre Majesté et qu*elle luy a osté le soin de ses affaires, sont véritables, elle ne trouvera pas mauvais que j'accepte des conditions si avantageuses à messeigneurs les Estais et à moy, d'autant plus que je ne pourrois prendre confiance en de nonveaux ministres qui seroient peul-estre plus espagnols que françoys. »
Instruelion de M. le prince d*Orenge pour M. le
comte d'Eitrades,
A Ordingben, le 18 juillet 1642.
« Si M. le cardinal duc est hors des bonnes grâces da Roy et fort malade, ainsy que les dernières lettres nous l'apprennent , il luy dira que, ne prenant plus confiance en de nouveaux ministres, j'accepleray les offres que les Espagnols me font , qui sont très-avantageuses aux Estais et à moy ; mais si M. le cardinal reste toujours dans le mesme crédit et dans le gouvernement des affaires , il Tasseurera que je rcfuscray tout ce qui m'a esté offert.
» Il dira â Sa Majesté que je la supplie de ro'accorder la vie de M. le duc de Bouillon , en le faisant enfermer dans une prison perpétaelle , pour punition de son crime, afin que du moins je ne voye pas répandre son sang sur un échafaut.
» M. le comte d'Estrades témoignera à M. le cardinal duc, que j'espère qu'il obtiendra pour mon neveu la grâce que je demande, et que je luy seray infiniment obligé s'il luy peut faire accorder la liberté, en remettant Sedan entre les mains du Roy , et que la récompense du domaine soit donnée à ma sœur, sa dot et son douaire ayant esté employez pour les fortifications de cette place.
» Il luy tesmoignera de ma part combien j'ay esté sensible à sa maladie , et quelle part j'ay prise à toutes les conspirations qui ont esté faites contre sa personne, me déclarant hautement Tennemy de tons les siens.
» S'il y a quelque chose à ajouter pour le service de M. le cardinal duc , il fera et dira au Roy loot ee qu'il désirera, dont je l'avoueray.
» FBÉDftBlC-IlBNBY. »
Bœtraii de la UUn de M. le eomle d'Enrades à M* le prince d*Orenge.
De Lyon , le 4 septembre 1642.
a A rendu au Roy la lettre de S. A. Sa Ma-
jesté a dit, après l'avoir leoe, qu'il ii*af oit Jamaig eu l'intention d'ester ses affaires à M. lé cardf.
nal ni de l'éloigner d'auprès de sa personne ;qiie tout le désordre qui estoit arrivé, venoit de M. le duc de Bouillon, qui avoit débauché Monsieuref M. le Grand , et qu'il méritoit d'avoir la teste tranchée comme le plus criminel.
» Je rcspondis au Roy que V. A. le sappliojt de sauver la vie à M. le duc de Bouillon à sa considération ; qu'il lui serait bien rude de voir le sang de son neveu répandu sur un échafaut, dans le temps qu'elle hazardoit sa personne et les forces des Estais pour rendre des services considérables à S. M.; qu'elle sçavoit senrement que c'étoit M. le Grand qui avoit desbauché M. le doc de Bouillon, par de fausses confidences, luy disant que M. le cardinal le vouloit perdre, etc. Qu'estant aussy persuadé que vous Testiez de ce que je raportois de vostre part , il y avoit à craindre que si S. M. n'accordoil à vostre prière U vie de M. le duc de Bouillon, et ne faisoit chastier M. le Grand comme criminel, pour faire voir par là qu'elle n'auroit jamais eu dessein d'ester i M. le cardinal la direction de ses affaires , V. A. ne prist enfin le party d'accepter les offres qui lay sont faites par le roy d'Espagne, tant pour lay que pour les Estais , et de conclure son traitté avec cette couronne.
9 Le Roy ne me respondit rien , envoya chercher M. de Ghavigny et Des Noyers , et tint conseil deux heures : ensuite de quoy S. M. me fit appeler, et me dit qu'en considération de V. A. elle sauveroit la vie à M. le duc de Bouillon; qu'elle avoit résolu de me dépescher vers M. le cardinal avec tous les ordres nécessaires poor faire le procès à M. le Grand, et qu'elle ne luy pardouneroit pas.
» M. le cardinal me chargea d'escrire à V. A. qu'il luy donnerait des marques de recoonoîS' sauce , en faisant obtenir des grâces à M. le doc de Bouillon, en vostre considération seole, qa'il n'auroit jamais eues sans la prière de V. A., etc.
» 11 me fut permis de voir M. le doc de Bouillon, que je trouvay fort abatu , ayant desjà esté interrogé deux fois et se croiant perdn. Je l'asseuray que V. A. ne l'abandonneroit pas , el qu'elle m'avoit envoyé exprès auprès du Roy et de M. le cardinal , pour tâcher de luy sauver la vie ; que j'avois grande espérance d'en venir à bout, mais qu'il luy en cousterait Sedan, povr lequel il recevrait une bonne récompense. 11 se jelta â mon col , et me dit qu'il avoit les dernières» obligations à V. A. , et qu'il ferait tout ce qu'on désireroit de luy pourveu qu'on lui sauvast 1^ vie.
» Dès le mesme jour, M. le cardinal Mauîîm eut ordre d'en aller signer le traitté avec M. l^ duc de Bouillon , et nous devons partir ensemble' dans deux jours poor aller à Sedan , poar l'exécution de ce qui a esté arresté. M le cardinal doc^ a prié M. le comte de Roussy d'aller devant dis^poser madame la duchesse de Bouillon à n*y por-^
■T SUS SES MEUOIDKS.
braaaiiMa difficultés, «eu le perd que H. le duc d« BiHiillen conrroil de m vie, en cas de refus dcieoadilions proposées. H. le comte de Roussy fgtarreslé par lea Douvelles qai nous viarent de Il morl de madame la ducbesse de Bnuillon , donairière , dont M. le cardinal fui fort louclië, Il croyaDl mieoi iateationoËe que madnme la ^ladiesM de Bouillon, sa IjcIJe-HlIe , qui a lous- >wre conserve de l'inclinalion et de l'inlelligence
UUn de M. te cardinal de Rickelieu à M. le prince d'Orenge.
Dv 4 octobre itH2.
( H. le comle d'EsIrades vous dira ce qui l'ot piMé de deçà dans l'affaire de M. le duc de Bonilloii. H vous raporlera aasay la couuoissance fM j'ay des seutimens avantageux pour moy pt TiHM «Tez eus sur le sujet de ma maladie tldts traverses qae quelques mauvais esprits Hl Toala donner aux affaires du Roy. Je n'ay point de parolles pour vous remercier de la fa- *nr que voua m'avex faite en cesle occasion; Bùje TOUS supplie de croire que je n'en perdray aucune qui vous puisse faire voir par bons fût que je suis , etc. n
Tae certaine rivalité exista toujours entre Tun&Dc et le prince de Condé; ces deux grandes (^icit£s militaires avaieat eu tant d'occasious cJc t mesurer, et les succès el les revers avaient ittii ordinairement partagés, qu'il était difiicile dcdéeider de la supériorité de l'un sur l'autre. Um correspondance intime exista pourtant entre tu, quoique tous deux fussent dans un parti différeiit,jasqu'eti l'année 1655, qu'un accident , rap- ^Brli dans les Mémoires de Turenne,init fin à ttUciiiigDlièrereIationamicale(l).Uaisenl660, Iwque Condé rentra au service du Roy , le matWial de Turenne ne fut pas tout-ù-falt exempt <|e préTentiou contre le prince, et cotte prévenlion ressemble bien jusqu'à un certain point à un XWtemeut de jalousie. C'est ce que constate la 'fUrc suivante, que nous devons, ainsi que plu- ''«raanlresdocaiiienls importants, à l'obligeante '■nnnuicatiou de M. F. Feuillet.
A Amieni . ce 26 Janvier 1660.
< Le gentilhomme qnej'avois envoie trouver
[() Turenne , rendant compte de la levëe du itjge de •lenelennei par l'année du prince , le aertii d'eiprcar^qoIbleMèreDttaïutcepIibllltïdeCondi, qui, par y Plus grand des haurda , ae aalilt de celte lettre de '•ireane à Haurln , en falMol arrêter le courrier en- *0t« à la coor.
I*lui tard . la prince força à aon tour Turenne i d*- ~**npcr aussi de devant celle mtmt idace, et l'on fli à '* sujet te couplet lulvaot :
Votre Emiuenca est de retour depuis deux jonri, et Je la remercie très -humblement des assurances qu'il loi platt me donner, de vouloir ma procurer du Roy la cbose dont je m'eslois donni l'honueur de lui parler, quoique je n'en fusM aucunement en doute, estant bien persuada de l'amitiË qu'elle a pour moy : sur quoi je fais un fondement tout entier, me flattant aussi qu'y ayant an peu d'estime meslée, cela lui fait «ntrevoir qu'il y a de certains endroits où je ne pourrois pas esire avec satisfaction. l'U connue il y a des geus avec qui je me fais grande justice , je crois aussi qu'il y en a qui se la devroient un peu faire i mon égard. Vosire Eminence me cognoisl de toutes les façons , c'est pourquoi Je dois estre honteux d'en tant dire, et l'honorant et la respectant au point que je fais, elle trouvera tousjoursraa conduite très-égale, bien sincère et avec beaucoup de cordialité. Quand je lui ai parlé de monsieur le prince, ce n'est pas par le costé présentement do son grand crédit auprès du Itoy, maisseulementaDnqu'avBut les liaisons qui se peuvent prendre , Vostre Emiuenca enst fait cognoistre les avantages qn'il lui platt me procurer auprès du Roy (i).
0 On a fait, ces jours icy, la revue des troupes de monsieur le prince; je crois qu'il n'y a pins derrière que le régiment de Marsin , que l'on dit qui vient fort. Je crois que Votre Eminence sçail bien qu'il est fort brouillé avec H. le marquis de Oracène. M. Uormesaon en envoie les détails A M. Le Tellier , et je réglai hier le paiement de leur premier mois, qui est distribué aujourd'hui. Ou paie tous les soldais qui ont passé à la revue, et les officiers de cavallerye, sur le pied de dix places par compagnie , comme ceux du Roy; eli l'Infanterie de mâme qu'à cette infanlerie. J'ai observé, pour les ofliciers, que tous les étrangers qui emmènent quelques soldats, ont fait entretenir eux et ce qu'ils ont d'effectif, afin qu'ils n'aycnt prétexte de retourner en Flandre , et que là les soldats qui les ont quittés ne les joignissent. Pour tous lea officiers réformés franco is , comme sont ceux de ces six régimens de cavallerîe que U. le prince avoit fait entrer dans les trois qui dévoient venir au commencement, n'ayant présentement plus aucune cavallerie, ils s'en vont chez eux en France, sans que l'on leur donne rien , comme ils ne s'y altendoient pas ; at il est certain que, par ce retour de H> de Chamilli à Bruxelles , sur les frais de Votre Eminence, quatreou cinq régimens de GAvaHaria que U. de Caracéne rormoil,ont été dissipés; et j'ai
■ Si Toui euislM vu Turenne Comme tl arracboltaon toupet!
En panant de Valenllenne . Vertubleu t comme il fuTolt I Allongeant u longue eaclilne , Il dliolt : UeiBleun . quoi ! quoi .' II taul abattre lei llgoca Et gagner droit au Qoeanol. ■ (2) Maurln proposait de le (Sire martchal-géniral.
NOTICE SUB LB VICOMTE DE TUBEIfNB
fcea qu*0D ne peut pas eslre plus empcsclié qu'il a esté, et il est certain que îf . le prince a fait , dans ce dernier temps , tout ce que Votre Eroinence a désiré; et peut y estre enlréen France, sans compter le régiment de Marsin , douze cens chevaux , et en infanterie presque autant , sans compter ce qui est dans Rocroix et dans Hesdin. Vous verrez tout le détail par les reveues que Ton envoie. Pour respondre à ce que Votre Eminence me mande sur M. de Bellefonds, je lui dirai que, croyant que l'on sortiroit des places le 21 du mois passé, il ro'avoit prié de lui laisser sortir leur régiment avant les autres, et que, marchant par leurs routes ordinaires, les lieux d'autour lui donneroient quelque chose. Comme il n'est pas trop bien en ses affaires , j'estois bien aise qu'il en eust quelque chose , et ai donné l'ordre aux deux régimens de sortir , qui sont Epagni et les recreues d'Erbonville , qui estoient dans Onderverde, au moins le vieux corps, car les recrues estoient en France ; et un des gens de M. de Bellefonds en ayant abusé, cela a fait beaucoup debruict dans le paîs,àquoi il a esté remédié incontinent, les ayant fait sortir de Flandre. On a repris quelque argent qui a esté remboursé aux paysans pour l'exemple ; une pareille chose n'arrivera plus, et M. de Bellefonds et M. Talon sont à cette heure bons amis.
» Pour l'affaire de M. de Nancré, je n'ai ouï parler que de ce village qui a esté forcé, et Gantrix, qui devoit aller sur les lieux, n'y a pas encore esté; on y donnera ordre au premier jour, afin que cela ne traîne point.
» Je n'ai point eu de nouvelles de Flandre depuis avoir renvoie le trompette de M. le marquis de Caracène , et dès que j'en aurai de Votre Eminence, sur le sujet de la restitution des places (1), je partirai incontinent. J'écris à M. Le Tellier que, comme par toute la Picardie, dans les villes où est l'infanterie, on a obligé les habitans qui ne veulent pas composerdes ustensiles , à faire chaufer les soldats à leur feu , et à leur donner de la
chandelle, M. de Vilemontié n'y peut pas obliger ceux de Soissons qui , voulant faire déserter les soldats , les empêchent de se chaufer s'ils n'achettent le bois. Dans les grandes villes , corome l'infanterie dépend entièrement des habitans, s'il n'y a un tempérament entre eux et les soldats, on ne gardera que les officiers et les garçons de boutiques pour passer à la reveue.
TlIBBNNB.
Le désintéressement du maréchal de Turenne et sa généreuse libéralité l'empêchèrent , malgré les charges importantes qu'il exerça , d'acqoérir jamais de grandes richesses ; sa fortune était plas que médiocre pour un homme obligé de représenter selon le rang qu'il occupait dans le monde. Son titre de colonel-général de la cavalerie de France ne lui valait que sept mille deux cents livres par an (2). Aussi le roi pourvoyait-il généreusement, as commencement de chaque campagne, à ce qo'eiigeait l'exiguïté des ressources Gnancièresd'Qndei premiers hommes de son royaume, exiguïté sofflsamment indiquée du reste par le modeste étal de sa maison. C'est ce que prouve le titre suivant :
a Nous, Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, général de l'armée du Roi, confessons avoir reçu comptant la somme de trente mil livres en louis d'or et d'argent à nous ordonnée par S. M. pour nous mettre en équipage la présente année 1667, pour vaquer à son service en ladite qualité (3). »
Sans abandonner tous les titres et honneurs dai ou prétendus par la maison de La Tour d'Auvergne, Turenne se montra toujours extrèmefflcet réservé sur ce point; des titres de gloire bien plus réels et surtout moins contestables devaient naturellement l'y disposer. On sait qu'il avait défendu , bien jeune encore , à ses camarades de l'armée d'Italie , de lui donner le titre à'ÀUtm auquel il pouvait prétendre (4). Le duc et leeardi-
(1) li existe, aux Archives du royaume, plusieurs minutes de lettres écrites de la main de Turenne. et relatives à la restitution des places, après le traité des Pyrénées.
La Bibliothèque historique de Fontette mentionne aussi un volume de lettres de Turenne (1638-1651). qui existait dans la Bibliothèque de Boutbillier évéque de Troyes ; mais on ignore ce qu'elles sont devenues.
(2) Titre original , signé de la main de Turenne , portant quittance de ladite somme, pour son traitement de l'année 1660 (Bibliothèque du Roi ).
(3) Original et signature autographe de Turenne (Bibliothèque du Roi ). Les dons du Roi n'étaient pas toujours des sommes d'argent , comme on le voit par la lettre suivante de Louis XIV.
Lettre de Louis XIV à 9t. de Vautorle.
M M. de Vautorte. mettant en considération les grandes despenses que mon cousin ie vicomte de Tu-
renne , maréchal de France , est obligé de faire en eooimandant mon armée d'Allemagne , et ayant seeoqn'il y a une bonne quantité de vin qui a esté recnelUy dans In tours de l'Archevêché de Mayence. et d'antres qui sont dans le party et au service des ennemis . en conséqneBce qui me sont acquis et conOsqués. J'ay résola, parl'advis de la Reine régente madame ma mère , d'eo gratifier mondit cousin le vicomte de Turenne. Et je veoi escris cette lettre pour vous dire que vous loi tuàn dellivrer et mettre en son pouvoir, tous et cbaenn N vins qui ont esté recueillis dans lesdites terres et qi^ vous jugerez estre subjet à confiscation. Et la préseate n'estant pour autres fins , je ne vous la feray pluskmfQ^ que pour prier Dieu qu'il vous ait , M. de Vautorte. en sa sainte garde.
» Escrit à Amiens , le 9 juin 1016.
» Loms '
(4) Le titre &AUeste Damettique était dans rfiK* maison depuis le |)ère de Turenne.
ET Stn SES MEMOIRES.
(le Bouillou , tes neveax , exaltèrent au raire jusqo^à l'excès ces prétenlioDS de saineté et d'ancieDoeté, plas oa moins fondées, I maison de La Toar d'Auvergne. Des épiimes en grand nombre forent répandues coniQX à ce sqjct ; nous n'en citerons que la suie:
Qooi I faudra-t-ll que chaque jour Les Bouillons faiignent la cour De quelque Incarude nouvelle I SI tu veux mettre à la raison , Grand Roy ! cette folle maison . Du rang qui trouble leur cervelle Précipite ces orgueilleux I Leur insolence est sans pareille :
Remets-les comme leurs ayeux (1) I
Ils Louis XIV , fatigué de rafleclalion des Uon à vanter Tancienneté de leur race, me-
bientôt de faire examiner d'autorité Tauiidté des titres de cette maison. Le cardinal I ce piège, qui pouvait offrir plus d'uuécueil
orgueilleuses prétentions, et confia , sous le I du secret, tous les titres généalogiques qu'il idait à on affidé serviteur de sa personne. On Da|èiiie qu'ils avaient été remis à Rome entre lains des jésuites. D'exactes perquisitions fuordonnées par le Roi ; les lettres suivantes apprennent que ce prince y mit de Tiusis- ), et qu'il attachait de l'importance à la dé< srte et à la saisie de ces papiers.
M ordres dont vous m'honorez de la part t>yf touchant la découverte que Sa Majesté lile estre faite des titres et des tables de la Ml de M. le cardinal de Bouillon , que cette leoce marque, dans sa lettre écrite à M. Vail avoir déposés en celte ville en un lieu seur, e parolssent pas faciles à exécuter; et quoye m*appliqae uniquement à examiner les tos les plus convenables pour y réussir , Je "cave aussy peu éclairé que le premier jour, ) qae, ne pouvant confier mon secret à per- », il faut que je travaille moy seul à découee qu'on a pris soin de cacher avec beaude précautions.
Fe ne trouve pasque M. le cardinal de Bouillon t procuré pendant son séjour beaucoup d'amis esqoels il ait pu assez compter pour leur con- \n dépost qu'il marque luy estre si important. ape paroissoit estre dans ses intérests; mais is son exaltation il n'a pas fait voir un grand eseementà le favoriser et ne s'est employé que BOient pour luy; c'est ce qui me fait croire i. le cardinal de Bouillon , qui marque dans tire avoir renvoyé c^ Rome, après son retour
Nous avons trouvé, dans la colleciion de chansons e Maurepas , à la Bibliothèque du Roi . le couplet it, «fait par M. de Turenne, pour Madame, sur elipse qu'un hermfte de Fontainebleau , dans son tn, avolt invité d'aller voir sur une hauteur, où l'on Hiva ni Thermite. ni Téclipse : »
N Philis m'aimoit , elle a changé ,
en France, ses titres et ses tables pour y estre conservés très soigneusement et secrètement, ne les aura pas confiés à Sa Sainteté. Je me persuade plutôt qu'il les aura adressés aux jésuites, qui ont tousjours esté dans ses intérests en ce point, chez qui il a pris un logement qu'il a occupé pendant son dernier séjour en cette ville et qu'il tient encore actuellement ; c'est le petit palais du Novitiat , où sont ses meubles et où quelques-uns de ses domestiques demeurent. Il ne pouvoit les déposer en des mains plus seures que celles de ces pères, et il est à présumer qu*en ce cas il a deu estre bien asseuré do la fidélité de ceux qu'il en a chargés. L'avocat Sardini , qui fait ses alTaires en ce pays, n'est pas une personne assez considérable pour avoir arresté le choix de M. le cardinal de Bouillon sur luy, dans une affaire qu'il marque luy estre si importante. Je ne vois donc que le Pape, les jésuites, et peut-estre M. le cardinal Barberin, à qui il puisse avoir cotifié ses titres et ses tables: ce dernier doit estre fort de ses amis, puisqu'il tient chez luy, chaque semaine, une congrégation à laquelle assistent les personnes qui sont chargées des intérests de M. le cardinal de Bouillon, pour rendre compte de Testât de ses affaires, de la récepte de ses revenus et de l'eniploy qui peut en avoir esté fait. Cette marque de confiance pourroit bien avoir attiré l'autre sur le cardinal Barberin , d'autant plus que , ayant embrassé un party opposé à la France , M. le cardinal de Bouillon aura cru pouvoir s'assurer entièrement sur luy.
y> A l'égard. Monseigneur, de ce que vous me faites l'honneur de m'escrire de me servir du canal de M. Alexandre Albani , en cas que je puisse aussy seurement compter sur luy que sur moy-mesme , je prendray la liberté de vous représenter que je ne vois pas qu'il soit à propos de prendre, sur son compte, le succès que pourroit avoir le secret que je lui communiquerois. Je ne doute point de sa partialité pour la France ; je découvre journellement qu'il a un bon cœur, qu'il a une profonde et sincère vénération pour la personne du Roy, et qu'il auroit un très sensible plaisir d'avoir lieu de signaler son zèle pour le service de Sa Majesté; mais je crains que le Pape ne tire quelquefois adroitement de luy des notions, qu'il ne luy confieroit peut-être pas s'il s'apercevoit du dessein de Sa Sainteté, et que son peu d'expérience ne luy permet pas de connottre. Je sçay qu'il a du crédit et des habitudes en cette cour , et qu'il ne me seroit pas inutile s'il vouloit agir de bonne foy ; mais je croirois agir moy-mesme imprudemment si je faisois une dé-
Son cœur est Infldelle ; Mais sa beauté m'en a vangé ,
Elle a changé comme elle.
Ainsi qu'Agnez et le corps mort .
Madame , ce me semble , L*écllpsc et l'hermite d'accord
S'en sont aNés ensemble. »
i SUR LE VICOMTE OK TUHI
marche auuy délicalc saDs un ordre précis, sur lequel j'aaray l'honueur d'allendra vostro respoDse.
B J'auray cependant loatle l'allenlion possible à V0U.4 iiirurmerdislinclemciilde tout ce qui vrendra ft ma cunnoisBanre et je continaeray à prendre des lamiëres e( A faire snr cette matière toutes les réflexions qu'elle mërile par rapport an service da Roy.
» J'ai Uioniieurd'eslre avec un profond respect, Monseigneur voflre (rès-liumble, très-obéissant et Irës'Obligé serviteur,
■ DBLÀCHÀDSSâ.
» A Rome, ce 12man 1712(1). »
0 J'ay eu llioiinciir de voir dimancbe et Inndy dernier H. Alc\iiiiJre Albaiii, et de discourir amplement ascc Juy loutlmii l'afl^ire que vous m'avez urdonné de luy communiquer. Jo luy ay Gonné seulement qu'il s'agll de trouver des papiers que le cardinal de Bouillon amis en dépost entre les mains de quelque personne qni demeure acluellement on cette ville, sans Iny expliquer de {{uelle nature ils sont; je luy ay représenté rarlemcul combien il âcri^ïl .agréable âu Roy ^ue celle décoaycrie se /d e (juil ne pou voit trouver une occasion plus favrable de signaler son zèle pour le service do Sa Majesté. Je luy ay f^itconnoistre 'importance dusecrelîjecrois l'avoir convaincu de la nécessilé qu'il y a do remuer loiilcs sortes do mncliines pour procurer le succès de l'aflaire dciid il est question. Il y est eniré ausay viveroeni que je pouvais l'espérer il u'eslpas disconveuuque lePapenepuisseavoir quelque connoissaoce de ce dépost , mais il ne croil pas qu'il l'ai eiilre les malus; et il a foil làdessus une réflexion assez judicieuse, quiestque depuis le dépari de M. le cardinal de Bouillon de celle ville, il ne pareil pas que Sa Sainteté soil etilrtie beaucoup dansses inléresls.ny qu'elle ayt enirelciiu uu cominercG avec Iny qui puisse faire âoup^nnuerque ce cardinal luy Jlilenvoyé ces papiers pour les conserver A "égard du cardiual Barberin, quoyqu'il soi chargé du soin de ses alTaïres, il n'est pas te seul qui ayt sa connance, el j'apprends que U.le cardinal Biclii est aussy en commerce avec luy et qu'il a tonjours esté son intime amt mais Inus ces motifs ne uous ont pas semblé suffisans pour exclure les jésuiles, el, après plusieurs ré flexion s, noussommes couvuiiicus que le dépost ne pouvoil avoir esté couRé en des mains plus seores que celles de ces pères , il esta présumer qucM. le cardinal de Bouillon, qni a toujours esté ami de la société, n'aura pas choisi un autre dépositaire, il s'agit donc pré^^eNlemcnl de Bçavoir qui est le jésuite rjui a le plus de part dans la confiance de ce cardinal et c'esl sur cet article que nous sommes demeurés d'accord de travailler. J'ai appris que le père Sardini est celuy
(1) En léic de cette iKpéchc , ainsi qu« de la lui- Tinte. toulM le> ilcui cbirTrëff. on lit : lUtUffrét vouimttmt «( seul
de U société qui entretient commerce avec Inj, et qu'aucune afTaire de «e cardinal ne se Tait qi'n ne luy en donne part j'ay r.omioiiniquê ma pnsée â'M lecardioal deLaTrf'mouillecn Inyr». danl Yostre lellre, et il est entré dans mon m^ liment: on que le père Sardi a placé ce dépvl dans les archives de la société, on qu'an moiaiit i coiiDoissauce du lien où il se tronve. Il aéra trè*difllcilc que je pulsf^e me faciliter un acC^z aaprli de ce père, qui csl rusé el qui aura de la dedîaDM de moy sraclianl queleRoy mefai l'hooaenrdi m'employer. J'ay fai scavoir à M AleuBdn Albani celle découverte, mais il tle pourra gntn m'csire ulile présenlemcnl, parce qu'il devra mcompagner le Papequi ira à Castcliiandolphe tir la lin de la semaine procliaine. Je dois vous ■T(r- . lir Monseigneur, que H. lecardinal de La Ttèmouille ignore que j'aye communiqué celteabin à M Alexandre Albaui, el que celuy-ci eslddi le même cas h l'égard du premier.
itJ'auray l'iionneur. Monseigneur, devoasl^ former cxaclement de toutes les découvertes el A toutes les démarches quejo feray l'Iosj'eMnilit celle alTaire el plus je prévois de ditnmllfslll conduire à une fin heureuse ; i ne dépendra fM de mes soins et démon atleoMon que Sa MajeM no soit servie, et peul-eslre que le temps ftn naître une nrcnsion favorable pour y réussir.
» J'ay l'Iionneur d'estre avec on profond i* pect. Monseigneur, voslre trëa-hnmbte, Iri** obéissant cl très-obligé serviteur ,
a DBLÂCUDIsi.
« M. Alexandre Albani m'a fait l'honneordl passer aujourd'hui chez moy , et nous sonwei convenus que s'i est vray que le père Sardiui ni loule la conTiance de M. le cardiual de BouUli»
faudra clierclier les moyens de s'informer ilprt^â de luy car je ne consentiray pas de eoite nostrc secret à qui que ce soit sans un ordre pricis de Voslre Grandeur. »
Ce ne fut pasuon[i1us Ui seule foisquelecarfinal d:: Bouillon lulta d'ailrcsse el de rusi' conire la roideKrnme.à qui il ne pouvait pardonner l'«d auquel Wta cond.)inné(lG^'i), el la perle daré* chéde I.iégc,quC Louis "XIV deslinailAuDartn cardinal. Au^si chercha-l-il à se Venger du M par tous les moyens qui se présenlérent 1 Wi il se faisait un secret plaisir de semer et f(* treicttir la disconte ilans la maison royale * France. L'esprit d'inlrigne el de lurbulence dl» Bouillon s'èlail réfugié dans la tèle du cardiml de ce nom ; Turenne en élail exempt.
Dans ses Mémoires on lit de grandes chose* racontées avec simplicité; ils sont d'un si bail intérêt, que nous ne ConcCVoii.i pas pourquoi M n'ont pas été nsér6s dans les deux précédeaM* collections. C'eï^l une omission qne nous noM sommes fait un devoir ilc réparer.
Les Mémoires du vicomte de Turenne furent imprimés en 1735, à ta suile de l'histoire de C9 personnage par Ratnsay. Ils n'ont pas été re-