DES GUERRES EN ALLEMAGNE
! siège de Thionville (i), que M. le bien (It avec saccès , il conduisit luiles bords du Rhin cinq ou six mille ui joignirent Tarniée d'Allemagne, e par le maréchal de Guébriant. Quelaprès , M. le duc d'Engbien revint à [. de Guébriand assiégea Rotewil (2), ;rièvement blessé et mourut peu de
antzau , qui commandoit le corps de ice , ayant pris le commandement de Qarcba, après la prise de Rotewil, à (3), où il fut mis en déroute par Tar- (rière , et fait prisonnier. Toute la caemande se retira avec peu de perte Ihin; mais Tinfanterie qu'on avoit ks Rotewil se rendit à discrétion , et îtoit dans le corps de Tarmèe Ait tièrement dissipée, kt le siège de Trin, le Roy écrivit à mne en ces termes (4) :
»usin , ayant sujet , pour les dernières |ue j'ay reçues du siège de Trin , de vec Payde de Dieu la place sera bienpuissance , si elle n'y est dès à préns la satisfaction que j'ai du progrès les en Italie, auxquels je sçay que
It 1613.
embre.
embre.
irra remarquer une grande difTérencc d'ortre les Mémoires imprimés de Turenne et idiies que nous publions, ainsi que cersions vieillies que Ton trouve dans les let- ; malgré celte singularité, nous n*afons >ir rien changer aux deui leiles.
vous avez notablement contribué par votre talent et condnicte, ne désirant pas vous retenir par delà , la saison estant si advancée qu'il n'y a pas d'apparence que mes affaires y puissent recevoir aucun préjudice par votre absence , je vous faicto cette lettre , par l'advis de la Reyne régente , madame ma mère, pour vous dire que son intention et la mienne est qu'inoontinant après la prise de Trin , vous vous rendiez près de moi , où je pourrai avoir occasion de me servir de votre personne; et vous asseurant que j'ay un contentement très -entier du service que vous m'avez rendu en toutes occasions , mémement depuis que voua estes par delà ; et sur ce , je prie Dieu qu'il vous ayt , mon cousin, en sa sainte et digne garde.
» Ecrit à Paris, le 7 septembre 1643.
» Signé Louis.
» Et plus bas: Lb Tellibb.
» J 'Ajoute ce mot pour vous dire que mon intention est que le corps que vous commandez demeure uni au reste de mon armée d'Italie (.s).
» Louis. »]
(5) On voit, par cette lettre, une double précaution prise par Maiarln contre le vicomte de Turenne, nous prétexte des meilleures occasions que le Roi aurait d'employer les talens de Turenne. Mais le véritable motif de ce rappel» que Ton regarda comme une disgrâce . fut que le duc de Bouillon , son frère . mécontent de la cour, avait pris du service dans Tarroée du Pape, avec le titre de généralissime d'Urbain YIII , à Rome , et que Ton craignait le voisinage des deux frères , chacun il la t6tc d'une armée an ItoHe.
MRMOIBKS l>r MCOMTR DR Tt!RK^^E• [l643j
M. de Turenne étant revenu du siège de Trin à Paris, M. le cardinal Mazarln, qui eommençoit à gouverner, Penvoya quérir et lui dit que le Roi le destinoit pour commander en Allemagne ; de sorte qu'il se tint prêt à partir trois ou quatre jours après, quoiqu'il fût fort incommodé d'un reste de maladie qui avoit duré depuis la fin du siège de Brisac , sans rempécher pourtant d'aller tous les étés en campagne. Gomme cette défaite de l'armée du Roi et la prise de Rotewil arrivèrent au mois de décembre, les ennemis n*entreprirent plus rien cette campagne, et M. de Turenne étant «arrivé le même mois à Golmar, y fit venir les officiers et songea aux moyens de remettre l'armée (1).
[ L'instruction suivante lui avait été remise à son départ de Paris, au sujet des affaires d'Allemagne :
•« Le Roi et la Reine régente , sa mère , étant obligés de remplir au plus tôt le commandement de l'armée d'Allemagne, qui s'y trouve vaccant par le décès du sieur comte de Guébriand , maréchal de France, arrivé de la blessure qu'il a reçue à la prise de Rotewil , au grand déplaisir de* Leurs Majestés, qui avoient une entière satisfaction de ses services , elles ont Incontinent considéré pour cet effet le sieur vicomte de Turenne , maréchal de France , comme une personne très-capable de servir Leurs Majestés à l'avantage de cet Etat et à Papprobation publique, dans cet employ, non seulement parce r^'ll a toutes les qualités qui peuvent être désirées pour une charge de si grand poids et conséquence, et qu'il a toujours fait paraître tine fidélité singulière au service de Sa Majesté, sans qu'aucuns intérests particuliers l'en ayent jamais pu divertir,que parce qu'il s'est acquis beaucoup de connoissance des affaires d'Allemagne, et une estime et créance particulières entre les principaux de l'armée, pendant qu'il a suivi le feu Roi, de glorieuse mémoire, soubs le commandement de feu monseigneur le duc de Weymar, aux occasions singulières qui se sont offertes à Namel en la prise de Brissac. Et comme les alliés de cette couronne sont sans doute dans l'attente que la Reyne ait fait un choix pour cette charge, digne de son jugement et de l'affection qu'elle a au bien de la cause commune pour laquelle les armées du Roy ont esté jusques à présent si heureusement employées, Il y a tout sujet d'espérer qu'ils apprendront celui dudit sieur maréchal
(1) Tarenne pa^sc ici Mua silenc<*lcsgcnércuieiïorU qu'il lit pour remettre l'armée; Tabbé Ragurnet,gui le < »avait (lu cardinal de Bouillon , n Krémont d'Ablan- |
de Turenne avec un entier applaudissement ; Leprs Majestés luy ayant donc faict donner le pouvoir de ladite charge, en qualité de lleute* nant-général représentant la personne du Roy en ladite armée d'Allemagne, bien qu'il soitti ample qu'il ne s'y puisse rien ajouster, et qu'il n'y ait rien à prescrire à une personne si bien intentionnée, quia une parfaite cognolssaita des affaires de la guerre , et qui sçait l'état piésent de celles d'Allemagne, néantmoins, afBa de n'obmettre aucune chose de ce qui le peut satisfaire et éclaircir de ce que Leurs Majestés ont résolu pour le bien et advancement de leur service, elles lui ont voulu faire donner le présent mémoire pour luy servir d'instruction.
» Ledit sieur maréchal est invité par Lcan Majestés de faire la plus grande diligence qoll lui sera possible, pour aller se mettre en poi* session du commandement de l'armée, pare» que sa présence est du tout nécessaire pour b conserver, pour rassurer les esprits après ledéceds dudit sieur maréchal de Guébriant , et ^a^ cident qui est arrivé à l'un des quartiers-gàiéraux de l'armée. En sultte de ce malheor, et pour arrêter le cours des diversions que les ci* nemis pourroient faire pour s'en prévaloir. Mit sieur maréchal sçait que l'intention de Leois Majestés est de ne rien obmettre de ce qui ftf en leur puissance pour soutenir les affaires d'Allemagne, et qu'elles veulent même les embraiser par préférence à toutes autres , cognolMrt assez de quelle Importance elles sont au bien à au repos de toute la chrétienneté, et à la réfitation de cet Etat , et combien cela est néceisaire pour porter ses alliés à agir puissamnMtt et les unir de plus en plus inviolablement ai« cette couronne. C'est pourquoi 11 doit est^e€C^ tain que tout ce qu'il jugera , estant sur leHatt) qu'il faudra faire pour remettre l'armée en In état , et la rendre autant ou plus pntanK qu'elle ait esté jusques à présent , sera effcctié; considérant néantmoins ce qui se peut faire fir deçà , et aportant sur cela tout le ménage p* sible , affin que les grandes dépenses que Fm est obligé de faire de toutes parts , pour mail* tenir puissamment la réputation et les avants* ges de cette couronne , n'empêchent pas Texêcution de ce qu'il pourra proposer.
» Dès à présent , Leurs Majestés donnentofAc en toute diligence à ce qui se pourra faire s* les lieux , en attendant l'arrivée dudit sieur »•• réchal, y envoyant le sieur Du PlessisBcsançoo»
court le racontent : et c'est là le premier trait par o* 1* vicomte se fit connaître aui Weymarlens.
MEMOIRES DU VICOMTK DE Tl nEIS^E. |lli-l3]
bataille des armées du Roy, pour faire »urra pour advancer la délivrance des s de guerre , qui sont es mains des soit en payant leur rançon suivant * établi en Allemagne , auquel ou ne que les ennemis veuillent contreiquMIs ne le saurolent faire sans romoi , ou bien par eschange des prisonsont au pouvoir de Sa Majesté , coulu'lls tiennent ; mais comme la voye çon et du quartier accoutumé est la te, Ton lui prescrit de s'y arrêter faire ouverture de l'autre voye , que verra ne le pouvoir obtenir par eellelas qu'à l'arrivée dudit sieur marécbal encore rien avancé pour la délivrance isonniers de guerre, il envoyera vers is pour traicter de leur rançon en la isdite, et employera toutes les voyes lera plus à propos, pour faire cepenir aux prisonniers que l'on fera tout HHirra pour les retirer au plus tôt , et *ement aux principaux , même au coterbold, gouverneur de Hohenviel.
cet effet, ledit sieur Du Piessis a ^ec les sieurs de Tracy, commandeurs- » ayant soin des places d'Alsace et du de faire que , par leur crédity il fasse irgent nécessaire pour la rançon desiDlers. Ils ont aussi ordre de faire ce $era possible pour le rétablissement des t pour remettre les officiers et soldats î en état et équipage de servir. A quoi , u payement desdites rançons, Leurs désirent que Ton employé l'argent le qui se trouvera par delà des fonds 1 envoyés, soit des cent mil livres qui les avec ledit sieur maréchal pour les les plus pressantes de l'armée, soit ite mil livres destinées pour remettre ens de cavallerie qui se sont troule général-major Roze au rencontre I contre les ennemis, ou des autres [ue Ton a déjà fait lever au sieur de
irrivoit que les ennemis fissent diftlfectuer la dellivrance des prisonniers, 5 quartier-général estably et toujours m Allemagne, ledit sieur maréchal dra hautement, et partout où il verra opos, comme d'un manquement de foy st résolu de prendre revanche aux ocul en peuvent arriver, et il en donnera Dt advis à Leurs Majestés, affiu qu'elles les voyes convenables pour en faire c leur ressentiment au duc de Bavière
et ailleurs, où elles verront que cela pourra cstre utile.
» Lesdits sieurs d'Ossonville et de Tracy sont chargés en outre , par l'instruction dudit sieur Du Piessis , qui leur est commune , de s'employer nécessairement à tout ce qu'ils verront estre à faire pour la conservation des troupes de l'armée, et pour celle de Rotewil, avec charge d'envoyer au duc de Wirtemberg, qui y commande, Targent qu'ils Jugeront nécessaire pour lui donner moyen de réparer et munir la place , faire subsister la garnison et l'exhorter à une bonne deffense si les ennemis l'attaquent ; Leurs Majestés leur donnant pouvoir de se servir à cette fin desdits fonds et de supléer par leur crédit à ce qu'il leur pourroit manquer , avec asseurance qu'elles feront rembourser ce qu'ils auront Jugé estre absolument nécessaire pour cela , mesnageant toujours autant qu'il sera possible les finances du Roy.
» Ils ont aussy ordre de dresser des mémoires bien particuliers de l'état de chaque corps, tant d'infanterie que de cavallerie françoise et estrangère, et de ce qu'il faudra pour les remettre eu bon estât de servir , et d'assurer tous les officiers qui ont perdu leur équipage y qu'on les assistera autant que Testât présent des affaires le peut permettre , et généralement de faire tout ce qu'ils jugeront à propos pour rasseurer et remettre un chacun dans le service et dans le debvoir. Mais ce ne sont que des préparatifs pour soulager ledit sieur maréchal et advancer les choses autant qu'il se pourra, en attendant son arrivée ; Leurs Mf^estés voulant que lorsqu'il sera sur les lieux il en ordonne et dispose ainsi qu'il advisera bon estre , se souvenant d'envoyer aossytost qu'il sera arrivé vers ledit duc de Wirtemberg , pour le bien affermir dans la résolution de conserver la place, l'assurer de toute l'assistance dout il aura besoin pour cela , et la luy donner effectivement autant qu'il se pourra. Kl il semble que, lui fesant tenir quelque argent, il aura moyen de tirer des villes Suisses des munitions de guerre, qui est ce qu'on croit luy pouvoir plus tost manquer.
n Ledit sieur maréchal sçaura que , pour faire les revues des troupes des anciens corps de ladite anné«. Leurs Mfl^estés font présentement envoyer un fonds de trois cens soixante- onze mil livres, qui est la même somme qui a esté donnée par chacune des années passées depuis le traicté de Brisac , pour la même fin ; Leurs Majestés se réservant de pourvoir aux recrues des corps des renforts de ladite armée , selon les advis que ledit :iieur maréchal leur donnera de ce qui s'y poUrra faire.
nos IIÉMOIUES DU ?ICOHTB DK TI'fiKn?iK. [l048]
» Et comme il importe beaucoup d*avoir i*œii I en cas que ledit 2»ieur maréchal désire le ret Teroploy dudit fonds et de faire aue les cliefs lesdites expéditions luy seront envoyées.
** Que pour le régiment de la Beyne, il en les officiers par deçà remettre leurs corp« asseurant de la satisfaction que Leurs MaJ ont de leurs services , et que l'on leur doi de bons quartiers et de Targent pour resl leurs compagnies au nombre qu'elles éto voulant entretenir le régiment avec les m< prérogatives et advantages qui lui ont est cordés lors de sa création , dont il assenri sieur marquis de Viti-y, de la part de 1 Majestés.
» Et pour ceux de Thoriguy et de Coigi les envoyera aussy avec asseurance que Te gratifiera et employera aux occasions qu présenteront ; et pour ce qui concerne I régimens de la Reyne , Thorigny , Coig Folleville, les dépesches nécessaires seroi jointes.
1» Le colonel Colas ayant proposé de rci son régiment d'infanterie allemande à d« hommes, ledit sieur maréchal aura à en ti avec luy aux meilleures conditions qu'il si ra , lesquelles Leurs Majestés feront ponc ment effectuer avec cette intention néanti de laquelle ledit sieur maréchal doit estrt mé, de retirer ce régiment lorsque Tonn'e plus absolument besoin en l'armée.
» Que pour le régiment des gardes escofl ledit sieur maréciial en fera former aut compagnies qu'il s'y trouvera de soldat les composer de cent cinquante hommf cune , et renvoyera le colonel et les aulr ciers par deçà pour travailler à des reci remettre ce qui servira en Allemagne, , douze cents hommes, qui sera environ la du régiment , dont l'autre moitié servi» le royaume , Leurs Majestés luy recomn d'avoir un soin particulier de ce corps el resser le colonel et les autres officiers qu'il se pourra,
» 11 fera aussy repasser dans le royaun giment de cavallerie de la Reine et ceux traugers qui ont passé le Rhin , avec ! comte de Ranzau , qu'il verra n'estre pas de se pouvoir maintenir en Allemagne , dra soin de détromper les officiers desdl mens de cavallerie estrangère , de l'opin les ennemis leur ont voulu donner qot avoit dessein de les réformer , en aya courir le bruit artificieusement pour les du service du Roy et les attirer à leur par que l'intention de Leurs Majestés soit , b lement de les conserver , mais d'augmei de nouvelles levées les corps de ceiu
à l'employ auait ronas et ae taire que n'en profitent pas , comme il est arrivé quelquefois, Leurs Majestés désirent que ledit sieur maréchal tienne main à ce que ladite somme de trois cens soixante-onze mil livres soit effectivement employée à remonter les cavaliers qui ont perdu leurs chevaux , à remplir lesdits anciens corps de l'armée , tant de cavallerie que d'infanterie , et à les rendre complets de bons soldats et bien armés , du nombre dont ils doivent estre ; qu'en ce faisant il prenne garde s'il y a quelque régiment de cavallerie ruyné qui soit commandé par quelque personne mai affection- ' née au service de Sa Mijesté , ce qu'on ne croit pas , mais il en pourra estre informé par ledit sieur de Tracy ou par le sieur de Rocqueservière, sergent de bataille , et antres officiers qu'il trouvera sur les lieux. En ce cas, il ne luy faut rien donner, prenant pour prétexte le manquement des fonds , à cause de la nécessité présente des affaires du Roy , ou tel autre qu'il estimera à propos ; çn un mot, l'intention de Leurs Majestés est que ledit sieur maréchal , en ce qui concerne la distribution desdits trois cens soixante-onze mil livres, tâche de se prévaloir pour le seirvice de Sa Majesté de l'estat présent des affaires, et de là, donnant aux corps dont les chefs sont les plus affectionnés au service du Boy, de quoi se rendre complets , et laissant foiblir ceux qui ont fait paroistre des sentimens contraires, s'il est bien informé qu'il y en ait quelques-uns ; et néantmoUis , tout cela est remis à sa prudence, pour en user ainsy qu'il le pourra et le troqvera bon.
» Que, comme il a styet de croire que les régimens d'infanterie françois , italiens , écossois ou liégeois, qui ont passé en Allemagne avec le sieur eomte de Ranzau , y demeurerpient inutiles en Testât auquel ils sont , Leurs Majestés désirent que ledit sieur maréchal fasse repasser dans le royaume le régiment royal d'infanterie italienne , et celui d'infanterie liégeoise de Guiche ; qu'il retienne les soldats françois qui se trouveront dans ledit corps, pour en fortifier les vieilles brigades de l'armée ; que des régimens d'infanterie de la Reyne, de Thorigny , de Goigny et de Folleville , il en forme un seul qui demeurera soubs la charge dudit sieur de Folleville , comme le plus propre à servir assiduement en ladite armée et à faire les recrues nécessaires pour les remettre en bon estât, luy permettant, pour cet effet , de revenir , s'il le juge à propos , et lors Ton luy donnera les expéditions qui luy ont été promises pour la charge de sergent de bataille , et pour une pension de deux mil livres ; sinon, et
MBMOlBEift OU VICQMTB 0£ TUlllkN^fi. [Ki-ISj
jXNirront faire , par les habitudes qu'ils ont dans kors pays.
> Mais de tout ce qui est diet ey^devant pour faire repasser dans le royaume lesdites troupes iTiDfanterie et de cavallerie , Leurs Majestés se remettent audit sieur maréchal d*en user ainsy qnll estimera plus à propos, trouvant bon qu'il retienne par^^elà tous lesdits corps , en quelque eitat qu'ils soient , s'il Juge qu'ils luy soient itiles , soit pour prendre les quartiers de l'armée, soit pour quelque autre service qu'il verra eitre à faire ; et quand il aura résolu d'en faire repasser quelques-uns , il en donnera ad vis , afin fpt l'on luy envoyé les routtes et les ordres nétosaires pour leur passage et logement.
• Et parce qu'en un lieu advancé comme Rotewil et proche des postes , qu'il y a apparence foe les ennemis voudront occuper , il semble 91e l'on pourroit espérer de faire des soldats , ledit sieur maréchal , escrivant au sieur duc de Wirtemberg, aura à luy faire demander ce qui le pourroit faire en cela , et à faire tenter la cboie, si elle est estimée possible.
« Que cependant Ton Juge qu'on des bons ■oyens et des plus faciles pour remettre quelfNS brigades de l'armée, ou les rendre plus forlei qu'elles ne sont , sera de tirer mil ou douze cents hommes des places de Brisgau et de l'AIttce, concertant la chose avec les sieurs d'ËrIac etd*Ossonville, et demeurant d'accord avec eux de ee que l'on donnera à chaque gouverneur pour remplacer les hommes qu'il aura fournis.
> Ledit sieur maréchal sçait que Leurs Majestés ont destiné les régimens d'infanterie et de emrallerie qu'il commande pour fortifier ladite armée , et ils auront ordre de marcher aussytost qu'il le mandera aux officiers; mais comme il leur faudra du temps pour se raffraichir et blre leurs recrues , ledit sieur maréchal se aoaviendra de ne les tirer de leurs garnisons que quand il Jugera qu'ils pourront estre prêts à marcher.
• Leurs Majestés font outre cela faire une levée de deux mille Irlandois pour servir en ladite armée, laquelle l'on pressera incessamment, et que Ton espère estre preste au printemps prochain.
> Lorsque ledit sieur maréchal aura recognu TefTet auquel se trouve l'artillerie de l'armée et réquipage d'icelle, et aura besoin d'avoir des pièces et de réparer ledit équipage, il en donnera advis à Leurs Majestés pour y estre pourveu selon la nécessité qu'il y aura ; et cependant, s'il en estoit pressé, il en pourra tirer de Brisac avec les munitions nécessaires, agissant iie concert avec ledit sieur d'Ërlac, et, l'oii fera
donner ordre aussytost à les remplacer par Nancy.
» Ledit sieur maréchal estant en l'armée aura un soin particulier de faire valoir ce que Leurs Majestés ont fait et désirent faire pour le bien et advantage des affaires d'Allemagne ; comme elles y ont envoyé un prince du sang avec la principale armée de l'Estat pour faire passer des forces capables d'establir l'armée dans de bons quartiers , les dépenses qu'elles ont faictes pour faire Joindre ce renfort , que la perte dudit sieur maréchal de Guébriant ny les accidens qui sont arrivés ensuite de ce malheur ne rallentissent en rien l'affection de Leurs Majestés en cela , comme aussy les soins que l'on prend pour la délivrance des prisonniers que la fortune de la guerre a fait tomber es mains des ennemis , et qui a donné assez d'autres advantages à ladite armée pour ne se pas laisser abattre en cette occasion , réchauffant un chacun dans le service de Sa M^esté, et faisant connoistre à tous les officiers qui ont eu part aux accidens arrivés à ladite armée depuis son retour au-delà du Rhin, combien l'on compatit par deçà à ce qui les touche , et comme l'on espère qu'ils en auront bientost revenche, tant par les moyens que Leurs Majestés leur donneront de restablir leurs équipages et leurs troupes, que par la Jonction de celles qui seront envoyées audit sieur maréchal pour rendre ladite armée autant ou plus considérable qu'elle ait Jamais été.
» Il faudra aussy qu'il imprime fortement dans l'esprit de tous les chefs et officiers de l'armée, que les employa qu'ils ont au service de Sa Migesté leur seront conservés durant la paix, aussy bien que pendant la guerre ; et que le repos duquel la France Jouira , la paix se faisant , sera le commencement de l'abondance, et la nouvelle puissance que cet Estât acquérera par la décharge d'une infinité de dépenses , pouvant alors donner moyen de les récompenser de leurs services , et de leur faire de plus grands advantages que ceux qu'ils ont à présent, la Reyne estimant faire beaucoup pour l'Estat, de les conserver en tout temps au service du Roy et les attacher de plus en plus aux intérêts de cette couronne.
» Gomme Leurs Majestés donnent auctorité audit maréchal de faire tout ce qu'il verra être nécessaire pour le maintien de l'armée , aussy elles désirent qu'il considère bien soigneusement les moyens qu'il aura à employer pour cet effect ; et parce que la différence qu'il y a entre les titres et fonctions décharges des officiem généraux du corps allemand etde ceux des régi-
MKMOIBES 1>U VICOHTE DB TIIKKNNE. [l643]
mens de cette nation, et entre celles des officiera françois , est à cause de divera inconvéniens et contestations , et qu'il serobleroit utile que dans une même armée le service fût uniforme, Leurs Majestés désirent que ledit sieur maréchal advise s'il seroît expédient d'establir des officiersmajo» françois dans l'armée et dans les réglmens de la nation , avec le même titre et auctorité qu'ont ceux qui commandent les Allemands, et de rendre leurs fonctions et leur nombre égaux , et qu'il leur donne sur cela ses bons advis pour y faire ce qai sera jugé pour le mieux.
» Qu'au surplus , comme il n'est pas possible de prévoir les choses de si loing, ne sachant pas Testât présent auquel est l'armée, ny le détail de ce qui s'est passé depuis le décès dudit sieur maréchal de Guébriant , bien que l'on ait advis qu'il n'y a point eu de combat , ny d'autre perte que celle du quartier-général , on ne sauroit rien prescrire audit sieur maréchal de ce qu'il aura à faire pour l'establissement des quartiere et de la subsistance des troupes , ny pour les desseins auxquels il pourra les employer; Leurs Majestés ont seulement à lui dire, sur ce sujet, que si les ennemis tournent leura forces vera l'armée de la couronne de Suède , à quoy il n'y a pas d'apparence , veu que l'éehec que l'armée de Sa Majesté a receu ne Ta pas notablement affoiblie, qu'ils auront un grand chemin à faire pour cela en une saison fort contraire ; qu'après une longue campagne, les chefs voudront se reposer et jouir des advantages des quartiere d'hyver , qui est d'ailleura le seul moyen de maintenir leur armée ; que le duc Charles voudra prendre des quartiere d'hyver de son côté , et Hasfeld du sien, quand bien les troupes de l'Empereur auroient quelqu'autre dessein ; et si, nonobstant ces raisons , ils alloient vere Tartenson , ou s'éloignoient de telle sorte que ledit sieur maréchal vist jour à aller prendre des quartiere au-delà du Rhin , Leurs Majestés désirent qu'il le fasse. Et tH>ur cet effet, sur les advis qu'il leur en donnera , elles feront apporter une diligence extraordinaire à tout ce qui sera à faire de par deçà, affin de remettre l'armée en estât de marcher; mais s'il arrivoitque les ennemis s*opiniâtrassent à empêcher Tarmée du Roy de prendre pied au-delà du Rhin , et qu'ils se trouvassent en estât de le faire , en ce cas Leure M^festésse remettent entièrement audit maréchal de faire ce qu'il trouvera estre plus advantageux , comme aussi de prendre les résolutions qu'il verra estre les meilleures, selon Testât et la force des ennemis , cl les exécuter au temps
et en la manière qu'il jugera à propos , ne denktant pas qu'usant de sa bonne conduite aceoes* tumée , il ne sache si bien prendre ses mesures et ses advantages que toutes choses ne luy rén» sissent.
» Ledit sieur maréchal aura à considérer que le Roy a un très-grand intérest à soulager l'Alsace, parce qu'elle fournit une bonne partie de Tentretènement des garnisons des places du ptjfi, et que l'armée n'est pas apparemment en eM d'aller occuper des quartiere dans TAIIemagne; Ton estime qu'il ne peut prendre de meilleoif résolution pour son logement , que de suivre ee qu'a fait monsieur le duc de W^mar en pi> reilie occasion , en se saisissant des mcmlagâei du comté de Bourgongne et de tout le pays,qri est depuis Pontarlier jusqu'à Nozeroy^àliiih veur du château de Joux , dans lequel il y i garnison pour le service de Sa Miyesté,d'oi Ton pourra faire des courses dans tout leoomlé, et tirer la subsistance de l'armée , sans que lei gens de guerre puissent revenir en France sua congé,y ayant des passages estroits et focHai ' garder.
» En faisant le logement des troupes de fvmée dans la Franche-Comté ou en telle autre part qu'il verra estre plus à propos , il fera on : si bon establissement pour la subsistance de ladlle armée, que les troupes ne viennent pesa ruyner les quartiers où elles logerqnt commi elles ont accoutumé , et qu'il s'y conserve dei vivres pour tout le temps qu'il jugera qu'elhi auront à y demeurer. A quoi il faudra qiH pourvoye avec auctorité, parce que les ofQden allemande ne manqueront pas de vouloir d'abord tirer, s'ils peuvent, toute la subsistaoee deshabitans des lieux, tant pour en proBtcr, qu'afOn que, le pays estant ruyné , on ne piM leur refuser des quartiere dans le royaume; et comme ils font ordinairement des courses à db ou douze lieues de leure quartiere, il ùnàn qu'il fasse des deffenses bien expresses à toM les chefs et officiere de courir dans le royas* me , ny dans la Lorraine et autres lieux de Tol>éissance ou protection de Sa Majesté, etqall les fasse observer avec tant de sévérité qu'anem n'ose y contrevenir.
» Lorsqu'il pourra faire desloger Tannée de l'Alsace ou des autres lieux de ces quartiers^i il donnera ordre audit sieur d'Ossonville de tirer, s'il se peut , quelque somme d'argent des communautés qui seront déchargées du logement des troupes , afin de subvenir à une partie de la despense de delà , et soulager d'autant nances de Sa Majesté.
» Ledit sieur d*Oi»sonvtlle avoit proposé un^
IIÉMOIBBS l>tJ VICOMTK U& TLAEN>£. [1643]
ZiM
entreprise sur Wornis , par intelligence ; sur qooy ledit sieur mareschal se fera informer par ledit sieur d'Ossonviile de l'estat de la chose et des moyens qu'il aura de Texécuter : ce que Ton remet audit sieur mareschal , et de faire selon qu'il jugera à propos.
* Ledit sieur mareschal sçaura que la Reyne a fiUt dépécher vers madame la landgrave de Hene , et escrire au général Tartenson et à Finbassadeur Salvins, ministre de la couronne de Suède , comme aussi à tous ceux qui servent k Roy du costé d'Allemagne , pour les infor- ■er de ce qui se faict pour y soustenir les afftires communes de Sa Majesté et de ses alliés , et empêcher que les ennemis ne se prévaillent a nul endroit de ce qui est arrivé : sur quoy, conme sur toutes occurences , ledit sieur maresehal establira et entretiendra bonne correspondance, tanta vec les ambassadeurs et plénipoteotiers envoyés à Munster pour le traicté de la paix générale , et les autres ministres de Sa Majesté employés hors le royaume , qu'avec ladite dame landgrave de Uesse , et les ministres et chefs des armées de la couronne de Suède et des antres alliés de Sa Majesté, se servant pour 6da des mesmes voyes qu'il sçaura dudit sieur fc Tracy avoir esté tenues par le feu sieur mareschal de Guébriant.
» Il gardera aussi une correspondance particulière avec le sieur d'Erlac, et luy témoignera qw Leurs Majestés font grande estime de sa per- MDe , et se confient entièrement en sa fidélité et affection à leur service ; et il pourra s'ouvrir et retraicter de toutes choses avec ledit sieur ic Traçy pour ce qui concerne Tarmée, et ledit deor d'Ossonville pour ce qui regarde les places leddà, comme personnes très-fidèles et intellileotes, et qui ont bonne connoissance de tou- BS les choses qui se sont passées depuis longmps en Allemagne , et de ce qui regarde les itéréts et le service de Sa Majesté, leur tesloignant bien particulièrement que l'on a une itière satisfaction de leur conduicte et de leur îrvicc.
• Ledit sieur mareschal sera informé que l'on donné divers advis au Roy pour rendre sus- BCte la conduite du sieur Tampadel, lieutenantioéral commandant la cavalerie de ladite armée ; mais que l'on ne s*y est aucunement Testé , Leurs Majestés ayant toujours fait une itime particulière de sa personne et de sa fidèle, et n'ayant jamais pu croire qu'un homme, li a de si bonnes qualités, fût capable d*avoir leones pensées contre son debvoir ; et Ton a gé que c'cstoit quelque effet des artifices ac- Hitumcs des ennemis pour nous donner des
defiiances de ceux mrsme qui sont les mieux intentionnés ; si bien que cecy n'est marqué audit sieur mareschal que comme un simple advis, et afin que cela ne le surprenne pas; Leurs Majestés désirant qu'il considère paiticulièrement et fasse beaucoup d'estat dudit sieur Tampadel , et luy tesmoigne qu'ils ont une entière satisfaction de ses services.
» Et il n'obmettra rien pour entretenir et augmenter, s'il se peut, l'affection de tous ceux qui sont employés par delà au service de Leurs Majestés et dans les places, à la conservation desquelles Leurs Majestés luy commandent aussy de veiller et de pourvoir très-soigneusement, selon l'autorité qui lui en est donnée par son pouvoir , et comme à une des choses les plus solides et importantes qui sont à faire par delà, et notamment pour la conservation de Rotewil, et pour empêcher que la prise du gouverneur de Hohenwil ne préjudicie point à la seureté d'une si importante place , pour laquelle ledit sieur mareschal pourra sçavoir dudit sieur d*Ossonville ce qu'il y aura à faire.
• La bonne conduite dudit sieur mareschal en toutes les choses qui ont regardé la réputation de cette couronne et le service et contentement du Roy , dans les employs qu'il a eus et même en ce qui a concerné la religion catholique , fait que Leurs Majestés estiment superflu de luy recommander la protection et le bon traitement de ceux qui en font profession , en quelque part qu'il soit avec les armées de Sa Majesté.
» Et néanmoins , comme ledit sieur mareschal fait profession de la religion prétendue réformée , Leurs Majestés ont estimé luy devoir faire connoltre qu'il n'y a rien qu'elles ayent plus à cœur que de continuer à favoriser les catholiques ; que leur intention est que dans le camp il fasse dire la messe et faire Texercice public de la religion catholique , tout ainsi qu'il s'est pratiqué pendant que M. le duc do Longueville et ledit feu mareschal de Guébriant ont commandé ladite armée.
» Qu'en toutes les prises des places , occupations de quartiers et autres occasions , il maintienne les princes ecclésiastiques , religieux et religieuses , en la jouissance de tous les bi^ns , églises , maisons et privilèges qui leur appartiennent, et qu'il donne à entendre à un chaoua qu'il en a ordre bien exprès de Leurs Majestés,, et leur face en effet toute la faveur et assistanco qui seront en son pouvoir, en sorte que l'on ne^ puisse pas croire qu'il ait en cela des sentiinens contraires à ceux de Leurs Majestés.
» Pour conclusion , ledit siuur mareschal dc-«
SSS UBHOlItU bll VICOHT
meurera trës-aBaeuré que Leurs Majestés auront un ressentiment particulier des services qu'elles se promettent de recepvoir de luy , dans un employ duquel les fonctions sont si esteodues et importantes à cet Estât et an bien de toute la chrétienté , et qu'elles auront un singulier plaisir de l'en reconnoistre en ce qu'elles pourront faire pour son contentement et advantage.
■ Falct à Paris , le 8 décembre 1643. > J
L'Alsace étant trop ruinée, H. de Turenoe entra au mois de janvier dans les montagnes de Lorraine, oà il mit l'armée en quartiers : il les élargit ensuite par la prise de deux petites places nommées Luxeul et Vesoui , dans la Franche- Comté, où il laissa trois ou quatre réglmens. On reçut dans l'Iiiverde l'argent de la cour, avec quoi et l'aide des quartiers l'armée se mit en bon état, c'est-à-dire la cavallerie; car pour l'infanterie 11 fut fort difflcile de la remettre dans l'hiver.
M, de Turenne, étant allé à Brisac , trouva que M. d'Eriac, qui en étolt gouverneur, s 'étoit retiré dans une maison de campagne qu'il a voit en Suisse , et avoit laissé une lettre que l'on donna à H. de Turenne, quand il arriva dans le chAteau, par laquelle il lui mandoit que, croyant que le ministre avoit quelque soupçon de lui , il étolt sorti de la place et qu'il la lui remettoit entre les malus , le priant de lui envoyer sa femme. M. de Turenne fut un peu surpris de la conduite de M. d'Eriac, qnl quittoit nn si bel établissement par nn soupçon fort mai fondé ; mais croyant qu'il serolt Indigne de loi de profiter de l'action de M. d'Eriac pour se rendre maître de son gouvernement , il lui envoya M. de Traci pour le prier de revenir , et trois ou quatre Jonrs après M. d'Eriac revint dans saplacc que M. de Turenne lui remit entre les mains , et en partit quelques jours après (I). J'ai raconté ceci pour montrer combien il est étrange qu'un hommme sage comme M. d'Eriac [ qui avoit été établi à Brisac par M. le ducde Weymar,et qne l'on croyojt maître dans une place que la cour regardoit avec grande jalousie) la quittoit, et en rendoit un autre maître en un instant, sans aucun sujet.
[Avant. de partir de ladite place, Turenne reçut la lettre suivante de la Beine , an sujet de H. d'Eriac :
• Mon cousin, ayant sceu que ledit sieur d'Eriac s'est retiré de Brisac , en suitte de la lettre qui Iny a esté escrlte an nom du Boy , monsieur mon fils , pour l'advertlr de vostre arrivée par delà et du pouvoir qui vous a esté donné , comme si
TuasHAE. [l«44l
ce qu'elle contenoit Iny avoit donné qne contentement, je lui renvoyé son nepve a dépesché sur ce subject vers moy , i faire cognoislre qu'ayant examiné ce qi faict en cela , j'ay trouvé qu'il n'y a riei soit dans les termes des pouvoirs donné qui vous ont précédé en la cbaf^ de gé l'armée du Boy , mondit seigneur et flli, magne, et Je luy tesmoigne que s'il qn'autre raison de n'estre pas content, tendray volontiers et Iny donneray de b toute satisfaction raisonnable , le consid effet comme un homme de particulier t qui a tousjours bien et fidèlement servi ; mande que je désire qu'il retourne audi pour continuer à exercer. sa charge, to qu'il B faict par le passé. Cependant , c importe grandement de ne pas laisser ce en aucun péril, mon intention est que, m d'Eriac diffère d'y retourner , vous demi les ordres que vous Jugerez nécessaires seureté de cette place : ce que Je reeo: très-particulièrement , et au surplus à pouvoir qui vous a esté donné sur les [ delà , comme vous sçavez qu'a fait M.
gueville, et depuis feu M. le maréchal brlant , et en sorte que ledit sieur d'Ërla ticulier ay t plustAt occasion de s'en looe contraire. A quoy ne doublant pas que satisfassiez selon votre bonne conduite, jousteray rien à cette lettre , que pour pi qu'il vous ayt , mon cousin , en sa i digne garde.
• Ëscript à Paris, le l"' Janvier 164
• Ann
•■ Et plus bas : Le Ti
M. de Turenne rendit compte à Si nencc de l'élat des affaires de l'armée qu'il aurait de mieux à faire pour l'ava Bol, par les Itttressuivantes:
.1 Monseigneur le cardinal JUasa
- Je renvoyé à Vostre Ëminence e homme et luy diray que J'ay fort entretc Smitberg, touchant ce qu'il pouvoit f la levée; tout ce qu'il peut, c'est, en ca une ville ou quelque bon quartier (ce luy peut fournir icy), d'y faire peu à gens, et II est impossible qu'il puisse s avoir cinq cents hommes prests pour de la campagne.
" J'assure Vostre Ëminence qu'encc n'ayt point eu d'urgent pour les recrui beaucoup de capitaines qui donneront i
MBIlOlflBS DU VICOMTB DK TU11EMN£. [l644j
sns
pour Qo soldat d'infanterie; maison n'en trouve point.
» M. de Smitberg s'en est retourné à Strasbourg; quand Je croiray qu'ii pourra faire quelques gens, Je luy envoyeray quelque peu d'argent, comme mille rizdaiers au plus; mais à moins d^ lieu pour mettre les soldatz , il consumeroit eelaen vain ; et de quelque façon que ce soit , il M faut s'attendre d*avoir ce régiment là qu'à la fin de la campagne, ce qui est quelquefois assez néeessaire en ce temps-là.
» Je fais grand fondement sur ce corps des Suisses que Vostre Eminence envoyera ici , Je loy rends grâces très-humbles de l'augmentation k mon régiment de cavalerie.
• Celay de cavalerie de M. de Guébriant est IB peu affoibli à cause des prisonniers, dont il CDf^ néanmoins revenu quelques-uns ; le lieutenant-colonel Ira trouver Vostre Eminence, foi est un bon soldat et catholique ; Je ne croy I» qn'll faille qu'elle augmente ce régiment de compagnies, à cause de la Jalousie des auties, mais seulement qu'elle leur fasse quelque gnUfication de chevaux dans quelque temps.
• Celuy d'infanterie n'est composé pour capitaines que de soldats de fortune , qui ont grand loin de leur compagnie ; il se rendra un des meilkvs régimens de France.
> Pour ce qui est de ce qu'on a rapporté qu'il naaquoit beaucoup d'officiers à cette armée, J'aHore Vostre Eminence que c'est celle où /ay Jamais esté où il y a le moins d'absens , et kors les maistres de camp de Melun et de Nétaocourt, de qui les lieutenans-colonels etprinei^lement du dernier, font fort bien leur deb- ▼oùr; il n'y a personne d'absent. Il y avoit beaucoup d'officiers de cette deffaite que j'eusse bien Toula placer , mais il n'y a pas eu moyen.
> Je n'ay point ad vis que les ennemis veuillent reiascher aucun prisonnier ; je m'enquerray de M. Colas, que l'on m'a dit qu'ils ont mené à In- Bolstat.
» Une partie des officiers allemans estoit hier assemblée pour résoudre des quartiers; ils mareheront dans trois ou quatre jours pour s'eslai^ir un peu. J'asseure Vostre Eminence qu'ils estoient dans de si mauvais quartiers , que prèslue tous les cavaliers acheptoient leur pain dans la Suisse, et qu'il n'y avoit pas un seul paysan dans les villages. Je crois qu'ils serviront avec l'afection que Ton peut désirer.
» 11 faut que les choses changent avant que Ton puisse songer à mettre un lieutenant-général au-dessus d'eux : cela est manifestement conre leur traicté.
» J'envoye à M. Le Tellier un mémoire de ce
que eousteront les chariotz et hamois des chevaux , ayant mis dans le mémoire de M. d'Oj»onville ce que vaudront les canons avec tout leur train , qui a esté envoyé par M. de Besançon.
» Monsieur de Lorraine est fort sollicité par don Francisco de Melos de marcher vers l'évesché de Trêves , et j'ay veu, par des lettres que la garnison de Saverne a prises , comme il avoit dessein de se mettre dans le pays de Liège ; on les envoyé a M. Le Tellier, et y en a une partie en chiffres.
I» Je nedoubte point que les Suédois ne sortent de Dannemarc avec une très puissante armée.
» Je croy qu'il faudroit que l'on pût donner à la cavallerie, dans la fin du mois prochain , les deux demy-montres , pour se raccommoder, afin qu'ils peussent mener de bonne heure les chevaux dans les quartiers , qui ne serviront point s'il faut marcher aussitost qu'ils seront acheptez, outre qu'estant pressez on ne pourra point en avoir le nombre qu'il faut.
» Quand cette armée icy n'a point de bons quartiers, elle est de plus grande dépense qu'aucune; mais aussi il y a une chose qui n'est en pas une autre, qui est que l'on n'a point à craindre qu'ils se débandent en quelque temps que ce soit, pourveu que l'on leur donne moyen de subsister.
» J'ai veu ce que Vostre Eminence me mande par le chiffre ; je l'assure qu'on ne perdra point de temps de profiter des occasions qui se présenteront pour le service du Boy i quand on demeure quelque temps en un lieu , on y a tous les jours de nouvelles lumières. J'assure au moins Vostre Eminence de deux choses , qui est de ma fidélité et de mon affection.
» Je suis de long-temps des amis de M. de Bellenave^ et puis certifier qu'il est fort homme d'honneur ; si Vostre Eminence le vouloit faire servir en France, elle enaurott beaucoup de satisfaction. Elle sait bien aussi que je suis particulièrement amy de M. de Rusigny ; si elle ne fait rien pour luy de plus solide , Je la supplie que , dans le commencement de la campagne , selon que je me donneray Thonneur de luy escri re , il puisse venir icy, en cas que ses affaires luy permettent de faire cette despense , et je le sçauray et le demanderay à Vostre Eminence.
» Je continueray, Monseigneur, à vous importuner et vous supplier très humblement de vouloir servir auprès de la Beyne M. le comte de Bosny, qui est une personne qui mérite beaucoup.
» M. Le Tellier m'a mandé comme on a donné à M. de Tracy un régiment de dragons ; Je croy qu'il faudroit trouver quelqu'un en
3ri4
mSMUIBKS nu VICOMTE DE TURENNE. [lG44]
Frauce qui en levât six compagnies : celuy de Rose estant de six , il y en avoit an chaque aile, et les quatre compagnies demeuroient aux vivres. C'est bien difficile de maintenir des dragons. Je croy qnll est fort nécessaire d'avoir promptement de l'argent pour l'acbapt des bleds.
« Je suplie très-bumbiement Vostre Eminence de croire que personne du monde ne peut estre plus son serviteur ni son obligé que je suis , et que toute ma vie je ferai cette profession-là, sans qu'il puisse y avoir de changement. Je m'engage à cela auprès d'elle de trèsbon cœur, et luy proteste que je serai toute ma vie, Monseigneur, vostre très-humble, Irèsobeyssant serviteur,
» G)lmart, le 28 janvier 1644.
» TUBENNR. »•
A Son Eminence.
« Encores que je doibve envoyer M. de Roqueserviere à la cour, peu de temps avant que Ton mette en campagne , ponr dire ce qu'il me semble estre de plus utile à faire en ce pays pour le service du Roi , je ne laisseray pourtant de dire à Vostre Eminence qu'ayant servy dans les autres armées, et sçachant par ce moyen de quelle utilité peuvent estre les efforts que l'on feroit de ce costé-là , je la peus assurer qu'on dessein que l'on peut avoir en ce pays, est la chose de toutes qui peut donner plus de repos à la France, et mettre les affaires en tel estât que du costé de l'Allemagne il y auroit fort peu à craindre y et on pourroit y entrer quand on voodroit, sans que les armées de l'Empereur peussent que fort difficilement venir en France : ce seroit la prise des places qui sont au bas du Rhyn.
» Je diray premièrement à Vostre Eminence de quelle importance cela est, et après luy feray voir que , toutes les années précédentes , il n'a tenu qu'à cinq ou six mille hommes de plus.
>• Vostre Eminence sçait comme on a tout le haut du Rhyn depuis les Suisses et tenant le bas de mesme ; toutte l'Alsace, le Palatinat de deçà le Rhyn, la Lorraine et le comté de Bourgongne, demeurent avec peu de travail possible, comme les environs de Paris. L'armée d'Allemagne en tireroit les contributions , le pays estant un peu remis , et y auroit ses quartiers réglez comme l'armée de Bavière fait dans le Wurtemberg ; et outre cela, on a toujours l'entrée d'Allemagne par deux ou trois endroits les plus beaux du monde. Quand même , en ce temps, ou rendroit le pays à M. de Lorrain», il 1 sin me joint, luy et M. Rozen pourront servira
seroit incapable de faire aucun mal , et le Rhyn servirait de borne d'un oosté , comme la Som^ fait du costé de la Picardie , j'entends josqoes i l'endroit où elle se joint avec la Moselle. Je piésuppose que l'on prendroit aossy Trêves, de sorte que , du costé d'Allemagne, il ne resteroft aux ennemis que celuy de G>longne.
» On peut dire que Pon a tenu Spire , Von» et Mayence, et que l'on ne les a peu conserver; la raison est parce qu'on ne tenoit pas le biit du Rhyn , qui ruynera toujours ceux qui tiennent le bas, quand on s'y voudra opiniastrer,ct qu'il n'y arrivera pas de mauvais événemeM desquels on ne peut pas respondre.
» Il est très-certain que la force des ennemii rendra ce dessein plus difficile , mais c'est enlement pour faire cognoistre à Vostre Emineoee que, quand il se rencontrera jour, ce n'est p« une cbose à négliger, puisque, restans maiitni de ces places-là, dès que vous serez forts, Ton pourez entrer en Allemagne, et estans foiblc8,ei moins vous les empescherez de passer, et poQ^ rez tourner quelles forces vous voudrez en Iti* lie et Espagne , ayant peu à craindre du ooelè du Rhyn, quand vous voudrez, avec une arnée raisonnable, vous mettre sur la deffeaeifs. Pour ce qui est de la facilité qui s'est renoostiée les années précédentes, les ennemis ayant Unh jours abandonné ces places-là sans nulle girnison , si on avoit quelque avantage cette asoée ou qu'on pût les tirer loin de là, laissant Spiie, Vorms et Mayence, dépourveuz comme de eo» tume , il faudroit faire un petit corps en Bowgongne , quand les armées se mettroyent es campagne , qui se joindroit aux garnisons d'Alsace, et feroit peut-estre cest effect avec pende résistance. Ce corps -là serviroit toi:^ours,ei cas que les choses changeassent , à renforcer oe soustenir quelque autre armée.
» Je m'asseure que Vostre Eminence troavcn que cette dépense de chevaux sera fort bieBC» ployée, et recongnois très-bien, en touttes disses, le soin particulier qu'elle prend de cefii concerne ceste armée. M. de Tracy est plelâe» ment informé de touttes choses ; je puis asseorer Vostre Eminence qu'il sert avec grandissime af* fection et fidélité. Je crois qull suffira dssi cette armée d'avoir quatre généraux-majors: deux pour la cavalerie , et deux attachez à l'infanterie qui est, à mon ad vis, en très-4x>n ordre, au lieu d'avoir des marescbaux-de-carop, comme en France, qui servent par jour, l'un défaissnt ce que l'autre a faict le jour précédent. Ponr cest autre charge dont Vostre Eminence m'es* crit , M. de Tracy luy en parlera. Si M. deMa^
HRMOIRRS DIT VICOMTB 1)K TlIRR^^F. [|G-I4|
3fS5
le, et M. Schiroberth et M. de Roqnerinfanterie.
y qu'il seroit fort expédient que M. de eost le gouvernement de Haguenau :
ace la plus advanoée vers le bas du ie là , comme il est très-intelligent et )le de servir, il poorroit faciliter la es places-là et trouver moyen de teteaux plus basque Strasbourg , à cause
avons toujours cette incommodité faut demander passage, et ainsi les ont découverts.
ens d'apprendre par deux divers enle les ennemis vont assiéger de force tn; Je supplie très-humblement Yostre > de croire que Je ne suis pas en estât urir. J'ay envoyé des officiers des enlà pour voir s'ils pourront lever quelits qui se débandent de leur armée , ! que cela nous sera advantageux et trouppes s'y ruyneront , m'attendant M. le vicomte de Courval s'y deffendra , et qu'il y fera tout son possible.
s fais point , par mes lettres , de comi Yostre Eminence, ne doublant point soit persuadée que personne au monde estre davantage son serviteur trèsne Je le suis. Je la supplie très-humbterespondre à la Reine que personne du ï sera plus obéissant à tous ses com- (us que je le serai toute ma vie , Mon-
vostre très-humble et très-obéissant *
emiremont, le 29 février 1644.
» Tu RENNE. »
mseigneur le cardinal Masarin,
seigneur, j'ai receu en mesme temps s qu'il a pieu à Yostre Eminence me mneur de m'escrire des 16, 22 et 25.
emeuré ces deux jours avant que M.
int, et estoit vers le haut du Rhin où pt nécessaire. Il est arrivé cette aprèsje l*ai fort entretenu et demandé ses toutes choses. II ne faut pas s'attendre,
de la Reine au tyicomte de Tarenne, au tujet raite du duc de Bouillon hors du royaume.
oasin , le traictement que j*ai fait à mon coude BoQillon . vostre frère » depuis la mort du non aeigneur. et la bonté dont J'ai usé envers •ez faict cognoisire les desseins que j'ay eus de ion seulement sa personne . mais aussi toute : je luy ai donn<^ lout le temps qu'il a désiré et f toute patienre pour accommoder rtiffaire de
à mon advis , que l'intelligence puisse étie fort bonne entre M. d'Ossonville et lui , et tant seulement travailler à ce que cela ne préjudicio point au service; et en effet. Je les vois tous poités à faire que cela n'y nuise point.
» J'ai escrit d'ici à M. Hem , pour lui mander comme il est eschani>:é; et en effet tous les Allemands reconnoissent bien l'obligation qu'ils ont à la Reine de les préférer aux François.
» Sur ce que M. Boucbet m'a dit, que le général-major Ebressein venoit au service du Roi, je suis obligé de dire à Yostre Eminence. qu'il est en très bonne réputation, et passe pour aussi bon officier qu'il y en ait en Allemagne.
» Je mande à M. Le Telller comme il sera nécessaire que les troupes qui me doivent venir joindre soient dans le 6 d'avril , ou au plustard au commencement de mai, dans le Barrois, craignant que les ennemis n'entreprennent quelque chose dans le conunencement des herbes. In plupart de ces places ne pouvant pas attendre long-temps un secours , et aussi en cas qu'Abiosinpente (sic) ne fût pas pris , on verrait si ou pourroit le secourir ou faire une diversion.
» Je n'ai point encore dit à l'armée que Ton lui donne des chevaux , afin qu'ils fassent tous leurs efforts avec la dernière montre qu'ils ont receue,pour se racommoder ; et en effet, il faut avouer que, hors le régiment de Hem , de qui j'en ai envoyé chercher le lieutenant-colonel , les autres font beaucoup de dépenses pour se mettre en bon estât; et avec les mille chevaux J'espère qu'il n*y aura pas un cavallier de démonté. Il y a encore trois ou quatre cents vienx eavalliers de cette armée prisonniers , que les ennemis traittent si mai qu'ils les obligent tous les jours à prendre parti. On m'a dit de plusieurs endroits qu'ils vendoient quinze cents prisonniers au baron de Conpet, pour les mener à Yeuise ; j'en ai escrit à M. de Merci ; je pense qu*il seroit bon de faire dire aux Espagnols que Ton vendra les leurs aux Suédois pour les faire travailler aux mines en Suède.
» J'ai veu , de la façon dont il a pieu à Yotre Eminence me mander, qu'elle a agi dans l'affaire de mon frère (1) ; je la supplie très-hum-
Sedan . en sorte quMl eust tout le contentement qu'il en pourroit prétendre pour luy et les siens . outre le bien solide que je ui'estois disposée de luy faire . au nom du Roy, monsieur mon Ûis. J'avois résolu de luy assurer tous les honneurs et advantages qu'il pourroit raisonnablement désirer ; mesme je m'estois proposé d'y adjouster des employs qui ne se donnent qu'à ceui auiqnrls on se conûc sans ré>erve et qu'on estime parfaitement. Cependant , comme il me falsoit faire des remerciemcns de toutes les grâces que je luy avois accordées , qu'on
¥KM01ReS» Dt! TICuyTX DR TLRKNINE. [l644]
blement de ne se point lasser de lui tesmoigner de la bonne volonté; pour ce qui est de moi J'en reçois tant de témoignages , que je ne ferai Jamais autre profession que d'en estre fort estroictement obligé.
» J'ai escrit à M. Toussenson , et ferai en sorte d'avoir un chiffre avec lui; il est très-certain que cette armée s'est mise en un point où elle n'a point encore esté depuis dix ans ; et si en sortant de Danemarc il ne laissoit point d'ennemis derrière lui, et qu'il peust y avoir une paix ou trêve entre eux , son entrée en Danemarc seroit la chose la plus avantageuse qui eust pu arriver pour les affaires d'Allemagne.
» Je fais marcher M. Rose dans sept ou huit jours vers le Comté, et j'irai par un autre ; Je n'ai pas voulu aller tout-à-fait dans les montagnes , afm de donner la main aux quartiers que j'ai en Lorraine , que je ne puis pas quitter toutà-fait, n'y ayant pas assez de fourrage en Comté pour entretenir tant de troupes.
>* Je suis très-aise de ce que Yostre Eminence a fait résoudre d'envoyer icy les dragons d'Aurilli ; cela fortifiera le corps des dragons qui fut tout ruiné Tannée passée dans le marquisat de Bade où on les avoit laissés. Je ne sais si on a donné, à la cour, congé à M. le marquis de Bade ; si cela n'est pas et qu'il s'en soit allé en Suède sans rien dire, je crois qu'il seroit bon de pourvoir à son régiment , et en ce cas-là ferois savoir à Votre Eminence quel lieutenantcolonel y seroit le plus propre , estant nécessaire d'en prendre un du corps de la cavallerie. Je supplie très-humblement Vostre Eminence de ne mettre jamais en doute que je ne sois trèsvéritablement et sans aucune réserve , Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur.
^ A Brisac, ce 15 mars 1014.]
» TURENME. »
M. de Turenne passa donc l'hiver dans les montagnes de Lorraine, et au printemps, ayant
me donnoit de sa part de nouvelles asseurances de sa fidélité au service du Boy, monsieur mon fils , et feignoit vouloir s'approcher de moy pour parachever l'échange qui se traiciolt . j*al eu advis, en même temps, qu*il estoit sorti du royaume ' avec toute sa famille , sans ma permission ; et voyant qu'il a quitté des advantages si considérables , sa retraicte me fait croire qu'il a projecté des desseins de se procurer, aux dépens de lEstat, quelque chose de plus grand que ce qui luy estoit promis ; et comme je sçay que vous n*avez aucune part à sa conduite, et qu'elle ne changera en rien l'af-
* I«e dac de Bouillon fat prendre du senrice dans Tarmée du
sçu qu'il y avoit deux mille chevaux sous le gén* ral-major, baron de Merci , au-delà de la Fort Noire , dans deux bourgs à la source du ïk Dube, il passa le Rhin à Brisac, et ayant a voyé M. Rosen devant avec quatre ou cém régiroensy il défit cette cavalerie, prit trobiN quatre cens prisonniers et beaucoup d'offieiai le reste se sauva auprès de l'armée deaBavanii qui étoit devant un château nommé HoheniM qu'ils vouloient affamer ou traitter avec le g» verneur , la place étant presque imprenable pu force, à cause de sa situation.
[Les soldats de la garnison de Brisac s'étnl mutinés, et M. de Turenne en ayant raïAi compte, on lui envoya rinstruction suivante:
« Le Roy et la Reyne régente, sa mère, ajnit eu advis de la mutinerie extrême commise pir les soldats de la garnison de Brisac , et Jugiîiiit assez la conséquence d'une telle entrepriie, Leurs Majestés ont estimé, avec l'advis delMt leur conseil , que , pour en connoitre les csMi qui ne peuvent pas se pénétrer de si ioiog,itj employer les remèdes nécessaires qui despMdent de Testât auquel sont les choses sur kl lieux , elles devoyent s'en remettre ao liav maréchal de Turenne , lieutenant-général pov le Roy en son armée , qui , par sa prudfluoe d son auctorlté, saura bien prendre les expédiai qui seront les plus seurs et les plus advantageu au service de Sa Majesté.
» Qu'on ne doute pas que ledit sieur maMichal ne soit bien particulièrement informée tout ce qui s'est passé à Brisac en cette oceasioi, et jusqu'à quel point d'audace du soldats'estpir té; mais pour luy aider à faire ses conjecturent luy donner toute la cognoissance que l'on a kj de l'affaire , l'on luy envoyé copie de tout ce que le sieur d'Erlac et le sieur d'Ossonville aH escrit ; il verra bien qu'il n'est pas possible le tirer aucun esclaircissementasseuré, eteoMéquemment de prendre une résolution déterminée
» Si , bien que Leurs Majestés désirent qn ledit sieur mareschal travaille premièrenMit à recognoistre ce qui a véritablement denrf
Tection que vous avez tesmoignée jusqu*ict au Mea é l'Estat par vos services . j*ay bien voulu vous faire cétt cy pour vous dire qu'elle ne diminuera en rien la etaûance entière que j*ay prise en vous , et que je défireéi plus en plus vous en donner des marques, comme de h reconnoissanee que j*ay de vos services, et vous tesas^ gner en toutes occasions combien j*aflrectionoe voftrr personne et ceux qui vous touchent, qui seront eo esttt de recepvoir des eÔTets de la bienveillance du Roy, bmisieur mon Gis. et de la mienne. C'est le seulti^et deesfie dépêche, à laquelle je n*adjouterai rien, me remetiiiiii
ce que le sieur vous dira de ma part, priant W»
qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. » Esrrit à Paris le 13 avril 16f «. »
MBMOIRRS I>t1 VICOMTE DR TUURNMt. [16441
icD à ce désordre ; 8*il est venu par induction behefs^ et de qui, pour quelle raison et à oellefin; ou si c'est par intérest , ou brutalité es soldats, quoiqu'ils ayent esté si bien traités ^ois que Brisac est en l'obéissance du Roy, iill leur est deub très-peu de chose de leur 4de.
• Et parce que la fidélité et i*affection que le sur d'Erlac a faict cognoistre depuis tant d'an- 61», en toutes occasions, vers cette couronne, et i profession qu'il a toujours faicte d*horome 'honneur, et de s'attacher fort ponctuellement ton debvoir, ne permettent pas de croire qu'il voulu contribuer indirectement, uy en aucune lanière que ce soit , à une action si préjudiiable au service du Roy, il semble que le seul enbçon que Ton pourroit prendre, seroitque edit sieur d'Erlac , ayant fait paroistre beauonp d'animosité , depuis quelque temps, contre I rieur d'Osson ville, ne se soit pas employé (vee toute la chaleur qu'il pouvoit à arrester le sors de la violence des soldats en cette occaloo, pour faire accuser le sieur d*Ossonville k mauvaise conduite en l'administration des dioses qui lui ont été commises , à faire voir IbII a peu de crédit , même avec ceux de son r^iment, et qui servent particulièrement sous neharge.
«Auquel cas, ledit sieur mareschal verra s'il pourra , par son amitié , raccommoder lesdits deors d*Erlac et d'Ossonville ensemble, et Tinteation de Leurs Majestés est que, pour cet efte, il adjouste aux ordres qu'il scait avoir esté !j-devant donnés pour régler l'employ dudit Joir d'Ossonville à la satisfaction dudit sieur l'Erlac, tout ce' qu'il estimera à propos pour ooper racine a tous leurs différens : à quoi Ton nrft qu'il ne parviendra pas , après toutes les IHgences que l'on a faictes pour cela , et qui lot demeurées inutiles.
» Mais s'il recognoist qu'il faille absolument onner quelqu'autre employ audit sieur d'Osmville, et que, sans cela, l'on soit en danger e tomber en de pareils inconvéniens, il donnera B advis de ce qu'il estimera devoir estre faict, oor eu même temps assurer entièrement Brile, et, en séparant ledit sieur d'Ossonville 'avec ledit sieur d'Erlac , ne pas manquer à Qcnne des choses qui sont nécessaires pour la sûreté du service de Sa Majesté.
» Qu'en quelque manière que la chose soit rriyée, l'on estime que les soldats doivent estre hastfés d'une si audacieuse mutinerie , pour svlter que les garnisons voysines et de toutes » autres places de l'obéissance de Sa Majesté , e prennent le même chemin de se faire rnison
à leur fantaisie; mais pour y procéder avec toute la prudence nécessaire, il fault que si le mal est arivé par la mauvaise intrigue ou jalousie desdits sieurs d'Erlac et d'Ossonville, et que ledit sieur mareschal puisse faire cesser leurs divisions par un l>on accommodement , en ce cas, il concerte avec eux et les cappitaines et officiers de la garnison comme quoy et en quelle manière il faudra faire ce chastiment.
» Que, s'il recognoist qu'il faille nécessairement séparer ledit sieur d'Ossonville d'avec ledit sieur d'Erlac , l'on estime que le chastiment des soldats doit estre différé jusqu'à ce que l'on puisse envoyer une autre personne avec un régiment pour tenir la place dudit sieur d'Ossonville et du corps qui dépend de luy, si ce n'est que ledit sieur mareschal jugera que l'on pust, en tirant le régiment d'Ossonville, le remplacer de celuy de M. le cardinal Mazarini, qui y demeureroit jusques à ce que l'on y eust autrement pourveu : de quoy l'on se remet audit sieur mareschal ; et s'il voit qu'il faille attendre l'établissement d'un autre régiment d'infanterie françoise dans Brisac pour faire ce cliastiment, il en donnera ses bons advis à Leurs Majestés , et en recevra incontinent leurs ordres.
» Que ledit sieur mareschal , recognoissant qu'il y ait de Timpossibilité à réconcilier lesdits sieurs d'Erlac et d'Ossonville, voye s'il sera utile ou non au service de Sa Majesté d'establir ledit sieur d'Ossonville en quelqu'autre charge dans l'Alsace et hors du gouvernement de Brisac , pour ne pas tirer de l'employ un homme que l'on sçait y avoir servy avec capacité et affection.
» Qu'enfin ledit maréchal advise s'il seroit à propos de donner audit sieur d'Erlac un autre employ que celuy auquel il est, qui le pust satisfaire davantage, soit pour l'honneur ou pour l'utilité; et sur tout cela. Leurs Majestés désirent que ledit sieur mareschal considère bien soigneusement ce qui sera de plus sûr et de plus advantageux, et leur en faire sçavoir ses sentimens , ne voulant rien espargner de ce qui sera possible pour se mettre en repoK de la seureté d'une place de telle importance qu'est Brisac.
» Qu'encores que ledit sieur mareschal voye assez comme il fault estroitement garder le secret en toute cette affaire , mesme à Tesgard du dessein de faire chastier les soldats ; néantmoins elles ont bien voulu luy dire qu'il n'en donne aucune cognoissance à qui que ce soit, si ce n'est au sieur de Tracy, auquel il en pourra communiquer selon qu'il verra estre à propos.
» C'est tout ce que Leurs Majestés luy peu-
MRM01RKS DU VICOMTR DE TURKNNR. [1644]
vent mander sur ce sujet 9 croyant mesme qu'une partie de ces choses sera superflue, et qu'il y aura déjà pourveu selon qu'il l'aura peu faire; et s'il trouve que l'on ait obmis en la présente instruction quelque poinct essentiel dont Texécution ne puisse souffrir de délay, elles luy donnent tout pouvoir d'y mettre Tordre qu'il verra bon estre ; sinon , elles désirent qu'il leur en fasse sçavoir ses pensées et ses advis au plus tost, et il recepvra en toute diligence leurs résolutions, luy recommandant d'embrasser cette affaire avec autant d'affection et de soin qu'elle est de conséquence , Leurs Majestés s'en reposans entièrement sur luy, et avec une confiance si parfaite, qu'elles se promettent qu'il n'obmettra rien de ce qu'il verra estre nécessaire et advantageux pour parvenir à leur fin, qui est rentière seureté de Brisac, l'asseurant qu'elles en auront un ressentiment très-particulier.
>> Fait à Paris, le 22 avril 1644. » ] Au mois de mai , les Bavarois se trouvant en très-bon état , à cause des bons quartiers qu'ils avoient eus, et de la quantité de soldats à qui ils avoient fait prendre parti après la défaite de rhiver passé, ils vinrent assiéger Fribourg , qui
(1) Turenne rendit compte à Mazarin du passage du Rbin par son armée» en ces termes :
« J*avols mandé à Yostre Eminence comme je passerais le Rhyn avec les tronppes sans bagage; c*estoU surTadvis qu*ll y avoit deux mille chevaux à la teste des quartiers de rarmée de Bavière , et qu'ils n' avoient derrière cela que rinfanterle , leur cavalerie D*estant pas encore au rendez vous général ; cela estoit cause que j*avols mené de rinfanterle , espérant qu'après avoir battu ces deux mille chevaux je pourrois passer au quartier-général et séparer leur cavalerie de leur infanterie. Pour cest effect , ayant passé le Rhyn avec beaucoup de diligence et roarcbéjusques à Fribourg. je destacbay H. Rosen avec quelques régimens , lequel marcha droit au quartier où Gaspard de Mercy, comme général-major, commandoit ces deux mille chevaux; lequel , ayant esté adverty par une sauve-garde. qu*il y venoit un party, croyant qu'il estoit foible, ne se retira point; ce qu'il eust peu faire en perdant son bagage ; de sorte qu'ayant attendu M. Rosen , Il fut rompu. Il y a un colonel , nommé Galesky, prisonnier ; un major, trois capitaines et d'autres officiers . sept étendards et près de mille chevaux pris.
» La grande diligence de M. Rosen a esté bien utille . car il a marché trente lieues de France sans faire repaistre les chevaux. Je le suivois de deux ou trois heures. Le régiment de Yostre Eminence a pris le colonel et trois estendars ; le lieutenant-colonel estoit malade ; celuy du régiment du marquis de Badeu ayant fort mal faict son debvolr, et aussi le major, je les ay faict mectre en arrests ; cela passera devant le conseil de guerre. Il y en a bien aussi quelques-uns qui ont tesmoigné se souvenir de l'affaire de Dutlingen. Nous avons trouvé soixante prisonniers des nostres qui n'avoient point pris party, et plus de deux cens qui avoient pris p.irly avec les ennemis . lesquels sont revenus ; Il y I
est une place à cinq lieues de Brisac , au bori^ des montagnes de la Forét-Noire. M. de Turenne outre la garnison qui étoit de trois ou qoativ cens hommes , y en avoit rois autant, tirés ds régimens d'infanterie françoise. Ayant sçu qie l'ennemi étoit devant cette place, il dom promptement rendez- vous à l'armée auprès de Brisac , où il passa le Bbin , espérant qnll tmveroit les ennemis séparés.
Il pouvoit y avoir dans l'armée du Roi diq. mille chevaux et quatre ou cinq mille hommes ie pied, avec quinze ou vingt pièces de canon, doirt on n'eût pas pu mener un si grand nombre ifH i eût fallu faire une longue marche; mais coomM on n'avoit que cinq ou six lieues à faire poor approcher de l'ennemi, on les transporta tov. L'armée, ayant passé la nuit à Brisac et nureiié ensuite en diligence, s'approcha à deux hema de l'ennemi, qui fit promptement revenir les fiwrageurs. M. de Merci ne fut pas sitôt instruit di passage de l'armée à Brisac qu'il auroit pu l'ébt Gomme il n'y avoit que ce seul lieu où on^pMvoit traverser le Rhin (1), il auroit été aiséd'a être averti par les partis que l'on doit toqfom tenir sur un passage ; mais à la guerre il anrive
en a plus de deux cens tués et autant de ^
» J'appris par eux que la cavalerie de renoeny s'aisembloit, ce jour-là, ou bien le lendemain, aspnide rinfanterle. ce qui m'a empescbé de passer outre; Ui avoient apparemment dessein de marcher à Fribovgii au haut du Rhin ; je ne sçay si cela changera leir éth sein.
» M. d'Erlac ne croit point à ce traitté du go^fene* ment de Uoenwiel; néantmoins c'est un homme qiii toujours esté maistrc de la place, et n'a Jamais vMh recevoir ny M. le duc de Yeymar, ny qui qw ff soit plus fort que luy. C'est un bon chatteao, métî n'est sur nul passage. Je croy qu'il a voalla ttàn m neutralité , ne nous croyant plus en estât de rien lÉf en Allemagne.
» J'envoyerai , par la première yoye . les estefldan.rt La Forcade les présentera à Yostre EmiDence. Je a'if pas creu nécessaire de faire faire un voyage tsfn pour cela. Je supplie très-humblement Yostre taèr nence que l'on fasse dire à M. le marquis de Badei et venir à son régiment , ou qu'on me permette de tedianer à quelqu'un des officiers de ceste armée, rtfili creu pouvoir, avec les prisonniers , racbepter le VittÊÊr nant-colonel de Yostre Eminence ; mais j'ay sonfé depuis que l'on debvoit retirer, dans ce commenceoMA ceux de cette armée les premiers. Cest vostre très If ble et très-obéissant serviteur,
» TcaBimi.
» J'envoie à Yostre Eminence une lettre de M. d*Brlac, par laquelle elle verra Testât de Hoeawiel; ccb n'est de conséquence que dans le bruit que les eifb en feront courre , comme si toutes les places d'Alleoftgne en debvoient faire de mesme. Je la supplie de n souvenir de faire remplacer le régiment de Gai . qa^se asseure ne vouloir point venir.
» R Juin IGil. »
MÉUOinBS DU VICOMTE DE TtRkNiXK. [1U'I4|
des accidens aux capitaines les plus exilés, contre lesquels on auroit raison de r beaneonp, si l'expérience ne faisoit ) les plus habiles sont ceux qui font seule moins de fautes. L'armée du Roi s'apde celle des Bavarois, et les trouva en dans une plaine près de Fribourg : ils it en le temps que de s'appliquer au \ la place où ils étoient depuis huit jours, »int encore de se saisir des postes avanqu'ils avoient négligés, ne croyant point mée du Roi pût être en état de venir si- IX. M. de Turenne, voyant qu'une monui commandoit la plaine où étoit leur et qui poQvoit donner communication arg , n'étoit point occupée par Tennemi, Gi aux régimens de Montausier et de Mé-
qui faisoient un bataillon de mille 8, d'y marcher, et fit avancer le reste anterie pour les soutenir.
de Turenne écrivit en ce temps-là à Son ice :
me suis donné Fhonneur d*escrire à Eminencc , il y a trois ou quatre jours , nandois Tadvantage que l'on avoit eu sur rtie des ennemis qui continuent toujours de Fribourg, où ils se ruinent beaucoup terie.
sorte qu'il semble qu'il sera plus advande tourner ses sorties sur le Rhin, après e de Gravelines, que si on fust venu i commencement de la saison , parce que ) de Gallas se trouvera engagée contre son; ou bien, s'il ne rentre point en Allemale attaquera apparemment quelque place , i Leipsic, Erfort ou Olmutz ; et comme trouve engagé loing du Rhin , outre que s de Bavière sera diminuée de beaucoup, certain qu'elle estoit de dix-huit mille !S quand elle est sortie de ses quartiers , ne tasche , avec de grandes forces , de se maistre do Rhin , cette année les choses dront bien plus difficiles; car il ne faut [ue Ton se flatte de croire que l'Allema* it si espuisée; il est vray qu'elle n'est si riche qu'elle a esté. L'Empereur de e, demeurant maistre de Suabe, Wir- ■g , Hnut-Palatinat et Franconnie , peut nir de fort belles armées bien traicins qu'il despense rien que ce qu'il prenr le pays.
faudroit que l'armée que Ton envoyeroit ir Sancerre, et descendant l'Alsace, nous terions ensemble ce qui seroit pour le , et qu'elle eust un bon équipage de vid'arlillerie. Si c'est M. le duc d'Enghien,