‹ Relation faite par m. de Fontrailles des choses particulières de la courChapitre 61 sur 89 · II. C. D. M., T. III · texte numérisé non relu

II. C. D. M., T. III

Je luy obéiray comme je dois; si c'est une autre personne, je contribueray de tout pour me bien accommoder avec elle.

» Si on attend dans l'arrière-saison , cela sera entièrement inutile , à moins d'un effort ; cette grande armée est d'une grande fortune. Il est certain que cette armée se diminuera , et que celle de l'ennemy s'augmentera extrêmement faute de quartier, et aussy estant certain, dans la mauvaise opinion qu'ils prendront des affaires, qu'il leur faudra tousjours repasser le Rhin , et qu'ils auront très-grande difOculté de se pouvoir maintenir l'hiver.

» Pour les vivres, on en trouvera en Alsace avec de l'argent , et aussi des munitions de guerre, excepté des boulets qu'il faudra porter, et envoyer quelqu'un devant pour faire les achapts nécessaires ; on trouvera aussy à Brisac, des pièces d'artillerie en bon estât , mais il faut mener les chevaux.

» Si ce n eût esté eu autre lieu qu'ici, Tinfanterie nouvelle n'eût pu subsister faute de chariots de vivres ; il me faudroit au moings deux cens clievaux. Il faut faire toutes les voitures pour les chevaux que l'on prend dans les villes, ce qui coûte extrêmement; de sorte qu'il faut que cette armée fasse, avec de l'argent, ce que celle des ennemis îfaict aux despends du pays qu'ils ont derrière eux.

» M. Rosen envoit un corps qui est avec luy proposer la levée d'un régiment de dragons. Il ne demande pas tout l'argent qu'il faut pour cela , mais en luy avançant deux cens pistolles par compagnie, et l'asseurant que le régiment venant un peu en bon estât , on l'assisteroit du reste, j'asseure Vostre Eminence qu'il y mettra plutôt du sien que de mettre celuy du Roy dans sa bource. Il sert avec grande affection et mérite bien que Vostre Eminence s'asseurant, par cet liomme qu'il envoie , que la Reine luy donnera quelque récompense.

» Il est très - nécessaire d'avoir de bons dragons dans cette armée ; les ennemis en ont plus de quinze cens, et M. Rosen est plus capable de faire cette levée que qui que ce soit.

>* M. d'Erlack a tesmoigné à Chalevoy qu'il avoit envie de se retirer , et demandoit combien on avoit donné à des gouverneurs en France. Ce n'a esté qu'un discours qui a néanmoins esté assez avant. Je croy qu'il n'y a pas de danger de continuer à luy en faire parler sous mains. Votre Eminence me mandera ce qu'on voudroit faire pour luy ; en ce cas ce n'est pas une chose à faire esclater à cette heure ; personne n'en sait rien. Je croy qu'il n'y a personne plus

ÏIÉMOIBES DU VICOMTE DE TUBENNE. f 1644)

propre pour cette charge que M. d'Aumoiit , il a toutes les qualités.

» Je ne doubte pas que Votre Emineuce n*ait donné ordre à une monstre pour cette armée ; je la supplie de croire que cela est tout-àfait nécessaire et que les ofûciers ont employé tout l'argent qu'on leur a donné et ce qu'ils ont pris en Lorrayne pour se remettre, et qu'ils sont en grande nécessité. Ils m'ont demandé si je n'aurois point de nouvelles de leur argent. Je crois que dans peu de temps ils me viendront trouver pour cela. L'armée de Bavière n'a donné que quatre mois cet hiver , et en faire toucher un à cette heure, il pourroit arriver un accident, à moins que d'avoir bientôt de l'argent.

» Je supplie Vostre Eminence , M. de Tracy quittant , de vouloir avoir icy une personne à qui elle se fie pour le maniement des finances ; car , à moins d'éviter beaucoup de frais par la commodité des quartiers , les parties inopinées qui ne sont point dans les autres armées, comme lachapt de bleds, gages des commis, leui*s despences dans les villes , les gages des officiers d'artillerie, entretien des chevaux , l'achaptdes munitions, payement de rançons, sont des despences, si grandes que cela ne se peut pas imaginer. Je ne sçaurois encore avoir assez de valets pour le peu des chevaux que Ton a pour l'artillerie , et si je m'asseure qu'il en a cousté plus de huict cens pistolles. Vostre Eminence peut s'imaginer les autres despences à proportion ; de sorte que si , outre la monstre, on n'envoyé de Targent pour parer les extraordinaires , on demeurera entièrement court.

» Vostre très-humble et très-obéissant ser- \ iteur.

» Du camp de Schalstadt , 20 juillet 1644.

» TuBENNE. »]

L'ennemi s'étant apperçu qu'on marchoit vers cette montagne, envoya commander à quinze ou \in|{t mousquetaires qui étoient en garde à demi-côte , de monter sur le sommet de la montagne : ils y arrivèrent avant les deux régimens françois, et firent une décharge sur eux comme lis montoient. Les François, qui ne voyoient

(1) Le <'omtc de Merci, frère du baron de ce nom.

(2) Avant Farrivéc du duc d'Enghicn à l'armée d'Al- Irmagne, on avait répandu le bruit de la contrariété éprouvée par Turenne h cette nouvcll<\ Dès que Turonne en fut informé. Il s'empressa de protester contre ro bruit par la lettre suivante :

« Forcade me mande . et d'autres aussi , que l'on ^\H que je ne suis pas bien avec M. d'Engliien, et que je ne

pas le derrière, croyant que toute rinfonteri, de l'ennemi arrivoit sur cette rooDtagne, prirent l'épouvante , et marchant en désordre f» des lieux fort rudes , deux enseignes commeocèrent à descendre avec leurs drapeaux , et am* sitôt tout le bataillon, au lieu de monter, ootofi la montagne , et les ennemis eurent le temyi de faire une seconde décharge à laquelle toit le bataillon plia et descendit la montagne. M. di Turenne , qui étoit au bas et qui comroençitt à faire monter d'autres régimens, voyant le I» taillon qu'il avoit envoyé revenir en conftnin, et que cela avoit donné le temps à d'autre lifanterie de l'ennemi de monter à cette nHmia* gne , ne songea plus à ce dessein , et commcnfi à se retirer à une petite hauteur^ à trois oo qu* tre cens pas de là , afin de s'y mettre en ti> taille. 11 y eut pendant quelque temps un poi de confusion, dont l'ennemi eût pu profiter, rt n'eût pas été appliqué à s'emparer de ce poik

M. de Turenne se campa sur la hauteur, Il casser les deux enseignes qui avolent donné Pè> pouvante, et demeura quelque temps danstf poste , à la vue des ennemis qui contlQiièMt le siège. Il y eut encore quelques eseanDOOcbs et un combat de cavalerie assez oonsidéribto, ' où sept ou huit cens chevaux de l'ennemi Antit défaits: mais l'armée de l'ennemi étant bo» coup plus forte que celle du Roi (1), If. é '-, Merci , qui en étoit général , continua le siégi, et M. de Turenne, ayant manqué cette pfc* mière occasion , ne crut pas qu'il eût raison à rien bazarder pour la secourir, et se retirai tti heure et demie de là dans le temps que la vitte '■■ capituloit. Il pouvoit y avoir cinq ou rixeoi ! hommes commandés par M. de Kanofidd^fi se retirèrent à Brisac, après la capitulatiOD.

M. de Turenne eut nouvelle en ce teiiip4l que M. le duc d'Enghien (2) avoit ordre de jM^ cher à Brisac avec son armée , qui éUrft tmr posée de six mille hommes de pied et de tnb mille chevaux (3). Ce prince, ayant pwé il Rhin , vint au camp de M. de Turenne, fri pouvoit être à quatre ou cinq heures de BriHt*

[ Ce fut aussi en ce temps-là que M . te T^ renne reçut de la cour un mémoire, par kfi on lui demandait ce qu'il y avait à fidre au mj/^ de la mésintelligence des sieurs d'Erlae et à'ÔÊ^

serols pas bien aise de me joindre à lai. Je vow piiit si vous oyez parler, de témoigner que Je ne sait pal ' impertinent que cela, et que c'eat dd honnear qoe/M toujours recherché extrêmement. »

(3) Le marquis de La Bloussale dit qu'il y avait qeriff mille chevaux dans Parmée du duc d*Enghien. Oa a^ ce même personnage une relation de la carapagae A Fribourg ; elle a été Imprimée dans le tome àtmUttf de mistolre de Turenne, de Ramsay.

MRIIOIBRS DU VICOMTE DE TURENNS. [16-14]

i Brisac, en même temps qu^oii lui des Doavelles des autres armées du

loy ayant considéré combien il importe olr à la conservation de Brisac , et que les advis qui viennent de ce costé-là, arceux de M. le maréchal du Turenne, as possible de restablir la bonne correse nécessaire entre les sieurs d*Erlac et ille, pour bien servir ensemble, Sa Maîsolu, par i'advis delà Reyne régente, de mettre, en la charge de lieutenant rnement de Brisac ^ une autre personne t sieur d*Ossonville.

irce qu'il a fait cognoistre sa capacité é en toutes occasions, et que Leurs Ma- "ont bien aises qu'il continue de servir tiers où il est, Ton a estimé que Ton roit donner la charge de lieutenant pour (té au commandement de la Bassc-AIlorsque le sieur de Montausier sera en traiter avec luy , pour avoir commanlans Schelestat^ pour le sieur d*Osson- 3sme que Ton y pourroit adjouster un le maréchal -de-camp, sans en faire his les fonctions dans Farmée, mais it pour marque d'honneur et de la sa- I que Ton a de ses services ; ou bien que, I a fait la charge de commissaire-géncle gouvernement de Brisac et dans . le Montbéliard et pays voisins qui sont oance de Sa Majesté, on pourroit aussi Bf en la charge de commissaire-généirmée d'Allemagne, que fait à présent ie Tracy ; et au même temps , on a esledit sieur de Tracy , qui a tesmoigné 'estre deschargé de cet employ , pour- I remplir ladite charge de lieutenant , Ton a aussi jette les yeux sur le sieur {^Besançon, Tun et laulre ayant la Taffection et toutes les p/irties qui sont es pour se bien acquitter de cet employ, aquant pas d'adresse pour bien vivre t sieur d'Erlac , qui est peut-être la i plus nécessaire.

comme l'on ne veut rien faire en cela advis dudit sieur maréchal , Ion a réittendre pour y prendre résolution , et ledit sieur d'Ossonville , ayant servy t faict , soit content de ce que l'on luy, Ton désire que ledit sieur maré- ^ede descouvrir ce qu'il désireroit le de servir en l'armée ou dans le pays et où il sera spécialement appliqué, tirant de Brisac , l'on croit qu'il sera it nécessaire den faire sortir son régi-

ment, et d'y faire entrer un autre corps françoisde pareille force, conformément au traicté, estant à craindre que ceux qui se sont souslevés une fois ne retombent en mesme faute , et Brisac estant de telle conséquence qu'il s'en faut une fois pour touttes mettre en repos.

» Et afin que le régiment d'Ossonviile puisse fortifler l'armée du sieur maréchal de Turenne, Sa Majesté donnera la levée d'un régiment fraiiçoisà celuy qui sera choisy pour lieutenant au gouvernement de Brisac: à quoy il trouvera d'autant plus de facilité , que les soldats auront à servir dans une place où la garnison est fort bien entretenue; mais comme il peut y avoir des soldats françois du régiment d'Ossonviile qui ne voudront pas sortir de Brisac , y ayant leurs familles , il faudra diminuer le fond de la levée du régiment qu'on mettra sur pied , ou bien obliger le maréchal -de-camp de jetter dans le régiment d'Ossonviile autant de soldats qu'il en demeurera de mariés dans Brisac.

» Qu'on ne prescrit pas audit sieur maréchal ce qu'il auraà faire en ce suject avec ieditsieur d'Erlac , soit pour luy faire valoir ce changement , soit pour en tirer advantage pour le service du Roy, ny comme quoy il doibt s'en ouvrir, et y agir avec luy , parce que le cognoissant comme je fais, et voyant toutes ces choses-là de plus près, il sçaura bien choisir ce qui sera pour le mieux: de quoy l'on se remet à sa prudence; et aûn qu'il ne soit engagé à rien à l'endroit de ceux qui ont intérest en cette affaire et en ces propositions, l'on n'en escrit rien audit sieur d'Erlac, ny auxdits sieurs de Tracy et d'Ossonviile. S'il ne juge pas à propos de changer ledit sieur de Tracy , soit pour l'utilité de son service dans l'armée , soit pour autre condition, et qu'il approuve le choix dudit sieur Du Plessis-Besançon , l'on l'envoyera aussitost trouver ledit sieur maréchal.

» Et parce que ledit sieur maréchal doit agir de concert avec M. le duc d'Enghien, il est nécessaire qu'il soit informé que les derniers ordres qui luy ont esté envoyés sont : qu'il observe incessamment les desseins et la marche des ennemis qui sont vers le Luxembourg ; que si le duc Charles et le général Beck joignent leurs forces pour marcher du costé de Flandres, il les suive, et laisse un corps en Champagne pour couvrir cette frontière , proportionné à celuy que les ennemis pourront faire demeurer dans le Luxembourg , où ils envoyent vers la Flandres une partie seulement de leurs trouppes ; qu'il fasse marcher vers la Picardie celles qu'il estimera à propos ; et qu'en cas qu'il marche de ce costé-là en personne , et avec ses principales for-

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MRMOIRKN nr VICOMTF. I>R TDRRKNE. |16'44]

ces, il donne ndvis audit sieur inarédmi de sa marche, affin que, s'il estoit nécessaire , il destnche quelque corps pour empêcher avec plus de iseureté les entreprises des ennemis de ce costé^là.

» Sy bien qu'en cas que M. le duc d'Enghien ^olt obligé d*aller en personne vers la Picardie, Il sera de la prudence et affection au service de Sa Majesté dudit sieur maréchal, de destacher im corps pour envoyer du costé du Luxembourg pour y tenir les ennemis en considération , et d'adviser aussy, sy, pour favoriser le passage , dans le royaume des troupes commandées par le sieur de Marsin , il ne pourroit pas envoyer un corps qui s'advanceroit vers luy , faisant le tout de concert avec ledit sieur duc.

» Ledit sieur maréchal sçaura aussi que, faisant Joindre à mondit sieur duc le corps de troupes liégeoises commandé par ledit sieur de Marsin , on faict estât que mondit sieur duc aura Jusquesà douze ou treize mille hommes effectifs, tant de cavalerie que d'infanterie , affln qu'après que le siège de Graveline sera en bon estât , il puisse, selon qu'il concertera avec ledit sieur maréchal , s'employer au dessein projette vers la Moselle, ou à celuy du Haut-Rhin , en envoyant, même dès à présent, quatre cens chevaux d'artillerie, outre les trois cens qu'il a, pour faire un esquipage capable de se porter partout.

» Ledit sieûr maréchal aura esté informé de la difficulté qu'a faite le régiment de Guy, de Joindre son armée, appréhendant de passer le Rhin, soubs prétexte de la prétendue contravention aux alliances des cautions de Suisses, et de la déffense expresse qui en a esté faite au colonel et ofOciers dudit régiment : sur quoy il a esté ordonné audit colonel d'aller servir en ladite armée, tandis qu'elle sera au-delà du Rhin. Et comme ledit sieur maréchal ne doibt faire son passage au-delà, qu'il ne soit favorisé de l'armée dudit sieur duc, Tintention de Sa Majesté est que, quand il sera en estât et que les affaires per* mettront qu'il passe le Rhin , il fasse marcher ledit régiment vers ledit sieur duc, lequel lui en envoyera un autre en échange de celuy-lA.

>' Ledit sieur maréchal sçaura aussy qu'on a envoyé ledit sieur Du Plessis-Besançon, de nouveau, vers le duc Charles, pour tâcher de tirer quelque conclusion des ouvertures qu'il luy a faites, témoignant toujours de vouloir entendre à un accommodement, quoyque l'on soit bien adverty qu'il traitte avec les ennemis ; quMI les a de nouveau assurés de son affection et service, et que déjà, en exécution de ce qu'il leur a promis , il a logé ses troupes proche de Trêves ; mais comme il y a l)eau-

ooup de légèreté et d'incertitude en ses pensé^^ il peut aussytost prendre un party qu'un antre^ et, trouvant son compte avec nous,abaodoiUMr les ennemis ; toutefois, comme il est difficile qae la chose réussisse, il n'y faut faire aucun ibvdement, et il importe que ledit sieur maréeU prenne ses mesures; d^alllenrs il sçaura seoiement une chose assurée là-dessus « qui est que le duc et celuy de Bavière se sont promis réd* proquement : le premier , de passer le Rhio qr ledit sieur maréchal y prend sa marche; et Vwt tre d'envoyer des forces au-delà du Rhin, sll'oi attaque La Motte.

» On n'obmettra rien de ce qui sera ponibte pour attacher ledit sieur due à la France: ei quoy on ne considère pas principalement sa po^ sonne ny ses troupes, mais bien la facilité <fM son accommodement nous donneroit pour Pexécution des desseins que l'on pourroit faire di costé de Spire , Worms et de Mayence. LedI sieur maréchal apprendra tout ce qui s'adi» cera par lavoye de mondit sieur duc d'Enghlo, plus têt qu'il n'en pourroit estre înforroédaeorié de la cour, ledit sieur Du Plessis-BesaofH ayant ordre de rendre compte de tout ce qil fera audit sieur duc , qui en donnera advis m* dit sieur maréchal , qui aura un soin partieaBff de luy faire souvent savoir de ses noardla, ainsi qu'il luy donnera des siennes, poamt prendre divers advantages sur les ennemis m agissant toujours de concert.

» Les nouvelles que nous avons deOraveliMi) sont que l'on travaille puissamment à la dreoiyallation ; que le secours d'hommes qui y ert entré par mer n'est pas capable d'en retarder le succès, duquel on a toute bonne espénniee,et Ton n'obmet rien de ce qui est Jugé nécewlR pour Tadvancer.

»En Catalogne, les choses se trou vent en bar coup meilleurs termes que les premiers sdik que Ton en avoit eus ne l'avoient faict Jagr» ainsy que ledit sieur maréchal rapprendra (ir l'extrait qui sera cy Joint des dernières dépêches qui en sont venues d'Italie ; l'on a aM que M. le prince Thomas se met en campapi dans le Milanois , et ainsy l'on estime de HnIa parts que Ton fera quelque chose advantagMe durant cette campagne.

» FaictàRuel, le 13 Juin 1644. »]

L'armée de l'ennemi , après la prise de Pribourg , étoit demeurée dans son camp : on Tci* voya reconnoitre , aussi bien que tons les êdh mins dans les montagnes et les bois, pour tâcher de se mettre entre Fribourg et les Bavarois, et descendre par là dans la plaine. H. le dae d'Enghien résolut d'attaquer avec son armée

MBMOIBKS DU MCOMTE DK TUlll::^:i£. [1644]

I où M. de Merci avoit trois ou quatre dMofaDterie, sur une hauteur, à la tête mp , et ordonna à M. de Turenne d*al- Tarmée qu'il commandoit , par les bois mtagnes , pour tâcher d'entrer dans la rennemi étoit, et le prendre par le 1 convint d'attaquer trois heures devant

grince , ayant fait attaquer la hauteur infanterie, fut repoussé au commencelais après, y étant allé lui-même avec I de vigueur et avec des corps qui souceux qui avolent été repoussés, il empostes et déHt ces trois ou quatre régiil y avoit plus de deux mille hommes, lit beaucoup de gens , et la nuit étant , il s'arrêta au même endroit.

Turenne , à la tête de son armée, enle défilé, et s'approcha de la plaine où mis étoient en bataille : il les chassa l*un bois et puis d'une haie, et les ree poste^ en poste jusqu'à l'entrée de la es Bavarois perdirent beaucoup de gens, rèrent à quarante ou cinquante pas au lOtre infanterie , ayant toute leur cava- Mir corps d'infanterie de la seconde liles soutenir. Les deux armées demeuisi l'une devant l'autre, les Bavarois )lus venir aux mains contre ces régili les attendoient avec leurs piques , et !ois n'osant entrer plus avant dans la 'ayant point de cavalerie pour les sou-

mbattit de cette façon plus de deux rant la nuit avec grande perte de côté e. L'infanterie du Roi avoit derrière isqui donno'it un grand prétexte pour ; mais elle ne s'affoiblit point, quoipût jamais faire entrer qu'un escadron erie pour la soutenir, n'y ayant pas pour se mettre en bataille.

it ne fit point cesser le combat, et les de part et d'autre, demeurèrent, avec Dtinuel ; à la distance de quarante pas.

Jour, pendant plus de sept heures.

endroit il y eut, de l'armée du Roi, luinze cens hommes hors de combat , part de l'ennemi , plus de deux milens (I). M. de Roqueservière , sergent Ile, y fut blessé à mort; M. d'Au-

. de La Moussaie et PuflTeDclorf font monter Merci à quinze mille hommes» dont il y avait, ;rnier, neuf mille fantassins : Il fallait donc plus de trois mille tués à cette action , puisrait que deux mille cinq cents tués k l'attaque le, douze cents dans la seconde journée, et

mont, lieutenant - général , y agit très-bien.

Un peu devant le jour, on vit que leur mousqueterie se rallentissoit : c'est qu'ils avolent laissé quelques gens pour tirer, afin qu'on ne s'apperçût pas de leur retraitte, toute leur armée marchant vers une montagne qui est proche de Fribourg. Ils avoient appréhendé , avec raison, que M. le prince, ayant été empêché de marcher plus avant, par la nuit , le jour venant ne les attaquât dans la plaine de son côté. Gomme il fit assez clair pour voir d'une distance de cent pas, on fit avancer quelques soldats dans la plaine, qui dirent que l'ennemi s'étoit retiré; et, le jour devenant plus grand, M. de Turenne déboucha dans la plaine , et vit aussi M. le prince qui y entroit de son côté. Les armées s'étant jointes , M. le prince ne jugea pas à propos que l'on marchât ce jour-là à la montagne, où les Bavarois s'étoient campés de nouveau , qui n'étoit pas à plus d'une heure de leur premier camp. Il alla seulement se promener assez proche de la montagne, où les ennemis , ayant déjà logé leur canon , tirèrent plusieurs coups sur ceux qui s'avançoient.

Il est certain que si on eût marché à eux , qu'on les eût trouvés en grande confusion ; mais l'infanterie du Roi étoit siabbatuepar le combat de toute la nuit, et par la quantité d'officiers et de soldats tués ou blessés, qu'elle n'étoit pas en état d'entreprendre aucune action considérable. On demeura ce jour-là dans le camp; et on dit que la plupart des officiers généraux de l'ennemi étoient d'avis de prendre ce temps pour se retirer par les montagnes derrière Fribourg , et y laisser garnison ; néanmoins M. de Merci l'emporta : il y demeura, y fit abbattre quelques bois pour empêcher l'accès, et fit faire de petits travaux aux lieux les plus avantageux.

Le lendemain de très-grand matin , l'armée que M. de Tureune commandoit ayant l'avantgarde, il détacha sept ou huit cens mousquetaires commandés par M. de L'Echelle, sergent de bataille de l'armée de M. le prince (qui tenoit la place de M. de Roqueservière, blessé le jour auparavant) , et huit ou dix escadrons de cavalerie conduits par M. Deubatel (2) , lieutenantgénéral, avec quatre petites pièces de campagne, qui marchèrent à la tête du corps de l'armée. Gomme on approcha de la montagne où étoit l'ennemi, on y trouva quelques mousquetaires

très peu à la troisième ; et cependant II ne s'en était rereUré que six mille de toute Tarmée de Merci, selon Turenne.

(^) Pea^-étre es^-ce le même que le marquis de La Moussaie nomme Du Tubal.

MBHOIBES 1>U VICOMTE DE TUfiEI^ftE. [1644]

qui gardoient de petits postes avantageux , et qui se retiraient vers leurs corps quand ils étolent pressés, pendant que l*ennemi tiroit beaucoup de canon.

La marche ayant été fort courte , quand on se trouva dans cet état, il n*étoit au plus que huit heures du matin , de sorte qu'on avoit beaucoup de temps, étant dans les grands Jours de Tété. On résolut qu'en s'ouvrant fort à la main droite, on feroit place à l'armée de M. le prince (que commandoit sous lui M. le maréchal de Gramont ) pour doubler à la gauche , et on se mettroit en telle disposition , que la montagne pourroit être attaquée en môme temps par divers endroits. Toutes les troupes de l'ennemi , tant cavalerie qu'infanterie, s'étant retirées et resserrées vers la montagne , après une assez grande escarmouche, on fit halte. Le canon de la montagne ne faisoit pas beaucoup de mal , parce que les troupes françoises n'étoient pas dans un défilé.

Dans ses entrefaites , un officier de Flextein qui étoit commandé avec cinquante chevaux pour aller voir la contenance de l'ennemi , sur une hauteur à côté de l'armée du Roi, vint avertir M. de Turenne qu'il voyoit une grande concision parmi les Bavarois , et que leur bagage marchoit. M. de Turenne le dit à M. le prince , lequel croyant que l'on ne s'éloigneroit pas trop pour voir cela , et que l'on pourroit s'en servir pour la disposition de Tattaque, il s'y en alla et M. de Turenne avec lui, ayant dit aux troupes en passant devant elles , que l'on reviendroit incontinent, et qu'il falloit attendre celles de M. le prince avant que d'attaquer.

Il y avoit environ deux mille pas du lieu où ctoient les troupes de la droite Jusqu'à la hauteur où étoit cet officier Flextein. Comme l'on étoit à regarder la contenance de l'armée des ennemis qui paroissoient en grande confusion , en entendit une grande salve qu'ils faisoient, et en même temps un bruit de trompettes et de timbales. M. d'Espenan qui commandoit l'infanterie de M. le prince, arrivant au bas de la montagne , et voyant un petit travail assez avancé dans lequel l'ennemi avoit quelques mousquetaires, et par lequel on n'avoit pas jugé nécessaire de commencer une attaque, envoya quelque infanterie pour s'en saisir , sans attendre les ordres de M. le prince ni de M. le maréchal de Gramont , pensant , à ce que Je crois , que la chose n'auroit pas une si grande suite ; ou peut-être aussi pour se faire valoir par quelque petite action. C'est ce qui obligea l'ennemi à faire une si grande décharge de la montagne sur ces troupes qui s*avan^ient en même temps.

Le corps de l'avant-garde de M. Dubate/, où étoit M. de L'Echelle (auxquels M. de Tirrenne avoit parlé en allant avec M. le prince, et dit expressément qn'il ne falloit bouger de son poste, et qu'il reviendroit incontineot), commença à marcher vers la montagne, et ayant passé quelque abatis de bois que renoemi avoit fait , s'avança vers un travail où étoit M. Merci avec tout le corps de son infanterie, qoi, n'étant attaqué que par ce côté-là, à cause qoe la chose étoit faite sans ordre , s'y opposa aiee tout ce qu'il avoit. C'est en cet état-là que M. le prince et M . de Turenne, revenant avec lui, troDvèrent les choses , y ayant couru à toute bride sur le bruit que l'on avoit entendu.

Il n'y avoit personne de l'armée de M. le prince arrivé, que ce peu de mousquetalm dont M. d'Espenan s'étoit servi pour prendre ce petit travail , et toute l'infanterie de M. de Turenne, qui ne montoit pas à trois mille hommei, n'étoit pas engagée contre ce fort, mais élott assez loin de la sans ordre de ce qu'ils avoieal à faire. M. le prince demeura avec ce premiff corps qui étoit déjà repoussé , tout proche è cette redoute de l'ennemi , et ainsi , comme ei peut Juger, très-exposé, n'y ayant qu'un régi> ment de cavalerie, qui étoit celui de Flextdi, pour soutenir cette infanterie , et qui étoit le feu de toute l'infanterie de l'ennemi avee constance admirable , et aussi il y perdit II moitié de ses gens.

M. de Turenne alla à son infanterie qui n'étoit pas engagée, pour aider à laretraitteè ceux qui avoient attaqué, ou pour attaquer, il en étoit encore temps , et que ceux-ci ne fOr sent pas entièrement repoussés. Gomme il ant* çoit, l'état de la chose fit connoftre que tontee qu'il y avoit à faire étoit de demeurer fenM« peu hors la portée du mousquet, et attente l'infanterie de M. le prince.

On demeura en cette posture asses long-teofii parce qu'il en faut beaucoup pour donner <vdreà une attaque dans les lieux difficiles et ^ ne se voient pas bien les uns les autres. Emtte M. le prince trouva bon que M. de Turenneal* avec son infanterie : M. le maréchal de Gi«montdevoit donner par le flanc, ou soutcrir avec la cavalerie, si l'attaque eût réussi. Os marcha droit à l'abatis de bois qui étoit àm le milieu de la montagne , et vis-è-vis de h gauche où étoit l'armée de M. le prince. Lesf^ gimens de cavalerie de Turenne et de Triri soutenoient l'infanterie de M. le prince^ qui M repoussée après un combat très-opiniâtre , os celte cavalerie fil des merveilles en endurant le I feu sans s'ébranler.

URUOllKKS nt VlCOMtK

Turenne, qui avoit M. deXournon auoi , manda diverses fois à M. le prince que chose que l'on souffrit il tâcheroit 18 se retirer entièrement qu'il ne fût »t certain que si l'ennemi eût pu juger lement de la confusion des troupes du te l'armée étoit perdue, au moins toute rie. Celle de M. de Turenne fut menée ette montagne, dans le temps que celle e prince attaquoit; mais les soldats li rebutés, qu'ils s'approchèrent fort 'ennemi.

roier combat dura bien deux heures , 1 II nuit, l'ennemi ne bougeant point de ;e. Les Bavarois y perdirent beaucoup e , et entre autres , Gaspard de Merci , major, frère du comte ; mais leur perte ts si grande que celle des armées du t rinfanterie fut presque toute ruinée.

iDt, comme l'ennemi avoit presque perdu § de son infanterie deux jours auparat qu'il n'avoit pas passé celui là sans shec , il ne lui restoit guères d'infante- . cet accident qui arriva par l'attaque de penan contre l'ordre , et qui mit tout oion , rinfanterie des deux armées du lant de front à ia montagne , selon la on que l'on y alloit mettre, l'armée de étoit perdue et ne pouvoit pas résister. rmée françoise il y eut un très-grand d'officiers tués, M. de L'Hk;helle et [anvili , sergens de l)ataille , et presque commandans des corps et une partie iers de l'infanterie.

it ayant séparé les deux armées qui : qu'à cinquante pas l'une de l'autre , s les corps plus avancés , celle du Roi au camp d'où elle étoit partie. On en- Brisac un nombre infini de blessés , et ; venir des vivres; et le lendemain, ou irs après, on apprit que l'armée de l'enfant délogé de cette montagne et laissé à Fril)ourg, marchoit dans le Schwartz i est la forêt noire , pour aller au pays embcrg. Comme le pays par où il faler et plein de grands défilés où on a lue à faire marcher du bagage , on répartir avec l'armée pour surprendre les ; et pour cet effet M. Rosen fut comivec huit escadrons, et partit trois ou leures avant l'armée. Comme il étoit ofQcier et fort expérimenté , il eut ortttaquer quelques troupes que Tenneml parées pour la facilité de sa marche , èter le corps de Tarmée en le harcelant , k donner le temps à l'armée du Roi de r.

i)K Tl;RR^^^:. [I(i-I4] 3JÎ5

L'armée du Roi partit à la pointe du jour y laissant son bagage avec quelques troupes pour le garder, en suivant la route de M. Rosen, qui étoit parti vers le minuit. Après qu'on eut marché cinq ou six heures dans des pays très-difficiles et où souvent il falloit que les cavaliers missent pied à terre pour passer à la file , on arriva sur une petite hauteur. M. le prince y étoit , et l*armée de M. de Turenne avoit l'avant-garde. On vil à un quart de lieue de là les troupes de M. Rosen dans un vallon , et sur le haut d'une montagne ( que M. Rosen , à cause qu'il étoit dans le fond , ne pouvoit pas voir ) cinq ou six mille hommes au plus, qui étoit toute l'armée de l'eunemi qui se retiroit. On vit un peu après M. Rosen avec ses huit escadrons qui faisoient six cens chevaux, qui commença à suivre l'ennemi, et monter cette montagne qui étoit assez étendue. M. de Turenne^ par l'ordre de M. le prince , envoya en diligence La Berge qui étoit un gentilhomme à lui , pour dire à M. Rosen que c'étoit toute l'armée de l'ennemi qui marchoit sur la montagne. Avant qu'il arrivât auprès de M. Rosen , lui, qui ne voyoit que quelques troupes de l'arrière-garde , s'en étoit si fort approché, que M. de Merci, voyant qu'il n'étoit pas soutenu , et que la première troupe de l'armée du Roi étoit à un quart de lieue de là, et que l'on défiloit un a un pour former le premier escadron ( ce qui, comme on sçait , consomme un très-grand temps) , tourna avec tout le corps de ses troupes contre M. Rosen ; mais quelques escadrons de l'ennemi ayant voulu s'avancer devant leur infanterie, la cavalerie de M. Rosen les repoussa , et les suivant en ordre , trois ou quatre bataillons firent une décharge sur lui , ce qui arrêta sa cavalerie sans néanmoins la mettre en confusion ; se voyant très-proche du corps des ennemis , et leur front incomparablement plus grand que le sien , il commença à se retirer. Deux ou trois escadrons de la seconde ligne soutinrent les premiers qui furent fort peu ébranlés par un si grand feu , et après avoir perdu quatre ou cinq étendarts , ils se retirèrent assez doucement en ordre.

La cavalerie des ennemis n'osa pas les pousser vigoureusement de peur de s'éloigner trop de leur infanlerie; ou bien parce qu'étant encore étonnés des combats des jours précédens , leur principal dessein fut de se retirer sans combattre. Ces premiers escadrons de Rosen ayant été soutenus par ceux de la seconde ligne , et tout le corps de l'ennemi , cavalerie et infanterie, continuant à mareher contre eux, et étant à quarante ou cinquante pas les uns des

UBMOIRES DU VICOMTE DE TLR£^.^E. [16-14]

autres ) ils se relirèrent cnvinm cinq ou six cens pasnnélés avec l'ennemi, qui se servoit plus du feu de son infanterie que de sa cavalerie. C'est une des actions que j'aie jamais vues , où les troupes ont témoigné le moindre étonnement pour en avoir tant de sujet : ce qui seroit impossible à d'autres troupes qu'à celles qui ont vu beaucoup de batailles , et qui ont eu souvent du bonheur et du malheur. L'ennemi, qui vit qu'il y avoit déjà deux escadrons de l'avantgarde de l*armée du Roi formés sur la hauteur où j'ai dit qu'ils défiloient , commença à s'arrêter , et un peu après à prendre sa marche pour se retirer.

La cavalerie de Rosen, qui avoit été repoussée, n'étant point en état de suivre l'ennemi ^ parce qu'il n'y avoit point de corps assez considérable de l'armée du Roi qui eût passé le défilé pour la soutenir, fit halte ; et M. de Merci se retira vers un bois qui étoit à douze ou quinze cens pas du lieu du combat, d'où il prit sa marche par les montagnes vers le pays de Wirtemberg.

On eut avis de quelques bagages de l'ennemi, qui étoit avec trois ou quatre cens chevaux à une heure de là, qui prenoit une autre marche que ce corps de M. de Merci : M. Doubaret , qui étoit lieutenant-général de la cavalerie allemande, s'y en alla avec quatre ou cinq régimens de cavalerie ; et comme les troupes de l'ennemi qui étoient avec ce bagage les virent , ils se retirèrent vers le corps de l'armée, et perdirent peu de leurs gens : tous ces bagages furent pillés, mais une partie des chevaux qui les menoient se sauva. On logea cette nuit-là dans les montagnes sans avancer. Comme tout ce qui restoit d'infanterie étoit accoutumé à avoir son pain , et non pas à le faire , comme les vieilles troupes qui ont servi long-temps en Allemagne, on ne pouvoit pas suivre l'ennemi dans le pays de Wirtemberg , où on n'avoit pas de magazins, et on ne s'éloigna pas du Rhin. Après avoir envoyé M. de Palluau, maréchal-de-camp dans l'armée de M. le prince , prendre un petit château qui incommodoit Fribourg, on retourna avec l'armée par le même chemin par lequel on étoit venu , et on se logea aux environs du môme camp dont on étoit parti pour suivre l'ennemi dans la montagne. Beaucoup d'officiers furent d'avis d'attaquer Fribourg, où l'ennemi avoit laissé cinq ou six cens hommes de garnison y et d'achever la campagne par cette action. Les affaires étant dans une telle situation, que, si on eût demeuré encore quelques jours auprès de Fribourg, le manque de fourages auroit obligé la cavalerie à repasser le Rhin ; on crut que l'esprit où étoit l'ennemi, cl son éloignement du

bord du Rhin , dévoient &ire songer à des disses plus considérables que de reprendre Fribourg : ainsi M. le prince trouva à propos qw M. de Turenne allât à Brisac , pour ooncertfr avec M. d'Erlac , qui en étoit gouverneur, dei moyens de faire descendre sur le Rhin de Tar* tillerie , des munitions de guerre et des vivra pour attaquer Philisbourg, pendant que rarmée iroit par le marquisat de Bade , laissant le Rhii à gauche pour investir la place , ce qui fut nrii en exécution ; et les batteaux, ayant été chargé avec deux ou trois cens mousquetaires pour es* corter ce convoi , descendirent le Rhin, ceux de Strasbourg leur ayant donné passage sous leur pont. L'armée laissa tous ses blessés qui étoieot en très-grand nombre à Brisac, commençai marcher vers Philisbourg ; et n'ayant aucone nouvelle de l'ennemi, qui étoit à plus de vingt heures de-là dans des quartiers pour se raecommoder, on envoya des sauvegardes dans beu* coup de petites villes, et dans quelques-unes Ici bagages de quelques régimens de cavalerie, ane les cavaliers à pied , et Ton alla investir Phitti* bourg avec l'infanterie , qui n'étoit pas oompssée en tout de plus de cinq mille hommes èè pied , et de la cavalerie qui se trouva en bon état, le reste ayant été envoyé, comme J'Él déjà dit , dans des quartiers.

[ M. de Turenne fut informé, par une iettredi Roi, du traité qui était sur le point d'être eondi avec le duc Charles ; on lui laissait, du reite, plein pouvoir d'entreprendre ce qu'il Jugent utile au service du Roi, et on lui promettait dtt renforts d'infanterie :

« Mon cousin , comme le bien et radvantap de mes affaires en Allemagne est ce qui ti^ porté principalement avec l'advis de la BqfH régente, madame ma mère, à renouer l'aoeaih modement avec le duc Charles de Lorrainef aussy veux-je faire sçavoir , par advanoe, qM cette négociation est en termes d'une boMi conclusion , tous les points essentiels en eiUil adjustés et ne restant que quelques demands particulières, sur lesquelles la Reyne, m* dite dame et mère , luy ayant donné des rcfponses très -raisonnables, en luy renv(>yall ses ministres avec le sieur Du Plessis-Besançoit je ne doubte pas quil n'en demeure satisliiiltcl que je n'aye bientost advis qu*il aura signé It traicté ; ce n'est pas que je me sois en rien it* lâché de ce qui a esté estimé nécessaire pour fli réputation et pour la seureté de l'exécution i^ ce dont l'on est convenu , ne ra'obligeant à Ivf rendre que ce qui luy avoit esté promis par le dernier traicté faict avec luy par le feu R<?» mon seigneur et père, et aux mesmes terniei,?'

MEJilOlBES DU YICOM'IË UE TLUEN.\£. [ 16-14]

int mesme cecy de plus, qu*il remette La Motte mon pouvoir et que le razeroent en demeure Diatoposition ; mais il est vrai que la Roy ne, dite dame et mère, et moy, avons de bon or facilité cet accommodement, autant que la ion Ta pu permettre, pour oster un obstacle ei considérable à nos desseins en Allemagne, noyenner le passage de l'armée dudict duc itre les ennemis , et tirer tout Tadvantage et Bistance qu'il se pourra de sa personne et I places qu'il tient vers le Rhin, ainsi que ses forces : sur quoy ledict sieur Du Plessissançon a ordre d'adjuster toutes choses avec f, en sorte que vous puissiez en profitter auiil qu'il se pourra , et je Tny bien expresséent chargé de vous donner advis de la signare dudict traicté , ainsi que de tout ce qu'il aletera pour ce qui regarde Temploy des troup- » dudict duc Charles.

• Quant à ce que vous pouvez entreprendre , on n*estlme pas qu'il y ait rien à vous dire de artieulier, parce que vous pouvez mieux que crsonne Juger sur les lieux ce qui se peut lire de plus utile et de plus glorieux à mes aroèei, et prendre vos mesures pour Texécuter ; ttis seullement qu'il faut que vous ayez pour Nt de vous rendre maistie de bons quartiers ni vous puissiez seureraent et commodément Ure subsister les troupes de mon armée pendttt l'hiver.

» Que pour cet effet , je feray très- vol lontiers m effort pour vous envoyer encore quelque infblerle de troupes que Je faicts présentement ■Kttre sur pied ; mais comme l'aversion des fnoçois, de servir en Allemagne, s'augmente ^ plas en plus, il y a beaucoup de sujet d'ap- Irtbender que la despense qui s'y fera et les soins que l'on en prendra ne soient du toutinutihi;en quoy néantmoins la perte du temps et 'c l'argent ne me touchera pas à l'égal du des- Ptoir que Je recevrois de veoir cette impossibi- Ké à vous donner le secours que je désirerois, et tet je reoognois assez que vous auriez besoing PWir mettre à effect les desseins que votre gé- '^frosité et votre affection à mon service vous Pavent faire concevoir.

» Pour tout ce qui concerne , au surplus , la mbistance de l'armée et les autres officiers des Vuutiers où vous estes, vous verrez par les lettres ^^ lieur Le Tellier, comme la nécessité pré- "^te et l'accablement des despenses qui s'of-

frent de tout costé n'empêchent pas que l'on ne pourvoye (i), aussi ponctuellement qu'il se peut, à celle-là et à tout ce qui y est nécessaire ; à quoy me remettant , Je n'adjousteray rien à celle-cy que pour prier Dieu qu'il vous ait, mon cousin , eu sa saincte et digne garde. » Escrit à Paris , le 19 juillet 1644.

» Louis,

» Et plus bas: Le Tellier.»]

Il y avoit dans la place de Philisbourg six ou sept cens hommes de pied et environ quatrevingts chevaux : on employa les premiers jours à faire un chemin pour aller aux batteaux qui venoient de Brisac, les bords du Rhin étant fort remplis de bois et de petites isles. Aussitôt qu'on eut fait débarquer le canon et les munitions de guerre et de bouche, on ouvrit deux tranchées : une de l'armée de M. le prince, et l'autre de M. de Turenne.

Les assiégés firent, le second ou le troisième jour, une sortie sur la tranchée de M. le prince, dont ils étonnèrent au commencement la tète ; mais on se remit peu de temps après : l'infanterie étoit tellement rebutée de tous les combats donnés à Fribourg , qu'assurément on n'auroit pas réussi à prendre une place qui aurait fait une grande résistance. Les deux tranchées se continuèrent jusques sur le fossé , avec assez peu de perte. M. de Tournon , qui étoit maréchal de camp dans l'armée de M. le prince , y fut tué : c'étoit une personne de grande qualité , et il n'y avoit pas de jeune homme qui eût plus d'ambition et de mérite.

Les ennemis ne firent point de résistance à leur contrescarpe, qui n'étoit pas palissadée ni en état de se bien défendre; mais comme ils avoient une petite fausse-braie , un fossé plein d*eau , assez large et profond , et beaucoup de canon , ils crurent qu'ils empêcheroient longtemps les assiégeans à passer le fossé; mais comme on avoit quantité de fascines , et que le canon avoit été logé des deux côtés sur la contrescarpe, pour tirer aux flancs , on avança la galerie, c'est-à-dire la digue de fascines (qui n'étoit pas couverte comme en Hollande), bien près de leur fausse-braie : ce que l'ennemi voyant , et que l'on serait attaché le lendemain au corps de la place qui n'étoit pas revêtu, ils battirent la chamade.

(i) Tarenne écrUail à sa sœur une Icitre en date du ^Juillet, par laqueile on voit an contraire quMl se plaint ^ (léDûinent complet de son armée. Il s'exprime ainsi •«•sujet:

* Pressez fort la cour pour avoir une montre pour

l'armée , étant une chose entièrement nécessaire. Ne dites point cela à des personnes qui puissent le redire, car MM. les ministres croient que cela décrie les affeircs, et cela ne sert de rien. »

UÉMOIBES DU VICOIITB DE TUREKi.NB. [1644]

Durant le siège , dès qu*OD eut fait un pont sur le Rhin , avec les batteaux qui étoient venus de Brisac, on fit passer douze ou quinze cens hommes au-delà du Rhin^ qui prirent Germesheim , où il y avoit une petite garnison. On s*approcha ensuite de Spire, qui en est à deux ou trois lieues ; la ville, qui est fort grande , se trouvant sans garnison , se rendit , D*y ayant de ce côté du Rhin aucun corps des ennemis.

Le gouverneur de Phiiisbourg ayant capitulé sous les conditions ordinaires , que la garnison sortiroit armée et seroit menée à Hailbron, ville impériale à douze heures de là, M. le prince entra dans Phiiisbourg avec M. le maréchal de Gramont. Le lendemain de la prise de la place, M. de Turenne passa le Rhin avec toute la cavalerie allemande et cinq cens mousquetaires commandés ; et ayant appris que les Espagnols qui tenoient Frankendal , place de rélecteur palatin , à trois heures de Spire , attendoient quelque cavalerie du côté de Luxembourg , il y envoya M. de Flexsteim avec trois régimens, qui rencontra le colonel Savari avec cinq cens chevaux , qui vouloit entrer dans la place : il le prit prisoncier et défit une partie de ses gens. M. de Turenne continua sa marche vers Worms, qui se rendit, n'y ayant personne dans la place ; et ayant passé outre , Oppenheim se rendit aussi. Craignant que l'ennemi ne fit entrer quelqu'un dans Mayence , qui e«t le poste de dessus le Rhin le plus considérable , à cause du voisinage de Francfort, et de la communication que cette place donne avec les Hessiens, il marcha jour et nuit sans bagages , et arriva le matin assez proche de la place, dans iaquelle il savoit qu'il n'y avoit point de garnison de l'Empereur ni de Bavière, mais seulement quelques gens que le chapitre entretenoit. Il envoya promptement un trompette avec un gentilhomme pour parler à messieurs du chapitre.

Dans le même temps , M. de Turenne apprit qu'il y avoit mille dragons de l'armée de Bavière , sous le colonel Wolfs, qui étoitde l'autre côté du Rhin , et demandoient à messieurs de Mayence des batteaux pour y entrer : ce qui l'obligea à approcher plus près de la ville avec ses troupes, et à envoyer d'autres personnes à messieurs du chapitre , pour les presser de députer quelqu'un pour venir traitter ; ce qui fût fait. M. de Turenne leur dit que s'ils ne mandoicnt promptement à ces troupes de Bavière de se retirer, qu'il ne continueroit plus le traitté , et que s'il voyoit le moindre batteau passer en deçà de l'eau , qu'il feroit attaquer la place de tous les côtés. Lis résolurent de capituler, n*y

I ayant point de chef pour leur faire prendre aocune résolution vigoureuse. Aussitôt les dragon de l'armée de Bavière se retirèrent, et M. de Turenne manda à M. le prince , qui étoit d^ meure à Phiiisbourg, l'état auquel étoient ki choses, lequel s'y en vint en diligence , aceospagné de beaucoup d'officiers : il signa lacaft» tulation , qui étoit aussi avantageuse pour k chapitre et les bourgeois qu'ils le pouvoientioi' haiter. L'électeur, qui étoit dans le parti de l'Empereur, s'étoit retiré à Francfort, sçacbttl le siège de Phiiisbourg. Il y avoit une petito place nommée Binghen , à quatre heures à Mayence, dans le bas du Rhin , qui se raidk en même temps; et à douze ou quinze iieueià là , on reçut des sauve-gardes , hors au châteii de Creutznac, où il y avoit deux cens hommoL

M. le prince demeura quatre ou cinq Joun à Mayence, et y reçut un envoyé de madame b landgrave de Hesse, et beaucoup de députés dei lieux qui sont aux environs ; et y ayant lai«i trois ou quatre cens hommes sous le vioook de Cour val , qui se mirent dans la citadelle, qi ne valoit rien, et où on a l>eaucoup fait tranl 1er depuis , il s'en retourna à l'armée, quiéMt à Phiiisbourg, où on ramena toutes lestroops que M. de Turenne avoit emmenées à MaycnA On laissa aussi peu de gens à Oppenbeim dai le château , et deux ou trois cens hommes dai Worms.

On ne mit point de plus fortes garnisons dai ces places , parce qu'il n'y avoit point d'enoerii de ce côté du Rhin , hors dans la Tille de tm iLcndal , où il y avoit sept ou huit cens boouMk M. de Lorraine avoit seulement laissé denxii trois cens hommes dans Landau , qui est «i ville impériale à quatre heures de PhiUsboM^ M. le prince trouva à propos d'envoyer U. d'ilmont, lieutenant-général dans l'armée de M. il Turenne , pour la prendre avec trois ou qttM mille hommes commandés, et quatre pièoaë canon. Le lendemain de la tranchée ouverte, M. d'Aumont y reçut une blessure dont il moi' rut, après s'être fait porter à Spire. Il vft^ servi cinq ou six ans en France de maréeliilde-camp , et n'a voit été fait lieutenant-géoM que cette campagne-là en Allemagne. Cétft une personne de grande qualité, nourri daoi h cour, et qui étoit assez capable et dans lagoene et dans ce qui regardoit le progrès de sa ft^ tune : il vivoit fort bien avec M. de Toreine, et mourut avec beaucoup de fermeté.

Comme on apprit sa mort à Phillsboiirgt M. le prince trouva bon que M. de Turenne s'a allât au siège , où II y avoit eu peu de genstoéSi et la place se rendit deux ou trois Jours après :

MBIIOIBES DV VICOMTK DE TURENKfi. [164-1]

le priDce y vint faire un tour durant le siège. envoya la garnison dans des châteaux que de Lorraine tenoit dans les montagnes, et y lat laissé deux ou trois cens boinmes, tout rejoignit an corps à PKiilisbourg, dont M. le née obtint à la cour le gouvernement pour d'Espenan. Le mois d'octobre étant assez ncé, M. le prince se retira en France avec armée, passant par Keysersiauter et Deuxils, et marchant droit à Metz, et ne laissa

I quelques régimens d*infanterle nouveaux,

II les ofQciers de l'armée d'Allemagne retin-

I avec beaucoup de peine les soldats, les ofers françois ayant eu leur congé. Toute la «alerie Françoise , qui n'étoit plus en état il y lit déjà quelque temps , s'en retourna , et cinq

six des plus vieux régimens. M. de Tume demeura à Philisbourg avec l'armée, et prendre garde autant qu'il le put sur le pont,

II ne passât plus personne dès que M. le ace eut fait passer ceux qu'il vouloit amener ee lui.

Qaelqaes Jours après, M. de Merci , qui cornndoit l'armée de Bavière, et qui s'étoit ralehi, et l'avoit raccommodée dans le pays de fertemberg , scacbant que M. le prince , avec eboone partie de l'armée , s'en étoit retourné Fhmce , rassembla ses troupes , marcha vers Melberg, et envoya prendre quelques dra- BS que M. de Tnrenne avoit mis dans Maniai, qui est une grande place sur le Rhin aqiie toute démolie ; ensuite il fit passer le éà à quelques troupes , et fit semblant d'y lann pont de batteaux , dans le dessein d'at- NT l'armée du Roi pour couvrir toutes ces lees de nouvelle conquête , où il y avoit peu garnison, comme Spire, Worms et Mayence, ifDSi, dégarnissant Philisbourg ^ de l'attay, en se logeant entre le Rhin et la place , ce est aisé à faire , y ayant un espace de plus ne portée de mousquet.

f . de Turenne , voyant qu'il étoit nécessaire repasser le Rhin pour couvrir ces places, sa deux mille hommes de pied dans un camp I Philisbourg , pour en empêcher le siège , yant pris quelques mousquetaires commanavec toute sa cavalerie , il repassa le Rhin , Thaà Spire, et envoya promptement mille ranx dans Worms et Mayence pour renforces garnisons.

A place de Frankendal , qui est entre Spire Vorms , incommodoit beaucoup la commuition de ces deux places : M. de Turenne goit que M. de Merci^ en repassant le Rhin anheim , ne s'en servit comme d*un magaf et n'en tirât du canon et des munitions

pour reprendre Worms et Mayence, ce qui assurément eût été fort aisé; mais M. de Merci n'en fit rien , par des raisons que l'on ne peut pas bien pénétrer^ dont je crois que la meilleure est que l'armée de Bavière a toujours craint de passer le Rhin et de se ruiner par le manque de fourages et de vivres , qui étoit si grand que de Philisbourg â Mayence , en deçà du Rhin , il n'y a rien de semé , et rien à manger pour les chevaux que dans les villes. Il est certain d'ailleurs que Worms et Mayence étoient si foibles de garnison qu'elles n'eussent pas tenu deux Jours; mais il arrive souvent qu'on ne sçait pas l'état des choses^ c'est ce qui empêcha aussi M. de Merci de faire passer le Rhin à tout son corps : il n'y eut que peu de troupes qui vinrent eu deçà , et tout le corps demeura entre Heidelberg et Manheim.

Les choses demeurèrent quelques jours en cet état, et M. de Turenne, voyant qu'il n'y avoit plus à craindre que l'armée de Bavière passât le Rhin, et que toute la cavalerie se ruinoit faute de fourage , garda seulement trois ou quatre régimens de cavalerie sans bagage , qu'il mit dans les villes, à qui il faisoit fournir quelque paille, et fort rarement de l'avoine, et envoya tout le reste de sa cavalerie dans les montagnes de la Lorraine , ayant écrit à la cour pour leur faire donner des quartiers d'hiver dans ce pays , et dans les évéchés de Metz , Toul et Verdun , gardant toute Finfanterie avec lui en Allemagne, et laissant un corps de deux mille hommes sous Philisbourg, Jusqu'à ce qu'il sçut que l'armée de Bavière fi!kt séparée : ce qui ne Kit que dans le mois de décembre.

Peu de temps après que M. de Turenne eut renvoyé cette cavalerie ^ il apprit que M. de Lorraine passoit la Moselle avec cinq ou six mille hommes, et avoit investi un escadron de cavalerie dans CasteInaU; et un autre dans Simeren , deux petites places dans le Hundstruck, à quatreou cinq heures de la Moselle, où M. de Turenne avoit envoyé ces deux escadrons pour trouver du fourage. Celui de Castelnau demeura dans cette petite place, qui ne fut point attaquée , celui de Simeren se retira à Mayence avec peu de perte. M. de Turenne , qui ne pouvoit plus faire revenir sa cavalerie , et aussi qui ne pouvoit pas prendre celle qu'il avoit postée dans les villes du Rhin, M. de Merci étant encore ensemble au-delà , s'en alla vers Mayence avec quatre ou cinq cens chevaux , et apprit en chemin que M. de Lorraine avoit attaque Bacharach, qui est une petite place sur le Rhin , où il y avoit cent hommes de garnison : il n'étoit pas en état de la secourir ; néantmoins il

MBMOIBBS DU VICOMTE DE TUBENNU. [l64ô]

étoit bien aise de faire croire à M. de Lorraine qu'il y mareboit avec beaucoup de gens. Etant arrivé près de Bingben , qui n'en est qu'à trois benres, il envoya des partis et des sauve-gardes en divers lieux pour préparer des vivres pour l'armée , et fit même entrer quelques-uns de ses gardes dans le château, qui crièrent aux Lorrains que l'armée venoit : M. de Lorraine leva le siège et se retira au-delà de la Moselle. Il étoit demeuré deux cens hommes dans le château de Greutznac, qui a au-dessous une assez Jolie ville ; et ce château étant un poste très-considérable entre le Rhin et la Moselle. M. de Turenne crut qu'en logeant son infanterie dans la ville, et ayant le couvert et des vivres, il feroit le siège durant Hiiver assez commodément. 11 y demeura en effet avec mille homme de pied et deux cens chevaux , et en quinze ou seize jours le château se rendit après une assez grande résistance.

Ce fut environ vers le milieu du mois de décembre que les quartiers furent donnés en Lorraine, en Alsace et le long du Rhin , où le pays étoit si ruiné, qu'en vingt lieues on ne pouvoit pas trouver à nourrir un cheval , hors dans les grandes villes, qui étoient fort misérables par les quartiers d'hiver des Lorrains , et en quelque petit château où il demeuroit quelque homme de qualité qu'on ne vouloit pas entièrement achever de ruiner.

[1645J M. de Turenne crut qu'il étoit bon qu'il n'allât pas à la cour pendant l'hiver, afin d'être en état de se mettre eu campagne plus tôt ; et M. le cardinal l'ayant trouvé bon, il demeura à Spire. De là , il envoya prier M. de La Ferté, gouverneur de Lorraine, de hâter le payement des quartiers d'hiver aux troupes; M. de La Ferté le fit très-ponctuellement dans tous les lieux de son gouvernement y et leur fit donner trois mois de paye.

[Dans cet intervalle, M. de Turenne rendit compte à Son Eminence de l'état de Tarmée et des pays voisins, et des projets que l'on pouvoit former pour la prochaine campagne, par les lettres suivantes :

« On m'a mandé comme on voulloit mettre un autre lieutenant de Roy dans Philipsbourg à la place de Decourt , qui y est à cette heure. Je supplie Vostre Eminence que ce ne soit point sans que celuy qui y entrera luy donne une récompense raisonnable; il est hors d'estat de servir à la campagne , ayant perdu un bras. Je ne doubte point qu'il ne plaise à Vostre Eminence s'en souvenir quand on luy en parlera. J'ay esté ()ien aise que M. d'Anisy allast faire un voyage (i Paris; il dira à Vubtre Eminence comme on

a renvoyé deux de ses capitaines qui ue méri* toient point d'entrer dans ce corps-là ; si oo « pouvoit trouver quatre autres qui pussent Afav de bonnes compagnies , le régiment feroit dm bataillons. M. d'Anisy sert avec grand soIb il affection.

» J'ai faict passer un régiment de cavalerie et un d'infanterie de delà le Rhin ; ils soot retranchez dans un village , et ils tirent subrii* tance du pays d'Armstadt ; j'en feray «Mon passer, si je peux^ uu ou deux de cavalerk: cela ne se fait pas sans danger d'estre enleffli; mais c'est qu'outre qu'ils ne peuvent plus vivra en deçà , il faut tascher de laisser le pays m peu libre, pour faire semer autour des vivra, Une partie de cavalerie de nos gens ont, ih nuit passée , défaict une de trente des coiienii au-delà du Rhin.

» M. de Bavière faict encore donner à cak heure des chevaux à sa cavalerie, y en estai mort beaucoup des deux mille cinq censqil donna après la prise de Philipsbourg; \h$â envoyé mille chevaux vers la Bohème contR les Suédois, soubs la conduitte d'un ooIomI nommé Sporick. L'infanterie de Galas, dai Magdebourg , est entièrement ruynée ; les Inp^ riaux font un corps en Bohême du reste à Galas, des trouppes de Saxe, de celles de Bah feldt et de quelques trouppes qui estoieot eonUC Ragotsky ; les gens commandez de Bavière m vont encore joindre à cela.

» Dans la fin de ce mois j'en voyeray quefa|iilB à Vostre Eminence, pour luy dire ma pciHii pour ce que l'on peut faire en ce pays. Je laflf plie très-humblement de ne point retard» à envoyer de l'argent pour l'achapt des bledii craignant que cela me vienne dans un tempii nous ne pourrons rien tirer de delà le Rhin.

» Je suis obligé de dire à Vostre Eminoc» que M. de Courval n'est pas si propre à vim dans un lieu où il faut estre politique qu'à défendre une place. 11 est fort brave homme et to officiers, mais il ne s'accommode avec persooK et fait beaucoup de choses sans Jugenotent k lui en ay fait trois ou quatre réprimandes; Jt croyois qu'il y estoit plus propre que je m ^ trouve, allant trop viste pour un lieu eooB^ celuy-cy est. Monseigneur, vostre très-hum* et très-obéissant serviteur,

» Mayence, 18 janvier 1645. »

» TuBEimi. ■

Au même.

« J'ay reçu la lettre qu'il a pieu à Voil'* Eminence me faire l'honneur de m'escrin f^

MRMOIUFS ni VICOMTP. DP. TrRE%NK. [l645]

de Grandra , et reçois toujours tant de tékigDages de l'honneur de son souvenir, que Je nia bien incrédole si J*en estols en aucun ■bte. Je la supplie aussi de croire que Je resm cela comme Je doibs.

» Je supplie encore Yostre Eminence d*apjer auprès de madame la landgrave de Hes- I , pour l'envoy de ses deux brigades d'initerie, alors que je Iny demanderay; elle a yours témoigné voulloir apporter très grande sllité à touttes leschoses qui dépendoient d'elle, estre fort recognoissante des obligations 'elle a à la France.

» Yostre Eminence sçalt bien que Je n'ay Int proposé de donner de l'argent aux officiers llnfanterie pour les recrues, à cause du peu de BS que l'on meine , et de la quantité d'argent teeela couste : ce n'est pas qu'il ne soit bebi quelquefois de se résoudre à envoyer des Uats de France, encore qu'ils coustent beau- •p, puisque Je vois que les soldats qu'on tire ) Francfort (d'où on en a eu quarante ou ctn- MDte) reviennent à douze et quinze escuz sans I lirais; c'est pourquoy, si on trou voit quelque gbnent d'infanterie vacquant en France, et le Mier à M. de Cour val, il s'accommoderoit ree moins de dépense qu'à en faire un nouveau, cela me renforceroit d*un bon nombre d1n- Bterie qu'il faut laisser de l'armée de Mayence. « Madame la landgrave de Hessen m'a esit sur le subjet des contributions de la Haute eiien , mais c'est plus pour l'advenir que pour présent , car on n'a pas tiré un son de delà le Un, si ce n'est l'entretennement de deux régleuse M. le prince de Darmstadt,où elle ne deiBde rien.

• Il y a le Ryngau , qui est un petit pays de ois heures de long, auquel on n'a point touché : !St le seul pays qui faict subsister Mayence

qui paye les cinq cens hommes de garnison.

• Je croy que M. de Tracy, devant revenir ice pays, sera party de Paris. Il eust esté fort désirer qu*on eust peu faire venir une somme tt» ce bas du Rhyn , à cause de la commodité l'on trouve en de certains temps d'achepter % bleds et autres choses nécessaires que l'on ! trouve plus aprez. Je le luy feray sçavoir lors- 'Il sera arrivé à Brisack.

• Je rends très-humbles grâces à Yostre ^iuence, de quoy il luy a pieu parler à la i^ue pour une pension à M. de Bauvau.

' J'ay envoyé un trompette à M. de Mercy, Hy ay escrit touchant les prisonniers , et en oyeray un autre à M. Tartenson touchant X qu'il a. Je suis très-aise que Ion envoyé intendant qui ait csgnrd aux places et à la

direction de la subsistance des trouppcs dans les garnisons et des contributions , et croy cela entièrement nécessaire. Je suis obligé de dire à Yostre Eminence qu'il faut de l'argent à la garnison de Phiiipsbourg, laquelle ne peut point tirer de contributions.

» M. de Gharlevois part pour travailler à sa levée ; Je supplie Yostre Eminence que Ton luy donne moyen de la faire , pouvant tirer par là de Tinfanterie du régiment d'Ossonville, qui est fort bon , et croy qu'elle ne trouvera pas mauvais que Je luy dise que Je croy qu'il est nécessaire de donner moyen à M. de Gharlevois d estre dans Temploy, en faisant quelque dépense , estant une charge où il faut estre avec quelque respect avec les officiers , ledit sieur de Gharlevois estant une personne à qui on se peut bien fier, et qui a l'esprit très-bien faict.

« Jay veu, par la lettre de M. LeTellier, comme M. d'Espenaii demande le gouvernement du Bas-Palatinat. Je supplie très-humblement Yostre Eminence que Ton aille réservé avec eux pour ces choses-là , car c'est une personne qui a toujours esté appréhendée pour ses façons de faire, aymant de faire brouillerie dans tous les lieux où il est ; il vit très-bien avec moy : mais c'est la coustume, d'estre bas en présence et de faire beaucoup dMntrigues de loin.

u Pour ce qui est de Mayence , en faisant donner vingt mille francs à M. de Gourval , il mettra ce lieu-là en assez bon estât : ce qui est très-nécessaire de faire , estant un fort méchant lieu pour se déffendre, quoyqu'on y ait travaillé autant que Ton a peu. Je rends très-humbles grâces à Yostre Eminence de ce qu'elle a obtenu de la Royne pour moy ; Je voudrols estre assez bien dans mes affaires pour ne pas donner ces importunités.

» Il est arrivé un accident à M. de Gourval: Je l'avois envoyé prendre un château nommé Hoffen, ce qu'il fit, et luy avois dit qu'il pourroit passer Jusques à Ursel , qui eut à deux heures plus avant, en cas qu'il y eust peu de gens dedans: et en effect il n'y avoit que quarante soldats, et ayant faict tirer son canon deux Jours de suite, les soldats et paysans raccommodoient la bresche; en sorte qu'il ne pouvoit pas y faire donner, craignant que cela ne donnast le temps aux ennemis d'y venir pour la secourir, luy n'ayant que six cens hommes en tout , J'envoyai un ayde-de-camp, afin qu'il se retirast la nuit ; luy, n'ayant point de nouvelles d'aucun secours considérable , il creut bien faire d'attendre au matin , auquel temps il partit ; il y entra cestenuict-là, dans la ville, cent chevaux et cinquante mousquetaires, lesquels, avec ceux

MÉMOIRES DU VICOMTE OB TUBENNE. [lC4â]

de la ville , sortirent et mirent ses gens en confusion, et luy prirent ses deux pièces de canon ; il fut deux fois entre les mains des ennemis et se sauva. Les ennemis y ont pris deux cens prisonniers que l*on aura pour la rençon. M. de Courval y a faictce qull a peu de sa personne, et scavoit bien que le^ ennemis n'estoient pas la moitié si forts que luy : ce qui est cause qu'il les a si fort méprisez.

» Je manderay à MM. de Strasbourg et à ceux de vostre régiment de cavalerie , ce que Vostre Eminence m*en escrit; je ne double pas que ceux de Vorms et de Spire m'envoyent à la cour pour le mesme choix ; elles n'ont cliacune qu'un régiment d'infanterie, et J'oste deux compagnies de mon régiment, qui estoient à Spire sorte clergé, sans sça voir aucun lieu où les mettre; ces villes ont très grandes raisons de se plaindre, mais j*advoueque jene sçay nul expédient pour les soulager présentement, estant obligé, quand mesme on auroit d'autres quartiers, de laisser ce qu'il y a dedans à cause de Franckendal. Si Vostre Eminence juge nécessaire que par dessus les maréchaux de camp il y aytun lieutenant-général , jecroy que M. d'Hocquincourt y sera plus propre que M. dcMontausier, à cause de quelques escrits sur Taffaire de Tutlingen.

» Vostre Eminence cognoist bien mieux que moy M. le marquis de Pomart, qui , à ce que je croy , n'a pas eu d'employ de touttes ces guerres icy. Je crains qu'il ne se lassât bientost de celle-cy. Vostre Eminence trouve bon que je luy dise mes sentimens sur les choses, elle scait, après cela , comme je me porteray avec joye à tout ce qu'elle ordonnera.

» J'ay envoyé un trompette pour sçavoir de M. de Mercy un lieu pour traitler de l'eschange des prisonniers.

» Je sçay bien que quand Vostre Eminence songe à la dépense de ceste armée qu'elle trouve que cela va bien haut, mais je la supplie de considérer que, de toute la campagne jusques au mois de mars, toutte l'armée n'aura touché qu'une montre et dans le plus mauvais pays du monde. » Je suis très asseuré que la cavalerie allemande en deviendra plus difficile une autre fois, estant certain que depuis le commencement des guerres d'Allemagne ils ne se sont point vus en telle extrémité , estant hors de doubte que la cavalerie françoise eust déserté il y a très longtemps , et ce n'est pas parce que le Roy y est obligé, mais par la nécessité toute pure, qu'il est nécessaire de payer régulièrement les trois montres et demie à l'armée.

" J'ay deux ou trois régimens de cavalerie cy •

auprez qui ne passent pas chacune cent eavaliers montez.

» Je supplie Vostre Eminence de YoaioiréQoi» ter M. de Charlevois, qui cognoist de long-tempi cette armée sur le sujet de sa pauvreté ^ je cralai effectivement beaucoup que s'ils se voientpreAi de retomber dans une même nécessité, qu'ils n prennent une mauvaise résolution. Ils ont soifert et soufriront encore faute d'argent, en v point que cela n'est pas croyable; je 8uisobH|é de dire à Vostre Eminence que je ne crois |m qu'il y ait en France une personne plus propre pour l'emploi de Brisac que M. de Gharlevofe » Je supplie très-4iaml>iement Vostre Eoiinence de demander à lai^ne que M. Do Pmsage serve icy de sergent de bataille; eatompê Vostre Eminence le cognoisse bien, je ^assllr^ ray pourtant qu'il n'y apas un plus honeste gentilhomme en France ny plus homme d'honneur. M. de Lamet demeurera avec les régimens francois de cavalerie^ y estant l>eaucoop plos profit que pour l'infanterie ; je demande cela Uèê4h stammentàVostre Eminence, que M. Do Pa8M|e vienne icy servir; il s'en va à ceste heore A h* ris et m'a promis de revenir bientost , dès qsl aura pieu à Vostre Eminence luy faire donner ses expéditions.

» Madame la landgrave de flessen m'avdt escrit que ses trouppes revenoient avant qse M. de Grandru fût de retour; je ne peux pn encore bien juger de quel costé M. de Tartesson se tournera, et ne croy pas que jusques kjf il ay t de trop bons quartiers. J'ay Icy on régiment de cavalerie que je seray obligé de mvoyer vers le pays Messin ; c'est la dernière ettrémitéqui me le fait faire, car sij'avoismojreB d'empescher que les chevaux ne mourussent poiot de faim, j'entretiendrois les cavaliers avecdopli jusques au printemps ; et icy quand on laisse nçner les régimens, ils s'en vont trouver leseoMmis, et il n*y a point d'argent capable de lem des trouppes qui puissent servir comme celleicy. J'envoye M. de Beauregard pour faire ip* voir à Vostre Eminence qoe M. de TarteuMi promettant de se rendre fort au printemps, cl ne point relascher du lieu où il est, mais i^ad* vancer plus avant, que je croy qu'il sera phsi propos que je passe le Rhyn dans la fin d'anlf m'estant aussy bien impossible de subsister de deçà en corps d'armée, les quartiers ne poofiit plus supporter les trouppes.

» Il faudroit pour cela que j'eusse deux fflOk hommes de pied pour pouvoir en laisser inft dans Mayence et cinq cens dans Verras, et autant dans Spire, n'estant point raisonnable <e passer le Rhyn que bien fort.

MÉMOIRES UU VICOMTR DE Tt RENNE. [1046]

roit a propos qu*en ce temps-là, de Taira vers Trêves il s'y advance quelques vers la Moselle, i fin de couvrir ce pays durroit danger de ce costé-là.

inqueste de toulte la Moselle, j^entends s, Coblentz etHormestein, est tout-àssaire pour pouvoir garder ce pays.

it à Franckendal , estant un grand siège ,et le pays d'autour fort ruyné,Jecrainme mettre en estât de ne pouvoir plus Rhyn, et il est certain que si M. Tarsot agir en ce temps-là, que les ennemis lerolent tous sur les bras, afs , Monseigneur , vostre très-bumble t>éissant serviteur, lyence , ce 4 février 1645.

»TURRi\NE. »

A Son Eminence.

e donne l'honneur d'escrire celle-cy à minence par M. Douval , qui vient de il est en très bonne estime dans ceste t je le tiens bomme de fort bon sens; grande envie de remettre son régiment, seurè que si Vostre Eminence a le loisir irler, qu'elle en fera beaucoup de cas, et s mieux ceste brigade birlaudoise que nenvoyast deux françoises. Je tasehe-

bien maintenir.

is venu ici à Saverne pour gaignersept >urs de temps , que Ton eust perdus s'il i que M. de Tracy me fust venu trouver 1 Rhyn et qu'il s'en retournast de là à rg. Je Tay trouvé fort satisfait des bon- ^ostre Eminence a eues pour luy , et il loubte que c'est une personne qui peut t utilement en ce pays , y estant fort î estimé de tout le monde, receu hier une lettre de deux gentilsqu! sont venuz en Lorraine pour baster leut des trouppes ; je leur ay mandé les fissent point partir qu'ils n'eussent

Roy , et il seroit très nécessaire que minence escrivlt prompteraent à M. de

qu'il fit payer aux trouppes, tant de que de Barrois, les quatre mois, sça- «mbre, janvier , febvrier et mars ; car, asseure, qu'il y a quatre compagnies de ment de cavalerie qui n'ont touché que >urs de subsistance de tout l'hyver; la !C laquelle il faut que les trouppes maruit receu si tard leur argent, empeschera le pourront pas estre en Testât que j'aré: ce qui me faict encore plus supplier minence de voulloir m'envoyer un ré-

giment de cavalerie à la place de celuy d*Aumont; j'avois demandé celuy du Quaslin ou bien quelque autre qui fût bon.

» Je supplie aussi Vostre Eminence pour ce peu d'Infanterie que j'avois demandé par M. de Montaut , et aussi de se souvenir qu'il y ait quelqu'un avec des trouppes qui observe ce que les ennemis feront vers la Mcmlle.

» M. d'Erlack m'a mandé qu'il ne pouvoit pas laisser sortir les compagnies de Halstein, et qu'il recevoitson argent si tard qu'il luy estoit impossible de faire des hommes ; je supplie Vostre Eminence qu'il reçoive un ordre exprez pour sortir ces compagnies ou pour donner trois cens hommes effectifs allemans quand Je les demanderay, et seroit bon qu'il eust promptement cest ordrelà. Jecroy que les Suisses ne feroient point difficulté d*aller à Mayence slVostre Eminence voulioit en faire envoyer trois compagnies dans la ville ^ cela ne fouleroit point les habitans et seroit fort advantageux en ce rencontre.

» Le cheval d'Italie et la jument qu'il a pieu à Vostre Eminence de m'envoyer, dont je luy en rends grâces très-humbles, sont aussi beaux et bien faicts qu'il se peut ; j'ay ime obligation très-particulière à Vostre Eminence du soin qu'elle a de touttes mes affaires, et de la pensée qu'elle a eue de supplier la Royne, depuis peu, de faire quelque chose pour moy ; je voudrois que tout le monde l'en pressât aus^l peu que je feray , ayant tout subject de recognoistre la bonté qu'elle a eue pour moy et d'estre très-content, outre tous ses bienfaicts, de la confiance qu'elle a en moy.

>» Je n'ay point encor de response de madame la landgrave de Uessen; je luy ay envoyé un ayde-de-camp.

» Je supplie très-humblement Vostre Eminence de faire que M. Douval emmène les quatre compagnies de Hédin et quatre cens Hirlandois que l'on dit estre arrivez en France; il pourra aussi rassembler des Hiriandois qui sont dans les trouppes de France, et ne demande qu'un lieu d'assemblée et point d'argent pour cela ; c'est vostre très-bumble et très-obéissant serviteur ,

» A Saverne , le 10 mars 1645.

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