VJ
Dbds ee temps-là on eut nouvelles que M. le duc fEoghien , avec sept ou huit mille hommes , mirehoit vers le Rhin, ce (fui obligea M. de ToreDDe , joint avec M. Konigsmarc et les Hesiiens, d'aller dans le pays de Darmstadt , et delà dans le Bergstras pour le joindre.
[M. deTorenne en informa Son Eminence par la lettre suivante :
« Je me suis donné Thonneur d*escrire deux M trois fois à Vostre Eminence par la voy e de lliyence, mais mes lettres ont été perdues , lu» lesquelles il n'y avoit rien de conséquent, lyant perda mes chiffres, eomme je Tay mandé H Vostre Eminence.
» Je croy qu'il y aura desjà long-temps que H. de Tracy sera arrivé à la cour; depuis son partement , j'ay joinct les tronppes de madame Il landgrave de Hessen , et celles de Koniglaarc. Ce que l'ennemi ayant sçu , et s'estant traové engagé devant Kirkeine , il en a levé le iKge, et s'est retiré au Mayn, où il est à ceste heure retranché devant Aschastembourg ; ayant pr ce moyen laissé le chemin de Mayence Uwe, J'en ay faict venir les trouppes qui y es- ^t; ce qui est sorty de Brisac, à sçavvir, d'Ossonville et des quatre compagnies de M. d'Erlack , approche cinq cens hommes ; les lii compagnies de Vostre Eminence, qui sont irtles de Mayence, font quatre cent cinquante, ities nouvelles cent, et le régiment Bellenave |Qitre cens hommes ; de sorte qu'avec ce que ^peux avoir de reste de l'infanterie, il me faut sooter à deux mille hommes de pied , de cava- ^\ y^y trois mille cinq cens chevaux, et ivec la montre, on pourra faire estât de quatre Aille effectifs.
' J'ay trouvé de l'argent à Francfort pour ^er les régimens qui se sont trouvés au com- ^, ayant remis les autres à Strasbourg , où ti ont envoyé quérir leur argent.
• Je croy que Vostre Eminence ne juge pas ■bonnable que l'on leur eust diminué sur ce ^b ont perdu ; car outre qu'il eust esté im- ^ible de les faire condescendre à cela, je ^iieare qu'ils employeront tout l'argent que ^ leur donnera à se remettre ; et depuis la ba- ^He il leur a fallu travailler comme aupara- <Kt sans esquipage , ce qui les eust ruy nés eni^ement, sans le grand soin qu'ils ont pris. ^ A ce qui pourra servir d'infanterie, Je leur "^y donner la montre , et aux autres ofûciers ( n'auront point de soldatz, j'ay parlé à > de Vautorte, qui leur fera donner une peb subsistance sur les villes le long du Rhyn , attendant que l'on les remette.
V Je croy que M. de Nétancourt pourroit
mieux que personne remettre son régiment, et il luy reste icy un assez bon nombre de soldatz; il faudroit que ce fût l'aisné qui s'en meslât , il en viendroit asseurément à bout.
» Si quelqu'un voulloit prendre celuy de Melun , il y reste de bons ofQciers et cent cinquante soldatz, qui sont dans les places le long du Rhyn ; avec un quartier en France, je croy qu'il pourroit se remettre ; je manderay à Vostre Eminence ce que se pourra faire là-dessus ; pour le mien , je ne sçaurois pas respondre de le raccommoder que dans l'hyver , si ce n'est que dès à présent on me voullût donner un quartier en France, où j'en voy eray des officiers. Les officiers de la cavallerie allemande me sont venuz trouver, qui disent qu'à moins de mille escuz par compagnie , il leur est impossible de les bien remettre; estant deçà le Rhyn, ils espèrent trouver des cavaliers ; outre que les ennemis sont obligez de rendre les prisonniers par un quartier signé, je croy que si on peut faire cet effort, il est tout-à-fait nécessaire de leur donner cette satisfaction.
» M. de Tracy, qui est là , est entièrement informé de toutes choses.
» M. de Marsin s'est trouvé icy quand nous étions ensemble, M. Konigsmarc, celuy qui commande les troupes de Hesse , et moy, qui pourra faire sçavoir à M. le duc d'Enghien toutes choses , et mesme Tira trouver en Saverne pour luy dire ce de quoy nous sommes convenuz.
» M. de Beauvais est arrivé icy, qui m'a dit les boutez que Vostre Eminence a pour moy, de quoy je luy suis obligé en un point qui ne se peut pas exprimer, et Je luy peus bien asseurer qu'un des plus grands déplaisirs dans mon malheur a esté celuy que , outre le service du Roy, Vostre Eminence en aura ressenti pour mon particulier.
» Je croy qu'elle aura sceu comme les ennemis n'ont point profité de leur victoire, ce qui ne laisse pas d'apporter beaucoup d'incommodité pour les dépenses extraordinaires que l'on sera obligé de faire ^ desquelles M. de Tracy sçait le destail , et je supplie très-humblement Vostre Eminence d'en voulloir considérer la conséquence.
» Je m'asseure qu'elle jugera qu'il a esté assez advantageux de tirer touttes les trouppes en deçà du Rhyn , pour la conséquence de la choae mesme, et la réputation d'Allemagne; car estant soutenu, on peut faire un estât asseuréde ne point repasser le Rhyn , qui estoit ce qu'il y avoit le plus à craindre.
» S'il plaisoit à Vostre Eminence que l'on fit
392 MBMOIRKS DU VICOMTE
donner des lieux d'iissemblée et de r»r<j;ent au régiment de Vostre Kminence, à sçavoir , six compagnies, ]Vfelun,Nétancourt, et au mien, j'y renvoyerois les officiers, et retiendrois ce qui se trouve de soldatz icy. C'est, Monseigneur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.
» Au camp de Ferknheim , 18 juin 1645.
» TUBEPiNB. >»]
M. d'Enghien passa le Rhin vers Spire , et il fut résolu que les armées jointes raarcheroient vers le Nekcre , et que Ton tâcheroit d'arriver à Hailbron avant l'ennemi. On marcha en grande diligence avec un gros corps de cavalerie d'avant.garde à une heure d'Hailbron, où Ton vit l'armée ennemie qui arrivoit de l'autre côté du Neckre, et qui se mettoit en bataille sur un coteau de vignes auprès de la ville : ce qui fit faire alte à l'avant-garde. On attendit l'infanterie qui étoit assez éloignée, et Ton campa ce soir en ce lieu. Voyant qu'on ne pouvoit pas attaquer Hailbron ni passer le Nekcre en cet endroit-là , toute l'armée des ennnemis y étant opposée , on marcha à Vimpsen , petite ville sur le Nekcre , à deux heures au-dessous d'Hailbron; on mit promptement le canon en batterie , et la ville se rendit. Il me semble qu'il n'y avoit pas plus de trois cens hommes dans la place.
L'ennemi, voyant que Ion avoit par ce moyen un passage sur le Nekcre, laissa une bonne garnison à Hailbron , se retira et alla camper à Feuchtwang , où il fit quelques retranchemens. L'armée du Roi, laissant peu de gens dans Vimpsen, passa le Nekcre: M. Konigsmarc, voyant les ennemis éloignés , et bien aise d*étre à part en Francouie, feignit d'être mécontent de M. le prince , sans aucun sujet légitime (1), s'en sépara sans prendre congé de lui , marcha deux jours vers le Mein sans s'arrêter, et on n'eut plus aucune nouvelle de lui. C'est un homme nourri dans la guerre , accoutumé aux grands commandemens , assez glorieux et intéressé, et qui veut que toutes choses dépendent si fort de lui , qu'il s'accommode difficilement avec ses supérieurs , et tend toujours à se séparer. Au reste, c'est une personne qui a de grands talens pour la guerre , et qui a servi très-dignement la couronne de Suède. M. de Turenne ne peut que se louer de la façon dont il en usa avec lui, en recevant ses ordres, avant que M. le prince fût arrivé.
(1) Le vicomte cache toujours les Tautes des autres PD relevant les siennei . (A. E.)
bK TLUkiXiNE. [1645]
Après son départ, les Hessiens demeorani avec nous, on marcha à Rotlembourg sur le Tauber, où Ion séjourna quelques jours. H. de Merci se retira plus avant dans le pays ven Dinkespuhel, où il laissa trois ou quatre eeu hommes, et se campa à trois ou quatre lieDO de là, derrière des bois. Peu de jours après, Tarmée du Roi arriva auprès de Dinkespubd, et forma le dessein de l'atttaquer ; on fit avaicer des mousquetaires dans des maisons rvi* nées, et Ton y ouvrit quelque tranchée ; mib avant minuit un officier prisonnier, qui s'était sauvé de l'armée de Bavière , vint avertir M. de Turenne que M. de Merci, croyant que Tarmée du Roi s'attacheroit an siège de Dinkespuhd, marchoit toute la nuit , et étoit à deux hem de là , derrière les bois. M. de Turenne aUi promptement en avertir M. d'Enghien, ifà résolut de laisser tout le bagage avec deux oi trois régimens de cavalerie, et de partir incoiUnent avec toute l'armée, pour suivre M. deMcicL On partit à une heure après minuit : M. de Turenne avoit l'avant-garde , et on traversais bois ; M. d'Enghien y étoit et avoit laissé M. k maréchal de Gramont avec son armée à farrière-garde. En sortant du bois, le jour étoitd^ assez grand pour voir une petite troupe dei Bavarois , et peu de temps après , en la pensant , on découvrit quelques escadrons cn^ mis , lesquels , ayant vu la tête de notre availgarde, se retirèrent en diligence versleeorfi de leur armée , dont ces troupes étoient IV vant-garde : de sorte que , si l'on ne fttt ftt parti de trop bonne heure , on les eût troaiè dans la marche, et par conséquent en fort mnvaise posture. Ils s'arrêtèrent derrière plosifln étangs , se mirent aussitôt eu bataille , et ajftfk placé leur canon , commencèrent à faire è» travaux à leur tête et à se retrancher.
L'armée du Roi se mit aussi en bataille ■ sortir du bois, mais elle ne put aller à eoxfM par des défilés. On fit avancer le canon fri les incommoda assez; mais le leur, quiMt déjà placé , nous fit beaucoup plus de mal. U journée se passa toute entière à se canoonerde part et d'autre avec assez de perte. Le icadt* main , deux heures devant le jour, nous retirâmes par le même chemin par lequel étions venus : c'étoit par un défilé dans iebeii L'ennemi ne suivit qu'avec quelque cavalerie, et il n'y eut qu'une escarmouche, qoolqu'fl 1 eût un temps auquel II eût pu défaire une paiHe de notre arrière-garde. On repassa donc le M et on alla joindre le bagage auprès de Dioktfpuhcl , où l'on campa ; mais ne jugeant pes à propos de s'arrêter à une si petite place , oo ré-
NBMOIRES nil VIGO&ITB DR TURF.?INK. | 1 G45]
marcher à Nordlingen , et d y arriver Qnemî , ce qui étoit fort aisé. Le len- 'armée partit de bonne heure et , ayant deux ou trois heures, arriva vers les res du matin dans la plaine , assez pro- ^ordlingen ; n'y voyant rien paroltre , al de faire halte avec quelque intention )er, mais pas encore avec ordre de déle bagage ni de tendre les tentes.
M. de Turenne s'avança dans la plaine \ petite garde , et que M. le prince alla promener fort près de là avec un autre, sur un parti allemand qui rôdoit, et deux ou trois prisonniers qui dirent née de Tennemi passoit un ruisseau à re de là pour s'approcher de Nordlinde Turenne joignit prompteroent M. le et ayant appris qu'il n'y avoit point de entre le lieu où l'ennemi passoit et cem étoit, on envoya à Tannée pour or- |ue personne ne s'écartât. M. le prince 1 Turenne s'avancèrent encore avec peu pour reconnoftre et apprendre plus écrit ce que faisoit l'ennemi et s*il contimarche. La plaine est si raze et s'éloiu que Ion ne craignoit pas de s aivec peu de gens.
i Merci, qui commandoit l'armée de , à laquelle s'étoit joint un corps de six mille hommes de l'Empereur , comar le général Gleen , étant arrivé sur le m ruisseau à neuf heures du matin , et comme il étoit vrai , que l'armée du l campée auprès de Nordlingen que allons assiéger, crut qu'en passant ce sans bagage il pourroit, avec sûreté, lier de Nordlingen y à cause des mon- \t des avantages qu'il pou voit prendre armée ; il se persuada aussi qu'on ne Toit point ce jour-là, et qu'ainsi il temps de se retrancher : ce qu'il étoit Dé de faire en grande diligence^ n'ayant sment à la suite de son armée d'autres I que ceux de munition de guerre et as lesquels étoient les outils. Il conti- ! sa route et se posta à trois ou quatre du ruisseau, sur une montagne (l) qui, )itoù il l'abordoit^ étoit assez haute, 1 descendoit insensiblement vers un 2). Pour se servir du lieu selon la force rmée et la situation du terrain , il comranger son aile droite, composée d'un
ilagoe de Vineberg.
Illage se nomme Allerheim.
corps de l'Esnpereur et de quelques-unes de ses troupes , depuis Teudroit de la montagne qui approche le plus du ruisseau jusqu'au village, ayant deux régimens d'infanterie et son canon au lieu où commençoit son aile droite. Dans l'endroit où l'aile droite finissoit , l'infanterie s'étendoit en bataille derrière le village, et , dans Taction combattit presque toute pour le défendre ; mais au commencement il ne fut occupé que par quelques mousquetaires commandés dans l'église et au clocher. Ensuite de l'infanterie qui étoit sur deux lignes de même que la cavalerie, l'aile gauche, composée de la cavalerie, de Bavière, et commandée par M. Jeande Wert, finissoit vers un petit château un peu élevé (3) autour duquel il y avoit de l'infanterie qui fermoit la gauche de l'armée , de même que ces deux régimens d'infanterie fermoient la droite. L'espace entre le village et le château étoit une plaine où se pouvoient bien tenir douze ou treize escadrons. C'est en cet ordre que se mit M. de Merci, tant pour combattre que pour camper si on n*étoit pas venu a lui.
M. le prince, ayant vu que Tarmée de l'ennemi passoit le ruisseau , manda aux troupes de se tenir prêtes à marcher, et étant confirmé , par les partis et par sa vue même, que l'ennemi ne s'éloigneroit pas trop de vouloir combattre, il passa l'endroit derrière lequel il avoit un grand avantage, et manda à toute l'armée de marcher. Sur le midi , l'armée s'avança dans cette grande plaine , et vers les quatre heures du soir on vint en présence : il fallut assez de tems pour s'étendre et se mettre en état de combattre. Ce village qui étoit devant l'armée ennemie donnoit avec raison différentes pensées, ou de l'attaquer, ou de marcher vers les deux ailes avec la cavalerie seulement; mais comme la chose n'est pas assez sûre d'attaquer des ailes sans pousser en même temps l'infanterie qui est au milieu , on ne jugea pas à propos , quelque difficulté qu'il y eût à attaquer le village , d'aller au combat avec la cavalerie sans que l'infanterie marchât de même front : et comme le village étoit plus de quatre cens pas plus avancé que le lieu où étoit leur armée , on crut qu'il falloit faire halte avec les deux ailes pendant que l'infanterie combattroit pour emporter les premières maisons de ce village et s'en rendre maître, ou du moins d'une partie. Pour cet effet; on fit avancer le canon, afin qu'on ne fût pas endommagé de celui de l'ennemi sans l'in-
(3) Puffendorf et tous les autres disent que le château était sur une hauteur ou colline , nommée la colline d'Allerheim.
AlKMOIllES DU VICOMTE Dl^ TLUC^f.NE. [l04â]
coraraoder avec le nôtre ; mais comme celui qui est placé a beaucoup d*avantage sur ceux qui marclient , à cause qu'il faut toujours atteler les chevaux pour avancer, ce qui fait perdre beaucoup de temps , celui de l'ennemi incommodoit plus qu'il ne recevoit de dommage.
En cette disposition, l'infanterie de l'armée du Roi marcha droit au village; l'aile droite étant opposée à l'aile gauche de l'ennemi dans la plaine , et l'aile gauche à la droite de l'ennemi qui étoit sur cette montagne, laquelle descendoit insensiblement au village. L'infanterie trouva assez peu de résistance aux premières malsons ; mais quand elle entra plus avant, trois ou quatre régimens de l'ennemi ( dont une partie occupoit le cimetière et l'église, et l'autre avoit percé les maisons) firent un si grand feu , qu'elle s'arrêta tout court et commença à plier; on la seconda d'autres régimens , et M. de Merci, qui étoit derrière le village , ût soutenir la sienne par d'autres corps : ainsi le combat devint fort opiniâtre , avec beaucoup de perte de part et d'autre ; mais moins de celle de l'ennemi, à cause qu'il étoit logé dans les maisons percées ; et même pendant que sa première ligne combattoit dans le village , la seconde travailloit sur la hauteur. Ces expédiens ne réussirent point , mais ils montrent beaucoup d'habileté et de sang froid dans le général. M. le prince vint souvent dans le village, y eut deux chevaux blessés sous lui et plusieurs coups dans ses habits. Il laissa M. le maréchal de Grammont à l'aile droite de sa cavalerie. M. de Turenne falsoit aussi ce qu'il pouvoit pour faire avancer l'infanterie qui étoit dans le village proche de son aile. M. de Bellenave , mnréchal-de-camp de son armée, y fut tué ; M. de Casteinau, maréchal-de-bataille , dans celle de M. le prince , fut très - dangereusement blessé , aussi bien qu'un très-grand nombre d'officiers. Dans le fort , et sur la fin de ce combat , M. de Merci , général de Tarmée de Bavière , reçut un coup de mousquet dont il mourut sur le champ , et je crois que quand l'aile gauche de l'ennemi , que commandoit Jean de Wert, avança contre la cavalerie de M. le prince , qu'on ne sçavoit pas sa mort : le combat ayant duré plus d'une heure dans le village , où quelques escadrons étoieut employés pour seconder l'infanterie , l'aile gauche de l'ennemi commença à marcher.
On a souvent dit qu'il y avoit eu quelques fautes en passant quelques fossés qu'il y avoit entre les ailes , mais Je ne trouve pas cela con- (sidérable , car toute l'aile droite de l'armée du Bot étoit en bataille et voyoit devant elle celle de l'ennemi, laquelle, en venant au petit pas au
combat, ne trouva pas grande résistance. (^ que M. le maréchal de Grammont y fit tout qui se pouvoit , il fût fait prisonnier , n'aj pu faire le devoir à la seconde ligne non | qu'à la première.
M. le prince, qui étoit fort proche du villi passa à l'aile de M. de Turenne, lequel , voj que l'attaque du village ne réussissoit poi et que la cavalerie de l'aile gauche de l'eBD mnrchoit à la cavalerie françoise , s'avança i son aile vers la montagne , et ayant parM instant avec M. le prince , il lui dit que lui plaisoit de le soutenir avec quelques e drons de la seconde ligne et les Hessiens,! marchoit pour aller à la charge ; M. le fr y ayant consenti , M. de Turenne contim monter la montagne à la tête du régimcof Flextein. Etant à cent pas de l'ennemi , il tI se tournant que toute la cavalerie françoli l'infanterie qui avoit été poussée du viHi étoit entièrement mise en déroute dw plaine.
Comme M. de Turenne continuoit à mo la montagne avec huit ou neuf escadron front , l'infanterie que l'ennemi avoit aoi^ extrémités de l'aile fit une décharge, c canon eut loisir de faire trois ou quatre charges, les premières à balle, et la • nièrc avec des cartouches, dont le chen M. Turenne fut blessé , et il en eut UB ( dans sa cuirasse , et une partie des offidcn régiment de Flextein, et le colonel méaie, rent blessés avant que de venir à la ck contre un régiment de cavalerie qui éloit vant lui. Cela n'empêcha pas que toute n étant marchée d'un front , ne renversât Un première ligne de l'ennemi avec plusouii de résistance de quelques escadrons; et fa conde ligne de l'ennemi soutenant la proi qui étoit renversée, le combat fut fortoplni on n'avoit qu'un escadron ou deux dans il conde ligne , et les Hessiens qui étolenl réserve étoient un peu loin : cela fut I que l'on fut un peu poussé , mais sans dài car les escadrons étoient toujours en ordn même quelques-uns avoient de l'avantigl ceux de l'ennemi ; mais leur grand M Temportoit.
Les Hessiens arrivèrent, et M. le prit leur tête agissoit avec autant de courage 9 prudence. La cavalerie weymarienne, fi les Hessiens approcher, se rallia, et on dH tout d*un temps tout le corps de la can ennemie qui s*étoit mis sur une seule H ou la rompit , tout le canon qui étoit sur montagne fut pris, et les régimens d*iii(H
NÉMOIllLS DU Vlca.HTR DK TtHEK^iE. [ I (i Mil
<|ul étoient avec l*aîle droite furent défaits , et k géuéraL de Farmée de r£mpereur , nommé Gleen , pris.
D*un autre c^té , toute la cavalerie de M. le prince , première et seconde lignes, et même sa réserve commandée par le clievnlier de Cliabot, et toute l'infanterie qui s'en étoit fuie dans la piaioe étant chassée du village, fut entièrement défaite : Jean de Wert laissa suivre la vietoire de ce côté-là par deux régimens , qui poottèrent nos troupes deux lieues jusqu'au ba- : gi^^, et revinrent pour seconder son aile droite, 00 pour arrêter la déroute. Si nu lieu de retourner par le même endroit, en laissant le village à main gaaehe , ils eussent marché dans la (Uine droit à la cavalerie weymarienne et hestelle, Ton n'auroit pas été en état de faire aucnne résistance , et le désordre se seroit rois très-fiudiement dans notre aile gauche ainsi enveloppée.
Gomme la cavalerie de M. de Wert commença à revenir derrière le village , le soleil ctoit déjà eoQché, et la nuit venant incontinent après, les deu ailes, qui a voient hattu ce qui étoit devant «a, demeurèrent en bataille lune devant l'autw; et comme la cavalerie de Tarmée du Roi âoit un peu plus avancée que le \iliage , quel- VKsrégiroens de l'ennemi, qui étoient dans le «tacUère et dans Téglise, se rendirent à M, de ÏWine, et sortirent de là sans armes a l'entrée ^ la nuit, sans sçavoir que leurs troupes n'é- ^ohot paa à cinq cens pas de là.
La cavalerie demeura une partie de la nuit ^ proche l'une de l'autre dans la plaine , les fàtdes avancées de part et d'autre n'étant pas à ^Oqnante pas l'une de l'autre. A une heure après
(1) Tarenae rendit compte à m sœur de la fameiiKe "tuuic de NordliDgue , par la lettre suivante :
«Ma chère sœur, je viius dirai, avant toutes nouvelles, î^e Je ne vous crois aucunement cliangée pour nravoir Ml des réprimendes . et je vous jure que, quand je suis t^Ugeotà TOUS écrire , c'est Tassurance entière que j'ai \%Êb TOUS in*aimerez toujours sans pouvoir changer.
m Oo donna avant-hier, près de Nordlingue , la plus ^innde bataille qui se soit vue depuis la guerre. La ca- '«lerle fk-ancoise avoit la droite, et moi la gauche avec toft cavalerie. La droite a été entièrement défaite, ^4MBiiie aussi riofanlerie Trançoise; nous avons eu. Dieu merci , plus de bonheur à la gauche , et y avons M8Dé le champ de bataille, pris presque tout le canon 4cs ennemis , et Gléen , qui commandoit l*aile droite cSet Bavarois . y a été fait prisonnier ; M. le duc , par le K)lu grand bonheur da monde, après avoir eu deux chevaux tués sous lui , et un peu blessé au bras . s'en ^fini du cM où j'étois un peu devant que le côté où il iMvoit résolu de se tenir fût rompu. Il témoigne être assez «aUsIait de ce que j'ai fait en cette occasion. Vous sçau- ^9ti parles relations tous ceux qui sont morts et prison*
minuit Tarmée des ennemis commença à se retirer, n'en ayant pas plus de raison que celle dn Roi , si ce n'est qu*ils avoient perdu leur général ; on n'entendit pas beaucoup de bruit , car ils n'avoient pas de bagage : je crois qu'ils n'emmenèrent que quatre petites pièces de canon; tout le reste, qui étoit douze ou quinze, demeura sur le champ de bataille. A la pointe du Jour on ne vit plus personne , et on sçut que les ennemis s'étoient retirés vers Donawert, petite ville où il y a un pont sur le Danube à quatre heures de là. M. de Turenne les poursuivit jusqu'à la vue de Donawert , avec deux ou trois mille chevaux.
L'armée du Roi y eut toute son aile droite battue et toute son infanterie entièrement mise en confusion , hors trois bataillons hessiens qui étoient à la réserve ; et je crois qu'il y eut bien trois à quatre mille hommes de pied tués sur la place. De l'armée de l'ennemi, toute l'aile droite fut battue , trois ou quatre régimens dlnfanterie, qui étoient mêlés avec elle, défaits, deux qui se rendirent dans l'église , beaucoup de gens tués dans le village , et presque tout son canon pris. Pour parler de la perte des hommes , je crois que celle que fit l'armée du Roi fut plus grande que celle de l'ennemi. M. le maréchal de Gi*ammont fut pris d'un côté, et le général Gleen de l'autre, et un très-grand nombre d'officiers et beaucoup d'étendarts; notre cavalerie allemande des vieux corps fit très- bien , comme aussi les régimens de Duras et de Traci (i).
On fut quelques jours sans pouvoir mettre ensemble plus de douze ou quinze cens hommes de pied de toute l'infanterie françoise. Après avoir demeuré un jour ou deux auprès de Nort-
niers. On a eu nouvelle de M. le maréchal de Grammont , que les ennemis ont mené en Bavière » où leur armée s'est retirée , c'est-à-dire sur le Danube » après avoir quille le champ de bataUle. Pour leur perte » elle a été plus grande que la nôtre , quoique l'armée françoise ait été entièrement repoussée ; je suis bien assuré que l'on ne dira pas autrement à Paris , que la cavalerie allemande n'ait entièrement gagné la bauille. M. le duc m'a fait là-dessus plus de complimens devant toute l'armée que je ne sçaurois vous dire , ni aussi exprimer ce qu'il a fait en cette occasion de sa personne, et de cœur et de conduite. J'avois quatre bataillons d'infanterie . deux que commandoit M. de Chabot pour soutenir l'armée de M. le duc , et deux autres auprès de son infanterie ; mais la cavalerie françoise , en s'enfuyant , a emporté tout cela . de sorte qu'il n'est resté que la cavalerie allemande et les Hessiens. M. le duc ne sçauroil assez se louer des Allemands » et en effet il leur a obligation de la vie et de la liberté. Il n'est pas croyable comme il me fait l'honneur de bien vivre avec moi ; je vous supplie do témoigner à madame la princesse et à madame de Longueville combien je lui en suis obligé. » Au camp de Nordlingue , ce 8 août 1615. »
MÉMOIRES OU VICO&ITE DE TUBBNNB. [l645]
lin^eii, M. le priace, sçachaut que les bourgeois y étoient les plus forts et que l'ennemi n'y avoit que quatre cens hommes, résolut de l'attaquer; les habitans de la ville demandèrent à capituler dès la première nuit ; mais je crois qu'on retint leurs armes. On demeura sept ou huit Jours à Nortliugen , qui est une assez grande et bonne ville , où l'on se raccommoda beaucoup : on y trouva des armes, assez de chevaux pour les équipages , des harnois et beaucoup de médicamens pour les blessés. Après y avoir laissé une fort petite garnison, on alla attaquer Dinkespuhel , qui ne se défendit que trois jours. Quand on vouloit se rapprocher du Neckre et du Rhin à cause de l'état de l'armée , et pour pouvoir toucher quelque argent , M. le Prince tomba malade auprès de Dinkespuhel , et suivit la marche de l'armée jusqu'auprès de Hailbron, d'où on lui donna de la cavalerie pour l'emmener à Philisbourg, où il fut fort malade; il s'en retourna de là en France , laissant M. le
(1) Le plein ponyolr donné à Tarenne (1613) pour commander en Allemagne , était ainsi conçu :
« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à lous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Après la perle sensible que nous avons Taicte de la personne de nostre trés-cher et amé cousin, le comte de Guébriant, maréchal de France, nostre lieutenant-général en nostre armée d'Allemagne, qui est décédé d'une blessure qu'il a receue en prenant la place de de Rotwil , et de qui la valeur et la réputation avolent beaucoup contribué aux succès de nos armes en Allemagne, nous avons considéré qu'il n'y avoit rien de plus important à nostre service et à cet Estât , que de remplacer le commandement de l'armée d'une personne qui eust toutes les qualités nécessaires pour se bien acquitter d'une charge dont les fonctions regardent non seulement l'advantage et le repos de cet Estât , mais celuy de toute la chrestienncté et de la cause commune, pour laquelle nous soustenons la guerre depuis si longtemps avec nos alliés contre les ennemis de cette couronne et les leurs; et ayant Jette les yeux sur divers subjects pour en choisir un qui Tust capable d'un employ de cette conséquence , nous avons estimé ne pouvoir faire un plus digne choix que nostre très-cher et bien-amé cousin le vicomte de "Turenne , maréchal de France , de qui la naissance relevée et les belles et généreuses actions qu'il a faictes dans les principaux commandemens que le feu Roy, mon très-honoré seigneur et père , de glorieuse mémoire , que Dieu absolve, luy a diverses fois donnés sur ses armées, dedans et dehors le Royaume, l'ont faict beaucoup considérer à nous, l'ont faIct Juger nécessaire à cette charge, ayant faict cognoistre sa valeur, prudence, expérience au faict de la guerre . vigilance et heureuse conduicte dans l'Allemagne , es batailles qui y ont été données par nos armées , soubs le commandement de nostre très-cher cousin le duc de Saxe-de-Weymar, devant et depuis la p rtse de Brisac , à laquelle 11 a beaucoup contribué , agissant alors dans un corps de nos troupes soubs nostredit cousin , où II s'est acquis une particulière créance e ntre les principaux chefs et officiers qui sont encore à présent employés en ladite armée , et depuis dans le
maréchal de Grammont poar commander «| armée, laquelle demeura Jointe avec celle d'il lemagne que commandoit M. de Tarenne fl Ils se campèrent auprès d*HailbroD :
l'ennemi y avoit mille hommes de garoiiOB, qu'il y avoit Jette encore quelqu'infanterie,! ne se crut pas en état de l'assiéger, et oo meura autour de la place huit oa dixjoors attendre quelques convois de Philiaboarg êti l'argent. Quand ces convois fiurent arrivét^ avança avec l'armée par la comté de Hi jusqu'à Suabeschal , à dessein d'y attendre ver et de prendre des quartiers dans la en poussant l'armée de Ravière au-delà d« uube. L'armée de l'ennemi se tenoit i du Danube au commencement; mais un après elle vint camper à cinq ou six heurtii l'armée du Roi , pour empêcher les On demeura douze ou quinze Jours en disposition , jusques assez avant dans le d'octobre.
commandement de nos armées , en IfOrralne, et Italie , et a tousjours monstre one fidélité et singulière à nostre service , sçavoir raisons » qwi pour ces causes et autres considérations, à mouvant, de l'advis de la Reyne régente, noiCni honorée dame et mère , nous avons noftredit( maréchal de Turenne , faict , constitué et estiM, sons» constituons et establissons , par ces gnées de nostre main , nostre lieutenant-génénl, présentant nostre personne en nostredite armée #i magne ; et ladite charge luy avons donnée et donnons et octroyons, avec pleins poiiToIrs éBi der aux gens de guerre , autant de cheval que ét\ f^ançols et estrangers , dont elle eat ou composée ; Icelle exploicter ainsy que nostredit verra estre à propos pour le falot de dm faire vivre lesdlcts gens de guerre en bon ordie.i pline et police ; en faire faire les monstres et raras les commissaires et connoisseurs ordinalrei et guerres, suivant nos Estats; et en learabteMS.fl commettre d'extraordinaires ; commander au de l'artillerie , des vivres de nostredite armée, el.i les forces d'Icelle » assiéger et faire battre Ici places et châteaux qui reffuseront de nous obéir; assauts, les prendre à telle composition qulli s'opposer par la force aux entreprises qn'N estre au préjudice de nostre service ou eonlialnsài intentions ; livrer battallles , rencontres , et faire tous autres actes et exploits de guerre soin sera ; faire punir et chastier les nos ordonnances selon lajigueur d'Icclles; payemens desdits gens de guerre et antres nostredite armée . suivant nos Estats et les nous ordonnerons à cet effect ; en expédier tas nances nécessaires, lesquelles nous avons dès à validées et auctorisées, validons et aoctwIiOM présentes ; comme aussy commander aux de Brisac et autres places tenues par nos Allemagne , et à leurs lieutenaDS et antres qni y safll commandement en leur absence, et à tontes aaifei^ pes qui sont et seront cy-«près en gtnilSM éi tfW places , et dans les pays , villes, places el chaMMU ^
MBMOIBBS DU VICOMTB Dfi TUUBMNE. [l64âj
dois avoient gagné au commeDcei campagne la bataille de Tabor, et mite assiégé Brin. Ils y trouvèrent de résistance, qu'ils y ruinèrent leur Went contraints de se séparer de 1)^ prince de Transylvanie, qui étoit * secours, et avec l'assistance duquel it pu réussir à la prise de la place. \ Brin , assez prociie de Vienne, avoit mée de l'Empereur de couvrir ses itaires ; mais quand le siège fut levé, i Suédois se retira vers la Silésie pour ir. Ce fut en ce temps que M. de Baant que l'armée du Roi ayançoit vers leement de l*hiver en Allemagne , et jo'elle n'y prit ses quartiers , envoya do secours à l'Empereur, le mena- 'accorder avec le Roi s'il ne lui en- >mptement un renfort considérable.
duc partit avec six ou sept mille cheaelques dragons, ne menant point e à cause de la longueur du chemin ligence qu'il vouloit faire ; et se coufanube qu'il laissoit à sa main droite, *andes Journées à Donavert.
Ht cy-après soubs nostre domination et prot pays ; leur ordonner ce qu'ils auront à Dostre service, nicsnie de fournir les caret et autres munitions de guerre dont nos- 1 pourra avoir besoin pour Temploy de nosle , à la réserve de ce qui sera nécessaire tté des places ; et généralement faire , comrdonner en toutes les choses susdites , tout Dus-mesme ferions , ou faire pourrions , si snonne y estions, jaçoit que le cas re- Moent plus spécial quMI n'est contenu en te. Si donnons en mandement à tous marénp, colonels, tant de cavalerie que d*inloçois ou estrangers , lieutenans et autres rartitlerie , généraux des vivres , ou commis de leurs charges , cappitaines , chefs et corni nos gens do guerre, de quelque nation t . tant à la campagne que dans les garniis autres nos officiers et subjects qu'il apparconnoistre nostredit cousin en ladite qualité eatenant-général . comme nostre personne, nostre plaisir: en tesmoing de quoy nous nettrc nostre scel à cesdites patentes. Donné 3 décembre mil six cens quarante-trois , et igné le premier. »
»épara des Suédois , Gt la paix avec TEmpe- 'etlra dans la Hongrie , selon Puffendorf, De îeU.
9l écrivit au maréchal de Turenne «sur les 'on a eus que les ennemis veulent entrer Phliisbourg. et pour luy ordonner de la seureté de ladite place , » le 19 décembre
tm\n, ayant eu advis certain que les ennemis ears garnisons d'Eilbron , d'Eilderberg et Bf de ces quartiers-là . à dessein d'entreprenllisbourg pendant les glaces ; qu'ils ont rois
L'armée du Roi étoit toujours campée auprès de Suabeschal , et on apprit , par un offlcier qui sortoit de prison , qu'il venoit un corps considérable de l'armée de l'Empereur joindre celle de Bavière : ce qui obligea M. de Turenne de convenir avec M. le maréchal de Gramont qu'il falloit se retirer vers le Neckre , et de là vers le Rhin. Quelques heures après , le même bruit fut confirmé par quelque cavalerie qui étoit à Dinkespuhel : ce qui hâta encore davantage la marche. On décampa quatre heures avant la nuit, cinq ou six heures après avoir fait partir le bagage ; on marcha par la comté de Hohenloe vers le Neckre, vis-à-vis de Vimpfen, où Ton avoit laissé garnison depuis sa prise; et quoique la rivière ne fût presque pas guéable , en une nuit et un jour on passa avec toute l'armée à la nage , la cavalerie portant l'infanterie en croupe; le grand front, rompant l'eau, la rendoit moins rapide, quoique profonde. On perdit quelque bagage , mais peu de soldats , et on se trouva près de Vimpfen. Comme on craignoit que l'ennemi ne passât à Uailbron et ne rencontrât l'armée du Roi dans sa marche , on se hâta de gagner Phliisbourg (2).
Bambcrg, qui a cslé cy-devant gouverneur de ladite place , en liberté , pour servir à cette entreprise par le moyen de la parfaicie cogooissance qu'il a des deffaulis de sa fortiflcation ; bien que Je croye que , par vostre vigilance , vous aurez aussi esté adverty des mesmes choses , et que vous ne manquerez pas de prévenir les inconvéniens qui en pourroient arriver, néontmoins , la conservation de cette place estant de la conséquence que vous sçavez mieux que personne , et voulant ne rien obmettrc pour l'asseurcr. je vous faicls cette despéche par ce courrier exprés , pour vous dire , par l'advis de la Reine régente , madame ma mère , qu'encores que j'aye subject d'avoir toute conflance au sieur de Court , qui commande à préient dans la place en Tabsence do sieur d'Espenan , en qualité de lieutenant au gouvernement d'icelle, toutesfois , comme il importe en ces occasions que ceux qui commandent dans les places ayent grande auctorlté et créance avec les gens de guerre , et que le nom seul d'un homme est capable d'empécber mesme que l'on ne pense à l'attaquer. Je désire que , si vous Jugez qu'il soit nécessaire de mettre une personne en ladite place, qui y commande par-dessus ledit sieur de Court, à cause de l'absence dudlt sieur d'Espenan, vous choisissiez pour cela celuy que vous adviserez , et l'establissiez audit commandement, selon l'auctorité que vous en avez, luy donnant vos ordres bien particuliers sur tout ce qu'il aura à faire pour la garde de ladite place • et vous servant , à cette fin , de la lettre particulière et expresse que Je vous adresse , pour cette fin , pour ledit sieur de Court ; laquelle , autrement, vous supprimerez, et luy ordonnerez de s'employer de telle sorte à la garde de ladite place , que vous jugiez qu'il ne sera pas besoin d'y suppléer par la présence ny par les soins d'un autre, luy prescrivant bien expressément tout ce qu'il aura à faire, et observant en cela de préférer la conservation de Philisbourg à toute autre considération; » Qu'outre l'infanterie qui est présentement en ladite
MKMOIUKS DU MCOMTIi UE TlUENiNE. [lC45]
Jean de Wert , qui avoit passé à HaîIbroD avec un corps de cavalerie, n'osant pas attaquer l'armée, quoiqu'elle marchât avec une assez longue nie , elle arriva sous Pbilisbourg où elle séjourna deux jours. Comme il n'y avoit point encore debatteaux pour faire un pont sur le Rhin , M. de Turenne, croyant qu'il n'y avoit que le corps de cavalerie de M. de Wert qui eût passé le Neckre , et que le reste de l'armée de l'Empereur et de Bavière ne s'avanceroit point quand ils sçauroient l'armée du Roi sous Pbilisbourg , dit à M. le maréchal de Gramont, que l'on pou voit aller vers Grabow , à deux heures de là , et qu'il espéroit prendre encore ses quartiers sans repasser le Rhin. M. le maréchal de Gramont y consentit , ne voulant point faire aucune difficulté sur ce qui faciliteroit les moyens d'hiverner en Allemagne, et même voulant toujours laisser à M. de Turenne , en s'en retournant, les troupes du corps de M. le prince qu'il lui demanderoit : ainsi on marcha sans repasser le Rhin vers Grabow, à deux heures de Philisbourg; et ayant séjourné un jour entier, on apprit vers le soir que toute l'armée de l'ennemi marchoit vers Philisbourg. Comme il n'y avoit que ce passage-là pour aller repasser le Rhin, on partit à l'entrée de la nuit ; et comme à la pointe du jour i'arrière-garde de farmée du Roi approchoit de Philisbourg , on vit Pavant-garde de l'ennemi arriver dans la plaine , à une demie-heure de la place. On res-
place, voas y en mettiez tel nombre qne vous estimerez nécessaire pour la tenir dans une entière scureté ; et si vous Jugez que pour la mieux maintenir il Taille la relever de temps en temps, vous y donniez Tordre que vous trouverez bon;
» Que TOUS fassiez entrer dans la place ce qui reste des compagnies de cavallerle du sieur d'Espenan , et si TOUS voyez quMI y faille davantage de gens de cheval , vous y en envoyiez de tel corps de Tarmée que vous advlserez , et les fassiez aussi relever si vous le croyez nécessaire;
» Que pour faire loger commodément en ladite place l'infanterie et mesme la cavallerle , en sorte qu'elles ne dépérissent point, vous fassiez accommoder le logement ainsi qu'il conviendra, et y fassiez employer le fonds de «il mil livres que j'envoye au sieur de Yautorte à cette
fin;
»Que, pour Tentretènemenide la cavallerle dudli sieur «l'Espenan, Je mande audit sieur de Yautorte d*y faire «mployer ce quMI conviendra des deniers qui proviendront des contributions du pays au-delà du Rhin, et que, «*i1 ne sufflsoit, il y satisfasse par le moyen des fonds que je luy ay envoyés, luy ayant faict tenir par le retour du «leur .... (tic) ce qu'il fault pour la solde et prest de ladite garnison pendant les quatre premiers mois de l'année prochaine, sur le pied de mil hommes d'infanterie, sans que cela vous oblige à réduire ladite garnison «udit nombre de mil hommes, désirant que vous la rendiez aussi forte qu'il sera besoin pour asseurer la place entièremeni; et si vous y envoyez plus de gens que ledit
serra en même temps toute l'armée entre et le Rhin , et on commença à s'y reti
M. l'archiduc, avec ce corps de TEi et toute l'armée de Ravière , se eami demie-heure de la place ^ où il deroeai jours , pendant lesquels on fit venir ( teaux de Spire ; mais n'en ayant pas la c qu'il falloit pour faire un pont , on ne fi que la cavalerie et le bagage à la faveur tranchement et du canon de la place :
voyant l'armée de l'ennemi, il mard Vimpfen , où on avoit laissé M. de Roc avec six cens hommes et le gros canon * mée. M. de Turenne , qui étoit demeo Philisbourg avec toute son infanterie peu de cavalerie , fit faire un pont sit la quantité de batteaux nécessaire fut manda prompteraent à sa cavalerie de à Philisbourg, et supplia M. le marée Gramont, qui étoit allé à Landau, de voyer ce qu'il y avoit de François de rie : ce qu'il fit; mais il ne vint pas ] cinq cens chevaux de la cavalerie allei une partie ayant refusé à leurs offlciers ( cher. Ainsi le dessein ne put pas réussi: cet accident on eût défait toute Finfanl l'ennemi, qui prit Vimpfen en sept < jours par composition, et se retira ensui ses quartiers.
Les deux armées de l'Empereur et de 1 s'étant séparées, M. de Turenne rqp
nombre de mil hommes , ledit sieur de Vaaii payer tous les présens et efTectifs par le moje fonds , et sur les advis quMI donnera de la dcii aura été faicte desdits fonds , il sera iiiconttM placé;
» Que, comme ledit sieur d'Espenan a ttm bons tesmoignages de la personne da sergcals place, j'ai trouvé bon de luy donner une en pour y commander, en cas qu'il vint à arriver I dit sieur de Court, laquelle je remets à vous ds ncr si vous Testimez à propos;
» Que, s'il y avoit d'autres choses à faire en lu pour ne la laisser en aucun péril, vous y powi sorte qu'il n'y manque rien, et que je puisse a|i le retour de ce courrier, que j'en dolbsestreavce régente, madite dame et mère, dans un parblii
» Que le vicomte de Corval ayant repréiori garnison qui est dans llfayence est beaaco«9 soubs du nombre qu'il doibt y avoir, vous y ap et y pourvoyiez effectivement selon que voua co qu'il en sera besoin, comme aussi que vous pif que toutes les phices de ces quartiers-là soyeat munies de toutes choses et en Testât convenable appréhender aucune surprise : de quoy me repi vos soins accoustumés et sur vostrc affection i i vice, je n'adjousterai rien à cette lettre, que p Dieu qu'il vous ait. mon cousin, en sa sainte garde.
» Escril à Paris, le 10 décembre 1615.»
1IÉM0IKF.8 D» VICOIITE DK Tl nKNi%F.. [lG45]
3nfi
n^ il ne crut pas à pro{M)s de châtier les rélens allemands, tous les corps étant coules; et aussi il est certain que quand ii leur oya l'ordre de revenir sur le Rhin , il ne les croyoit pas si éloignés qu'étoit le lieu où ses res les trouvèrent. M. le maréchal de Gra- Dft s'en retourna en France avec toute Fare de M. le prince; et M. de Turenne , sçamt qoe l'armée de Flandre étoit fort occut , et qu'il n'y avoit point de troupes dans le scmbourg, résolut, dans le mois de novembre, Ikr à Trêves, sçachant qu*il y avoit fort peu garnison : n'ayant pas pu mener plus de Inie eens hommes de pied et toute la cavaie- , il écrivit à M. le cardinal pour le supplier loi envoyer quelques régimensde Tarméede . k prince, qui étoit auprès de Metz : ce qu'il ; mais 11 ne se trouva pas plus de sept ou It eens fantassins qui pouvoient marcher. On ; aussi transporter par le Hundstruck deux ou ris pièces de canon avec beaucoup de peine. • de Turenne , après avoir fait avertir M. TEetenr de Trêves, qui étoit à Coblentz , de se ■ire à Trêves , s'approcha de la place , et Ijant investie du côté de Luxembourg par un Rfs de cavalerie, elle se rendit la seconde lit de l'ouverture de la tranchée.
[M. de Turenne écrivit au cardinal Mazarin I lettre suivante, à ce sujet :
• Je reçus hier au soir la lettre qu'il a pieu à ^QitreEminence me faire Thonneur de m'écrire m le sieur Grotius ; j'eusse envoyé quelqu'un «m Vostre Eminence, sur le subject des quar- |crs , si ce n'est que M. d'Auteville , qui vient hllanster et s'en va à la cour, portera celle- !f à Vostre Eminence, et le sieur de Paris me Éa sçavoir ce qu'il a pieu à Vostre Eminence hfésoQdre là-dessus.
■ Depuis la prise de Trêves, je passay avec (■Biques régJmens de cavalerie et quelque infan- ■ie commandée sur le pont , et envoyai M. Du teige à une petite ville nommée Grevemaker , pi est sur laMozelle , la seule que les ennemis 'amrfent entre Metz et Coblentz, qu'il prist |rts qu'elle eust souffert quelques coups de ca- Mi;on a fait prendre party à quatre-vingts Munes qui estoient dedans. Dans ce temps-là, rois on quatre cens chevaux qu'ils ont dans le «■xembourg entrèrent dans un quartyer où kYols trois régîmens , dont ils furent aussitôt hiMez par les mesmes régimens , qui n'y ont •rdn qu'un cavalier tué et deux prisonniers, l deux lleutenans^colonels de tuez; les Cravates y ont perdu deux ou trois officiers , et se étirèrent comme cela dans un bois.
» Je me suis donné l'honneur de mander à
Vostre Excellence comme je ne puis pas laisser des régimens en delà de la Mozelle, estant autant qu'ilz y seroient enlevez , et d'y passer avec toute l'armée ; en Testât qu'elle est , on y recevroit un affront , la cavalerye n'estant point en estât d'agir qu'elle ne soit commandée.
» Je crois que Vostre Eminence juge bien que, parce qu'elle a fait cette campagne, elle ne peust qu'estreen très-mauvais estât, aprez avoir repassé le Rhin, et il y a des régimens qui n'ont point trouvé de foing qu'auprès de Trêves, et ce temps là a duré quinze jours ; et hors du grain que les cavaliers vont achepter très-chèrement par leur chevauché , je ne crois pas que j'en eusse amené un seul à Trêves.
» La Mozelle estant presque toute à M. l'Electeur de Trêves, et voyant comme Vostre Eminence a intention qu'il soit bien traitté , on n'a pas pu luy refuser de ne loger personne sur ses terres. Son pays fournira dix mille escus pour entretenir, durant Thyver, un régiment sur la Mozelle; j'y ay aussi mis un régiment de cavalerie dans quelques terres qui ne luy appartiennent pas ; je prétends faire entretenir deux régimens d'infanterie â M. de Darmstadt : ce sera une petite guerre qu'il faudra faire pour l'y establir , etun régiment nouveau est ruiné ovant que d'estre cstabli.
» Quand je mande à Vostre Eminence qu'on ne peut faire venir un régiment dans un pays, c'est qu'il n'y a pas de quoy faire subsister quatre hommes ; je la supplie donc très-humblement que, si elle ne peut pas donner les quartyers et Targent quiseroit nécessaire, de vouloir plustost retirer, des quatre régimens, deux, qui seroient Beauveau , Ossonville et mesme Tracy. En casque M. de Tracy ne s'en voulust pas deffaire entre les mains de mon nepveu, et qu'il ne revînt plus, j'ay et je garderai seulement huict ou dix régimens d'infanterie: cela estant , Vostre Eminence pourroit ne me rien donner du Barrois, en se logeant cet hyver dans la Lorraine: ce qu'il est impossible de faire autrement pour conserver les régimens. On pourroit l'année qui vient , au-delà du Rhin ou au pays de Luxembourg et Cologne, se mettre en sorte qu'il n'y auroit plus de quartyers en Lorraine.
» Ayant laissé presque tout mon équipage à Bingnen , mon chiffre y est demeuré. Par ce qu'il plaist à Vostre Eminence me dire , touchant M. de Marsin , sur le gouvernement, je vois h peu près quelle est l'intention de Vostre Eminence, laquelle, comme elle saura particulièrement Testât de Trêves, jugera si, dans Testât présent, un gouvernement avec une grande garnison pourroit s'accommoder avec l'intention de
MÉMOIRES DU VICOMTE DE TUBENNB. [1646
M. TËlecteur^et vivre comme en neutralité avec l'Empereur , lequel a bien offert de se retirer à Metz , si le Roy vouloit mettre beaucoup de gens dans sa place; mais comme son restablissement dans sa place fera un bon effect par le bon traittement qu'il auroit , s*il avoit bon subject de se plaindre, cela en feroit un tout contraire, faisant voira tout le monde qu'ayant moyen de ia contester, on luy donne du dégoust.
» Il n'entre là dedans qu'un lieutenant-colonel allemand, qui sVst trouvé auprez de moy, de sorte que quand Vostre Eminence jugera à propos qu'il y ayt quelque changement , il sera aisé de le retirer et y mettre celuy dont Je crois que Vostre Eminence me parle.
» M. l'Electeur de Trêves a desjà escript pour Armenstin, et celuy de Cologne tesmoygne consentir à la reddition de cette place : cela est de telle conséquence aux ennemis, que je ne doubte point qu'ilz ne traînent cette affaire en longueur.
» M. d'Auteville s'estoittrouvé au commencement que M. l'Electeur arriva , et a servy avec beaucoup d'intelligence en toutes les choses qu*il y a eues à faire auprez de luy.
» Ensultte de ce que Vostre Eminence parle de M. le marquis de Pomas , je croys que ce qui est en chiffre est touchant M. d'Oquincourt ; elle sçait bien que, suivant queje luy ay escript, c'est une personne que J'estime beaucoup, et quand il plaira à la Reine de luy donner un employ, j'auray joye de servir avec luy , et ne doubte pas qu'il n'y réussisse fort bien , et Je l'assisteray en tout ce qui dépendra de moy.
» J'envoye à Vostre Eminence le traicté qui a esté faict avec M. l'Electeur de Trêves, sous le bon plaisir de Sa Majesté , et supplie trèshumblement Vostre Eminence queje puisse avoir résolution pour les quartyers, Tasseurant que si Je savois un pays à pouvoir demeurer quelque temps, je serois bien aise d'en laisser un peu couler ; et comme il me semble que les ennemis se résolvent tous à tourner contre M. de Tartenson , ruinant autant qu'ilz peuvent à quinze et vingt lieues du Rhin, et croyant avoir quatre ou cinq moys de temps à agir contre luy, en se mettant dans les quartyers, et se raccommodant deux moys, on pourroit après cela trouver un lieu où Ton feroit une grande diversion et où on ne manqueroit pas tout-à-fait de fourage.
» M. de Vautorte est arrivé depuis sept Jours et ne bougera plus d'un moys. M. l'Electeur de Trêves est fort satisfait de sa négociation, et Je croys qu'il servira très-utilement dans ccttt^ armée.
» Avant que l'on sçeust que la Reine voohif faire un présent à M. FEIecteur , il avoit pr». mis de faire donner par son pals dix mille pour ayder à l'entretien d'un régiment pendait l'hy ver , de sorte qu'il n'est pas , ce me semble, à propos de luy en donner dans ce temps qii l'on fait donner du sien ; mais comme, par v discours qu'il a fait à M. de Vautorte , do Bflf François premier , qui a donné un buffet de vermeil doré à un électeur de Trêves, po» le remercier de sa voix pour l'Empire, a tomôigné qu'il auroit fort agréable quelque prisent comme cela, ne se servant à cette bewe que de vaisselle d'étain , Je crois que Vostre Erinence trouvera aussi à propos de convertir m argent qu'on lui veult donner en quelque présent; et comme il ne peut souffrir que de llicommodité des trouppes que Je commande, jV serois supplier Vostre Eminence que J'eusse v^ dre de luy faire les gratifications que l'onvoaèl à la cour ; je ne me suis engagé d'obtenir po» luy quoyque ce soit.
» Il desirolt aussi fort d'avoir le drolct é souveraineté , ou plustost de franc-allea m trois villages de Lorraine, dont il est perlé m mémoire que vous porte M. d'Auteville. CeU, ' Monseigneur , vostre très - humble et trèt* \ obéissant serviteur.
» IGiS.
» TUEBNHI.
«Depuis ma lettre escrite, M. d'AoteiM estant prest de partyr en ne m'ayant point M» tré les demandes que faisoit M. rsieeteorà Trêves , Je les luy ay demandées , et ay n pu trouvé mauvais de quoy il ne me les flidseit pÏM voir et partoit sans me les monstrer, M. V¥k^ teur de Trêves, croyant qu'il mêles avoit muniquées. M. de Vautorte en a esté aossli dalisé. Ce n'est qu'un manque dans la km^ car il n'y a pas chose de conséquence à voeWr cacher. Gela faict que Je croys que M. d'Arts ville part un peu chagrin , voyant bien qaV t manqué, ce que Je luy ay tesmoigné; de mtà qu'aûn que ces affaires-là soient condriM par une seulepersonne,Jecroisqu*ilestàpii»
pos que Vostre Eminence la commette (si eHefe trouve ainsy bon) à M. de Vautorte, et qrt pourra aisément venir le trouver quand il Mn quelque chose de pressé.
» Outre que j'avois de^à commencé #■ user de la façon. Je continueray à.fkire M/^ les choses qui pourront donner de la sitiifc» tion à M. l'Electeur de Trêves.» ]
[1646] M. de Turenne remit M. l'Ëledeiri Trêves, et y séjourna sept ou huit Jours; il •
MÉMOIRES DU YICOHTB DE TUUE^^£. [l646]
ire on rédait auprès du pont où il laissa cinq DS hommes ; donna des quartiers le long de la «die, et retoama sur le Rhin au château d*0nr esel, devant lequel il avoit laissé M. Du Tôt, tréehal-de-camp ; après un assez long blocus , efaâteaa se rendit; toute l'armée ayant été ttrilmée le long du Rhin et de la Moselle , et elque cavalerie envoyée en Lorraine, M. de venne retourna au commencement de février Éeour.
M. le cardinal Blazarin étoit alors maître des kires : le Roi étoit fort Jeune, et la Reine Ire avoit une entière confiance en M. le cariai. Comme M. de Turenne étoit fort hien ee lui, il approuvoit presque tous ses projets eampagne,et principalement dans une guerre lignée de la cour comme celle d'Allemagne. Mi il avolt trouvé bon que M. de Turenne aeertât avec M. Tartenson , général des lédois , que les armées de France et de Suède Joignissent au commencement de la prochaine mpagne , pour remédier aux inconvénieus que sipérience avoit appris être presque infailiiiv pendant leur séparation. Les deux armées [tant toujours séparément, Tune vers les qft héréditaires, et l'autre le long du Rhin , B dans le cercle de Souabe, l'armée de l'Ëmpenr et celle de Ravière étant au milieu , enojoient des secours contre celle qui les prèslitle plus , et rendoient presque infructueux m les avantages que l'on avoit par des com- Hi. Gomme le fruit principal que l'on peut nr des victoires est de gagner un pays pour Nir des quartiers , et d'augmenter son armée idhninuant celle de l'ennemi , qui avec un peu I patience se ruine peu à peu , on ne pouvoit H tirer ce fruit, parce que le renfort que les néei ennemies se renvoyoient mutuellement Mt perdre tous ces avantages , au lieu que mée de France et de Suède, se Joignant, pontet se concerter de manière à ne se séparer M, que suivant les mou vemens des armées op- Nées , et dans une distance à pouvoir se re- Mre quand celles des ennemis se mettroient Hemble. Ainsi M. de Turenne concerta avec !• Tartenson, que, vers le mois de mai, il vienraitavec l'armée suédoise dans la Hesse, et que ■nuée du Roi , passant le Rhin au-dessous de Ityenoe , se Joindroît vers la comté de Nassau. L'incommodité de la goutte et une longue in- ■position obligèrent M. Tartenson à se retir en Suède , après avoir acquis, depuis la mort •11. Ranier, toute la réputation qu'un grand Qime peut avoir par le gain de diverses bâtai 1- , par la ruine d'une grande armée ennemie "Il réduisit à rien , et par une estime générale III. c. u. M., T. m.
de prudence , de cœur et d'habileté : il laissa le commandement de l'armée à M. Wraugel,qui, ayant passé une partie de l'hiver à prendre quelques petites places versia Westphalie , se trouva en Hesse au commencement du printemps.
M. de Turenne demeura six semaines à la cour ; M. de Rouillon , son frère, étoit à Rome, et ses affaires n'étant pas encore ajustées , M. le cardinal offrit à M. de Turenne le duché de Châ teau-Thier ri , qui de vol t entrer dans l'échan ge de Sedan , en l'assurant que son acceptation ne nuiroit pas aux affaires de monsieur son frère, et que l'on donneroit une autre terre à sa place; mais M. de Turenne , persuadé que cet avantage rallentiroit , s'il n'empéchoit pas la conclusion de l'échange de Sedan , convint avec M. le cardinal qu'il ne prendroit rien Jusqu'à ce que les affaires de monsieur son frère fussent achevées. Il retourna donc au mois d'Avril sur le Rhin, fit assembler toute l'armée dans le commencement de mai , et ftt descendre un pont de bateaux auprès de Racharach , pour aller Joindre les Suédois dans la Hesse. Après avoir tout concerté pour cette jonction , M. le cardinal Mazarin lui envoya un gentilhomme nommé Salnt- Aignan , pour lui dire que M. de Ravière ayant donné assurance à messieurs les plénipotentiaires à Munster , que son armée ne Joindroit pas celle de l'Empereur, si celle du Roi ne passoit pas le Rhin , le Roi lui commandoit de ne pas traverser ce fleuve ; le même gentilhomme lui fit entendre que la pensée de la cour étoit d'assiéger Luxembourg. M. de Turenne, croyant que ce serait la perte entière des affaires d'Allemagne , se contenta de ne pas passer le Rhin, pour ne point contrevenir si promptement à un ordre exprès, et deux jours après que ce gentilhomme fut retourné, le pont de bateaux rompit par une grande crue d'eaux.
[ Le même gentilhomme remit à M. de Turenne le mémoire suivant touchant l'état de la négociation de la paix générale , en ce qui concernait les affaires de l'Empire, daté du 27 avril 1646:
« Le Roy , par l'advis de la Royne régente , sa mère, désirant faire sçavoir au sieur vicomte de Turenne , maréchal de France , lieutenantgénéral pour Sa Majesté; en son armée d'Allemagne, Testât de la négociation de la paix générallc; en ce qui concerne les affaires de l'Empire, à cause du rapport qu'elles peuvent avoir avec ce que ledit sieur maréchal pouvoit entreprendre en Allemagne; bien que Sa MajesU^ voye que M. duc de Longueville et les sieurs comte d'Avaux et de ServieUi plénipotentiaires de sa part pour ladite paix , informeront ledit
IIBUOIRKA DU VICOMTE DR TltRÏNNK. [I6<I6]
sieur maréchal de ee qu*ils traicteront à Tesgard de F Allemagne, Sa Majesté a voullu luy faire adresser le présent mémoire pour cette fin.
» Les plénipotentiaires de l'Empereur avoyent faict offrir, par les médiateurs de ladite négociation, aux plénipotentiaires de Sa Majesté, pour la satisfaction qu'elle peut prétendre dans l'Allemagne , à cause de la petite guerre , de cedder à Sa Majesté la haute et basse Alsace, et le Zuntgau , sous les titres de landgraviat de l'Alsace, à condition que ledit pays relèvera de l'Empire, et d'autant que les plénipotentiaires de France ont déclaré aux médiateurs que cet accommodement ne seroit pas accepté de la part de Sa Majesté , si, entre autres conditions, la ville et forteresse de Brizacne demeure à ceste couronne , en Testât auquel elle est à présent, et que les plénipotentiaires de l'Empereur ont dict n'avoir pas un pouvoir suffisant de leur maistre pour quitter ladite place; il a esté despèchéà la cour impériale sur ce subject ; et au mesme temps, les plénipotentiaires de France ont despéché vers Sa Majesté , pour sçavoir si elle se relascheroit de la prétention du Brisgaw et des villes forestières qui sont tenues par ses armées.
» Et comme Sa Miyesté est bien advertie que l'Empereur est résolu de consentir à la cession de Brisac , et que Sa Majesté , pour faciliter de sa part tout ce qui peut apporter la paix à la chrestienté, autant qui! sera possible et Juste pour se disposera laisser le Brisgaw et les villes forestières de Brisac , et la ville de Neufbourg , qui est nécessaire pour la communication de Brisac et Basle, soubz certaines conditions, néantmoings , que Sa Mijesté remit à ses plénipotentiaires d'adjuster, et ausquelles Sa Majesté se promit qu'il n'y aura pas de difficulté , parce qu'elle les réduit toutes dans l'équité et la raison , il semble que , s'il ne survient d'ailleurs quelque obstacle au traicté pour ee qui regarde l'Allemagne , l'on en doibt bientost espérer une bonne issue, puisqu'au mesme temps les plénipotentiaires de rÊmpereur alloient faire offrir à ceux de la couronne de Suède, pour satisfaction , les deux Poméranies et le port Wismar.
• Les plénipotentiaires de France ont ad- Jousté à cela que les ministres du duc de Bavière avoyent représenté et Insisté que , les affaires s'acheminant si heureusement à la paix , il falloit accorder une suspension d'armes au moins de trois sepmalnes, afin qu'en attendant les responses définitives sur les choses dont les plénipotentiaires n'avoient pu convenir, il ne fftt rien entrepris dans la guerre dont l'événement estant favorable à l'un et à Tautre, il
arrivast quelque changement à la tài faires et de nouvelles difficultés à l'a dément.
» Que sur cela les plénipotentiaires ( auroyent faict entendre que si , après avoient conféré avec les ministres allie couronne, ils les trouvoyent disposé suspension, ils ne s'en éloigneroyent pti qu'on ne fust point obligé d'en rie par escrit et qu'on se contentât di de part et d'autre aux généraux des a n'entreprendre aucun acte d'hostilité le temps que la suspension devoit dui
» Et par ce qu'il se pourroit faire avoit desjà arresté cette courte suspei bien que Ton en conviendroit au pra il est nécessaire de pourvoir à ce qu'il i tuellement satisfait à ce qu'il sera proi part de Sa Majesté.
» Il a aussi esté proposé par les In en consentant à la cession des deux À du Zuntgavr, de faire une suspension dans l'Empire , pendant laquelle la pal estre traitée et conclue à l'esgard d estats dont il est composé.
» Et sur ce point , Sa Majesté ordoi plénipotentiaires que la satisfaction de et de la Suède estant une fois asseiir intérests du prince Palatin et ceux de la landgrave de Hesse estant adjustei Jesté aura pour agréable qu'ils consent part à une suspension d'armes de t« qu'ils adviseront, afin que ce pendant I terminer tous les poinctz qui peuvent le dedans de l'Empire , et contenter k et estats catholiques et protestans, sot en quoy faisant , l'on prendra touttti cautions possibles pour empescher qi catholique ne se prévailie des trouppei pereur directement ou indirectement l'on espère pouvoir faire d'autant pi ment et seu rement, que les forces d( reur luy seront nécessaires pour s\ celles du Turc, aussi ^ien du costé de thie et de ses autres estats patrîmoni vers la Hongrie ; et après la conclus traité , l'on viendroit à une bonne et» cution des choses promises de toutes |
» Faict à Paris, le 26 avril 1646. >
Lettre de Sa Majesté à M. le marécki renne, pour luy adresser ledit Mè faire ce qui deppendra de htg e\ quenee.
Mon cousin^ vous aprendres, pf
MKlIOinES 1)(J VICOMTE DE TtREN.NE. [lG4Cj
flioire qui sera ey-jolnct, le bon acheminement de la négociation de la paix à Fesgard de 1*A1- Icmagne ; et comme Je désire contribuer tout ce fie Je puis équitablement pour y parvenir, et piree qu'il importe que vous vous conformiez àee qui sera commencé en mon nom sur ce sub- Jeet par mon cousin le duc de Longueville et les rieuTB d*Avaux et de Servien, mes plénipotentfadrcs pour le traicté de ladicte paix , Je vous tàctB cette lettre par l*advis de la Royne régeste , madame ma mère , pour vous dire que B0D intention est que , soit qu*ils conviennent d*iuie suspension d*armes de pareil temps, pour itteodre la responce de i*Ërapereur et la mienne nr les choses qui sont demeurées ce pendant lÉléciies, soit qu'après cela ils ne tombent d'accord d'une plus longue suspension pour termiler toutes les choses qui regardent les princes et otats catholiques et protestans de TËmpire diM cette paix , vous ayez, sur les advis que vous aurez reçus ou recevrez de roesdits plénipetaitiaires de ce qu'ils seront convenus de vive lOixoa par escrit, à l'observer ponctuellement, M ainsi que si vous y aviez receu ordre exprès it particulièrement de ma part , sans rien entre- IRBdre au préjudice de l'une et de Tautre susfeaiion , et néanlmoings vous tenant toujours irèedn Rhin, afin de donner, parce moyen, chahnr à la négociation , et que , par la proximité de mes armées ^ tous ceux du party contraire iBint dMigés à persister dans le bon dessein |i1b témoignent présentement de tenir â la Mdusion de la paix ; et comme, par vostre dertfère lettre, il parroist que vous ne sçauriez estre ii estât de passer Je Rhin plus tost qu'à la fin ÛM mois de may prochain , il n'arrivera pas ^■Dd pr^udice d'exécuter ladite première suspCBriOD, quand , par Tartifûce de ceux qui ne Idrirent pas la paix , elle n'auroit aucune autre nitle; et cependant ii arrivera que touttes iioses seront adjustées, et que l'on aura la paix, m bien ce traité présentement proposé sera roflDpQ , et vous agirez en Allemagne , ou bien , Inrant cette première tresve , les points princi* ^x estant adjustés , la seconde tenant à ce Ure , vous pourrez cependant marcher vers le Lnxemboorg et attaquer la ville capitale de ce iiiebé ,. ou bien y exécuter les autres desseins {oe vous Jugerez estre les plus advantageux et réoscibles , m'informant en ce cas de ce que vous estimerez y devoir faire , en observant que fOQS aurez grande facilité à exéuter tout ce que vous y voudrez entreprendre , parce que les ennemis estant attaquez dans la Flandre par l'armée, qui sera commandée par mon oncle le duc d'Orléans , et par celle que mon cousin le duc
d'Auvergne commandera , et , d'autre costé, par l'armée des Estats des provinces unies , il n'y a pas d'apparence qu'ils fassent une résistance considérable dans le Luxembourg , ayant à deffendre des places et des pays dont la consignation leur est beaucoup plus chère et plus sensible que de celui-là. C'est ce que Je vous diray par cette lettre , priant Dieu qu'il vous ayt, mon cousin , en sa sainte et digne garde. » Ëscript à Paris, le dernier avril 1646. »] Pendant qu'on racommodoit le pont de bateaux , M. de Turenne apprit que l'armée de rEmpereur et de Ravière s'étant Jointes en Franconie , marchoient droit aux Suédois dans la Hesse, et Jugea que sa Jonction avec eux étoit imposible en passant par le pont deRacharacb. Connoissant qu'il n'avoit point d'autre passage sur le Rhin que dans les villes que messieurs les Etats de Hollande tenoient,il envoya quelque.*, réglmens d'infanterie à Mayence, où il laissai M. Du Passage, partit deux Jours après qu'il sçut la marche de l'ennemi , manda à M. le cardinal par un secrétaire la résolution qu'il prenoit, et alla passer la Moselle cinq ou six heures au-dessus de Coblents, à gué, et de là par le pays de Cologne et de Meurs à Rhimberg, et ensuite à Wesel , ayant envoyé un gentilhomme à M. le prince d'Orange et à messieurs les Estats pour leur demander le passage.
Il y avoit douze ou quatorze Jours de marche d'où il étoit parti Jusqu'à Wesel, où il trouva madame de Longueville qui alloità Munster; il marcha deux Jours avec l'armée sur la route de cette princesse , et de là, passant par Lipstadt que les Hessiens tenoient , il envoya avertir M. Wrangel (qui étoit aux frontières de la Hesse) du temps qu'il pourroit le Joindre. L'armée avoit marché plus d'un mois à fort grandes Journées , durant lequel temps celle de l'Empereur et de Ravière ayant approché des Suédois, n'osa pas les attaquer à cause des postes avantageux qu'ils prirent. Il y eut quelques petits combats, mais pas un de considérable j et M. Wrangel se gouverna avec beaucoup de prudence et de résolution. Comme les armées ennemies sçurent que l'armée de France approchoit, ils se retirèrent à cinq ou six heures des Suédois, et se campèrent auprès de Fridberg, petite ville , dans laquelle ils mirent deux ou trois cens hommes. L'armée du Roi Joignit celle des Suédois, qui se mirent en bataille à son arrivée. Il y avoit plus de dix mille chevaux et six ou sept mille hommes de pied, et bien soixante pièces de canon. M. de Turenne soupa chez M. Wrangel avec beaucoup de réjouissance , et ayant seulement s^oumé un Jour k cause du
MÊMÔIIIKS DU VICOMTE DV. T4 RF.NXK. [iGiG]
manque de foufage^ l'ufniée du Rui prit Tavantgarde le premier Jour, et M. de Turenne donna le mot; ensuite il le donnoit par écrit pour une semaine et M. Wrangel pour l'autre , se l'envoyant ainsi l'un chez l'autre par quelque adjudant, sans qu'il y eût jamais aucune division: on marcha en deux jours près de^ ennemis qui étoient campés au lieu que j*ai dit. Ils faisoieut alors trois salves pour le jour, à ce que je crois, de la naîssiance de l'Empereur , et on voyoit par là que leur corps étoit considérable. Ils avoient bien quatorze mille chevaux , dix mille hommes de pied et plus de cinquante pièces de canon. On s'approcha à un quart de lieue d'eux, et on ne jugea pas à propos de les attaquer dans un camp où ils étoient peu retranchés , mais fort avantageusement postés.
Après quelque escarmouche, le jour que l'armée arriva près d'eux , on vint camper fort proche des murailles de Fridberg , où ils avoient trois ou quatre cens hommes de garnison. Comme ceux de la ville tiroient à l'entrée de la nuit sur des soldats qui dans le temps du campement vont quérir du bois , je ne doute pas que l'ennemi ne crût que l'on faisoit des approches avec intention d'assiéger la place , dont la prise n'eût été guères difficile ; mais à l'entrée de la nuit , M. de Turenne et M. Wrangel ayant conféré ensemble sur ce qu'il seroit plus avantageux de faire , ils se débattirent (fuelque temps si l'on n'iroit pas par le Bergstras , en laissant Francfort à main gauche , pour tâcher d'arriver à Hailbron devant l'ennemi , et avoir ensuite une entrée dans le pays de Wirtemberg. On jugea enfin que l'ennemi, ayant un chemin plus court à faire , y arriveroit avant nous; et qu'ayant toujours le Danube et le bon pays derrière lui, il n'abandonneroit Jamais que ce qu'il auroit ruiné. Au contraire, les armées françoise et suédoise n'ayant derrière elles que les bords du Rhin, qui est un pays entièrement épuisé, sefoient au commencement de Thiver contraintes de reprendre chacune ses anciens quartiers , et de laisser à l'armée de l'Empereur et de Bavière les leurs qui étoient, outre les pays héréditaires, tes cercles de Souabe, deFranconie et la Bavière, qui sont des pays sans comparaison meilleurs que les bords du Rhin , le pays de Thuringe et de Brunswic, où les armées françoise et suédoise avoient accoutumé de se retirer. Cette différence donne des avantages pour la pro- <;haine campagne , parce que les soldats viennent chercher les armées qui sont dans les bons pays, et que l'on y rétablit facilement ceux que Ton a. Après avoir été quelque temps en suspens, il fut résolu que l'on envoieroit mille chevaux
avec cinq cens dragons pour se saisir du poit^ de Bonnameis , qui est un petit bourg à àtmx heures de Francfort , sur la petite rivière de Nid, laquelle étant passée sans que renneroi s'y opposât; on pourroit ensuite arriver aussitôt qu'eux à la rivière du Mein , ou les combattre en chemin s'ils prenoient cette marche.
Les troupes, étant arrivées à Bonnameis et n'y trouvant que quelques dragons qui défeodoient le passage , s'en saisirent et du boorg. Un corps de cavalerie de l'ennemi que comaïaadoit M. de Wert, étant arrivé un peu tard et voyant le poste pris , fit alte assez proche delà. Les armées jointes marchèrent le lendemalB trois heures devant le Jour; celle du Roi avoit l'avant-garde , et ayant côtoyé dans la noit et dans le commencement dujour cellede rennemi, on ne leur vit prendre d'autre résolution que de se mettre sous les armes. On a un peu blémé M. l'archiduc d'avoir été trop long-temps à prendre parti : ce qui lui coûta bien cher, car, pendant qu'il faisoit halte dans son camp , TariDée marchoit toujours , et ayant trouvé le poste de Bonnameis occupé par ceux que l'on avoit envoyés devant, on fit promptement raccommoder le passage, et M. de Wert, qui s'étoit avancé pour s'en saisir, commença à se retirer vers le gros de l'armée ennemie.
Cependant on passa quoiqu'avec beaucoapde difficulté en divers endroits, et M. Konigmaïf ayant trouve un passage à main gauche , (oe l'armée françoise avoit laissé , pour pouvoir pu- i ser par un plus grand front, renversa plosieon troupes de M. de Wert qui se retiroient. Comme iln*étoit encorequedeux heures après midi,qooique l'on eût bien fait six heures de cherofo avee une grande armée et un très-grand bagage, on marcha encore trois heures ce Jour-là , tonjonrs en intention de coupera Tennemi leeheroindi Mein ; ce qui réussit par la lenteur à se résoodre : de sorte que le soir on arriva entre Fnn^ fort et Hanau, en un lieu qui ôtoit le moyen i l'ennemi de pouvoir se retirer vers leMelonns combattre.
L'armée étant partie deux heures devant le jour au mois d'août , avoit fait neuf heures de chemin. Comme on avoit commandé au bagage de prendre tout à fait à la main droite , etqnll étoit couvert , on ne s*en mit pas l)eaucoap n peine et il arriva le lendemain. Ainsi, les en&^ mis avec toutes les forces de l'Empire se virent en un jour hors d'état de pouvoir phis aller ni en Franconie , ni en SoQal>e, oi en Bavière , ayant toute l'armée confédérée entre eox et ces pays-là. Mais comme on craignoit qo*à la faveur d'une petite rivière qui coule ^trs
MÉMOIRES DU VICQMTK I>t TIHKWE. [IC4G]
Haoao, iU ne pussent encore marcher vers AsehafTembourg , qui est sur leMein , on partit le lendemain avant le Jour avec une partie de farmée, commandant au reste de suivre, quoique fort affolblie par la marche du jour précédent, et l'on arriva à une petite ville sur ce misscau. Les ennemis y avoient mis quelques gens, et le lien étant assez proche du derrière de leur camp, Il y avoit apparence qu'ils alloient marcher pour gagner Âschaffembourg : mais eomnie ils virent l'armée ennemie passer de gnod matin , ils firent halte dans leur camp , kar bagage attelé, retirèrent leurs troupes de cette petite ville , et défendirent le ruisseau sur lequel elle est sitnée avec quelques gens commandés.
L'armée françoise et suédoise arriva toute sur le midi auprès d&ce ruisseau ; et ayant fait venir du canon et fait retirer un escadron impérial qui le souffrit avec une patience incroyable, t'enneroi demeura de nouveau dans son camp. Les choses avoient ainsi entièrement changé de bee dans une seule journée. Ck)mme il y avoit un petit bois qui couvroit une partie du camp dea Impériaux, on ne voyoit pas bien leurs mouvemens ; aussitôt qu'ils virent qu'on leur avoit pris le devant , ils firent marcher leur bagage versFaidberg , et suivirent à l'entrée de la nuit le même chemin , tirant vers la Hesse , dans le teseia apparemment, s'ils avoient été poursui- ^, d'aller vers la Westphalie ou vei*s Cologne. On balança quelque temps quel parti on prendrait de les suivre ou de profiter de l'occasion de prendre des postes considérables dans les sercles de Franconie ,'de Souabe et de Bavière, llestcertainque, suivant le premier parti, on les iQroit ramenés' auprès de Cologne avec quelque erte-dans leur retraitte ; mais comme l'Empeeor et M. de Bavière avoient le temps d'enoyer des ordres dans les pays que je viens de ire , et qu'il n'y avoit point de temps à perdre, s affaires étant changées eu un quart-d'heure, n résolut de marcher vers le Mein.
M. de Turenne fit joindre M. Du Passage, aHl avoit laissé versMayence, quand il prit ce raod tour par Wesel avec deux mille hommes i marcha à Aschaffembourg , qui est un beau issage sur le Mein , dans lequel il y avoit deux «s hommes qui se rendirent incontinent. Après iroir passé le Mein , L'armée françoise prit la roite et la suédoise la gauche , marchant à huit 1 dix lieues Tune de l'autre. La première assié- ^ Schorendorf , qu'elle prit en trois jours , et lia à Lawinghen sur le Danube , que personne B gardoit ; l'autre prit Nordiingen , marcha à ODawc;rt,oii elle passa le Danube comnvela
françoise à Lawinghen , y ayant des ponts dans ces deux lieux , et trouvant des vivres abondamment partout. Les Suédois laissèrent garnison dans Nordiingen, et les François dans Schorendorf et dans Lawinghen , en passant et sans séjourner. Les Suédois traversèrent le Lech sur le pont de Bain, qui n'est qu'à trois ou quatre lieues de Donawert, et investirent la place dans laquelle M. de Bavière avoit mis douze ou quinze cens hommes de milice , qu'on appelle chasseurs, parce qu'ils ont une casaque verte.
M. de Turenne sçachant qu'il n'y avoit personne dans Ausbourg , envoya M. de Beau veau avec cinq cens chevaux pour parler à ceux de la ville, ayant passé lui-même à Lawinghen avec l'armée. Ceux d'Ausbourg firent entrer M. deBeauveau, laissant les cavaliers à laporte, et commencèrent à parler de la composition pour se mettre entre les mains des François et des Suédois. Dans ce temps M. Wrangel , qui avoit commencé les approches de Rain et avoit trouvé de la résistance, comme il arrive ordinairement les premiers jours quand on a affaire à des milices , envoya prier M. de Turenne d'y marcher promptement, lequel, croyant que ceux d'Ausbourg tireroient peut-être la négociation en longueur , tandis qu'une des deux armées étoit engagée au siège de Bain , s'en alla en diligence, et fit revenir M. de Beau veau ; comme la tranchée des Suédois étoit ouverte depuis trois ou quatre jours, il en ouvrit une le soir qu'il arriva ; la seconde ou troisième nuit , se trouvant tout proche d'un bastion , ceux de dedans ayant battu la chamade de son côté, qui étoit le plus avancé , la garnison sortit au nombre de près de deux mille hommes qui avoient beaucoup tiré et s'étoient fort mal défendus.
M. Wrangel parla souvent dans le temps du siège de Bain avec M. de Turenne, sur celui qui mettroit un gouverneur dans Ausbourg ; il étoit d'accord de partager la garnison; mais il ajouta que le feu roi de Suède ayant tenu cette place , il restoit quelques droits aux Suédois, pour y commander, plus qu'au Boi. Je crois que la pensée que les François, s'en rendant les maîtres, voudroient y mettre quelqu'un pour y commander, fut une des principales raisons qui obligea M. Wrangel à presser tant M. de Turenne de venir à Bain : néanmoins il n'y eut jamais de contestation aigre entre M. de Turenne et M. Wrangel ; et je pense que l'affaire eût été réglée de cette façon , que Ton eût tiré au sort à qui mettroit un gouverneur dans la place ; mais comme la ville de Bain fut rendue , où les Suédois mirent garnison, on apprit que Roycr, étant
'Ill)
EM )i:u:s j)i: vicomte i»f. iiaK>.\H. [1047]
ment , ce retardement donneroit lieu aux autres d'en faire de même. 11 ne passa de la cava-
meurent au-delà du Rbin ou qu'ils viennent seulement sur la Mozelle , vous ayez en ce cas à marcher en Flandre avec le reste des troupes de madiie armée , tant de cavalerie que d'inranterie, sy ce n'est que vous jugiez que vostrc présence soit absolument nécessaire avec lesdils régimens de cavalerie pour empescher leur perte, auquel cas vous donnerez le commandement de toutes les trou|)es d'infanterie et du reste de la cavalerie au sieur d'Hoquincourt pour amener le tout en Flandre, ainsy qu'il est plus particulièrement expliqué par ledit mémoire, auquel me remettant, je ne vous Teray la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ail , mon cousin , en sa saincte et digne garde. » £scril à Amiens , le 29 juin 16t7. »
Mémoire envoyé à monsieur le maréchal de Turenne sur ce qu'il auroit à faire touchant la désobéissance de l'ancien corps de cavalerie de l'armée d'Allemagne.
« Le Roy . ayant sceu ce qui a esté rapporté par le sieur de Raviguy de ce qu'a faict la cavalerie du corps ancien de l'armée d'Allemagne depuis le départ du sieur de Paris, que ladite cavalerie a donné a entendre au sieur maréchal de Turenne qu'estant payée de deux monstres . elle serviroit aux lieux et en la forme qui luy seroit ordonnée par ledit sieur maréchal , et quels sont les sentimens dudit sieur maréchal sur cette afTairc. Sa Uajesté, par l'advls de la Re>itc récente, sa mère . l'a voulu informer de ses Intentions par le présent mémoire. - » Bien qu'il soit dificile , après l'eflort que l'on a faict pour donner une monstre entière à ladite armée , d'en faire fournir une seconde a ladite cavalerie; qu'après ce qui s'est passé il semble qu'il fût peu convenable à la dignité de Sa Majesté de chercher avec beaucoup de soins et de peine à contenter des gens qui se sont portez à une désobéissance si ouverte et à une extrémité si préjudiciable à son service, néanimoins Sa Majesté feroil encore un dernier effort pour donner satisfaction à ladite cavalerie, si elle jugeoit qu'après cela elle s'en peust mieux asseurer que devant. Mais comme il y a apparence que. quelque despense que l'on fistpour les contenter, ils ne retombassent encore dans une mesme faute, ayant receu un sy notable avantage ensuitte de cclle-cy , Sa Majesté estime qu'il faut sortir de cette affaire par des expédiens qui luy rendent le service de ce corps plus asseuré. Celui qui a esté proposé par ledit sieur maréchal de Turenne de licenlier les mutins de ladite cavalerie, et d'annuler le traitté général qui a esté cy-devant fait avec le corps entier de ladite cavalerie, après la mort du duc de Weymar, semGleroit fort à propos; mais pour le faire réussir, l'on estime qu'il faudroit lascher de retirer le lieutenant-général Rose et quelquesuns des ofnders principaux qui sont avec les mutins, parce que ce seroit un moyen de s'asseurer qu'ils n'irolent pas prendre party avec les ennemis.
» Qu'ensuitte il faudroit faire publier une ordonnance portant que tous les ofliciers et soldats qui ont eu part à la mutinerie auroient à rentrer, dans trois jours, dans leur debvoir; qu'en ce faisant ils auroient abolition de leurs crimes cl qu'il leur seroit présentement payé une monstre , une autre dans quelque temps, et encore une autre dans la fm de la présente année , à condition toutcsfols qu'ils serviroient désormais, et serviroienl tout ainsy que les autres troupes étrangères estans a la solde de Sa Majesté, sans qu'il fût plus faict de mention du
lerie allemande que le régiment de Turenne; le vi<ux régiment de Rosen ayant envoyé aussi-
traitté qui a esté cy-devant faict avec le corps entier de laditte cavalerie , lequel demeureroit révoqué &e leur consentement ; et à l'esgard de ceux qui manqueroleotà rentrer dans leur debvoir, dans ledit temps de trois jours, ils seroient réputés infidelles à Sa Majesté et punis comme telz.
» Que si ledit sieur maréchal croit qu'il peosl réussir de séparer ses cavaliers des corps mutinez d*avec lesoffi-ciers , il faudroit pour cetefTcct qu'il fit publier qaecba^» que cavalier qui se viendroit rendre près de luy aoroi^ son pardon , et en outre trente riscbdalles , et seroU iB^«« corporé aux régimens qui se trouveront avec ledit siei ^^ maréchal, ou bien dans ceux qu'il formeroitde nouveaux , et que l'on traitteroit de la mesme sorte les officiers qi^j se déiacheroient d'avec les mutinez, les employtol forme d'augmentation avec les troupes qui sont l'obéissance . ou bien les faisant entrer dans ceUes nou>elle levée . et qu'il exécutast effectivement cette mosse ; que si . en ce faisant , l'on pouvolt retirer 1^ deux tiers des mutinez . l'on croit que ce seroit un tH^^ très-considérable, puisque l'on auroit aboly ledit traltf^ général , l'on espargneroit beaucoup d'ai gent et Toii m déiivreroit de l'appréhension que l'on peut justeoest avoir, qu'ils ne retombent dans une pareille désob^ sance, et ce pourroit estre dans une occastoo en laqœlfe ilz feroient encore plus de préjudice au service de Si Majesté . outre qu'il seroit difficile que désormais ili cmtinuassent vers ledit sieur maréchal la même créiice qu'ilz ont eue en luy par le passé , ny aussy qu'il se eoifiast plus en eux , et il se trouveroit qu'il auroit plot coustéà Sa Majesté pour les contenter qu'U netewfaot pour remettre sur pied un corps autant ou pluscooiidérable que celui que l'on a eu, quand toute celte cavalerie a*^ esté dans l'obéissance.
» Sur ce que dessus. Sa M^uesté se remet entièreneit a ce que ledit sieur maréchal jugera estre le plus à propos et plus advantageux à son service, obsenraot qa'il se doibt attacher surtout au licenticment des mutlitf. pourvcu qu'en ce faisant il puisse, par argent etparioa entremise et crédit, conserver la plus grande partiel ceux , en sorte qu'il y ayl presque les niesmes forces, (t que Sa Majesté ne soit plus tenue audit traitté.
» Quant audit sieur maréchal. Sa Mt^esté approoreh résolution qu'il a prise de ne |)oint marcher avec laravalerie et l'infanterie qui s'étolt advancéc au-deçà di Rhin, afin de s'employer aussy forlcmeut qu'il tUsU nécessaire aOn d'empêcher la cavalerie allemande de im" tir tout à fait de son debvoir.
» Etquoyque Sa Majesté luy ait mandé, parleileir de Montde vergues, de venir par deçà avec l'InCuiterie de Tarmée et la cavalerie qui Tavoit sulvy. etdeWn que la cavalerie qui estoit demeurée vers le Rhio l'avançast sur la Mozelle et dans le Luxembourg, nésilr moins à présent Sa Majesté désire que , pour obliger les ennemis à tirer de Flandre une partie des forces qnHi y ont présentement, qu'aussytost qu'il aura terminé faf' faire de cette cavalerie mutinée , il se porte , s*U sepesl avec toutes les troupes d'infanterie et de la cavalerie^ larmée du Roy dans le Luxembourg ; quMl tasche ^1 ' demeurer un mois ou six sepmaines, entreprenant fV Arlon . Bastongue et autres places qu'il jugera poBVt^ prendre , parce qu'outre qu'il fera une diversion tf^ dérable. il ruinera ledit pals de Luxembourg , premlf* quelque poste sur eux, et soulagera les quartiers và^ saires pour la subsistance de l'armée d'Allemagne, s>^ s'esloigner des places et du pays qu'il faut conservfr<^ .
MÊM0IUE8 Uli \1C0MTK DK lViRh^^h. [l640)
tiége : de cette manière toate la camiroit été rendue inatile , au commencerhWer, qui est le temps qui décide en ne, parée qu'il rend maître d'un pays à r duquel Ton peut raccommoder et re- } armée.
Turenne et M.Wrangel, prévoyant bien & résolution qu'ils prcndroîent dépenon ou mauvais succès des affaires d'AI- , résolurent, quoique l'armée fût fort ! par les fatigues et la perte des chemanque d'armes et d'habits dans l'inet malgré les neiges et les mauvais che- \ marcher à l'ennemi auprès de Mem- KXir le combattre , ou pour voir en préû parti ils dévoient prendre. Dans cette Uogea d'auprès deLawinghen, et contre de la plupart des officiers et la croyance l'armée qui simaginoit qu'on retourns la Souabe et de là en Franconie, on stite Journée en avant , et le lendemain t)cha à une heure de l'ennemi, qui delusson poste. Comme il avoit de grands des marais devant lui, on ne crut pas Lttaquer,et Ton marcha vers Landsberg rière. M. de Turenne et M. Wrangel ; tout un jour deux mille chevaux delemi pour couvrir leur marche et pour lader qu'on .al loi t l'attaquer , et par là NT de troubler notre passage. On assure l'a jamais tant aigri ni tant excité M. de i faire la paix , que de voir l'armée des b, au commencement de l'hiver, en- I partis aux portes de Munick , et de oint de nouvelles des armées de l'Emde la sienne , pour qui il avoit fait de s dépenses, et qu'il croyoit, comme il , beaucoup supérieure à la nôtre* oya une partie du Jour l'armée de l'enayant envoyé le bagage vers le Lech , a ensuite en grande diligence Jusques i Landsberg; où l'on trouva le pont des qui n'étoit pas rompu. On lit passer lelques troupes à la hâte , et ayant sçu ivoit que cent chevaux dans Landsberg, ne fort mauvaise place , et que l'enrdt tous ses vivres , on la fit sonmier et ;ea à se rendre : sans perdre de temps , iser pendant la nuit et le Jour suivant oée sur le pont que les ennemis avoient on envoya trois mille chevaux aux pormich , où étoit M. de Bavière, qui n'aftucune communication avec son armée, inemis s'étant aperçu assez tard que choit vers le Lech , voulurent suivre ; ipprirent que l'on avoit passé la rivière
et que Landsberg étoit pris. Ils Airent bien embarrassés à prendre une résolution : à la fin ils s'approchèrent d'Ausbourg, et ensuite, faute de vivres et de fourages, ils se retirèrent dans la Bavière, et les armées françoise et suédoise séjournèrent auprès de Landsberg près de cinq semaines.
M. de Bavière ne voulut pas voir M. l'ardii* duc qui marcha vers Ratisbonneavcc l'armée de l'Empereur , et laissa l'armée de Bavière dans son pays. L'électeur irrité prit alors la résolution de faire la paix , et de laisser aux eonfédérés tout l'Empire , pourvu qu'il conservât ses Etats. Cette ràolutlon à laquelle la nécessité l'avoit réduit eût eu un grand succès sans les mesures que les affaires de Flandre obligèrent M. le cardinal Mazarin de prendre, à quoi se mêlèrent aussi beaucoup de cabales de religieux du côté de Rome , sous prétexte que la ruine de la maison d'Autriche étoit celle de la religion catholique en Allemagne : ce qui n'étoit pourtant qu'une fausse couleur ; car le Roi eût maintenu les catholiques en AUenuigne, de même que la maison d'Autriche eût empêché les Suédois de faire aucun changement dans les constitutions de l'Empire, et aurait accordé aux protestans les mêmes libeiiés dont la maison d'Autriche les laissoit jouir.
L'armée quitta enfin Landsberg , et se rapprocha de Memmingen , avec intention de vivre de ce côté du Danube autant que l'on pourroit, afin qu'il restât assez de pays au-delà pour y demeurer Jusqu'au printemps. Cependant M. de Turenne fit prendre par M. d'HocquIncourt le château de Tubingen, et ayant appris que les ennemis avoient quelque corps près de Bain , Wrangel et lui y allèrent avec cinq ou six mille chevaux ; et défirent sept ou huit eens de l'ennemi. M. Wrangel s'avança aussi près de Lindau , qu'il ne trouva pas à propos d'assiéger.
Dans ce temps-là M. de Bavière ayant fait proposer à Munster le dessein qu'il avoit de s'accommoder i^vec les couronnes confédérées, M. de Croissi vint trouver M. de Turenne ; et le lieu d'Ulm ayant été choisi pour le traitté, M. de Bauschemberg , général de l'artillerie, y vint de la part de M. de Bavière, et M. de Traci et M. de Croissi de la part du Roi. Les armées demeurèrent quelque temps assez proche du lieu des conférences; à la fin il fût conclu que M. de Bavière mettrait Hailbran entre les mains du Roi , et Memmingen entre les mains des Suédois , et pramettoit de se séparer entièrement des intérêts de l'Empereur, de ne le point assister de ses traupes, de donner passage et vivres
4on
MBM01HKS Uli YICOMTft DE TUat?C.XE. [l(54«]
parti de Memminghen, étoit entré avec douze ou quinze cens hommes dans Ausbourg; on ne laissa pas d'y marcher pour voir si Ton ne pût rinvestîr dans les sept ou huit Jours de temps qu*H falloit, avant que les armées impériale et bavaroise pussent entrer dans la Bavière, ayant pris le tour par la Turinge (1) et par le haut Palatinat. On repassa le Lech , on prit ses quartiers auprès d'Ausbourg , et Ton ouvrit deux tranchées du côté des François et une des Suédois; on trouva que le fossé étoit fort large et fort profond , et les difficultés à passer étoient d'autant plu^ grandes qu'on manquoit de toutes les choses nécessaires , comme il arrive dans une armée de campagne. On n*avoit pas perdu pins de cinq ou six cens hommes , et l'on étoit déjà sur le bord du fossé, quand on apprit que les armées impériale et bavaroise étoient à deux heures de là ; on avoit sçu tous les jours les journées qu'elles faisoient , et leur marche avoit été moins rapide qu'elle ne dût l'être : on résolut de ne quitter le siège qu'à la dernière extrémité. On voyolt bien que si l'armée ennemie s'approchoit de la rivière^ qu'on ne pourroit pas garder les postes entre la rivière et la ville , et qn'ainsi la place seroit secourue ; mais comme on espère toujours qu'un ennemi ne fera pas tout ce qu'il peut , on vouloit attendre qu'il prît la résolution de marcher jusques-là avant que de lever le siège. On fit brûler beaucoup de villages pour l'empêcher d'approcher, de peur de manquer de fourage. Le même jour que les armées impériale et bavaroise arrivèrent , M. de Turenne et M. Wrangel passèrent l'eau de leur côté avec deux mille chevaux , et de l'infanterie derrière, pour escarmoucher les Impériaux dans la plaine et les empêcher d'approcher de la rivière ; dans l'espérance que cet expédient réussirolt , on fit retrancher le régiment de Turenne au-delà de l'eau, qui en dix heures fit unfort sur lequel on mit du canon. Les ennemis, ayant repoussé quelques-unes de nos troupes qui étoient dans le bois à la tête du fort , n'osèrent l'attaquer; mais, la nuit s'approchant, ils s'étendirent pour se camper tout le long de la rivière , où l'espace étoit si étroit que l'on n'y pouvolt demeurer de l'autre côté entre ladite rivière et la ville , que dans une tranchée ; c'est ce que l'on avoit fait quand il n'y avoit point d'armée ennemie; mais lorsqu'elle fut arrivée sur les bords du Lech, on ne pouvolt plus y rester à cause des deux feux de l'ennemi et de la place, ni même défendre le passage de la rivière ni la tranchée.
(i) PuCTendorr dit par la Franconic ; la Turinge parait un grand détour pour une .irmée qui ëtait pressée.
Au commencement de la nuit, on retira qui étoit dans cette tranchée, et on mit toQ^, Farmée ensemble entre le quartier des Suédc^l^ et des François. On retira le canon des l>att^, ries, et ayant envoyé le bagage avec les ble^. ses et le gros canon, à la pointe du jour, dam une plaine à une heure d'Ausbourg, on lui edm. manda d'y faire halte; on commença à marebcr à deux heures de soleil ; les ennemis entrant a même temps dans la ville par le côté de la ri* viere, qui étoit guéable et que Ton avoit aban* donné , fl ne s'y passa rien de considérable. Quand on se fut retiré à une heure de la ville, on se mit en bataille et on tira deux coups de canon pour montrer que l'on étoit résolu à oooh battre, si l'ennemi vouloit s'avancer. Ce strati» gême est plus utile pour encourager le comaiin des soldats , que pour les gens plus éclairés, qui sçavent bien que quand une armée délogeavee beaucoup de canon et de bagage de devant me j place, et qu'elle passe de grandes campagnei^ ; l'on peut la combattre avantageusement. Aprèi '. avoir demeuré tout le jour en ce liçu-là, oi l alla camper à deux heures d'Ausbourg, et le i lendemain , après avoir fait marcher le bagagei i on alla à une heure et demie de Lawingfaai,ei ; on résolut de camper pour faire fortifier la place: i en effet , les François et les Suédois entreprirort j de faire chacun quatre ravelins autour de 11 ' ville, qui est dans une très-belle assiète, et (pi • n'a que des murailles sans rempart, mais n \ pont sur le Danube ; on y envoya deux oq troii { mille hommes y travailler tous les jours, fil mirent en douze ou quinze jours tous ces nn* \ lins en défense, et M. de Turenne mit dans b i place le sieur de Grotius avec huit cens hommes de son armée.
Dans ce temps-là l'armée de PEmpereiirctde Bavière, commandée par M. l'archiduCi éteit entre Ausbourg et Landsberg, où M. deBavièn envoya beaucoup de chevaux pour renKHitertoi cavaliers , des armes, des souliers et des haUH à l'infanterie. Les deux armées s'avancèrent ai commencementde novembre versMemmlnglieai avec intention de s'approcher d'Ulm et dVa tirer des vivres à la faveur des places d'Hidbron, de Tubingen et d'Ausbourg, qu'ils taMMt dans la Souabe et dans le pays de Wirtendwgt et ayant une armée plus forte que celle des Fras* çois et Suédois , ils espéroient de s'approcher de nous qui avions consommé tous nos fouragesaf* près de Lawingben, et de nous faire retirer joqie dans la Franconie , leur laissant tous les qw^ tiers delà Souabe, Lawinghen, Rain, Seboreadorf et Nordlingen, tellement abanâonDéa,qi( dans l'hiver ils s'en seroient rendus maîtres mi
MÉM0IUE8 DU VICOMTK DK iyRL>.>£. [l640)
Wre de siège : de cette maDière tonte la cami^gne aoroit été rendue inatile , au commenceoeiit de rhiver, qui est le temps qui décide eu klieinagne, parce qu'il reod maître d'un pays à m. &?eur duquel Ton peut raccommoder et re- Bire une armée.
M. de Turenne et M.Wrangel, prévoyant bien |iie de la résolution qu'ils prendroient dépenkit le bon ou mauvais succès des affaires d'Alcmagne, résolurent, quoique l'armée fût fort Uainuée par les fatigues et la perte des che- »iu , le manque d'armes et d'habits dans l'in- Ruiterie , et malgré les neiges et les mauvais cheminSy de marcher à l'ennemi auprès de Mem- BriiigeD pour le combattre , ou pour voir en préleMequel parti ils dévoient prendre. Dans cette fue on délogea d'auprès deLawinghen, et contre l'opinion de la plupart des officiers et la croyance de toute l'armée qui s'imaginoit qu'on retour- MTOit dans la Souabe et de là en Franconie, on flt ne petite Journée en avant , et le lendemain ai l'approcha à une heure de l'ennemi, qui dc- Bwva dans son poste. Comme il a voit de grands défiés et des marais devant lui , on ne crut pas difoir l'attaquer, et l'on marcha vers Landsberg «1 la Bavière. M. de Turenne et M. Wrangel Unèrent tout un jour deux mille chevaux demi l'ennemi pour couvrir leur marche et pour k» persuader qu'on. al loi t l'attaquer , et par là rwpéeher de troubler notre passage. On assure fKrien n'ajamais tant aigri ni tant excité M. de BMière à faire la paix , que de voir l'armée des mfédérés, au commencement de l'hiver, envigrer des partis aux portes de Munick , et de n'avoir point de nouvelles des armées de l'Empereur et de la sienne , pour qui il avoit fait de ■{grandes dépenses, et qu'il croyoit, comme 11 tat vrai, beaucoup supérieure à la nôtre*
On côtoya une partie du Jour l'armée de l'enleail, et ayant envoyé le bagage vers le Lech , tt marcha ensuite en grande diligence Jusques Qprès de Landsberg, où l'on trouva le pont des iDemis qui n'étoit pas rompu. On fit passer Mras quelques troupes à la hâte , et ayant sçu l'il n'y avoitque cent chevaux dans Landsberg, il est une fort mauvaise place , et que l'en- Mni y avolt tous ses vivres , on la fit sonmier et I Tobligea à se rendre : sans perdre de temps , I m passer pendant la nuit et le Jour suivant Die l'armée sur le pont que les ennemis avoient liaé, et on envoya trois mille chevaux aux por- • de Munich , où étoit M. de Bavière, qui n'alit plus aucune communication avec son armée. Les ennemis s'étant aperçu assez tard que Ml marcboit vers le Lech , voulurent suivre ; taia ils a|)prirent que l'on avoit passé la rivière
et que Landsberg étoit pris. Ils furent bien embarrassés à prendre une résolution : à la fin ils s'approchèrent d'Ausbourg, et ensuite, faute de vivres et de fourages, ils se retirèrent âans la Bavière, et les armées françoise et suédoise séjournèrent auprès de Landsberg près de cinq semaines.
M. de Bavière ne voulut pas voir M. l'archi* duc qui marcha vers Rntisbonneavec l'armée de l'Empereur , et laissa l'armée de Bavière dans son pays. L'électeur irrité prit alors la résolution de faire la paix , et de laisser aux confédérés tout l'Empire, pourvu qu'il conservât ses Etats. Cette r^ution à laquelle la nécessité l'avoit réduit eût eu un grand succès sans les mesures que les affaires de Flandre obligèrent M. le cardinal Mazarin de prendre, à quoi se mêlèrent aussi beaucoup de cabales de religieux du côté de Rome , sous prétexte que la ruine de la maison d'Autriche étoit celle de la religion catholique en Allemagne : ce qui n'étoit pourtant qu'une fausse couleur ; car le Roi eût maintenu les catholiques en Allemagne, de même que la maison d'Autriche eût empêché les Suédois de faire aucun changement dans les constitutions de l'Empire, et aurait accordé aux protestans les mêmes libertés dont la maison d'Autriche les laissoit Jouir.
L'armée quitta enfin Landsberg , et se rapprocha de Memmingen , avec intention de vivre de ce côté du Danube autant que l'on pourroit, afin qu'il restât assez de pays au-delà pour y demeurer jusqu'au printemps. Cependant M. de Turenne fit prendre par M. d'Hocquincourt le château de Tubingen, et ayant appris que les ennemis avoient quelque corps près de Rain , Wrangel et lui y allèrent avec cinq ou six mille chevaux^ et défirent sept ou huit eens de l'ennemi. M. Wrangel s'avança aussi près de Lindau , qu'il ne trouva pas à propos d'assiéger.
Dans ce temps-là M. de Bavière ayant fait proposer à Munster le dessein qu'il avoit de s'accommoder i^vec les couronnes confédérées, M. de Croissi vint trouver M. de Turenne ; et le lieu d'Ulm ayant été choisi pour le traitté, M. de Bauschemberg , général de l'artillerie, y vint de la part de M. de Bavière, et M. de Traci et M. de Croissi de la part du Roi. Les armées demeurèrent quelque temps assez proche du lieu des conférences ; à la fin il fut conclu que M. de Bavière mettroit Hailbron entre les mains du Roi , et Memmingen entra les mains des Suédois , et promettoit de se séparer entièrement des intérêts de l'Empereur, de ne le point assister de ses troupes, de donner passage et vivres
MÉMOinF.S DU VICOMTE DE TUBENNE. [ 16-17]
à celles du Roi pour aller daus les pa^s liéréditaires.
En ce temps-là , TEmpereur se trouvoit avec quatre ou cinq mille hommes de pied et cinq ou six mille chevaux ; les armées françoise et suédoise , au contraire , montoient à treize ou quatorze mille hommes de pied , et à vingt mille chevaux, après avoir été raccommodées.Le cœur de rhiver et la grande distance qu'il y a de la Souabe dans les pays héréditaires empêchèrent qu'on ne pût se servir qu'au printemps de cet avantage.
[1647] Après que la paix fut faiteavec M. de Bavière, l'armée du Roi se mit en quartier dans les pays qui lui tombèrent en partage des conquêtes qu'elle avoit faites la campagne précédente avec les Suédois. Comme l'armée de l'Empereur se trouva fort affoiblie par la séparation de celle de Bavière , elle se retira dans les pays héréditaires , non pas tant pour se rafraîchir que pour s'éloigner des confédérés.
[ Le Roi adressa à M. de Turenne les ordres suivants, «sur ce qu'il aura à faire avec l'armée qu il commandoit, ensuitte du traitté faict avec le duc de Bavière: >»
« Mon Cousin , aiant sceu que mon cousin le duc de Bavière a rattifié le traitté de cessation d*armes, faict à Ulm avec les députés de la part de cette couronne et de celle de Suède, et comme par cet accomodement les affaires d'Al" lemagne sont aux termes que je puis , avec mes alliez, le désirer, je me trouve obligé , par les efforts extraordinaires que font les Espagnols du costé de Flandres, et dans rincertitude où je suis si Tarmée de messieurs les Estais des pro-i vinces unies des Pays-Bas se mettra en campagne cette année , d'employer de ce costé-là mou armée que vous conmiandez ; c*est pourquoi je vous dépesche ce porteur exprès , par l'advis de la Reine régente , madame ma ixrère, pour vous dire que mon intention est que vous vous acheminiez le plus tost qu'il vous sera possible, avec madite armée, dans le Luxembourg, pour y agir conformément à ce que mon cousin le cardinal Mazarin vous a faict entendre plus particulièrement de ma part, en vous despeschaut le sieur de Paris ;
» Que si j'apprends par son retour qu'il y ait sujet d'arrester l'exécution de ce dessein, ou que je voye que vous proposiez quelqu'autre chose qui soit plus advantageuse à mon service, je vous renvoyerai incontinent ledit sieur de Paris , pour vous faire sçavoir quelle sera ma dernière résolution ;
» Qu'en passant Hailbron vous pourvoirez au gouvernement de la place , y establissant un
officier pour y commander, de la fidélité et des autres bonnes qualitez duquel vous serez bien asseuré , et y laissant soubz sa charge une garnison sufûsante , avec les munitions néoessairei pour la tenir dans une entière seureté;
» Que vous mettrez dans Schorenders, Laominghen et Thubinghen , qui sont tenues par mes armées , des commandans fidèles et capa* blés , avec les garnisons qui leur seront néôeisaires pour la garde et défense d'icelles , dài* raut que, si vous juge^^ qu'il faille tirer desdita places ceux qui y commandent à présent , avee les garnisons qui y sont, et y en establir d'antres , vous y fassiez les changemens que inm adviserczj me remettant entièrement sorvoM de donner tous les ordres que vous jugerei à propos pour asseurer lesdites places , en sorte que , lorsque vous vous en esloignerez , elles na puissent demeurer en aucun péril, et que j'ai sois du tout en repos ;
» Que vous laissiez en ces quartiers-là le sicnr d'Hoquincourt , si vous le jugez nécessaire et à propos , et avec lui les troupes dont il powia avoir besoin pour la conservation des places et • du pays ; et il semble que cela soit d'autant plai '•■ nécessaire que , jusques à ce que les choses qii ont esté promises par ledit traitté de cessatiea d'armes soient exécutées, il est bon deieteiir des forces qui soient considérables de ce esuMk
» J*espère aussi que cela n'empescberapasqM vous n'ameniez dans le Luxembourg une araéi considérable , tant parce que vous pourrez Iki- . lement augmenter vos forces par le moyen te troupes que mondit cousin le duc de Bavièit a résolu de licentier avec intention de vooi a laisser profiter, que parce que je fais trafaiikr à former avant vostre arrivée un bon corps A troupes d'infanterie sur ma frontière de Chas* pagne, pour vous joindre et fortifier notabienirBL
» Et j'estime que ce que vous aurez à Cibt pour les establissemens nécessaires à la aeoRli desdites places, n'apportera pas beaocoopdeie' tardement à vostre marché, laquelle, à la li» rite , je seray bien aise que vous fassiez leptaitost que vous pourrez , mais je n'attends pasqat ce soit aussitôt que cet ordre vous sera rends; car si vous Jugez à propos de différer vMbt départ pour quelques jours, par des oonsidéiations importantes^ à mon service, et mesmeil vous estimiez qu'un plus long s^our de vQitn personne fût nécessaire en ces quartiers^, j> trouve bon que vous vous arrestiez à oe que v0 verrez être le plus avantageux à mon servie^ dont vous m'informerez bien particullmnie&tcl des raisons qui vous y auront porté, afin ^ vous puissiez recevoir mes ordres plus précis lar
MBMOlIllîS UU VMO:lIT£
ne vous aurez à faire. Cependant , comme je ésire pas que mon armée d'Allemagne dere pins long-temps Jointe à celle de Suède faire de plus grands progrez , veu mesrae es plénipotentiaires de TËmpereur sont conis avec les miens et ceux de la couronne de le, des satisfactions que Ton a demandées à srd de FEmpire, Je désirerois en casque Jugeassiez nécessaire de demeurer encore lue temps par delà , que vous fassiez marsaiis retardement vers le Luxembourg, un s de deux mil chevaux effectifs au moins , nandez par un bon chef, lequel vous rejoin- ; an mesme temps que vous repasseriez le I avec roadite armée. Et quant aux autres es dont Je pourrois vous dire plus particument mon intention et mes motifs touchant it présent des affaires d'Allemagne, la néstion de la paix à Munster et Osnabruck , §cessité et les raisons qui m'obligent à faire nlr mon armée au-deçà du Rhin , la conduite vous devez tenir avec le général Wrangel eette occasion , et la manière dont vous lui vez parler de voslre marche vers ces quar-
I, Je m'en remets à ce que mondit cousin le ttoal Mazarin vous a escrit par ledit sieur de b , et à ce qu'il vous mande encore présente-
II, me promettant bien que vous vous poril à exécuter, selon vostre affection et dili-
aecoustumée , tout ce qui sera le plus utile service dans la conjoncture présente, et il me reste qu'à vous assurer que, comme Ton ne Aaglr plus prudemment et utilement que vous a faict en toutes les affaires et occurences conérablçs qui se sont offertes depuis vostre pasleau-delà du Rhin, et vostre jonction à l'armée Suède, qui a produict les bons effects que Ton Mnence à voir , aussi il ne se peut rien adjousà (a satisfaction qui m'en demeure et au déqoe J'ai de vous en recognoistre en toutes les MioDsqui s'en présenteront ; et sur ce je prie «qu'il vous ait, mon cousin, en sa saincte et ;De garde.
• Eseript à Paris, le 15 avril 1647. »] ]!ette foiblesse des ennemis engagea la cour à Irer l'armée d'Allemagne, ayant été sollicipar les partisans de Bavière , qui suggéroient i la continuation de la guerre contre l'Emperalloit entièrement à la ruine de la religion lioKqae ; que les Suédois seuls profiteroient Bette décadence de l'Empire ; que le Roi retit son armée, on lalsseroit les choses dans un
) Montre signlQe un mois de paie.
Lettre du Roy à M. le marescltal de Turenne , nm hiy dire que , lorsqu'il aura passé le Rhin Me formée S Allemagne , il prenne un pos^e
i>F Ti;iit\.\K. [in 17] i09
équilibre que la France devoit souhaiter : de sorte que ni la maison d'Autriche ni les Suédois ne seroient les maîtres ; et que M. de Bavière, les voyant affoiblir tous dtux , et conservant son armée , feroit toujours pencher la balance du côté que la France souhaiteroit. Le besoin que le Roi avoit de troupes en Flandre , à cause du grand corps qu'on avoit envoyé sous M. le prince en Catalogne , obligeoit aussi à prendre ce parti. M. de Turenne avoit remontré au contraire, par divers envoyés, que la perte de la maison d'Autriche étoit presque sûre par la réunion des armées de France et de Suède, et parla séparation de celle de Bavière, qui avoit laissé l'armée de l'Empereur presque réduite à rien: qu*on remédieroit bien à la crainte que la France avoit de rendre les Suédois trop puissans, par le partage qu'on feroit des conquêtes; que la France, tenant une partie de l'Allemagne, et conservant l'amitié de M. de Bavière, serendroit arbitre des affaires en Allemagne*, que si on en sortoit avec l'armée , on laisseroit M. de Bavière maître des affaires , et en état de se tourner contre les Suédois quand il voudroit.
Malgré toutes ces raisons , M. de Turenne eut ordre de marcher en Flandre; il avoit bien prévu que la cavalerie allemande feroit difficulté de le suivre , à cause de cinq ou six montres (1) qui éloient dues. Ce qu'il avoit représenté à la cour qui , ne se trouvant point en état de donner aucune somme considérable, promit seulement une montre , laquelle même, à cause de la difficulté que firent les marchands d'accepter les lettres de change, ne fut pas prête au temps que l'armée devoit marcher ; M. de Turenne, pour y remédier, envoya la cavalerie dans de bons quartiei*s, leur distribua tout le pays, les traitta le mieux qu'il lui fut possible , et s'en alla avec l'infanterie françoise prendre Hocst etStenheim et d'autres petites places qui assuroient ses conquêtes le long du Rhin ; après quoi il reçut un ordre exprès de ne point perdre de temps pour marcher en Flandre. M. de Turenne avoit cru que les principaux officiers de la cavalerie allemande dévoient être contens , ayant fait M. de Flextein général -major, donné le gouvernement de Schorendof à M. de Rousmaorns, et obtenu à la cour pour M. Rosen , qui étoit sorti depuis peu de prison , la charge de lieutenant-général de la cavalerie qu'avoit M. Dubatel. L'armée eut rendez-vous à Philisbourg, où elle passa le Rhin (2) sans faire aucune difficulté; et on mar-
vers Maestrich ou Luxembourg , et qu'il laisse vers le Rhin un officier pour commander :
« Mon cousin , J'ai appris avec beaucoup de salisfac- (ion que vous vous menez en estai <Jc marcher au deçà
MO
UEMOlKKf LU YICOMTK DE 1UK£N:«K. [l647j
cha entre Strasbourg et Saverue, où M. Rosen quiD*ayoit bougé de chez lui depuis sa sortie de prison , vint trouver M. de Turenne.
Le repos que la cavalerie avoit eu dans ses quartiers , le voisinage de la maison de M. Bosen où les officiers alloient de temps en temps , et l'éloignement de M. de Turenne , qui ne pouvoit pas y avoir l'œil , firent faire à beaucoup d'officiers force raisonnemens contre le voyage de France ; M. Rosen y portoit aussi les esprits , non pas peut-être qu'il souhaitât une
fia Rbin avec mon armée (i*Allemagne, et Je vous faicU celle letire pour vous dire, par l'advis de la Royne régente, madame ma mère , que mon intention est que vous vous acheminiez le plus lost qu'il vous sera possible avec madite armée vers la Mozelle , pour aller prendre un poste d'où vous puissiez vous porter à Luxembourg ou a Maestrich. suivant les ordres que je vous envoyeray ; que vous ordonniez et laissiez un officier principal pour avoir soin de la conservation des places tenues par mes armées en Allemagne et des garnisons qui y sont, et qu'il pourvoye à tout ce qu) pourra estre nécessaire au faict de la guerre, en vostre absence, suivant les ordres que vous luy en laisserez, et en me donnant avis de la personne que vous aurez choisie pour cet effet ; s'il est besoin de luy donner quelque expédition de ma part pour l'auctoriser davantage , Je la luy envoyeray aux termes que vous-mesme jugerez à propos. C'est ce que Je vous dlray par cette lettre, priant Dieu qu'il vousayt. mon cousin, en sa sainte et digne garde. » Escrit a Amiens, le 20 may 1647. »
{l) mémoire envoyé à monseigneur le maresehalde Turenne, touchant la désobéissance c^aucuns des régimens du corps ancien de l'armée d Allemagne» sur V ordre qui leur a été donné de marcher vers kt Flandre :
« Le Roy ayant entendu la relation que le sieur de Paris a faite de tout ce qui l'est passé en l'armée d'Allemagne dans le temps que le sieur mareschal de Turenne avoit pris sa marche pour venir en Flandre avec ladite armée, et ayant sceu comme ledit sieur mareschal n*avoit peu Jusqu^alors disposer à ce voyage les reistres du corps ancien des troupes du feu duc de Weymar, quolquMI n'y eûtobmis aucun soin ni diligence. Sa Majesté, par Tadvis de la Reyne régente, sa mère, luia voulu faire sçavoir ses intentions sur cette occurrence par le présent mémoire.
» Sa Majesté désire que ledit sieur mareschal continue à employer son autorité et son crédit, et qu'il fasse de nouveaux eflTorlz pour disposer tous ceux de ladite armée à venir en Flandre . leur faisant cognoistre qu'ils ne peuvent Jamais rendre à Sa Majesté une preuve de leur obéissance qu'elle considère davantage, ny lui donner une plus grande satisfaction;
» Qu'il commence à regagner lesdlts reistres en leur pardonnant leur mutinerie, les asseurant de tout le bon et favorable traictement possible en continuant à servir Sa Mijesté avec la fidélité et obéissance qu'ils doibveni; qu'il se serve du fonds de la monstre qui est présentement sur le Rhin, pour détacher les plus dificlles etoplniastrcs d'avec les austres et les ranger tous à la raison ; qu'il donne plus aux cavaliers qu'aux officiers, s'il voit que cela puisse réussir , et qu'il ne fasse distribuer l'argent de la monstre qu'en la manière qu'il vslimera plus utile pour ce dessein ; que metme il fasse
entière mutinerie, mais afin que la grande dif* ficnlté que les Allemans feroient de marcherai Flandre , obligeât la coor, on à leur payer ki montres dues , ou à les laisser en AllemagM. Le lendemain que M. Rosen ftit arrivé, m donna ordre à tous les régimens de pasaor h noontagnede Saveme; et M. de Turenne, 9 jhI M. Rosen avec lui , apprit , en approduift èi Saverne, que le vieux régiment de Roeei M vouloit pas marcher ( 1 ) ; il y envoya M. Bam, dont il n'avoit aucun soupçon , et ensuite 11 $
des gratifications particulière! sur ledit fonds m nant-général Roze. au géoértl-nuijor Oben. ci ai qu'il ad visera, et qu'il leur promette des pensions eiii^ tretènemens pendant la paix, pour quelles soromeiflM la manière qu'il verra estre nécessaire pour les poittrlmarcher tous ensemble par deçi; ^
» Que si . après avoir emploie toutes les pefSnastaM les grâces qu'il verra convenir pour les Induire k reaÉ|cctte obéissance et donner ce contentement à Sa M^vNÏ 11 n*y peut parvenir. Sa Majesté veut que par tous wôfmï et mesme leur faisant des gratifications sur ladite MW tre. et leur donnant des asseurances de pensions» eeaai il est marqué ci-desssus, il tâche de les obliger à M* vancer jusques sur la Mozelle et dans le Luiembwiiff'; parce que cela donnera beaucoup de Jaloasie aux mis, et leur fera sans donbte détacher un corps des 0^^. mées qu'ils ont en Flandre ; outre que ce sera épargner les quartiers que les troupes de SaMAjcrtéfl" Allemagne occupent présentement, dont l'on avi II* soin pendant l'hiver;
» Que si ledit sieur mareschal ne peut gagner «r Mb' qu'ils viennent au moins jusqu'en Loxemboerg.StHh jesté approuve qu'il leur accorde de demeorer ai«àl du Rhin, dans les postes et quartiers qu'il Jugera le plÉ advantageux pour le service de Sa Mijesié et le Mm* ses alliez , d'autant mesme que non seulement ttmmm tentera beaucoup ceux de ladite armée en cunieiMi ce qu'ils désirent, et les laissant en de bons QUrtiM où Ils se puissent bien restabllr et acconunoder* cl il on les pourra confirmer plus facilement dans ce et le service qu'ils doivent à Sa Majesté . que cela servira à contenter monsieur le duc de lequel ne pourroit , sans peine et appréliension. lolgner de l'Allemagne toutes les forces de l*areiée éifll Majesté . dans un temps auquel les Impériaas htHp' roltre beaucoup de mauvaise volonté contre lej; f* l'on satisfera aussi les Suédois , et psrUariliiWill mareschal Wrangel, qui ne se croyoit pis sans daflt voyant que toute l'armée de Sa Majesté quittera rjJlH magne . et que madame la Landgrave en récent de a part une satisfiiction et repos qui ne seroal pas wé' diocrcs;
» Que comme, en s'accommodant de cette sorte à # que désin;nt ceux de ladite cavalerie weymarlcMiti leur pourroit rester quelque soupçon que Sa MMlaHèlÊ leur pardonneroit leur désobéissance queponriB M|l et qu'elle pourroit les en faire punir à Fadvcair, dHi estimé que, pour y remédier, il seroit tion qneMtai* reschal eût pardevers luy une expédition contenail ^ pardon qu'elle leur accorde en termes exprès, aTet|i^ messe qu'elle exécutera tout ce qu'il leur premeUit A sa part en général et en particulier, afin de É'ca sant selon qu'elle l'estimera à propos ;
» Que si ledit sieur mareschal no peut faire aatredav que de laisser ladite cavalerie sur le Rhin, l'ialMlIsi*
MBIfOlBCS DU VICOMTB DB TliHBNNE. [l648j
depièees qui n*étoient éloignées que d'une petite portée de moasqoet. Les troupes de Tenne- Aif qoi avoient été un peu ébranlées, se rasmrèrent ensuite , et perdirent plus de la moitié de leurs gens à coups de canon, sans témoigner d'épouvante. On voyoit cependant l'armée de l'enneini qui tâclioit de se rassembler sur une hauteur, à une demi-lieue du passage, et qui envoya des gens pour relever les troupes qui avoient été si ruinées du canon ; mais il n'y en vint qu'une partie , l'autre ayant été dissipée et ayant pris la fuite par les coups d'artillerie qo*on leur tiroit quand on les voyoit venir en corps. Gomme on avoit suivi l'ennemi plus de quatre heures et avec grande diligence, le corps dinfanterie ne put arriver qu*un peu devant la nuit , et ainsi on ne la put pas employer à forcer ce passage. L'ennemi , dès qu'il commença à Caire obscur, se retira avec le reste de son armée sous Ausl)ourg, qui n'étoit qu'à deux heures de là, et y passa la rivière du Lech.
On séjourna le lendemain , et on marcha le Jour d*après au pont de Rain , qui est une place que M. de Bavière tenoit sur le Lech , à cinq heures au-dessous d'Ausbourg. Les ennemis mirait le feu au pont et demeurèrent avec leur armée de l'autre côté de l'eau, au même lieu où Tilli avoit tâché de défendre le passage au Roi de Suède , et nous avançâmes le canon et mimes des mousquetaires au même lieu où Gustave avoit Ic^é les siens. Après une escarmouche qui dura depuis midi jusqu'à la nuit , les ennemis se retirèrent de leurs postes sans l)ruit et marehèrent avec toute leur armée vers Munich. Le lendemain matin on fit passer un gué à la cavarie suédoise et à celle du Roi , commandée par M. de Duras, au nombre de mille chevaux; mais avec grande difficulté, parce que ce gué ne valoit rien. Ce détachement suivit les ennemis pendant deux ou trois lieues , et fit quelques prisonniers à leur arrière-garde. Toute l'armée passa au pont de Rain que l'on fit raccommoder et que les ennemis abandonnèrent , et on marcha vers Neulx>urg. On laissa pour garder le pont de Rain deux mille hommes commandés [)ar M. de Laval , général- major dans l'armée iu Roi ; on campa la nuit à IMeul)ourg , et l'on narcha le lendemain vers Frisingen, qui est sur a rivière d'Iser. Les ennemis se trouvèrent ent>re de l'autre côté, ayant abandonné la ville le Frismgen qui est en deçà : on s'y logea et 'on tenta divers passages sur Tlser. Alors les nnemis se retirèrent derrière la rivière d*Inn , près avoir mis un bon nombre de leur infanteie dans Munich , dans Weissembourg et dans ngolstadt.
M. de Bavière, en ce temps-là , quitta Munich où il étoit, se retira derrière la rivière d'Inu , et s'en alla avec fort peu de suite, dans un âge fort avancé, dans l'archevêché de Saitzl)ourg , où il fut à peine reçu qu'il songea à passer dans le Tyrol. Les armées traversèrent l'Iser et marchèrent sur l'Inn où l'on ne put attaquer Weisseml>ourg, à cause du nombre d'infanterie qui étoit dedans. Alors on marcha plus bas, le long de la même rivière, pour se loger à Muldorf, où on fit toutes choses possibles pour la passer ; mais comme elle étoit beaucoup plus large et plus profondé que le Lech et l'Iser, et que Ton n'avoit point de batteaux , on ne put jamais planter des pilotis dans l'eau , quoiqu'il y eAt une fort petite résistance de l'autre côté , de la part des ennemis, qui ne parurent qu'au nombre de quinze cens ou deux mille tout au plus.
Les armées de France et de Suède n'avoient jamais pénétré si avant, et il étoit d'une extrême conséquence dépasser la rivière d'Inn , à cause du pays d'Obemperg qui en est fort proche , et qui est des terres héréditaires de TEmpereur, que l'on eût certainement fait soulever : on séjourna quinze jours à Muldorf , durant lequel temps et celui qui s'étoit passé depuis la mort de Mélander, TEmpereur avoit fait de grandes levées, et M. de Bavière avoit envoyé beaucoup de chevaux à Passaw pour remonter la cavalerie , où M. de Picolomini , qui fut envoyé pour commander les armées, les mit ensemble ; et après avoir amassé un corps très - considérable , qui pouvoit bien être de neuf ou dix mille hommes de pied et de quinze mille chevaux , avec beaucoup de canon , il passa le Danube à Passaw, et les armées opposées se trouvèrent à cinq ou six heures les unes des autres.
On ne jugea pas à propos d'attendre l'ennemi sur rinn , mais plutôt sur Tlser, où on avoit la commodité de moulins; ainsi on marcha à Dingelsing, qui e^t sur Tlser, où l'on eampn. Les ennemis vinrent à Lindaw, qui en est à une heure et demie sur la même rivière. Les armées du Roi et des Suédois commencèrent à se retrancher, et les Suédois à faire deux ponts sur l'Iser avec des pilotis , qui furent achevés en quatre ou cinq joui's. Les officiers de Tartilleric de l'armée du Roi apprirent d'eux à en faire de même; de sorte qu'il y eut trois ponts faits sans avoir de batteaux et sur une rivière fort creuse et assez large. Les bleds étant murs, rinfanterie alloit battre le grain quand la cavalerie alloit au fourage , de sorte qu'il n'y avoit point de nécessité. On demeura quatre semaines dans le eanip, les ennemis étant fort près et les
EM)iuKs Diî VICOMTE DR riinK:sxE. [1047]
ment , ce retardement donneroit lieu aux autres d'en faire de même. Il ne passa de la cava-
meurent au-delà du Rhin ou qu'ils, viennent seulement sur la Mozelle , vous ayez en ce cas à marcher en Flandre avec le reste des troupes de madile armée , tant de cavalerie que d*inrantcrie , sy ce n'est que vous jugiez que vostrc présence soit absolument nécessaire avec lesdils régimens de cavalerie pour cmpescher leur perte, auquel cas vous donnerez le commandement de toutes les troupes d'inranterie et du reste de la cavalerie au sieur d'Hoquincourt pour amener le tout en Flandre, ainsy qu'il est plus particulièrement expliqué par ledit mémoire, auquel me remettant, je ne vous feray la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait , mon cousin , en sa saiucle et digne garde. M £scrit à Amiens, le 29 juin 16i7. »>
Mémoire envoyé à monsieur le maréchal de Turenne sur ee qu'il auroit à faire touchant la désobéissance de V ancien corps de cavalerie de V armée d'Allemagne.
« Le Roy , ayant sceu ce qui a esté rapporté par le sieur de Raviguy de ce qu'a faict la cavalerie du corps ancien de l'armée d'Allemagne depuis le départ du sieur de Paris, que ladite cavalerie a donné à entendre au sieur maréchal de Turenne qu'esiant payée de <ionx monstres . elle serviroit aux lieux el en la forme qui luy seroit ordonnée par ledit sieur maréchal , et quels sont les sentimens dudit sieur maréchal sur cette affaire. Sa Majesté, par l'advls de la Reync régente, sa mère, l'a voulu inrormerde ses Intentions par le présent mémoire. - » Bien qu'il soit dificile , après l'effort que l'on a faict pour donner une monstre entière à ladite armée , d'en faire fournir une seconde à ladite cavalerie; qu'après ce qui s'est passé il semble qu'il fût peu convenable à la dignité de Sa Majesté de chercher avec beaucoup de soins et de peine à contenter des gens qui se sont portez à une désobéissance si ouverte et à une extrémité si préjudiciable à son service , néanlmoins Sa Majesté feroit encore un dernier effort pour donner satisfaction à ladite cavalerie , si elle jugeoit qu'après cela elle s'en peust mieux asseurer que devant. Mais comme il y a apparence que. quelque despense que l'on fistpour les contenter, ils ne retombassent encore dans une mesmc faute, ayant receu un sy notable avantage cnsuitte de celle-cy . Sa Majesté estime qu'il faut sortir de cette affaire par des expédiens qui luy rendent le service de ce corps plus asseuré. Celui qui a esté proposé par ledit sieur maréchal de Turenne de licentier les mutins de ladite cavalerie, et d'annuler le iraltté général qui a esté cy-devant fait avec le corps entier de ladite cavalerie, après la mort du duc de Weymar, semûleroit fort à propos; mais pour le faire réussir, l'on estime qu'il faudroil tascherde retirer le lieutenant-général Rose et quelquesuns des ofQciers principaux qui sont avec les mutins, parce que ce seroit un moyen de s'asseurer qu'ils n'i> roient pas prendre party avec les enn<^mis.
» Qu'ensuitte il faudroit faire publier une ordonnance portant que tous les oflQciers et soldats qui ont eu paît à la mutinerie auroient à rentrer, dans trois jours, dans leur debvoir ; qu'en ce faisant ils auroient abolition de leurs crimes el qu'il leur seroit présentement payé une monstre , une autre dans quelque temps, et encore une autre dans la fîn de la présente année , à condition toulesfols qu'ils serviroient désormais, et serviroient tout ainsy que les autres troupes étrangères estans à la solde de Sa Bf ajesté, sans qu'il fût plus faict de mention du
lerie allemande que le régiment de TureD vieux régiment de Rosen ayant envoyé
traitté qui a esté cy-devant falot avec le corpi a ladilte cavalerie , lequel demeoreroit révoqué < consentement ; et à l'esgard de ceux qui manque rentrer dans leur debvoir, dans ledit temps é jours, ils seroient réputés infldelles à Sa Majesté c comme teiz.
j» Que si ledit sieur maréchal croit qu'il peut de séparer ses cavaliers des corps mutinez d'avee I ciers . il faudroit pour cet effect qu'il fit publier q que cavalier qui se viendroit rendre près de luy son pardon , et en outre trente rtschdalles , et se corporé aux régimens qui se trouveront avec led maréchal, ou bien dans ceux qu'il formeroit de im et que l'on traitteroit de la mesme sorte les offid se détacheroient d'avec les mutinez , les employ forme d'augmentation avec les troupes qui «m l'obéissance , ou bien les faisant entrer dans o nouvelle levée . el qu'il exéculast effectivementoi messe ; que si . en ce faisant , l'on pouvolt rei deux tiers des mutinez . l'on croit que ce seroit n très-considérable, puisque l'on auroit abolv ledil général , l'on espargneroit beaucoup d'argent el délivreroit de l'appréhension que l'on peut jui avoir, qu'ils ne retombent dans une pareille éi sauce, et ce pourroit eslre dans une occasion eol ilz feroient encore plus de préjudice au servirt Majesté . outre qu'il seroit difficile que désonmii tinuassent vers ledit sieur maréchal la ménie < qu'ilz ont eue en luy par le passé , ny aussy qall fiast plus en eux, et il se trouveroit qu'il awi coustéà Sa Majesté pour les contenter qu'il nel pour remettre sur pied un corps autant ou pinte rable que celui que l'on a eu, quand toute cette rie a" esté dans l'obéissance.
» Sur ce que dessus, Sa Majesté se remet eotié à ce que ledit sieur maréchal jugera estre le piti posctplus advantageux à son service, observa se doibt attacher surtout au licentiement des i pourvou qu'en ce faisant il puisse, par argent et entremise et crédit, conserver la plus grande pa ceux , en sorte qu'il y ayt presque les mesmet fo que Sa Majesté ne soit plus tenue audit traitté.
» Quant audit sieur maréchal. Sa M^esté a^ résolution qu'il a prise de ne point marcher ave Valérie et l'infanterie qui s'éloit advancéc êWri Rhin, afm de s'employer aussy fortement qal nécessaire aûn d'empêcher la cavalerie allemaBA tir tout à fait de son debvoir.
» Et quoyque Sa Majesté luy ait mandé, ptr de Montdcvergues. de venir par dec^ avec Tiol de l'armée et la cavalerie qui l'a voit suivy, et que la cavalerie qui estoit demeurée vers le Bl vançast sur la Mozelle et dans le Luxemboarg, moins à présent Sa Majesté désire que , pour eb ennemis à tirer de Flandre une partie des foitf y ont présentement, qu'aussytosl qu'il aura teraii faire de cette cavalerie mutinée , il se porte , s*U : avec toutes les troupes d'infanterie et de la civa l'armée du Roy dans le Luxembourg ; qu*ll tai demeurer un mois ou six scpmaines, entrepreo Arlon , Rastongue el autres places qu'il jugera prendre , parce qu'outre qu'il fera une diversiei dérable, il ruinera ledit pals de Luxembourg. ] quelque poste sur eux, et soulagera lesquarUen saircs pour la subsistance de l'armée d'AUemagi s'esloigner des places el du pays qu'il faut coMC
MÉMOIRES Dr VICOMTE DE TlRENNi:. [lC47]
tôtaoi antres régimens allemans, ils se joignirent tous à lui en deux heures. Le leDdemain ,
Cl coslé-li ; el estant en lien pour y retourner en six pm tontes les fols que le besoin s'en offrira, cela don- ■ndela satisfaction an duc de Bavière et à nos alliez iiAnanagne, qui nous eussent veu esloigner du Rhin IVte peine, et delà crainte à nos ennemis, qui pensoient ÈÊltk pouToir profiter de nostre éloignement du Rhin. V9ê estime aussi que ledit sieur mari^chal se doibtd'au- Mplnstôt porter dans'le Luxembourg, qu'il n*y a prélÉMcneot rien à foire par les armes du Roy en Ailema-
B; qn*il ne trouvera point d*obslacle considérable à I la gnerre dans ce pays-là , et que l'on a sceu , par toleitre do slenr de Tracy que Rose luy a faict cognoiskr, qn*il n*7 aaroit pas de difficulté à faire aller ladite canhfïe motinée dans le Luxembourg , si bien qu'il scm- Ikqa'en quelque façon qu'il sorte de l'aflTairc de ladite IMerle , 11 luy sera facile de la faire venir de ce cosiéftEl cette diversion est Jugée si utile et nécessaire par fcM^esté, qu'elle désire que si, lors de la réception de iMe dépesche, ledit sieur maréchal estoit en marche
Ër Tenir par deçà , suivant ce qui luy a esté inamlé ledK sieur de Montdevergups , il retourne vers le ■nboorg pour exécuter ce qui est porté ci-dessus ; jifca ce faisant , il envoyé par deçà un corps de mil ou hm cents chevaux , et s'il peut y en faire marcher jus- ^à qalnze cens. Sa Majesté en recevroil beaucoup ll-C8Btentement , et mesme elle désireroit que ce frudc inqvlse sont mutinés, veu que par ce moien ledit Éwnaréchalseroit délivré de gens qui seront tousjours jftftki de faire d'autres fautes , demeurant tous en- HMUe, ei nous en recevrions un renfort considérable ■iafolr si^et d'apréhender qu'ilz se révoltassent, es- Mi Jokits à une grande armée que Sa Majesté a en Tndie. Et à la fin de la campagne l'on renvoyeroit auft lleor maréchal , non-seulement ladite cavalerie, mais ■tty d'autres régimens de cavalerie et un corps d'inf.in- Vle eitrangére pour augmenter le nombre de la sienne. Iloy donner moyen de prendre ses quartiers d'hiver ndtipens des ennemis et avec tout advantage. > Et comme il est très-important au service du Roy |W ladite cavalerie soit au plustôl par deçà . elle désire |ill Ty fiisse marcher sans perdre aucun moment de ntpa, la faisant passer dans le royaume par le plus Mrt chemin, se remettant à luy de la faire cr'mmnniicr m tel officier qu*il advisera, soit françois ou estranger. • 8or ce que ledit sieur de Ravigny a dit par deçà que e4ear d*Hoqnincourt ayant pensé que son emploi . en IMlIté de lieutenant-général en l'armée d'Allemagne , ifolt donné Jalousie au sieur Rose et avoit causé une ■rtle de son mécontentement, s'est retiré à Nancy pour iMoer facilité audit sieur maréchal de ramener ledit lase et les autres chefs de ladite cavalerie à leur dcbvoir, a 7 attendre les ordres de Sa Majesté ; elle trouve bon pe si cet esloignement du sieur d'Hocquincourt peut onrir à foire rentrer les Allemans dans l'obéissance , le. H fiear maréchal promette audit sieur Rose ce qu'il ■géra à propos sur ce suject . et en donnera avis par tocà, afin que Sa Majesté fasse sçavoir audit sieur d'IIo- [■tecoort ce qu'il aura à faire , son intention estant de t eonildérer pour un autre employ tel que l'atTection |a'H a faict paroitre dans celui qu'il a eu jusqucs à prédit en Allemagne, et mesme en cette occasion, le peut aérUer, luy sçachant beaucoup de gré de sa conduite a eette occurrence. Comme ce qui a esté mandé audit lemr maréchal par ledit sieur de Montdevergues est différend en beaucoup de choses du contenu cy-:icssus , Sa Majesté désire qu'il s'arreste à ce qui est porté par le
les principaux officiers de l'armée vinrent trouver M. de Turenne , et demandèrent toutes les
présent mémoire en toutes les choses qui sont contraires à ce qui luy a esté mandé auparavant . et à ce quMl luy sera dict par ledit sieur de Paris, auquel Sa Majesté se remet de faire entendre particulièrement audit sieur maréchal Testât présent de nos afTaires en Flandre , en Catalogne et partout ailleurs, el particulièrement comme les ennemis ont pris fort à leur advantage l'advis qu'ilz ont eu de la mutinerie arrivée dans le corps de la cavalerie allemande, au lieu qu'auparavant ils se tenoient per. dus dans la Flandre , sy l'armée commandée par ledit sieur maréchal se fùtadvancée dans le Pays-Bas. ainsi qu'il avoit été résolu ; et pour fin , Sa Majesté recommande de rechef audit sieur maréchal de faire partir promplement lesdits corps de cavalerie qu'elle luy ordonne d'envoyer par deçà, et de s'advancer en personne avec le reste de l'armée dans le Luxembourg, comme estant chose très-importante au service de Sa MaJ<*sté. » Faict à Amiens , le 4 juillet 1617. »
AddUion à ladite Instruction.
ce Sa Majesté faict Joindre au présent mémoire des lettres pour le licentyement des régimens de cavalerie de Rose , Saupadel , 0cm , Rushorm . Fleksteim, Betz , Schulz , Vikesteimet dragons de Rose, alin que ledit sieur mareschal puisse s'en servir pour ceux et alnsy qu'il verra cstre à propos.
» En suit la teneur desdltes lettres dudit jour.
» Monsieur le colonel Rose, ayant esté bien informé comme les officiers et chevaux-légers de vostre régiment ont relTusé d'obéir aux ordres qui luy ont esté donnez par mon cousin le maréchal de Turenne. mon lieutenant-général en mon armée d'Allemagne, en suite de ceux qu'il avoit receusde mol de passer au Pals-Bas avec madilte armée qui s'est mise en devoir de le faire, et dont la marche n'a esté retardée que par celte mutinerie, au grand préjudice de mon service, et ne voullanl pas qu'une si notable désobéissance demeure sans chastiment, J'ay résolu de licentier vostre régiment par forme de punition, et je vous faiclz cette lellrc pour vous dire , par l'advis de la Reyne régente, madame ma mère, queaussytosi que vous l'aurez receue , vous ayez à faire retirer et séparer tous les officiers et chevaux-légers de vostredit régiment de cavalerie, les licentyant et congédiant pour aller où bon leur semblera, comme inutiles à mon service, ayant desplaisir de ce que, par leur faute Insigne, ils se soient rendus indignes de la continuation du bon traittement que j'avois dessein de leur faire s'ils eussent continué à me servir comme par le passé, el s'ils eussent pu profiter du bon exemple que vous leur avez donné , estant au surplus bien salisfaict de vostre conduite en particulier cl de vos services, el désirant les recognoisire aux occasions qui s'en offriront : sur quoi, ipe remettant à mon cousin le mareschal de Turenne de toiit ce que je pourrois adjouter à celte lettre , Je ne vous la feray plus longue que pour prier Dieu qu'il vont ayt, monsieur le colonel Rose, en sa saincte garde.
» Escript à Amiens, le 4 juillet 1647. »
Ordre portant pouvoir à monsieur le maréchal de Turenne de pourvoir aux demandes delà cavalerie allemande.
« Le Roy. ayant appris par l'officier qui luy a esté despéché de la part des hauUz et bas officiers, et généralement de ceux de toutes conditions des régimens de ca-
lîEMOIUHS m. VlCO^lilfi DE ILUENNE. [|G47]
montres dues : il leur fit connottre qu'il étoit impossible qu'ils pussent toucher de l'argent
valerie de son armée d* Allemagne, séparez des autres iroapes de ladite armée, et par les lettres et mémoires dont ilz ont ctiargé ledit officier, comme ilz ont eu plusieurs considérations sur lesquelles ilz ont esté portez à ne pouvoir marcher vers la Flandre , et à faire plusieurs demandes et propositions à Sa Majesté, et particulièrement que leurs équipages ne s'estant pas trouvez en estât de faire ce voyage, et n'estant pas en pouvoir de les restablir, ilz ont esté contrainctz à demander de grandes sommes pour cet effect à Sa Majesté sur ce qui leur est deub, sans que pour cela ils se veuillent aucunement départir du service qu'ils sont obligés, par leur ancien serment, de rendre à Sa Majesté ; lequel au contraire ils ont renouvelle sur cette occasion, et ont prolesté qu'ils vouloient vivre et mourir pour le service de cette couronne, à l'exclusion de tous autres princes, suppiians Sa Majesté d'oublier ce qui s'est passé en cette dernière action ; et Sa Majesté aiant esté bien aise d'entendre leur bonne disposition, se promettant qu'ils lui en donneront des effects et se remettront actuellement dans leur dcbvoir, Sa Majesté , par l'advis de la Reyne régente , sa mère, aynnt donné tout pouvoir au sieur vicomte de Turenne, maréchal de France , son lieutenant-général et représentant sa personne en son armée d'Allemagne, de terminer les difficultés qui ont esté et pourront estre menés à l'esgard desdits régi mens de cavalerie , et de promettre de faire exécuter, au nom de Sa Majesté, tout ce qui sera à faire sur cette occasion , a renvoyé et renvoyé audit sieur maréchal les officiers tant majors qu'autres, et généralement tous ceux de ladite cavalerie allemande séparés des autres troupes de ladite armée, pour leur estre pourveu sur leurs plaintes et demandes, selon qu'il advisera et verra estre raisonable et possible à Sa Mi^esté, les assurant qu*elle fera ponctuellement exécuter tout ce qui leur a esté ou sera promis par ledit sieur maréchal au nom de Sa Majesté, en se remettant à son service et dans l'obéissance qu'ils lui ont promise et jurée; et que, moiennant ce, tout ce qui s'est passé de leur part sera non seulement elTacé de la mémoire de Sa Majesté et mis à perpétuel oubly , mais ne diminuera en rien le gré que Sa Majesté leur sçait de leurs services ; mesme que la paix arrivant , elle les considérera particulièrement pour continuer à les entretenir à son service et les grattifier dans un temps auquel elle aura les moiens de le faire, qui lui sont retranchez par les longueurs de la présente guerre, et la continuation des excessives despenses qu'elle a causées a cet estât; sur quoi, comme sur toutes les autres choses qu'ils peuvent désirer de Sa Mi^esié , ils sçauront plus particulièrement ses intentions par ledit sieur maréchal, auquel elle se remet entièrement.
» Faict à Dieppe , le 5^ jour d'aoust 1617. »
A Montieur h maréclutl de Turenne, pour faire amener, de PMlithourg à Nancy , le lieutenant- général Bo$ê.
« Mon cousin, ayant résolu de faire amener de Phillsbourg à Nancy le lieutenant-général Roze , et ayant estimé qu'il seroit bon de confier cette conduite au siour de Court . lieutenant au gouvernement de Philisbourg , depuis cette place jusques à Saveme, et au lieutenant du slear de La Ferlé-Senneterre , on audit officier qui commandera sa compagnie de chevaux -légers , pour le mener dans la citadelle de Nancy où il sera gardé jusques à nouvel ordre ; je mande au sieur de La Clavlère de donner les ordres nécessaires au sieur '
avant que d'entrer en campagne ; mais ilb marchoient , il leur promettoit de tirer toutes la
de Court pour conduire ledit Rose de Philisbovgifli> verne, et de faire marcher avec loi sa compagniiài chevaux-légers, et ce qu'il pourra tirer de troopci et m garnison pour servir à son escorte. JTorclonne en temps au sieur de La Ferté-Senneterre d'envoyer compagnie de chevaux-légers aodlt Saveme, avec à celui qui la commande de se charger de la dudit Rose : ce que j'ai bien voulu vous Cilre sçavoir §m cette lettre , et mesme vous adresser toutes ccUei fsi j'ai faites pour cette conduite, et y adjonster edM pour vous dire, par l'advis de la Reine régente, Badiqi ma mère , que si vous estimez qu'il soit besoin de plp grandes forces que lesdltes compagies pour mener Rose en toute seureté, vous ayez i y pourvoir et à crire audit sieur de La Clavière et aux cbefli des, que vous choisirez pour y servir, ce qo'ila aanmi faire, et mesme qu'ils ayentà recognoistre ledit Court, et ensuite celui qui commandera ladite dudit sieur de La Ferté-Senneterre ; que tous que ces troupes se rendent à Philisbourg lans estn êâ^ verties jusques là de ce qu'elles auront à faire, aSaqv leur marche et le temps de leur départ ne soleat piM cogneus ; et n'obmetlez rien de ce que vous jageitii^ cessaire pour la seureté de cette conduite, ensortafrt ne puisse arriver faute de la personne da slenr Roii:# quoy je me repose principalement sur les ordiOlfÉ vous y donnerez. Je vous diray aussi que moo est que vous fassiez remettre es mains de rofldcrfl. commandera ladite compagnie, les papiers qui trouvés avec le secrétaire du duc de VendosBW qu'il a été arresté , desquels ledit officier se Et sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, mon cs«ii«ai sa saincte et digne garde.
0 Escrit à Fontainebleau , le 28 septembre 1617. •
A Monsieur ietnaréchal de Turenne, pam-Udéinà marcher vers le Bhin avec larmie dAUtmegmê de laisser dans le Luxembourg un corps is Miv cens chevaux qui recognoistra M, de HaroUss.
a Mon cousin , ayant eu advis que le doe de a rompu avec la couronne de Suède la neatralilé il estoit convenu, et vostre présence el celle de >N méc estant nécessaires en Allemagne, aur celte rence, j'ay bien voulu vous faire cette lettre, dire, par l'advis de la Reyne régente, madame qu'aussitost que vous l'aurez receue, vous ayeti dre vostre marche vers le Rhin et à le repasser madite armée, pour vous emploier à ce que vous estre plus avantageux à mes affaires et à celles dt wêê alliez, selon la cognoissance que vous avei de r«li de toutes choses de ce costé-là , et suivant les aM que vous recevrez de mes plénipotentiaires à MaaM auxquels j'ay mandé de concerter ce qui aéra k bkf • cette occasion avec les plénipotentiaires de la ttmm0 de Suède, et de vous en advertlr; à quoi Je dësiis fi vous vous conformiez. Que vous laissiez dans bourg et aux environs de Thionvllle trois cens soit en corps de régiment ou en gens commande i, slH que vous estimerez plus à propos, sonbz la cbiige M officier que vous choisirez pour cet effect, anqael nB donnerez ordre de faire, avec ladite cavalerie . teM et que ledit sieur de Marolles, gouverneur de TliisaiWi et maréchal de camp, leur ordonnera pourasnsv* vice; •
» Que comme cette cavalerie ne sera que poar aèfl^
MKMOinKS Dt VICOIITK DE Tt'RBNtS'F.. [l<(47]
4tit
nées de ia cour pour leor entier paye^nent. iretoornèreiit avec eette réponse. Le len- 1 1 il envoya M. Rosen et M. de Traci ior représenter le pr^adice que leur rée apporterdt aux affaires du Roi , et ao payement de leurs montres , s'ils laispuser la campagne sans rendre aucun \ à la France.
ad messieurs Rosen et Traci furent arriprès de la cavalerie, les officiers d'enqai aVoient été les plus liés avec M. Rôti remontrèrent que l'affaire étoit à un [Qil n'y avoit plus d'accommodement à ', et que, s'il ne prenoit le parti de se à leur tète, ils en choisiroient quelqu'auqu'ainsi il demeureroit parmi les Fran- 118 aucune considération. M. Rosen prit l de demeurer avec eux , disant que les
I le retenoient par force; mais M. de tnt retrouver M. de Turenne , qui, ayant kir la même nuit le bagage de M. Rosen 1er Joindre la cavalerie révoltée, ne douta l'il ne fût de concert avec les Allemans. lemain , sa manière d'agir, en envoyant rcs par tout le pays , et en se faisant rare des troupes comme général , fit voir airement son dessein. Il envoya quérir teaux h Strasbourg, que les habitans lui rent , à cause des menaces qu'il leur fit er tous leurs villages s'ils les lui refu-
II marcha ensuite pour repasser le Rhin. Turenne, ayant appris ses démarches, fit mes d'Allemagne en un jour, avec trois Dmmea de pied et les quatre régimens de le françoise, et le sien allemand , et arit auprès de cette cavalerie qui coromenasser le Rhin. Fort étonnés de la prompte sa marche, et de le voir si près d'eux, lyèrent des officiers députés , qui dirent m laissoit la cavalerie repasser le Rhin Us l'avoient promis , qu'ensuite ils feout ce que M. de Turenne leur comman- 11 fut quelque temps en doute s'il les ottou leur permettroit de repasser le Is étoient en telle confusion, qu'il n'y » à craindre à prendre le premier parti : dé même de M. Rosen , que M. de Tuvolt toujours traitté si favorablement,
un Juste ressentiment ; mais la promesse avalerie faisoit de retourner au service
léral Bek et ft*oppo8er à ce qu*il pourroit en- « sorma fkDDtière, vous prescriviez audit siear les ce qa'il aura à faire pour cette fin, et ordon- Bcier qui servira soubzluy de vous aller rejoinle les troupes que j'ay faict détàclier de mon Flandre, composérs de relies qui sont soubz I
du Roi, et l'éloignement qu'avoit M. de Turenne de vouloir prendre une vengeance particulière , lui firent consentir à permettre que les mutins repassassent le Rhin ; après quoi Ils se séparèrent en diverses caballes. M. Rosen n'étant plus leur maître , une partie des officiers voulut revenir servir le Roi; mais les cavaliers, ne voulant plus les suivre et craignant le châtiment, élurent des cavaliers pour les commander, et ne reconnurent plus leurs officiers.
Pendant ce temps-là , la campagne s'avançant en Flandre , M. de Turenne y envoya les quatre régimens françois de cavalerie qui lui restoient, et s'en alla avec douze ou quinze personnes avec lui , au lieu où étoient les Allemans, jugeant bien que, dans la confusion où ils étoient, personne n'auroit assez de crédit pour lui faire un déplaisir. Il passa le pont de Strasbourg , et s'en alla au quartier de M. Rosen , où étoient logés quatre régimens de cavalerie ; M. Rosen vint au-devant de lui avec beaucoup d'officiers , fort embarrassés au commencement. M. de Turenne alla dîner avec lui dans une hôtellerie au bout du pont de Strasbourg, dans le dessein de le mener promptement en deçà du pont, et ainsi se saisir de lui ; mais le nombre d'officiers qui étoient avec M. Rosen ayant empêché M. de Turenne d'exécuter ce dessein, il résolut d'aller coucher au quartier de M. Rosen , et d'attendre un temps plus propre. . Les régimens qui étoient au quartier de M. Rosen , sçachant la venue de M. de Turenne , montèrent à cheval et se retirèrent avec une grande confusion ; mais ayant été assurés que M. de Turenne venoit coucher dans leurs quartiers sans aucunes troupes avec lui , ils revinrent vers le soir. M. de Turenne soupa chez M. Rosen , avec quantité d'officiers , et dans la bonne chère et le vin , toutes choses furent oubliées en apparence. Quoique les cavaliers fussent dans leurs quartiers avec les officiers , Ils ne laissoient pas néanmoins d'avoir des députés ( c'est ainsi qu'ils les appeloient ) choisis d'entr'eux pour les commander , et les officiers n'avoient plus de part aux résolutions qu'ils prenoient. On avertit M. de Turenne à minuit que les cavaliers vouloient marcher vers le marquisat de Raden, pour s'éloigner davantage du pont de Strasbourg. Résolu de s'en aller avec eux , il marcha avec tous les officiers à la tête des escadrons , et envoya
la charge da sieur vicomte de Lamcl, que d'autres dont J'ay résolu de vous forUfier, passeront en ces quartiers-là pour marcher vers vous. C'est ce que je vous diray par cette lettre, priant Dieu qu*ii vous ayt. mon cousin, en sa salncte et digne garde.
» Fseript à Fontainebleau, ie il octobre 1617.»
UÉUOinbS DU VlCOliTli OK TUMEiNNK [iGâO]
coup de civilités de AL le cardinal, et s'étoit souvent éclaire! avec lui sur tout le passé , mais sans entrer dans aucun engagement d'amitié avec lui. Le ministre ne voulant point donner de soupçon à M. le prince, n'avoit point parlé clairement à M. de Turenne ; et M. de Turenne n'ayant point pris ses sûretés avec M. le cardinal, et voyant qu'il avoit toujours quelque réserve avec lui , penclioit plus du côté de M. le prince.
Au commencement de la campagne , l'armée d'Allemagne refusa d'obéir à M. d'ËrIac, de sorte qu'il fut obligé de la quitter. Les ofAciers envoyèrent des députés à la cour pour la supplier de deux choses : l'une de leur payer ce qui étoit dû , et l'autre de renvoyer M. de Turenne pour les commander; mais elle éluda la dernière demande. Après la levée du siège de Cambrai il ne se passa rien de considérable pendant tout le reste de la campagne. Le Roi revint à Paris , et la cour étoit si pleine de factions que son autorité diminua beaucoup. M. le prince revint de Bourgogne , et quelque temps après il se brouilla ouvertement avec M. le cardinal. Toute la cour prenant parti , M. de Turenne alla chez M. le prince , et par là fit une déclaration ouverte d'être de ses amis , ce qui l'engagea dans la suite à prendre part avec lui dans sa bonne ou mauvaise fortune. Il y eut en ce temps là divers r&ccommodemens de M. le prince avec la cour dont il prit le parti , pour pousser à bout M. le Je ooa^Juteur. Durant un mois ou six semaines, il n'y eut presque pas de Jour que les affaires ne prissent une différente face, tantôt à l'avantage^ tantôt au désavantage de M. le prince ; mais comme Je ne peux pas entrer dans le détail de ces matières , Je me contenterai de dire que la cour , n'étant pas satisfaite du procédé de M. le prince , se lia avec tous ceux qui lui vouloient du mal , quiétoient en très-grand nombre.
[ 1 G66] Ces raccomodemens avec la cour ayant attiré tQute la caballe, M. le cardinal s'en servit adroiterj&ent pour la regagner, et concerta avec ceux qui enétoient les principaux chefs et qui avoient grand crédit sur l'esprit de M. leducd'Or-^ léaus, les moyens de faire arrêter M. le prince, liytrouvoit d'ailleurs un très^rand obstacle par la liaison qui étoit entre M. le prince et M. de la Rivière qui avoit un grand pouvoir sur l'esprit de M. le duc d'Orléans. M. le cardinal surmonta enfin ces difficultés; et ayant gagné M. le duc d'Orléans, on fit arrêter un Jour de conseil M. le le prince, If. le prince de Contiet M. de Longueville , qu'on fit mener par les gendarmes du Roi au ImiIs de Vincenni's.
M. de Turenne avoit bien vu dans ces derniers
temps que M. le prince se brouilloit avee tout le monde , et qu'il donnoit grand sujet de méoootentement à la cour, par le mariage de madame de Richelieu , et en soutenant Jersei contre la reine. M. le cardinal faisoit faire de temps ai temps de grands complimens à M. de Tureou, lui promettant qu'il iroit commander, s'il levonloit, la campagne prochaine, l'armée de Flandre ; et sçachant que depuis quelques Jours il n'alloit plus guères chez M. le prince (qui es effet ne lui faisoit plus de part de sa condyite), M. le cardinal espéroit , comme il lui a dit de* puis , qu'il ne se mettroit pas si promptement dans les intérêts de M. le prince. A l'iastast même que le prince fut arrêté, M. lecardinil envoya M. de Ruvigni trouver M. deTureBM, pour l'assurer qu'il y avoit sûreté entière pour lui , et lui promit beaucoup de bons traitemem en tout ce qui le concerneroit. M. de Tureone» quoiqu'il fût persuadé qu'il y avoit sûreté pov lui à la cour, et qu'il fût bien vrai que M. le prince ne vivoit pas trop bien avec lui depuli quelque temps , ne voulant pas abandonner I» prince dans son malheur, partit la nuit qu*iilal arrêté avec quatre gentilshommes , et n'ayvt point d'argent, s'en alla chez M. deVareiiDei qui lui prêta six cens pistoles et l'accompagnai Stençii. M. de Ghamilli, qui y commandoit pour M. le prince, reçut M. de Turenne dans la ville avec beaucoup de Joie : trois ou quatre Jout après la cour lui envoya Paris pour le convier à retourner avec toutes les promesses ifm l'on peut faire ; mais ne pouvant se eonteater l'esprit s'il entendoit à aucune négociation da« rant le malheur de M. le prince y il renvoya Fi!« ris sans vouloir rien écouter, et résolut de piob dre toutes les voies pour obliger la cour à reU* cher M. le prince , et de n'oublier rien pour blrc appréhender les malheurs que pouvoit caïuer son long emprisonnement.
Il envoya, suivant cette résolution, à toutes les troupes qui étoient à M. le prince et à tous tai gouverneurs qu'il croyoit mécontens de la oosr ou qui étoient de ses amis. De tous il ne put attirer que vingt ou trente officiers ; et des pe^ sonnes de qualité il y eut M. de Duras et M. de Routteville qui étoient dans les intérêts de H. le prince. M. de Turenne envoya aussi aux troupes qui avoient servi sous lui en Allemagne et qui étoient dispersées en divers endroits, mail il ne put gagner que trois régimens d'infanterie: celui de la couronne , celui de Turenne et ceW Du Passage, qui quittèrent la Lorraine, mardièrent en corps avec leur bagage et le vinrent Join* dre à Stenai. Le régiment de Beauvau-Cavalerie vouloit venir Joindre son colonel qui viat
llÉ\iOlBLS DU VICOMTK DE TUr.K.l^iK. [iG^O]
miver M. de Turenne , dans les intérêts de qui i a tOQ^rs été; mais on enferma ce régiment \mê une ville , et ce qui s'en put sauver le vint roQver. On logea ces troupes auprès de Stenai ins des quartiers ; M. de Turenne n'ayant pas odIq presser les commandans de Stenai , de et de Damvilliers d*en recevoir, de qu'il ne semblât vouloir mettre de ses gens les places de M. Je prince , et aussi parce les commandans n'eussent pas voulu les reev<rfr à cause de la disposition de leurs garni- DM. Celle de Damvillers commença à se déclaereontre M. le prince, et les soldats prirent Lie chevalier de La Rochefoucault , leur comsandaDt, en criant vive le Roi. Quelques Jours près, M. de La Ferté s'étant approché de Cler- Dont, les soldats de la garnison firent prisonlien leurs officiers et se rendirent maîtres de la ilaee qu'ils livrèrent à M. de La Ferté. Ceux de •taiiii voulant en faire de même, m. de Turemontra à M. de La Moussnye l'imporqn'il y avoit de s'assurer de la citadelle. Hi y laissa entrer huit compagnies du régiment le Turenne , qui l'ont toujours gardée et en ■télé les maîtres Jusqu'à la sortie de prison de L le prince , entre les mains de qui ils la re- Birent
(1) Noof ne donnerons que le préambule de ce traité iMI rorigioal eiiste aux manuscrits de la Bibllothè- (H da Roi. On le trouve du reste textuellement dans ineaeil imprimé du comte Grlmoard :
«Liespérience de tant d*années et les preuves que Ton ■ fait loas les jours , ayant donné à tout le monde une iMMiiiiaoce indubitable que l'aversion obstinée que L le cardinal Maxarin a pour la paix des deux couron- Ri. et qui est si grande qu'elle l'a obligé à se porter à Ma réiolation extrême et violente de se saisir des per- HMS de MM. les princes de Condé et de Conty et de I. le doc de Longueville. sur le doute et la crainte qu'ils nie troublassent ou l'empescbassent de continuer l'in- ■le dessein qn*il Tait de tenir toute la chrestienté dans i kn et dans le sang , pour la seule considération de ses ■Mrciti particuliers et pour des fins et des passions opmées au bien général et aux désirs de tous les bons 4cis des deux couronnes; et depuis, ledit sieur cardinal ifM encore tenté divers efforts pour augmenter ces teeles et pour opprimer , sous les mesmcs prétextes , La. madame la duchesse de Longueville, sans respecter <liOQ sexe, ni le sang royal , l'ayant obligée, tant pour I propre conservation et pour la liberté de MM. les fiieos, ses frères, et de M. le duc . son mary , comme ■ly pour arrester le cours des malheurs qui ensuite de ^ attentats menaçoient la France , de rassembler ce i'eile poQvoit de forces, et avec M. de Turenne , qui y a >strltMié de sa part de ses bonnes Intentions et de tous les forts de son crédit et de son pouvoir , de recourir à Sa ^|ei(é Catholique par l'entremise du sérénissimearchit Guillaume , afin quMl iuy plût les défendre et les Miter en Texécution d'une entreprise également légile et glorieuse, puisqu'elle n'a aucun autre but ni fon- «lent que d'établir une paix Juste et égale . cl par conlaent sûre entre les deux rots , et de procurer la li-
Il ne resta que cette place pour soutien de tout le parti ; M. de Turenne en donna le commandement à M. de Varennes , en qui il s'est toujours fié sans aucune réserve. On Ait obligé d'avoir recours aux Espagnols après avoir reçu une disgrâce. Le régiment Du Passage fut défait en voulant entrer à Stenai ; mais la compagnie des gardes de M. de Turenne , que le lieutenant nommé La Berge commando! t, passa en plein jour, força cinq cens clievaux, et, perdant la moitié de ses gens , entra dans Stenai après avoir fait Inaction la plus vigoureuse qui se soit vue. M. de Turenne demanda à entretenir le gouverneur de Montmédi , ce qui se fit le lendemain. Ayant parlé franchement de la façon dont il s'étoit engagé dans cette affaire et du cliemin qu'il y vouloit tenir, il a toujours trouvé dans ce gouverneur et en M. le comte de Fuensaldagne (qui gouvernoit toutes clioses en Flandres quoique i'aichiduc y fût) , une parfaite sincérité, en cacliant néanmoins leur impuissance à avoir de l'argent. Cette conférence avec le gouverneur de Montmédi fut suivie premièrement d'un secours de quinze cens chevaux et de quelque infanterie que l'on jetta dans Dun , et ensuite du traitté que madame de Longueville et M. de Turenne firent avec M. l*arcliiduc (1), ratifié par le roi
berté de mesdits sieurs les princes et mondit sieur le duc de Longueville : ce qui non-seulemeut est honorable , mais encore utile et agréable à la France ;
» Sa Majesté Catholique se portant favorablement à de si bons desseins . puisqu'il est naturel et bienséant à un si grand monarque de donner sa protection à des princes persécutés contre toute sorte de justice et de raison , et de chercher tous les moyens possibles d'arriver à ladite paix que Sa Majesté Catholique a toujours tant souhaitée et à laquelle elle a si puissamment travaillé , bien quejusques à cette heure c'ait esté inutilement à cause des oppositions de mondit sieur le cardinal, a promis et accordé librement les assistances que l'on Iuy a demandées pour procurer un elTet si bon et si salutaire ; et afin que Ton en convint mieux . M. don Gabriel de Tolède, muni d'un plein pouvoir de mondit sieur l'archiduc , a , pour et au nom et de la part de Sa Majesté Catholique, traicté, conclu et consenly avec S. A. madame la duchesse de Longueville et mondit sieur de Turenne, ce qui se trouve contenu dans les articles de son plein pouvoir cy Inséré, ainsi qu'il en suit:
« Léopold Guillaume , par la grAce de Dieu archiduc d'Autriche . duc de Bourgogne et gouverneur et capitaine-général des Pays-Bas pour le Roy mon seigneur.
» Par la présente. Je donne plein pouvoir au mestrede-camp don Gabriel de Tolède et Analos, que J'envoyeà madame la duchesse de Longueville. ofln qu'au nom de Sa Majesté et au mien il puisse traiter et conclure quelque traité ou convention que ce puisse estre avec ladite dame duchesse et avec ceux qui suivront ce party. et pour l'entier accompiisscntent de ce qu'il traitera et concluera, Je nrobllgc, en foy de prince, de l'approuver et de le ratifier ; en témoin de quoi J*ay fait expédier la présente que j'ay signée de ma main, et icelle
MEMOIRES nu VICOMTE DR TURENME. [lG47]
à celles du Roi pour aller dans les pa^s liéréditaired.
Ed ce temps-là , l'Empereur se trouvoit avec quatre ou cinq rallie hommes de pied et cinq ou six mille chevaux ; les armées françoise et suédoise , au contraire , montoient à treize ou quatorze mille hommes de pied , et à vingt mille chevaux, après avoir été raccommodées.Le cœur de rhiver et la grande distance qu'il y a de la Souahe dans les pays héréditaires empêchèrent qu'on ne pût se servir qu'au printemps de cet avantage.
[1647] Après que la paix fut faiteavec M. de Bavière, l'année du Roi se mit en quartier dans les pays qui lui tombèrent en partage des conquêtes qu'elle avoit faites la campagne précédente avec les Suédois. Comme l'armée de l'Empereur se trouva fort affoiblie par la séparation de celle de Bavière, elle se retira dans les pays héréditaires , non pas tant pour se rafraîchir que pour s'éloigner des confédérés.
[ Le Roi adressa à M. de Turenne les ordres suivants, « sur ce qu'il aura à faire avec l'armée qu'il commandoit, ensuitte du traitté faict avec le duc de Bavière: »
« Mon Cousin , aiant sceu que mon cousin le duc de Bavière a rattilié le traitté de cessation d'armes, faict à Ulm avec les députés de la part de cette couronne et de celle de Suède, et comme par cet accomodement les affaires d'AU lemagne sont aux termes que je puis , avec mes alliez, le désirer. Je me trouve obligé , par les efforts extraordinaires que font les Espagnols du costé de Flandres, et dans l'incertitude où je suis si Tarmée de messieurs les Estats des pro^ vinces unies des Pays-Bas se mettra en campagne cette année , d'employer de ce costé-là mon armée que vous commandez ; c'est pourquoi je vous dépesche ce porteur exprès , par l'advis de la Reine régente , madame ma mère, pour vous dire que mon intention est que vous vous acheminiez le plus tost qu'il vous sera possible, avec madite armée, dans le Luxembourg, pour y agir conformément à ce que mon cousin le cardinal Mazarin vous a faict entendre plus particulièrement de ma part , en vous despeschant le sieur de Paris ;
» Que si j'apprends par son retour qu'il y ait sujet d'arrester l'exécution de ce dessein, ou que je voye que vous proposiez quelqu'autre chose qui soit plus advantageuse à mon service, je vous renvoyerai Incontinent ledit sieur de Paris , pour vous faire sçavoir quelle sera ma dernière résolution ;
» Qu'en passant Hailbron vous pourvoirez au gouvernement de la place , y establissant un
orficier pour y commander, de la fidélité et des autres bonnes qualitez duquel vous serez bien asseuré , et y laissant soubz sa charge une garnison sufûsante , avec lès munitions nécessaires pour la tenir dans une entière seureté ;
» Que vous mettrez dans Schorenders, Lao^ minghen et Thubinghen , qui sont tenues pat* mes armées , des commandans fidèles et capa*. blés , avec les garnisons qui leur seront néces« saires pour la garde et défense d'icelles , dési* raut que, si vous jugez qu'il faille tirer desdit^ places ceux qui y commandent à présent , avec les garnisons qui y sont, et y en establir d'anstrès , vous y fassiez les changemens que vous advisercz , me remettant entièrement sur vous de donner tous les ordres que vous jugerei à propos pour asseurer lesdites places, en sorte que , lorsque vous vous en esloignerez , elles ne puissent demeurer en aucun péril , et que fa sois du tout en repos ;
» Que vous laissiez en ces quartiers-là le sieor d'Hoquincourt, si vous le jugez nécessaire età propos , et avec lui les troupes dont il pourrt avoir besoin pour la conservation des places et du pays ; et il semble que cela soit d'autant plu nécessaire que , jusques à ce que les choses qii ont esté promises par ledit traitté de cessatiOD d'armes soient exécutées, il est bon de Ktenir des forces qui soient considérables de ce costé^
» J'espère aussi que cela n'empescherapasqoe vous n'ameniez dans le Luxembourg une armée considérable , tant parce que vous pourrez fad* . lement augmenter vos forces par le moyen dei troupes que mondit cousin le duc de Bavière a résolu de iicentier avec intention de vous cd laisser profiter, que parce que je fais travailler à former avant vostre arrivée un bon corpe de troupes d'infanterie sur ma frontière de ChaDpagne, pour vous joindre et fortifier notablemnit
» Et j'estime que ce que vous aurez à ftire pour les establissemens nécessaires à la scoielé desdites places, n'apportera pas beaucoup de retardement à vostre marché, laquelle, à la vérité, je seray bien aise que vous fassiez lephistost que vous pourrez , mais je n'attends pasqae ce soit aussitôt que cet ordre vous sera r^ida; car si vous jugez à propos de différer voetrt départ pour quelques jours, par des considéra* tiens importantes, à mon service , et mesme li vous estimiez qu'un plus long séjour de vostre personne fût nécessaire en ces quartiers-Jà, je trouve bon que vous vous arrestiez à oequevooi verrez être le plus avantageux à mon service, dont vous m'informerez bien particulièrement et des raisons qui vous y auront porté , afin qo^ vous puissiez recevoir mes ordres plus précis sor
MBMOmbS pu VI'IOMTE 1>F lllllK.X.NK
8 aurez à faire. Cependant , comme je pas que mon armée d'Allemagne de- 8 long-temps jointe à celle de Suède de plus grands progrez , veu mesrae nipotentiaires de TEmpereur sont con- : les miens et ceux de la couronne de s satisfactions que Ton a demandées à e l*£mpire, je désirerois en casque issiez uécessaire de demeurer encore mps par delà , que vous fassiez marretardement vers le Luxembourg, un leux mil chevaux effectifs au moins , îz par un bon chef, lequel vous rejoinnesme temps que vous repasseriez le ; madite armée. Et quant aux autres it je pourrois vous dire plus particumou intention et mes motifs touchant sent des affaires d'Allemagne, la néde la paix à Munster et Osnabruck , :é et les raisons qui m'obligent à faire on armée au-deçà du Rhin , la conduite devez tenir avec le général Wrangel occasion , et la manière dont vous lui urler de voslre marche vers ces quarn'en remets à ce que mondit cousin le tf azarin vous a escrit par ledit sieur de à ce qu'il vous mande encore présente- 3 promettant bien que vous vous porécuter, selon vostre affection et dilioustumée , tout ce qui sera le plus utile vice dans la conjoncture présente, et il te qu'à vous assurer que, comme Ton ne plus prudemment et utilement que vous : en toutes les affaires et occurences cons qui se sont offertes depuis vostre paselà du Rhin, et vostre jonctionà l'armée ,qai a produict les bons effects que Ton le à voir , aussi il ne se peut rien adjousitisfaction qui m'en demeure et au déai de vous en recognoistre en toutes les iqui s'en présenteront ; et sur ce je prie 1 vous ait, mon cousin, en sa saincte et rde.
[pt à Paris, le 15 avril 1647. »] biblesse des ennemis engagea la cour à armée d'Allemagne, ayant été sollici- » partisans deRavière, qui suggéroieut »ntinuation de la guerre contre l'Empeii entièrement à la ruine de la religion le ; que les Suédois seuls profiteroient lécadence de l'Empire ; que le Roi retiarmée, on laisseroit les choses dans un
itre signlQe un mois de paie.
I du Roy à M, le mareschal de Turenne, \y dire que , lorsqu'il aura passé le Rhin trméê S Allemagne . il prenne un posie
[ICI7] lOî)
équilibre que la France devolt souhaiter : de sorte que ni la maison d'Autriche ni les Suédois ne seroient les maîtres ; et que M. de Ravière, les voyant affoiblir tous dtux , et conservant son armée , feroit toujours pencher la balance du côté que la France souhaiteroit. Le besoin que le Roi avoit de troupes en Flandre , à cause du grand corps qu'on avoit envoyé sous M. le prince en Catalogue, obligeoit aussi à prendre ce parti. M. de Tu renne avoit remontré au contraire, par divers envoyés, que la perte de la maison d'Autriche étoit presque sûre par la réunion des armées de France et de Suède, et parla séparation de celle de Ravière, qui avoit laissé l'armée de l'Empereur presque réduite à rien : qu'on remédieroit bien à la crainte que la France avoit de rendre les Suédois trop puissans, parle partage qu'on feroit des conquêtes; que la France, tenant une partie de l'Allemagne, et conservant l'amitié de M. de Ravière, serendroit arbitre des affaires en Allemagne-, que si on en sortoit avec l'armée , on laisseroit M. de Ravière maître des affaires , et en état de se tourner contre les Suédois quand il voudroit.
Malgré toutes ces raisons , M. de Turenne eut ordre de marcher en Flandre; il avoit bien prévu que la cavalerie allemande feroit difficulté de le suivre , à cause de cinq ou six montres (1) qui étoient dues. Ce qu'il avoit représenté à la cour qui , ne se trouvant point en état de donner aucune somme considérable, promit seulement une montre , laquelle même, à cause de la difficulté que firent les marchands d'accepter les lettres de change, ne fut pas prête au temps que l'armée devoit marcher ; M. de Turenne, pour y remédier, envoya la cavalerie dans de bons quartiers, leur distribua tout le pays, les traitta le mieux qu'il lui fut possible , et s'en alla avec rinfanterîe françoise prendre Hocst et Stenheim et d'autres petites places qui assuroient ses conquêtes le long du Rhin ; après quoi il reçut un ordre exprès de ne point perdre de temps pour marcher en Flandre. M. de Turenne avoit cru que les principaux officiers de la cavalerie allemande dévoient être contens , ayant fait M. de Flextein général-major, donné le gouvernement de Schorendof à M. de Rousmaorns, et obtenu à la cour pour M. Rosen , qui étoit sorti depuis peu de prison , la charge de lieutenant- général de la cavalerie qu'avoit M. Dubatel. L'armée eut rendez-vous à Philisbourg, où elle passa le Rhin (2) sans faire aucune difficulté; et on mar-
vers Maestrich ou Luxembourg , et qu'il laisse vers le Rhin un officier pour commander :
« Mon cousin , J'ai appris avec beaucoup de salisfac- (ion que ^ous vous menez en estai <Jc marcher au deçà
dio
MRMOlUICf liV YICOMTK l)£ 1UK£N.-«K. [l647j
cha entre Strasbourg et Saverue, où M. Rosen qui n'avoit bougé de chez lui depuis sa sortie de prison , vint trouver M. de Turenne.
Le repos que la cavalerie avoit eu dans ses quartiers , le voisinage de la maison de M. Rosen où les ofQciers alloient de temps en temps , et réioignement de M. de Turenne , qui ne pouvoit pas y avoir Toeil , firent faire à beaucoup d'officiers force raisonnemens contre le voyage de France ; M. Rosen y portoit aussi les esprits , non pas peut-être qu'il souhaitât une
fia Rbin avec mon armée d'Allemagne, et Je vous TaicU cette lettre pour vous dire, par l'advis de la Royne régente, madame ma mère , que mon intention est que vous vous acheminiez le plus tost qu'il vous sera possible avec madite armée vers la Mozelle , pour aller prendre un poste d'où vous puissiez vous porter à Luxembourg ou è Maestrich. suivant les ordres que je vous envoyeray ; que vous ordonniez et laissiez un officier principal pour avoir soin de la conservation des places tenues par mes armées en Allemagne et des garnisons qui y sont , et qu'il pourvoye à tout ce qui pourra estre nécessaire au faict de la guerre, en vostre absence, suivant les ordres que vous luy en laisserez, et en me donnant avis de la personne que vous aurez choisie pour cet eflet ; s'il est i>esoin de luy donner quelque expédition de ma part pour l'auctoriser davantage . je la luy envoyeray aux termes que vous-mesrhe jugerez à propos. C'est ce que Je vous diray par cette lettre, priant Dieu qu'il vousayt, mon cousin, en sa sainte et digne garde. » Escrit à Amiens, le 20 may 1^17. »
{l) Afémoire envoyé à monseigneur le maresehcUde Turenne, touchant la désobéissance d^aucuns des régimens du corps ancien de l'armée dt Allemagne, sur l'ordre qui leur a été donné de marcher vers la Flandre :
« Le Roy ayant entendu la relation que le sieur de Paris a faite de tout ce qui s'est passé en l'armée d'Allemagne dans le temps que le sieur mareschal de Turenne avoil pris sa marche pour venir en Flandre avec ladite armée, et ayant sceu comme ledit sieur mareschal n'avoit peu Jusqu'alors disposer à ce voyage les reistres do corps ancien des troupes du feu duc de Weymar, quoique n'y eûtobmis aucun soin ni diligence , Sa Majesté, par l'advis de la Reyne régente, sa mère, luia voulu faire sçavoir ses intentions sur cette occurrence par le présent mémoire.
» Sa Majesté désire que ledit sieur mareschal continue à employer son autorité et son crédit, et qu'il fasse de nouveaux elTortz pour disposer tous ceux de ladite armée à venir en Flandre , leur faisant cognoistre qu'ils ne peuvent Jamais rendre à Sa Majesté une preuve de leur obéissance qu'elle considère davantage, ny lui donner une plus grande satisfaction;
» Qu'il commence h regagner lesdits reistres en leur pardonnant leur mutinerie, les asseurant de tout le bon et favorable traictement possible en continuant è servir Sa Mijesté avec la fidélité et obéissance qu'ils dolbveni; qu'il se serve du fonds de la monstre qui est présentement sur le Rhin, pour détacher les plus dificiles et oplniastrcs d'avec les austres et les ranger tous à la raison ; qu'il donne plus aux cavaliers qu'aux officiers, s'il voit que cela puisse réussir , et qu'il ne fasse distribuer l'argent de la monstre qu'en la manière qu'il vsiimera plus utile pour ce dessein ; que metme il fass«
entière mutinerie , mais afin que la grande difficulté que les Allemana feroient de marcher ci Flandre , obligeât la cour, ou à leur payer la montres dues , ou à les laisser en Allemagm Le lendemain que M. Rosen fut arrivé, « donna ordre à tous les régimens de pasaor la noontagnede Saveme; et M. de Turenne, vyMl M. Rosen avec lui , apprit , en approchant es Saveme, que le vieux régiment de RoanH vouloit pas marcher (1) ; il y envoya M. BomIi dont il n'avoit aucun soupçon , et ensuite tt y
des gratifications particulières sur ledit fonds nant-général Roze, au général-nuijor Oben, damm qu'il advisera, et qu'il leur promette des pensionset^i^ tretènemens pendant la paix, pour quelles sommeselM la manière qu'il verra estre nécessaire pour les portff à marcher tous ensemble par deçà;
» Que si , après avoir emploie toutes les persoaikMStf les grAccs qu'il verra convenir pour les induire à PBÊân cette obéissance et donner ce contentement à Sa Mitfsrti^ Il n'y peut parvenir, Sa Majesté veut que par toos mofSH; et mesme leur faisant des gratifications sur ladite mmtre, et leur donnant des asseurances de pensions» comh Il est marqué ci-desssus, il tAcbe de les obliger à i^iivancer jusques sur la Mozelle et dans le Luxembouf» parce que cela donnera beaucoup de Jalousie aox CH^ mis, et leur fera sans doubte détacher un corps des mmées qu'ils ont en Flandre ; outre que ce sera beatcaip épargner les quartiers que les troupes de Sa MijeitéM Allemagne occupent présentement, dont l'on awi le* soin pendant l'hiver;
» Que si ledit sieur mareschal ne peut gagner arMii qu'ils viennent au moins Jusqu'en Loxerobourg, St Kl' Jesté approuve qu'il leur accorde de demeurer ai-M du Rhin, dans les postes et quartiers qu'il Jugera le plÉ advantageux pour le service de Sa Majesté et le Mcaii ses alliez . d'autant mesme que non seulement VtmtÊÊF tentera beaucoup ceux de ladite armée en eomcetiilà ce qu'ils désirent, et les laissant en de bons qoaitiM où ils se puissent bien restablir et accommoder, et al on les pourra confirmer plus facilement dans TobélMih ce et le service qu'ils doivent à Sa Majesté . ■§!• ifl# que cela servira à contenter monsieur le duc de laMt lequel ne pourroit , sans peine et appréhension. folr«loigner de l'Allemagne toutes les forces de l*aniiéediSl Majesté , dans un temps auquel les Impériaai IMplroltre beaucoup de mauvaise volonté contra Ivy; fM l'on satisfera aussi les Suédois , et parUcuUèraMilli mareschal Wrangel, qui ne se croyoit pas stni dii|V, voyant que toute l'armée de Sa Majesté quittera FAII»magne , et que madame la Landgrave en recevra de m part une satisfiiction et rapos qui ne seroet pis mé" diocres;
» Que comme, en s'accommodant de cette sorte à m que désin;nt ceux de ladite cavalerie weynMrieaM»! leur pourroit rester quelque soupçon que Sa M^oliai leur pardooneroit leur désobéissance que poariB tiapiet qu'elle pourroit les en faire punir à l'advcair, Al estimé que, pour y remédier, il serolt bon qae MU ■•* rescbal eût pardevers luy une expédition conteosil h pardon qu'elle leur accorde en termes exprès, avee|vs* messe qu'elle exécutera tout ce qu'il leur pronetin di sa part en général et en partIcaMer, afin de i^ce senir selon qu'elle l'estimera à propos ;
» Que si ledit sieur mareschal ne peut faire aatracknf que de laisser ladite cavalerie sur le RhHi» rkHeaUiadi
MÊMOlUfcS Ui; VICOMTE DE TUK K.\.>iK. [l617j
néme ; et n'ayant rien pu obtenir d'eux , ordre à toute la cavalerie de marcher, persuadé la montagne avec l'infanterie, et envoya que s*il s'arrétoit pour la mutinerie de ce régi-
^eitéestqo^il marche aussitost après que cette laj aura esté rendue . et sans perdre aacuu le temps, avec toute rinfanterie de Tarmée d*Alsi les cinq régimens de cavalerie qoi sontprez » et elle Juge qa'il sera fort advantageux à son Béme pour osier au public la cognoissance que ilerie ayt renda une désot>éissance générale , sicnr mareschal emploie tous les moyens posir obliger les offlciers de ladite cavalerie qu'il estre les mieux intentionés, à se séparer et dés autres, et à le suivre au moins avec deux ré- Mir venir en Flandre, leur donnant toute asseuivant la fin de la campagne ils auront ordre de delà -le Rhin et de rejoindre les autres régil'ancien corps de ladite armée. Et Sa Majesté point de telle considération, qu'elle veut que r maréchal n'ohmetie rien pour le faire réus- Al cognoistre à ceux qu'il pourra attirer à luy. ont traittez le plus favorablement qu'il sera et qu'avec un peu de patience ils auront salis-
I payement d'une partie des monstres qu'ils it, et que Ton prendra un soin parliculier de ne;
A ledit sieur maréchal est obligé de laisser sur t plus grande part des troupes dudit ancien cavalerie , Sa Majesté croit qu'il sera bon qu'il BMi demeurer le sieur Rose, commandant la , et le général-major Ohem , avec les sieurs de erg , de Yautorte et de Varennes ; qu'il leur ( ordres pour Temploy de ladite cavalerie dans M» qoi s'offriront de ce costé-là, et pour la faire fobsister dans le meilleur ordre qu'il sera sur quoy Sa Majesté remet néantmoins audit réchal de faire ce qu'il estimera plus à propos; Ht sieur maréchal croit qu'il soit twn que ledit Tracy demeure auprès desdites troupes, pour h n , il luy en donnera Tordre, et luy fera rendre be que Sa Majesté luy adresse pour ledit sieur ; linon, et s'il Juge plus à propos de le mener
II la pourra supprimer ; que si pour remettre et la cavalerie de l'ancien corps allemand dans le ledit sieur maréchal estlmoit que sa personne •aire au-delà du Rhin , Sa Majesté trouve bon îmeure ; mais en ce cas elle veut et luy ordonne oye, en la plus grande diligence qu'il se pourra, PHoquIncourt avec toute l'infanterie de ladite
les cinq régimens de Tancienne. qui sont pretz er. avec asseorance que ledit d'IIoquincoort ra vers loy aussitost que la campagne sera finie. Jus de troupes qu'il n'en aura amené, parce que fera joindre plusieurs Irlandois nouvellement l d'autres corps que Sa Majesté a destinez par ir fortifier ladite armée, et qui sont préparez à t. Mais Sa Majesté entend que ledit sieur mai É'arreste pas en Allemagne . sy ce n'est que sa ) 7 soit absolument nécessaire, et que sans cela ralerie fût entièrement perdue ; autrement elle le ledit sieur maréchal vienne luy-mesme avec itMipes en Flandre . parce que le broict qu'il y lersonne sera capable de faire croire que toutes nront en meilleur estât , et que le corps qu'il sera plus fort et considérable que Ton ne le juest commandé par un autre chef ; ledit sieur maréchal, venant par deçà avec toute rfe de ladite armée et lesdits cinq régimens de , prenne sa route le long de la frontière de
Champagne , et par le chemin le plus court , sur lequel Sa Majesté luy fera préparer du pain . et il en envoyera prendre dans les villes près desquelles 11 passera ; et parce que Sa Majesté a estimé nécessaire, pour seconder et fortifier la créance dudit sieur maréchal auprès de ceux de ladite armée, d'envoyer par delà une personne exprès de sa part sur cette occasion , elle a voulu loi dépêcher le sieur de Mondevcrgues, auquel elle a toute confiance , et lui a faict donner des lettres de créance sur luy , tant pour ledit lieutenant-général Rose, que pour ledit sieur Ohem et autres chefs principaux de ladite armée, dont les noms ont esté laissez en blanc pour estre remplis suivant ce qui sera ordonné par ledit sieur maréchal, lequel prescrira audit sieur de Montdevergues ce qu'il devra dire auxdilz officiers généraux et aux colonels desdits corps de cavalerie, pour les porter à ce que Sa Majesté désire et pour agir auprès de chacun d'eux comme il sera le plus convenable en cette occasion.
» Ledicl sieur de Paris a rapporté que l'on a faict courre beaucoup de mauvais bruicts du traitlement qui a esté faict par deçà aux régimens de Bambaket deBonnicausen, et l'on ne double pas que ledl t sieur maréchal ne sçache combien ils sont éloignez de la vérité. Mais elle veut luy faire remarquer qu'on leur a donné de l'argent . et en outre des chevaux pour les monter, et tout ce qui a esté nécessaire pour les remettre en estât de sei vir. En sorte qu'ils auroient esté très-marris de n'estre pas venus d'Allemagne servir par deçà, et qu'il y auroitde la peine à les faire retourner de delà : ce qu'il sera bien à propos que ledit sieur maréchal publie et empêche la continuation de ces mauvaises nouvelles . qui nç se sont semées parmy ces troupes que pour préjudicier au service de Sa Majesté et desgoûter ceux qui y sont aOectionnez. Ledit sieur maréchal aura sceu ce que ledit de Paris a rapporté touchant la personne dudit Bonnicausen , qui est qu'il est allé servir l'Empereur, et cela estant . Sa Majesté seroit en pensée de donner le commandement de son régiment de cavalerie à quelque bon officier qui entendit la langue, comme seroit le sieur de Sirot. On sera pourtant bien aise de sçavolr si ledit sleor maréchal croiroit qu'il y eût inconvénient en cela.
9 Faict à Amiens , le 26 juin 1647. »
A 31. le maréchal de Turenne, pour lui dire que, soie que le régiment des corps anciens de cavalerie de V armée éC Allemagne demeure sur le Rhin . ou qu'il demeure sur la Moselle, il marche avec la reste des troupes vers la Flandre . ou qu'il y en-voye le sieur d'Hoquincourt :
«I Mon cousin , bien que par le mémoire que je vous ay envoyé en vous dépeschant le sieur de Montevergoes. il y a trois Jours, je vous aye assez faict cognoistre que, si vous ne pouvez faire venir en Flandre toutes les troupes de cavalerie et d'infanterie de mon armée d'Allemagne . mon intention estoit que vous vous acheminassiez en Flandre avec Tlnfanterie de madite armée et les cinq régimens qui estoient pretz à vous suivre , soit que les neuf régimens de cavalerie du corps ancien de ladite armée qui faisoient difficulté de vous suivre, vinssent sur la Mozelle, ou que vous fuissiez obligé de les laisser audelà du Rhin , néantmoins, doubtant que la chose voui ayt esté assez expliquée par ledit mémoire . j'ay bien voulu vous dépescher ce courier exprès pour vous dire, par l'advis de la Reyne régente , madame ma mère . que mon intention e»t que , soit que les<lits régimens de-
MEIDIUF.S nu VICOMTE DK TUftK^.XK. [IG471
ment , ce retardement donneroit Heu aux autres d*en faire de même. 11 ne passa de la cava-
meurent au-delà du Rhin ou quMIs.vienneot seulement sur la Mozelle , vous ayez en ce cas à marcher en Flandre avec le reste des troupes de madite armée , tant de cavalerie que d'infanterie , sy ce n'estque vous jugiez que vostre présence soit absolument nécessaire avec lesdits régimens de cavalerie pour empescber leur perte, auquel cas vous donnerez le commandement de toutes les troupes d'infanterie et du reste de la cavalerie au sieur d*Hoquincourt pour amener le tout en Flandre, ainsy qu'il est plus particulièrement expliqué par ledit mémoire, auquel me remettant, je ne vous feray la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait , mon cousin , en sa saincte et digne garde. » Escrit à Amiens, le 29 juin 1617. »
Mémoire envoyé à monsieur le maréchal de Turenne sur ce qtiHl auroit à faire touchant la désobéissance de l'ancien corps de cavalerie de l'armée d'Allemagne.
o Le Roy , ayant sceu ce qui a esté rapporté par le sieur de Raviguy de ce qu'a faict la cavalerie du corps ancien de l'armée d'Allemagne depuis le départ du f^ieur de Paris, que ladite cavalerie a donné à entendre au sieur maréchal de Turenne qu'estant payée de deux monstres . elle serviroit aux lieux et en la forme qui luy seroil ordonnée par ledit sieur maréchal , et quels sont les sentimens dudit sieur maréchal sur cette affaire. Sa Majesté, par Tadvis de la Rcyne régente, sa mère , Va voulu informer de ses intentions par le présent mémoire. - » Bien qu'il soit dificile, après l'effort que l'on a faict pour donner une monstre entière à ladite armée , d'en faire fournir une seconde à ladite cavalerie; qu'après ce qui s'est passé ii semble qu'il fût peu convenable à la dignité de Sa Majesté de chercher avec beaucoup de soins et de peine à contenter des gens qui se sont portez à une désobéissance si ouverte et à une extrémité si préjudiciable à son service , néaulmoins Sa Majesté feroit encore un dernier effort pour donner satisfaction à ladite cavalerie , si elle jugeoit qu'après cela elle s'en peust mieux asseurer que devant. Mais comme il y a apparence que. quelque despense que l'on fîstpour les contenter. Ils ne retombassent encore dans une mesme faute, ayant receu un sy notable avantage ensuitte de celle-cy , Sa Majesté estime qu'il faut sortir de cette affaire par des expédiens qui luy rendent le service de ce corps plus asseuré. Celui qui a esté proposé par ledit sieur maréchal de Turenne de licentier les mutins de ladite cavalerie, et d'annuler le traitté général qui a esté cy-devant fait avec le corps entier de ladite cavalerie, après la mon du duc de Weymar, semûleroit fort à propos; mais pour le faire réussir, l'on estime qu'il faudroit tascher de retirer le lieutenant-général Rose et quelquesuns des ofQclers principaux qui sont avec les mutins , parce que ce seroit un moyen de s'asseurer qu'ils n'iroient pas prendre party avec les enn<^mis.
u Qu'ensuitte il faudroit faire publier une ordonnance portant que tous les oflQciers et soldats qui ont eu part à la mutinerie auraient à rentrer, dans trois jours, dans leur debvotr ; qu'en ce faisant ils aurolent abolition de leurs crimes el qu'il leur seroit présentement payé une monstre , une autre dans quelque temps, et encore une autre dans la fin de la présente année , à condition toulesfols qu'ils serviroient désormais, et serviroient tout ainsy que les autres troupes étrangères estans à la soKIe de Sa Majesté, sans qu'il fût plus faict de mention <lu
lerie allemande que le régiment de Turen vieux régiment de Bosen ayant envoyé
traitté qui a esté cy-devant faict avec le corps a laditte cavalerie , lequel demeureroit révoqué • consentement ; et à l'esgard de ceux qui manque rentrer dans leur debvoir, dans ledit temps à jours, ils seroient réputés infidelles à Sa Majesté! comme telz.
» Que si ledit sieur maréchal croit qu'il peust de séparer ses cavaliers des corps mutinez d'avee ciers , il faudroit pour ceteffect qu'il fit publier <] que cavalier qui se viendroit rendre près de luj son pardon , et en outre trente rtschdalles , et le corporé aux régimens qui se trouveront avec led maréchal, ou bien dans ceux qu'il formeroit de ih et que l'on traittcroit de la mesme sorte les ofAc se détacheroient d'avec les mutinez , les emplo] forme d'augmentation avec les troupes qui «m l'obéissance . ou bien les faisant entrer dans o nouvelle levée . et qu'il exécutast effeciivementoi messe ; que si . en ce faisant , l'on pouvolt rei deux tiers des mutinez . l'on croit que ce seroit o très-considérable, puisque l'on auroit aboly ledii général , l'on espargneroit beaucoup d'argent ef déiivreroit de l'appréhension que l'on peut jui avoir, qu'ils ne retombent dans une pareille di sance, et ce pourroit estre dans une occasion en! ilz feroient encore plus de préjudice au service Majesté . outre qu'il seroit difQcile que désormafa linuassent vers ledit sieur maréchal la même qu'ilz ont eue en luy par le passé . ny aussy qoll fiast plus en eux, et il se trouveroit qu'il «an cousiéà Sa Majesté pour les contenter qu'il nel pour remettre sur pied un corps autant ou plttt< rable que celui que l'on a eu, quand toute cette rie a" esté dans l'obéissance.
)> Sur ce que dessus, Sa Majesté se remet eotl^ à ce que ledit sieur maréchal jugera estre le plu posctplus advantageux à son service, obsem se doibt attacher surtout au iicentiement desi pourveu qu'en ce faisant il puisse, par argent et entremise et crédit, conserver la plus grande pu ceux , en sorte qu'il y ayl presque les mesmesfo que Sa Majesté ne soit plus tenue audit traitté. -
» Quant audit sieur maréchal. Sa Majesté appi résolution qu'il a prise de ne point marcher ave Valérie et l'infanterie qui s'étoit advancée a»4 Rhin, afin de s'employer aussy fortement qi*i nécessaire aûn d'empêcher la cavalerie alleroané tir tout à fait de son debvoir.
» Etquoyque Sa Majesté luy ait mandé, par de Montdcvergues. de venir par deçà avec ria de l'armée et la cavalerie qui l'avoit suivy. et que la cavalerie qui estoit demeurée vers le 11 vançast sur la Mozelle et dans le Luxembourg < moins à présent Sa Majesté désire que , pour ob ennemis à tirer de Flandre une partie des fota y ont présentement, qu'aussytost qu'il aura teiM faire de celte cavalerie mutinée , Il se porte , 8*11 avec toutes les troupes d'infanterie et de la can l'armée du Roy dans le Luxembourg ; qu'il lai demeurer un mois ou six scpmaines, entrepreo Arlon . Rastongue et autres places qu'il jugera prendre , parce qu'outre qu'il fera une diversiai dérable. il ruinera ledit pals de Luxembourg, ; quelque poste sur eux, et soulagera lesquartien saires pour la subsistance de l'armée d'Alleroaai s'esloigner des places et du pays qu'il faut
lilBMOIRES nu VICOMTE DE TIRENNI:. [|C47]
tôt aoi autres régimens allemans , ils se joignirent tous à lui en deux heures. Le lendemalD ,
Cl cotté-li ; et estant en lieu pour y retourner en six fttn toutes les fois que le besoin s'en offrira, cela dondelà satisfectioD au duc de Bavière et à nos alliez Allemagne, qui nous eussent veu esloîgner du Rtiin peine, et de la crainte à nos ennemis, qui pensoient Èaljk pouvoir profiter de nostre élolgnement du Rtiin. vie estime aussi que ledit sieur maréciial se doibtd*au- IHI plutôt porter dans'le Luxembourg, qu*il n*y a pré- ' liBiDt rien à faire par les armes du Roy en Allema*
a; qn*il ne trouvera point d*obstacle considérable à I la guerre dans ce pays-là , et que Ton a sccu , par [ Me lettre du sieur de Tracy que Rose luy a Taict cognoisffti;qu*iln*yauroitpasdediflScuUéàfalre aller ladite cainhfîe mutinée dans le Luxembourg , si bien qu*ii scm- :lliqt'en quelque façon qu'il sorte de raflTairc de ladite fMÎerle , 11 luy sera facile de la faire venir de ce costé- A II cette diversion est Jugée si utile et nécessaire par ih Majesté, qu'elle désire que si, lors de la réception de ttÊ/b dépesche, ledit sieur maréchal estoit en marche IpVYeoIrpar deçà, suivant ce qui luy a esté mamié ilir ledll sieur de Montdevergups , il retourne vers le iBonboarg pour exécuter ce qui est porté ci-dessus ; [ ffen ce faisant , il envoyé par deçà un corps de mil ou fktn eeota chevaux, et s'il peut y en faire marcher jus> ^fMi quinze cens. Sa Majesté en recevroit beaucoup [Il contentement , et mesme elle désireroit que ce fût de /itaqirise sont mutinés, veu que par ce moien ledit <■! maiéthal seroit délivré de gens qui seront tousjours l^tililes de faire d'autres fautes , demeurant tous en- , et nous en recevrions un renfort considérable tfoir sqjet d'apréhender qu'ilz se révoltassent, es- Joints à une grande armée que Sa Majesté a en luidre. Et à la fin de la campagne l'on renvoyeroit au- Asienr maréchal , non-seulement ladite cavalerie, mais d'autres régimens de cavalerie et un corps d'inf.inettrangére pour augmenter le nombre de la sienne. Hhàj donner moyen de prendre ses quartiers d'hiver ■ndeapens des ennemis et avec tout advantage.
> Et comme il est très-important au service du Roy VK ladite cavalerie soit au plustAt par deçà , elle désire Ifill Ty bsse marcher sans perdre aucun moment de tempe , la faisant passer dans le royaume par le plus tmi i chemin, se remettant à luy de la faire commander pv tel officier qu*il advisera, soit françois ou estranger. » Sur ce que ledit sieur de Ravigny a dit par deçà que leileur d*Hoqulncourt ayant pensé que son emploi . en fntlité de lieutenant-général en l'armée d'Allemagne , ■voit donné jalousie au sieur Rose et avoit causé une putie.de son mécontentement, s'est retiré à Nancy pour r Acilité audit sieur maréchal de ramener ledit et les autres chefs de ladite cavalerie à leur debvoir, U y attendre les ordres de Sa Majesté ; elle trouve bon ^■e si eet esloignement du sieur d'IIocquincourt peut Mnrlr à faire rentrer les Allemans dans l'obéissance , le. an slear maréchal promette audit sieur Rose ce qu'il Ingéra à propos sur ce suject , et en donnera avis par iecà. afin que Sa Majesté fasse sçavoir audit sieur d'Hoqnlaeourt ce qu*il aura à faire , son intention estant de te considérer pour un autre ejnpioy tel que TalTection ipÉ*!! a feict paroltre dans celui qu'il a eu jusques à prêtent en Allemagne, et mesme en cette occasion, le peut mériter . luy sçachant beaucoup de gré de sa conduite ca cette occurrence. Comme ce qui a esté mandé audit ilenr maréchal par ledit sieur de Montdevergucs est différend en beaucoup de choses du contenu cy-i!essus , Sa Wà^nié désire qu'il s'arreste à ce qui est porté par le
les principaux officiers de l'armée vinrent trouver M. de Turenne , et demandèrent toutes les
présent mémoire en toutes les choses qui sont contraires à ce qui luy a esté mandé auparavant , et à ce qu'il luy sera dict par ledit sieur de Paris, auquel Sa Majesté se remet de faire entendre particulièrement audit sieur maréchal Testât présent de nos affaires en Flandre, en Catalogne et partout ailleurs, et particulièrement comme les ennemis ont pris fort à leur advantage l'advis qu'ilz ont eu de h mutinerie arrivée dans le corps de la cavalerie allemande , au lieu qu'auparavant ils se tenoient per. dus dans la Flandre , sy l'armée commandée par ledit sieur maréchal se fùtadvancéc dans le Pays-Bas. ainsi qu'il avoit été résolu ; et pour fin , Sa Majesté recommande de rechef audit sieur maréchal de faire partir promptement lesdits corps de cavalerie qu'elle luy ordonne d'envoyer par deçà, et de s'advancer en personne avec le reste de l'armée dans le Luxembourg, comme estant chose très-importante au service de Sa Maj<*sté. » Faict à Amiens . le 4 juillet 1617. »
AddUion à ladite Instruction.
« Sa Majesté faict joindre au présent mémoire des lettres pour le licentyement des régimens de cavalerie de Rose , Saupadel , Oem , Rushorm , Fleksteim, Betz . Schutz , Vikestelm et dragons de Rose , afin que ledit sieur mareschal puisse s'en servir pour ceux et ainsy qu'il verra estre à propos.
» En suit la teneur desdites lettres dudit jour.
» Monsieur le colonel Rose, ayant esté bien informé comme les ofliciers et chevaux-légers de vostre régiment ont refi'usc d'obéir aux ordres qui luy ont esté donnez par mon cousin le maréchal de Turenne. mon lieutenant-général en mon armée d'Allemagne, en suite de ceux qu'il avoitreceusdemoi dépasser au Pals-Bas avec madittc armée qui s'est mise en devoir de le faire, et dont la marche n'a esté retardée que par cette mutinerie, au grand préjudice de mon service, et ne voullant pas qu'une si notable désobéissance demeure sans chastiment, j'ay résolu de licentier vostre régiment par forme de punition, et je vous faictz cette lettre pour vous dire , par l'advis de la Reync régente, madame manière, queaussytost que vous l'aurez receue , vous ayez à faire retirer et séparer tous les officiers et chevaux-légers de vostredit régiment de cavalerie, les licentyant et congédiant pour aller où bon leur semblera, comme inutiles à mon service, ayant desplaisir de ce que, par leur faute insigne, ils se soient rendus indignes de la continuation du bon traittement que j'avois dessein de leur faire s'ils eussent continué à me servir comme par le passé, et s'ils eussent pu profiter du bon exemple que vous leur avez donné , estant au surplus bien satisfaict de vostre conduite en particulier et de vos services . et désirant les recognoistre aux occasions qui s'en offriront: sur quoi, ipe remettant à mon cousin le mareschal de Turenne de tout ce que je pourrois adjouter à cette lettre . je ne vous la feray plus longue que pour prier Dieu qu'il vont ayt, monsieur le colonel Rose, en sa salncte garde.
i> Escript à Amiens, le 4 juillet 1647. »
Ordre portant pouvoir à monsieur le maréchal de Turenne de pourvoir aux demandes de la cavalerie allemande.
« Le Roy. ayant appris par l'officier qui luy a esté despéclié de la part des haullz et bas officiers, et généralement de ceux de toutes eonlitions des régimens de ca-
MBMOIBES DU TICOMTfi U£ TUfiENNE. [I66I]
rassé de ce que madame de Longueville en partoit ; ce n'est pas qu'ils ne fussent en bonne intelligence , mais n'étant point fort pressé pour ses intérêts particuliers , il ne vouloit sortir de l'affaire qu'avec honneur. Il écrivit à M. le prince qu'il trouvoit fort à propos que l'on envoyât promptement quelque personne de considération , avec ordre de travailler à la paix , et qu'il ne jugeoit point qu'on pût se retirer de bonne grâce d'avec les Espagnols avant que d'avoir fait voir, par des effets réels, que Tony songeoit tout de bon et que l'on faisoit des ouvertures raisonnables. On envoya de la cour M. de Croissi à Stenai , et par les instances que M. de Turenne fit à Bruxelles, M. l'archiduc envoya M. Friquet. On pressa fort cette négociation , et l'on proposa , du c6té de la France, que M. le duc d'Orléans iroit avec un plein pouvoir sur la frontière avec des personnes nommées, si M. l'archiduc y vouloit venir avec le même pouvoir de la part du roi d'Espagne , que les Espagnols avoient toujours dit qu'il avoit. D'ailleurs M. de Turenne fit sçavoir a M. le comte de Fuensaldagne que l'on satisferoit l'Espagne par raport au Portugal et à la Catalogne, pourvu que les autres conditions de la paix fussent raisonnables ; mais on connut bien qu'il n'y avoit point de plein pouvoir en Flandre, et qu'apparemment les grandes espérances que l'on avoit conçues en Espagne des guerres civiles de France y avoient ûté toute pensée de songer promptement à la paix.
Après deux mois de négociation, M. de Turenne manda à M. de Fuensaldagne , qu'ayant fait de son côté tout ce à quoi il s'étoit obligé pour la paix , qu'il s'en alloit à Paris ; il le remercia en même temps de l'assistance qu'il avoit reçue du Roi d'Espagne, et de la civilité avec laquelle il en avoit usé envers lui en toutes rencontres, et lui fit dire aussi qu'il donneroit ordre à trois ou quatre cens chevaux qui lui étoient rentes de la bataille de Rhetel et qu'il avoit fait lever en Allemagne, de le venir trouver en France,
Pendant le séjour de M. de Turenne à Stenai, après le départ de madame de Longueville , il sentit, par les différentes lettres de M. le prince et par les avis qu'il avoit de Paris, qu'il changeoit souvent de pensée depuis sa sortie de prison, souhaittant quelquefois que M. de Turenne vint bientôt à Paris , et d'autres fois désirant qu'il demeurât à Stenai , suivant l'envie qu'il avoit, ou de ravoir promptement la place que M. de Turenne par son retour lui eût remise entre les mains, ou de continuer en liaison avec les Espagnols. Quand madame de Longueville
partit de Stenai , elle voulut engager M. de Torenne à lui donner sa parole de demeurer ton* jours dans les intérêts de M. le prince; mik lui qui croyoit , après avoir monti^ durant h prison de M. le prince un si grand dësintéremment, pouvoir agir suivant qu'il le trouveraft plus à propos, dit à madame de Longuevtlla qu'il ne pouvoit pas en donner , mais qu'après avoir fait sortir ses gens de Stenai , remb h place entre les mains de M. le prince , et Mh fait aux Espagnols touchant l'article de la paix, qu'il s'en iroit à Paris oà il verroit le prince et prendroit là ses mesures. En effet, M. de t^ renne , depuis que madame de Longueville M partie , jusqu'à ce qu'il s'en allât à Paris, a'i point voulu avoir d'autre conduite que de dnner tout le temps nécessaire pour bien sortir d'avec les Espagnols touchant l'article de 11 paix, n'ayant eu nulle impatience d'aller à hh ris, où néanmoins il sçavoit bien que tous eoa du parti de M. le prince prenoient des ménn pour leurs intérêts particuliers ; mais il le croyoit pas que de songer aux siens , en se Mtant d'y aller , pût bien s'accorder avec le tcofi qu'il vouloit donner pour convaincre les Eipignols que l'empêchement à la paix venoit de ce que M. l'archiduc n'avoit pas un plein poa* voir de traitter. M. de Torenne en ayant M pleinement instruit , et convaincu qu'il étoit inutile de demeurer davantage à Stenai , enpl^ tit et retourna à Paris. Sçachant que M. le prince et beaucoup de personnes de qualité fO«loient venir au devant de lui , sans affecter qall ne ledésiroit pas, il arriva à Paris unjoorptes tût qu'il ne l'avoit dit , n'aimant point ces sort» d'honneurs , qui assurément sont de mauvai» grâce quand on vient d'avec les Espagnols et que l'on entre en un lieu où le Roi et la Reh» demeurent.
En ce temps là , la Reine ne se gouvemoft en secret que par les conseils de M. le cardinal, quoique au dehors tout paroissoit s'opposer i son retour en France. Le parlement mêïneUsoit souvent des remontrances là-dessus ; et qooique le Roi et la Reine y répondoient qu'on petvoit s'assurer que le cardinal ne seroit plus rappelé à la cour, tous ceux cependant qui vouloM obtenir des grâces de la Reine s'adressoienti M. le cardinal à Cologne. M. le prince tenoU souvent des conseils à l'hûtel de Longueville} étoit assez bien avec M. le duc d'Orléans, et alloit fort rarement au Palais-Royal. M. le ca^ dinal, quand il le fit sortir du Havre, crut qall s'sgusteroit avec lui. Depuis qu*il f^t arrivé à Paris , il témoigna vouloir achever le mariage de M. le prince de Conti avec madenuriselle de
MSUOIBRS DU VICOMTE DR TUBENNE. [l66l]
Cherreuse , qal étoit une des conditions sur laquelle M. le coadjuteur avoit travaillé à sa liberté. Quand M. de Turenne arriva à Paris^ le mariage cloit rompu, M. le coadjuteur étoit fort mal avec M. le prince , qui, désirant le gouvernement de Guyenne pour lui , et de Provence pour M. le prince de Conti , se rapprochoit un peu de la coar, sans avoir pourtant , à ce quMl disoit, aacane communication avec M. le cardinal ; mais il est bien vrai que madame de Longueville et M. le prince de Conti négocioient avec le ministre par le moyen de madame la princnse palatine , et promettoicnt que M. le prince se radouciroit pour le retour de M. le cardinal, s*il avoit ce qu*il demandoit.
M. le prince vint voir M. de Turenne dès qoll le sçut arrivé, le mena au î^uvre et de lu dîner avec lui , et après on s*assembla à Tordinaire à l'hôtel de Longueville ; mais M. de Turenne , après ce jour-là, ne vonlut plus y retourner , ayant aisément reconnu , et par les avis qu*i! avoit eus à Stenai , et par ce qu*il \ii à Paris, qu1l ne s*agissoit que d*intérto particuliers et de belles apparences au deliors qui pourroient tromper ceux qui ne voyoient pas clair. M. le prince assuroit M. de Turenne quMl seroit toujours prêt ù lui rendre le même service qu'il vcnoit de recevoir de lui, et le vouloit fort engager à avoir des prétentions à la cour, qu'il promettoit de solliciter avec soin. Cependant les troupes du Roi ayant reçu de l)ons quartiers d'hiver et étant rétablies , celles de M. de Turenne , qui seules avoient travaillé pour la liberté de M. le prince , demeuroient sans nul établissement ni quartiers. M. le prince s'o^rit bien d'en parler, mais il ne 8*y intéressa pas comme une chose qui le toiieholt de près.
Il faudrait parler fort au long si Ton vouloit dire tous les changemens d'intérêts qui se Hrent dans les principaux personnages de la cour. Elle étoit en un état bien bas , se méfiant de presque tous les gens de qualité qui y alloient, et n'osant faire aucune action de vigueur en arrêtant ni même en témoignant aucune mauvaise volonté à personne. M. de Turenne, ayant agi en toute rencontre contre les intérêts (le M. le cardinal de Mazarin, n'avoit nulle pensée de se raccommoder avec lui et nefaisoit aucune diligence à se mettre bien avec la Reyne; mais 11 voyoit si peu de règle dans les pensées de M. le prince, qu1l ne vouloit prendre aucun ooiivel engagement avec lui. Long-temps même après son retour à Paris , madame de Longueville ayant voulu scavoir de lui s'il demeureroit dans les intérêts de M. le prince, il lui dit
Ilf. G. D. M., T. m.
que ce qu'il avoit fait par le passé lui donnoit lieu , le voyant en liberté , de bien méditer avant que de s'engager de nouveau. Il demeura toujours dans cette disposition , voyant assez souvent M. le prince , qui vivoit fort bien avec lui , mais qui étoit si combattu de diverses pensées, que M. de Turenne ne crut point, quoiqu'il s'accommodât ou qu'il rompit avec la cour , pouvoir prendre de liaison sûre avec lui. Ce n'est pas que M. le prince ne lut témoignât I)eaucoup de reconnoissance , et qu'en effet il n'ait toujours eu beaucoup dVstime pour lui et autant d'amitié que pour personne ; mais M. de Turenne songeoit qu'il n'étoit pas raisonnable de s engager contre la cour à une suite d'affaires , dont il sçavoit que le but n'étoit que de procurer les intérêts d*un petit nombre de personnes, sans aucune vue du bien public.
Ces considérations l'ont toujours fait demeurer ferme à ne se point mettre dans le parti de M. le prince , depuis sa sortie de prison ; elles ne l'ont pas obligé non plus à faire des recherches du côté de la cour. Il souhaittoit que les affaires vinssent en état que M. de Bouillon et lui pussent s'y raccommoder; mais il ne faisoit pour cela aucun pas contre la bienséance. Pendant l'absence de M. le cardinal , ceux qui avoient le plus de pouvoir ne souhaittoient pas que M. de Bouillon et M. de Turenne s'attachassent fort à la cour , et quoique M. le prince fit de grandes avances aux deux frères , M. de Turenne avoit dans l'esprit que toutes choses lui étoient meilleures que d'entrer dans son parti , après les choses passées , et vouloit vivre à l'avenir éloigné de toute caballe.
Quelque temps avant que M. le prince eût le gouvernement de Guyenne , et sur la difficulté que Ton fit à la cour de donner celui de Provence à M. le prince de Conti , les soupçons commencèrent à augmenter de part et d'autre , et la caballe qui soutenoit M. le prince dans ses prétentions commença à s'affoiblir. M. le prince voyant qu'elle ne pouvoit pas lui procurer ce qu'il dcsiroit , se tourna contre elle et se lia plus qu'auparavant avec M. le duc d'Orléans , avec les mécontens et avec madame de Longueville, qui n'étoit pas satisfaite de ce que l'on différoit de donner le gouvernement de Provence à M. le prince de Conti, et qui n'avoit pas beaucoup d'envie de retourner en Normandie. Toutes ces choses ayant obligé M. le prince à n'aller plus chez la Reine , il eut avis que dans ce dernier refroidissement il y avoit eu quelques murmures sourds qu'on vou- ' loit l'arrêter ; ces bruits , joints à une allarme
MEMOIAES DU VICOMTE DE TL'BENNR. [1652]
quil eat une nuit, que Ton avoit vu quelques soldats marcher vers Thôtel de Condé, Tobligèrent de s'en aller de grand matin à Saint-Maur, à deux lieues de Paris.
Cette journée-là tous ceux qui étoient entièrement attachés à ses intérêts s*en allèrent le trouver, et M. de Turenne alla chez la Reine. Comme durant le peu de Jours qu'il demeura à Saint-Maur on parla de négociations, et que beaucoup de gens Talloient voir qui ne lui avoient donné aucune parole, M. de Turenne s'y en alla aussi ; il eut un entretien de deux heures avec lui dans le parc où ils se promenèrent tous deux , et il n'y eut point de complimens que M. le prince ne lui fit, en témoignant le grand désir qu'il avoit qu'il voulût entrer avec lui dans le parti, dont il lui montroitla grandeur par la quantité de provinces qui se déclareroient pour lui , et par l'état où étoit la cour. M. de Turenne demeura dans sa première pensée de ne prendre aucun engagement , et ne voulut pas s'éclaircir avec lui sur les raisons qui l'empéchoient d'entrer en cette affaire ; lesquelles en effet étoient de telle nature qu'on les garde en soi pour y conformer sa conduite , et non point pour les divulguer , sçachant bien qu'elles ne feroient aucun effet, et ayant une entière connoissance du naturel des personnes qui dévoient entrer dans la caballe.
Quelque temps après , M. le prince revint à Paris toujours fort mal avec la cour; ensuite les négociations n'ayant rien produit, il s'en alla à Montrond avec M. le prince de Conti et madame de Longueville ; enfin en Guyenne, où il commença à se déclarer ouvertement contre la cour. Les principaux ministresquis'étoient opposés aux établissemens de M. le prince, l'avoient poussé autant qu'ils avoient pu à sortir de Paris; et quand il faisoit quelques ouvertures d accommodement , ils les tournoient du mauvais côté , toute cette eaballe souhaitant son élolgncment et que les choses se portassent à l'extrémité contre lui. Ces messieurs ne trouvoient pas aussi leur compte que M. de Bouillon et M. de Turenne demeurassent à la cour. Dans ce temps-là elle alla à Bourges et de là à Poitiers en se cachant aux deux frères , persuadée que ce traittemcnt les mettroit dans le parti de M. le prince ou dans celui de M. d'Orléans qui se for moi t à Paris. M. de Turenne fut toujours d'avis de demeurer plutôt quelque temps inutile que d'entrer dans toutes ces intrigues.
[1653] Cependant M. le duc d'Orléans et le parlement de Paris étoient allarmés du retour de M. le cardinal Mazarin^ qui , ayant demeuré
en Allemagne depuis la sortie de prison de H. le prince, s'en revint joindre la cour à Poitiers, avec quatre ou cinq mille hommes qu'il avoit levés , et de quelques troupes qu'il avoit priia sur la frontière. M. de Bouillon étoit au pin fort de ses affaires qu'il sollicitoit ao parlemeot* ce qui retint M. de Turenne à Paris no moli plus qu'il n'eût désiré, car il voulolt arrivera la cour en même temps que M. le cardiul Mazarin. Aussitôt que les affaires de M. de Bouillon furent conclues, M. de Turenne, s'a allant à Poitiers , sçavoit que la conr seroitd changée par le retour du cardinal que M. de Bouillon et lui y seroient bien reçus , M. le cardinal ayant toujours écrit des choses fort avantageuses pour eux dès qu'il sçut qu'ils n'étoient point embarqués avec M. le prince , m lieu que ceux qui environnoient le Roi,da]i l'absence du cardinal , n'avoient cherché qu'à nuire aux deux frères.
M. de Turenne trouva la cour entièrement gouvernée par M. le cardinal ; mais les affairei étoient dans un grand trouble, tant par la guerre que M. le prince faisoit en Guyenne que |Mr les troupes de M. le duc d'Orléans , qu'il avol fait rassembler sur la rivière de Loire. D'ailleurs le parlement de Paris avoit mis à prix b tête de M. le cardinal Mazarin , et s'étoit ei* ticrement lié aux intérêts de M. le duc dXlrléans. La cour quitta Poitiers pour aller à Su* mur , escortée des troupes que M. le cardinal avoit emmenées. M. le maréchal d'Hocquioeoort les mena ensuite devant Angers , qui se rendit après quelques jours de siège, et on prltainri le pont de Ce. La cour s'en alla de là à Toortel ensuite à Blois. Dans le temps même M. de Ne mours emmena six mille hommes de Flandre, composés des troupes de M. le prince , et der^ gimensalleroansque les Espagnols lui avolert donnés. Ils ne trouvèrent aucune diffienltéà traverser la France , n^y ayant point de trooptt à leur opposer, et vinrent Joindre les tnnptt de Gaston près d'Orléans , laquelle Yflle , ftf l'arrivée de Mademoiselle , demeura dam le parti des princes.
Dans ces circonstances , la cour assembla da troupes qui étoient vers Montrond et en fit venir de Champagne , et M. de Turenne en •^ cepta le commandement. On crut à la cour qiH feroit difficulté que M. le maréchal d*Hoeqdi* court le pût joindre avec le corps qui avoit rt* mené M. le cardinal Mazarin ; mais voyiat qu'il falloit aller au bien des affaires , dansn temps où elles étoient en si mauvais état,l n*en fit point de scrupule^ et deux jours apr^ craignant que rcnnomi ne se saisit du pont de
MBMOIRBS DU VICOMTB DB TUBENNB. [t65S]
ergeao, il s'y en alla. M. de Palluau y étoU rivé QD jour auparavant par son ordre et ^t fait rompre une partie du pont. Comme . de Turenne y arriva avec fort peu de gens, imée du Bel étant à six ou sept lieues de là , fltfaeeoinmoder le pont pour donner Jalousie tx ennemis et faire croire qu'il vouloit les taquer , ne croyant pas que de leur c6té ils figeassent à forcer ce pont. Gela ne Terapécha vd'y marcher; il ne s'y trouva au commenment que deux cens mousquetaires du régint d'Uxelles, sans munitions. On se hâta 7 faire marcher trois ou quatre régimens tohnterie qui étoient à deux heures de là ; aïs durant le temps qu*ils furent à y arrlr, les ennemis firent leur plus grand effort emportèrent plus de la moitié du pont. M. de irenne , M. le maréchat d'Hoequincourt et ineoup d'officiers firent une barricade dans qui leur resta du pont , n'ayant plus de sol- Il qui pussent tirer , faute de munitions, et eanon des ennemis les Incommodant beauip. M. de Longpré y fut blessé d'un éclat y et Mcoup d'ofllciers. Enfin, après avoir soutenu poste long-temps contre toutes les troupes Tenneml, les régimens arrivèrent: ce qui l^ea les ennemis à demeurer de l'autre côté l'eau. La cour passoit assez proche de là ur aller à Sulli, et on fut plus de trois heures int que cette infanterie arrivât : si Fennemi t fidtun effort à cette barricade, il auroit talnement emporté le pont et eût fait courir md hazard au Roi et à la Reine, qui eussent Mlgés de se sauver avec peine , Tarmée tant pas ensemble. On rompit le pont de rgean , et comme celui de Gien étoit de ode conséquence , on y marcha avec toute mée, qui y passa deux jours après la rivière Loire , et la cour vint s'y établir.
kk eut nouvelle en même temps que M. le lee étoit venu de Gulenne joindre son armée e six ou sept personnes avec lui ;>et après que rebelles eurent fait grandes réjouissances de 'enoe, il marcha a Montargis, qui se rendit (it6t , n'y ayant personne dedans. Son ari étoit forte de six à sept mille hommes de . et cinq mille chevaux, composée de troupes f • d'Orléans , des siennes et de ce renfort flandre. Celle du Roi avoit quatre à cinq e hommes de pied et quatre mille chevaux. oit au mois d'avril , et il n'y avoit pas moyen ubsister ensemble à cause du fourage ; de B que l'armée du Roi , après avoir passé la ^e de Loire à Gien , marcha derrière lecade Briare pour pouvoir un peu selargir. le maréchal d'Hocquincourt se logea à Ble-
neau avec toutes ses troupes , et M. de Turenne avec les siennes à Briare ; le lendemain il s'en alla dfner à Bleneau avec M. le maréchal d'Hocquincoorty qui lui dit qu'ayant envoyé des partis vers Château-Renard , on lui avoit rapporté que M. le prince marchoit vers la Bourgogne. Comme M. de Turenne l'eut quitté et fut revenu à son quartier, il sçut, à sept heures du soir, par un homme que M. le maréchal d'Hocquincourt lui envoya , que M. le prince marchoit droit à Bleneau ; et, en effet , M. le prince, ayant appris que les quartiers du marédial étoient un peu séparés, marcha droit à Châtillon , et de là au canal sur lequel M. le maréchal d'Hocquincourt avoit logé ses dragons : le prince, les ayont emportés sans nulle résistance , passe le canal avec toute son armée à l'entrée de la nuit. M. le maréchal d'Hocquincourt , ne croyant pas que sa marche pût être si diligente , et se fiant sur ce que ses dragons tiendroient plus de temps au passage du canal , avoit un peu attendu avant que de rassembler ses troupes; mais étant averti que les dragons étoient attaqués sur le canal , il manda promptement sa cavalerie qui étoit fort proche de lui et marcha où étoit l'alarme. Il trouva M. le prince passé, et voulant s'opposer à lui derrière un viliage qui étoit déjà assez loin du passage , il chargea deux ou trois fois avec sa cavalerie qui fut rompue; son infanterie, n'ayant pas eu le temps de venir au rendezvous , se retira dans Bleneau. Le peu qui se trouva en campagne fut dissipé ; mais comme c'étoit la nuit , la cavalerie ne perdit pas beaucoup de gens : son bagage fut tout pillé ; et les ennemis n'osant les suivre que lentement, M. le maréchal d'Hocquincourt , après avoir fait tout ce qui se peut dans l'action , se retirant avec une l>onne partie auprès de Bleneau, marchoit sur le chemin de Saint-Fargeau.
M. de Turenne, dès qu'il fut averti que l'ennemi marchoit, envoya promptement à sa cavalerie , qui étoit dans trois ou quatre villages à une lieue de lui , et leur manda de se rendre entre Bleneau et Ozouer où étoit M. de Navailles avec quatre régimens. Pour lui, il s'y en alla en diligence avec l'infanterie qu'il avoit dans son quartier. Comme il arriva sur les hauteurs auprès d'Ozouer, il apprit , par des gens qu'il envoya à M. le maréchal d'Hocquincourt pour lui dire qu'il marchoit, que l'ennemi étoit en pleine marche entre Ozouer et Bleneau. Il vit deux ou trois des quartiers de M. le maréchal d'Hocquincourt en feu ; et comme c'étoit la nuit , on entendoit, en s'éloignant un peu des troupes, les timballcset les tambours de l'ennemi. Quelques gens s'ctolent voulu fiatter que ce n'étoit qu'un
MBUOlfifib DU MCOMTB OE TUBKKNF. [1652]
fort parti ; mais on connut bien en ce tempslà que toute l'armée de M. le prince y étoit. M. deTurennc n*avoit auprès de lui que deux régimens de cavalerie et deux mille hommes de pied , toute la cavalerie n*étant pas encore au rendez - vous , qui étoit , comme j*ai dit , entre Ozouer et Bleneau; néanmoins M. de Turenne, voyant que s'il n'alloit au-devant de sa cavalerie elle seroit coupée par Tennemi et par là son armée mise en déroute et toutes les affaires perdues, jugea qu'à la faveur de la nuit il pouvoit hasarder cette marche , quoique fort proche de l'ennemi , et s'en alla vers Bleneau , espérant trouver sa cavalerie en chemin. On n'avoit point de guides, et on écoutoit de temps en temps pour sçavoir si on ne s*approchoit pas trop de l'armée ennemie. A la pointe du jour il se trouva dans une grande campagne , et résolut d'y attendre sa cavalerie quMl vit paroltre comme le soleil se leva. Dès qu'il l'eut joint , il aima bien mieux marcher droit à M. le prince , quoiqu'inférieur à lui de deux tiers en troupes, que de l'attendre et lui donner le temps de défaire entièrement M. le maréchal d'Hocquincourt. Comme il eut marché un quart de lieue dans la plaine , il trouva un petit bois , et commanda à sa cavalerie et à son infanterie de faire halte en-deçà , et avec six escadrons il passa au-delà et vit toute l'armée de M. le prince qui s'avançoît, ayant cessé de poursuivre !Vf. le maréchal d'Hocquincourt , sur ravis qu'il eut que M. de Turenne marcboit à lui. H commença à faire repasser ces six escadrons, sçachant bien que^ s'il vouloit opiniàtrer à ce petit bois M. le prince, il n'avoitpasde l'infanterie capable de soutenir contre la sienne , et que M. le prince après a\'oir chassé par le feu son infanterie hors du bois, ki cavalerie seule feroit peu de résistance , et surtout après avoir été endommagée par le feu qu'il eût fallu essuyer en soutenant l'infanterie.
Avant que M. le prince arrivât dans le bols, M. de Turenne fit retirer toute son infanterie et se mit en bataille dans une telle distance que l'infanterie de M. le prince ^ qui étoit dans le bols, ue pouvoit pas l'endommager, et de manière aussi qu'il ne pouvoit pas se mettre en bataille, ne lui ayant pas laissé assez de terrain. On demeura quelque temps en présence , M. le prince ayant étendu ses deux ailes , €t ifaisant contenance de vouloir passer en bataille ce petit bois, où il n'y avoit , pour venir à M. de Turenne, qu'une petite chaussée qu'on relève pour discerner les héritages*
Comme on eut demeuré quelque temps en cette posture , cl que rarn>ée de M. le prince ne
paroissoit plus dans le bois , M. de Torenoe, croyant qu'elle marcboit à couvert et qu'elle vouloit gagner un lieu plus éloigné de lui oà elle pourroit se mettre en bataille, marcha dam la plaine vers le lieu où les ennemis fiMat; mais M. le prince, croyant qo*il se retiroit, commença à faire passer son armée : ce que M. de Turenne ayant vu, fait en diligence toor ner tète , et revient en bataille au même Ken qu'il avoit quitté; mais il empédia de charger les ennemis. M. le prince repassa en mtee temps la chaussée, et M. de Turenne, ayant bit avancer son canon , fit un grand effet sur ici troupes des ennemis, dont il y eut quantité d'officiers et de soldats tués.
En ce temps-là, M. le maréchal d*Hoo(iiiiicourt , s'étant bien douté que M. de ToreDnene se seroit pas retiré, arriva avec sa cavalerie,» lieu de repasser la rivière de T^ire, eomw beaucoup de personnes lui conseillolent. M. de Bouillon vint aussi avec beaucoup de pertonM de qualité de la cour qui étoit à Gien, où quelques gens s'étoient sauvés, assurant que Tamée étoit entièrement défaite. On attendit es peisence les uns des autres jusquà la nuit, et et se retira de part et d'autre , l'armée du Roi à Briare , et celle de M. le prince à Châtilki, qui , n'ayant point attaqué l'Infiinterie demeirée dans Bleneau , vint la nuit diaprés rcjoiaAe l'armée. M. le prince partit quelques Jean afvèi de Châtillon; son armée gagna Montargif,ct il s'en alla à Paris, où 41 crut sa présenee fié* cessaire. L'armée du Roi ayant marché à Siii- Fargeau , M. de Turenne crut qa*en faisant «e grande diligence, celle du prince ne prendroit pas en son absence si prompteroent une résoii* tion de marcher, et qu'on pourroit gagner le devant, se mettre entre Paris et les enncaiii pour assurer au Roi Corbeil et Melun, eofécher les recrues qu'on faisoit à Paris de venir i l'armée des princes , leur ôter la commuDici* tion de cette capitale , et par là causer la perte totale du parti.
La cour alloit par Auxerre et par Sens jfftt gagner Melun , pendant que l'armée, laiiitfl Montargis à gauche, approehoit assez prèspov donner jalousie à l'armée des princes, et, ontchant jour et nuit , arriva à Moret , où l'oiiipprit que les ennemis , partant de Montargii, voulolent gagner par La Ferté un miaaeeuifd passe à Villeroi; mais ayant délogé troptvi, comme M. de Turenne l'avoit prévu, fiiiiledB chefs et de ne pouvoir se résoudre asMi tf^i l'armée du Roi passa la rivière à Moret, et de là , marchant par Fontainebleau , arriva à U Ferté une heure avant celle des princes, qo^
MBIlOtJIRS DU VICOMTE »B TIIBBNNE. [I6ô2]
^continuer son chemin vers Villeroi, aehe vers Estampes, où elle se mit après avoir laissé exécater son deslée du Roi, qui se iogea à Gliartres , quantité de prisonniers qui alloient Tarmée des rebelles.
rintàMelun, et M. deXurenne étoit iu*elle s*en allât droit à Paris , où !t M. le prince étoient sans troupes ient plus faire aucun fondement sur : d'ailleurs il y avoit dans la ville es eaballes contr*eux , que le peuple is les armes contre le Bol appuyé de Il y eut des raisons qui l'en empé- I n'étoient pas sans apparence : ainsi alla à Sainct-Germain (i) , où , avec nies des gardes et des gens commandée, on prit presque tous les passages Paris, après avoir défait quelques Q étoient sortis , et les avoir repdus- IX portes des fauxbourgs.
is Jours après son arrivée à Saint-Ger- Di écrivit à M. de Turenne pour ornpécher le pillage que fesaient les Tarmée qu'il commandait :
iQsin, recevant des plaintes de toutes lésordres extrêmes que commettent de mon armée que vous commandez, de leur camp et allant piller à la et dans les villages, n'espargnant les maisons seigneurial les, et ne int souffrir la continuation de cette préjudiciable à mon service et au es subjects , je vous fais cette lettre lire que mon intention est qu'aussy- »us l'aurez reçue , vous ayez à faire )rtant deffcnse très expresse, sur vye , à tous officiers, chevaux-légers le s'écarter de leur camp pour aller la campagne, et à establir un corps la teste de votre camp, de cinquante Hnmandés par de bons officiers, qui
tTâUer à Saint-Oermaio . la cour séjourna ps â Corbeil , comme on le voit par la lettre -eué^ au maréchal de Turenne» et dans lai donne « ordre d'envoyer sur le chemin de lint-Germaln les troupes pour Tescorte du idit Saint-Germain : »
Bsin, je vous faicts celle letlre pour vous 18 ayez à envoyer demain , de très grand lilly , la compagnie de gendarmes et celle légers de la Roy ne . madame ma mère , et 'aox-légers de mon cousin le cardinal Mazanrvlr à mon escorte , allant dudit Ghilly à lin.
pour le même effet, vous fassiez aussi trourand matin . à Blévrc , les unze compagnies
s'employent à empescher les picoreurs de s*écai ter , et particulièrement du costé de Paris , et t\ arrester ceux qui reviendront chargés de butin , désirant que les fassiez mettre entre les mains de leurs ofQders pour être punis sur le champ, suivant la rigueur de nos ordonnances ; et parce que les troupes qui ont escorté la duchesse de Ghâtillon , allant à Paris , ont commis divers désordres en retournant joindre l'armée, et qu'entre autres choses ils ont pris neuf chevaux au fermier de la maison de Berny , ap • partenant au sieur de Bellièvre, président en ma cour de parlement, et cinq en celle de Seaux , appartenant au sieur marquis de Gesvres , capitaine des gardes de mon corps , je veux et entends que vous obligiez Tofficier qui commandoit ladite escorte de les faire restituer et que vous Fen rendiez responsable en son propre et privé nom; et affln que vous soyez informé de ce qui se passe icy, je vous diray qu'en suite de la proposition que mon frère le roi de la Grande-Bretagne me fist à Gorbeil, d'entendre à un accommodement avec mon oncle le duc d'Orléans et le prince de Condé , laquel!e j'acceptay très vollontiers, ils ont envoyé veis moy,en ce lieu, le duc de Rohan et les sieurs de Chavigny et Goulas, lesquels ayant entendu cette après-dlnée , Ils ont fait des propositions si esloignées de raison qu'il n'y a point d'apparence qu'il en puisse réussir aucun accommodement, et ils se doivent retourner à Paris demain matin pour revenir le même jour au soir. G'est ce qui m'oblige de vous dh*e que je désire que vous redoubliez vos soins , essayiez de prendre sur les ennemis tous les advantages possibles , et surtout que vous empêchiez que, soubs prétexte de ce pourparicr d'accommodement, les officiers des troupes ne quittent mon armée. Â quoy m'assurant que vous donnerez l'ordre nécessaire-, selon vos soins et vos affections accoustumées , je ne vous feray la présenta plus longue que pour prier Dieu qu'il vous
du régiment de mes gardes françoises. et deux de celui de Suisses, pour m'y attendre h. mon passage et me suivre jusqu'à Saint-Germain . les faisant, pour cet effet, marcher dans la nuit, en sorte qu'ils s'y puissent rendre précisément à huict heures du matin , désirant que les équipages de la cavalerie suivent ladite infanterie. Je vous dirai aussi que je donne présentement ordre au H'giment d'infanterie écossaise de Douglas et aux compa- %ïï\e» de celuy de la couronne d'aller joindre madiic armée, et je vous adresse des copies de tous les ordres que jeleur^iy faitexpédier, afin que vous envoyiez au-devant pour les recevoir , en sorte qu'il ne leur puisse arriver d'inconvénient; c'est ce que je vous dirai par celte lettre . priant Dieu qu'il vous ayt . mon cousin , en sa sainte et digne garde.
» Escript a Corbeil , le *26 avril 1052. »
HBMOIBBS DU VICOUTB DE TUBBNNB. [1657]
ayt, moD cousin , en sa sainte et digne garde. » EscriptàSaint-Germain-en-Laye, le28 avril
» Louis.
» Et pkis bas : Lb Tbllîbr. »
Cette lettre précéda de quelques jours seulement la suivante, adressée aussi à M. le maréchal deXurenne, sur des excès commis par des cavaliers de Tarmée qu'il commandait , qui avaient tué de sang-froid des habitants de Melun qui allaient à la recherche de leurs bestiaux pris :
" Mon cousin , j'ai reçeu avec un très grand desplafsir la plainte qui m*a esté faite par les habitans de Melun , avec une lettre du sieur vicomte de Montbas , qui me confirme ce que ladite plainte contient , qui est que, le onzième du présent mois, soixante ou quatre-vingts chevaux légers allemands , et autres troupes étrangères de mon armée que vous commandez, ayant emmené cent cinquante vaches des environs de ladite ville, dont les habitans avoyent desjà perdu plusieurs chevaux de labour, qui leur avoyent esté aussy emmenez ; et plusieurs des plus notables bourgeois de ladite ville estant allés avec des pauvres gens , à qui ces vaches appartenoient , tous sans armes , pour les retirer des mains de ceux qui lesavoient volés, en leur offrant de l'argent pour cet effet, ils auroyent tué de sang-froid plusieurs desdits habitans et pauvres gens qui estoient avec eux ; ce qui, avec raison , a tellement touché ladite ville, qu'il en pourroit arriver beaucoup de préjudice à mon service, s'il n'y estoit pourveu ; et voullant que les coupables de cette cruauté et viollances soyent punis , et traiter favorablement ceux de ladite ville , non seulement en cette occasion , mais en toutes autres , pour les preuves qu'ils m'ont toujours rendues et qu'ils me donnent continuellement de leur fidélité et affection à mon service, je vous fais cette lettre pour vous dire qu'aussytost que vous l'aurez reçue, vous ayez à faire rechercher exactement dans toutes les troupes de cavallerie de madite armée , qui sont les cavalliers et autres qui sont allez audit Melun y enlever des bestiaux , et ont tué lesdits habitans ; que vous les fassiez arrester et punir aussy exemplairement que leur insigne crime le mérite , et que cependant vous fassiez restituer auxdits habitans , et particulièrement tous les chevaux et bestiaux qui leur ont été pris, comme vous le verrez plus particulièrement par la lettre cy jointe dudit sieur de Montbas, à laquelle me remettant , je vous asseure que le soing que vous en prendrez me sera aussy agréable que la
chose est de conséquence pour la Justice et k bien de mon service ; désirant que vous me Aii« siez sçavoir s'il aura esté satisfait à ce qiieit en cela de ma volonté. Et sur ce je prie Diee qu'il vous ayt , mon cousin , en sa sainte d digne garde. » ]
L'armée des princes demeura quelque tempi à Estampes et celle du Roi à Chartres : comme Mademoiselle à son retour d'Orléans resta à Estampes deux jours, et qne l'on eut avisqee l'armée des princes n'avoit pas été an fourage, voulant faire revue devant elle, et que lemésH jour qu'elle viendroit à Chartres pour passer i Paris avec un passeport, l'armée Iroit av fin* rage , M. de Tureone proposa à M. le marécU d'Hocquincourt, qui le trouva fort à propos, di laisser tout le bagage à Chartres , de mardw toute la nuit , et de se trouver à deux ou troii heures de jour auprès d'Estampes , pour voir ce qu'il y auroit à entreprendre. M. de TureoM espéra toujours que M. le prince n'^ant poioti l'armée, les offlcieri-généraox ne prendroicst pas une fort bonne posture devant nn enneni; ce qui arriva: l'armée des princes n'alla poiotn fourage,et Mademoiselle ne la vit en revue fie le matin que les troupes du Roi approebèrênt d'Estampes. L'armée des princes étoit asnrément beaucoup plus forte que celle do RoL Os marcha en diligence, espérant la trouver en enpagne , et M. le maréchal d'HocquIncourtavolt l'avant-garde. En arrivant sur le haut d'b* tampes,on vit que les ennemis se retinrent dvi la ville; on continua à marcher Josques sur II hauteur du fauxbourg , où l'on vit beauooip d'infanterie et quelques escadrons ; on apperfst en même temps sur une hauteur, derrière le fauxbourg , beaucoup de cavalerie en bataille; mais comme il y a deux ou trois faozbooifi, une ville assez grande, un pays ooopé de dos ruisseaux , et beaucoup de hauteurs , on pomnit mal aisément discerner la posture de renneDi. On résolut d'attaquer ce fauxbourg où étoit a corps d'infanterie qui avoit fait un retramtement tout autour, et il y avoit un ruisseau l^ vant. Le combat fut fort opiniâtre : M. le comte Rroglio, M. de Navailles et M. de Vaubecouit y firent très-bien , et l'infanterie oombittit long-temps à coups de main ; quoique œlleèi Roi y fit parfaitement son devoir, ce ne fotqte le régiment de Turenne qui emporta à la gaoÂe l'infanterie des ennemis : beaucoup d'offldcff et de soldats des autres régimens s'étant joinli à leurs drapeaux , quatre ou cinq régimens de cavalerie entrèrent dans le fauxbourg et rompirent la cavalerie de l'ennemi qui soulenoit son infanterie ; on fit prendre au régiainl
MÉMOIRES DU VICOMTE DE TUBENNE. [iCSS]
8 le poste du fauxbourg qui regardoit , où le régiment de Son Altesse et de loc étant enfermés, faisolent de grands oor reprendre le poste , afin de pouvoir leconder leurs gens dans le fauxbourg : même le régiment dTxelles avoit été léqull commençoit à quitter son poste.
Turenne , ayant rencontré le régiment lerie du mestre-de-camp , marcha en e avec lui pour soutenir ce régiment , X reprendre son poste qu*il garda toupols, M. le maréchal d'Hocquincourt >ien dans le fauxbourg ; et après trois le combat , on défit entièrement neuf 8 d'infanterie et quatre ou cinq escas cavalerie, on prit deux mille prisonquantité d'officiers.
ue Faction du fauxbourg fut passée , la B de l'ennemi , qui étoit sur une hauteur, ans la ville; Tarmée du Roi s'en alla à 3 de là et le lendemain à Chartres ; deux rès on se logea à Palaiseau , afin d*ôter I communication de Paris au corps d'ar- L étoit à Estampes , et on commanda cavalerie de l'armée pour aller trouver qui étoit à Saint-Germain , avec lequel quelques compagnies des gardes, M. de ) reprit TIsle-Âdam , ensuite Saint-Deim laissa garnison , et l'on poussa tout toit sorti de Paris jusques dans les portés avoir fait beaucoup de prisonniers.
le d'Orléans et M. le prince étant à Paouvoient avoir aucun secours de leur t n'avoient auprès d'eux que quelques
le il n'y avoit plus que les troupes deà Estampes qui donnoient vigueur à à toutes les villes du parti en deçà de !, M. de Turenne crut qu'il falloit s'y principalement, et les obliger ou à sortampes, afin qu*il pût leur livrer haa lesy ruiner par la famine : il demanda » nécessaires à la cour ; mais elle ne put à beaucoup près ce ^u'il falloit pour k outils et les munitions de guerre. Mallanquement, M. de Turenne crut qu'il t pas rompre son entreprise , et qu'il n'y int de temps mieux employé qu'à tâcher )er ce corps d'armée , qui étoit le fondela guerre civile. Il marcha donc avec du Roi et alla se loger sur une montat près d'Estampes : eu y arrivant de enre, il prit, avant qu'il fût nuit, tounaisons qui sont hors la ville, après p d'escarmouches, ivoit dans la ville trois à quatre mille
hommes de pied et trois mille chevaux. Il logea les troupes que M. le marquis d'Hocquincourt avoit commandées, et qui s'en étoit allé à son gouvernement , à main droite, sous les ordres de M. de Navailles , et se posta lui-même à main gauche , tenant toutes les hauteurs du cûté d'Estampes ; il ne voulut pas s'éloigner d'un ruisseau de l'autre côté que l'on n'y fût bien retranché. On commença à faire une ligne contre la ville , qui n'en étoit éloignée que d'une bonne portée de mousquet ; on n'avoit pas besoin d'en faire par le dehors, n'y ayant point d'ennemi en campagne à craindre. Ceux de la ville faisolent souvent des sorties ; et comme le travail alloit fort lentement, à cause du défaut des outils, ^ peine le pouvoit-on mettre en état d'empêcher les chevaux de la sauter presque partout. En un jour que les soldats étoient au travail avec sept ou huit escadrons pour les soutenir, les assiégés sortirent de la ville , t^n tuèrent quatre-vingts ou cent, poussèrent la garde de ces sept ou huit escadrons et vinrent fort avant : presque toute la cavalerie étoit au fourage, mais tous les officiers y coururent, et on les repoussa assez vigoureusement : il y eut beaucoup de gens tués de part et d'autre.
Les lignes ayant été achevées, on s'appliqua à empêcher la cavalerie de l'ennemi de sortir de l'autre côté de la ville pour aller au fourage ; on prit les postes pour les resserrer en cet endroit, et il s'y passa tous les jours quelques actions. Les bleds de la Beaussé, qu'on avoit ramassés dans Estampes, faisolent subsister les assiégés quelque temps ; mais à la fin ils commençoient à être fort incommodés pour les fourages, lorsque M. de Turenne apprit que M. de Lorraine , qui avoit rassemblé ses troupes en Alsace et en Flandre, s'étoit engagé dans le parti des princes et qu'il marchoit vers Paris. Gomme il avoit assuré d'abord qu'il venoit pour servir la cour, on lui donna des vivres par toute la France pour son passage. Cette nouvelle fit changer à M. de Turenne toutes ses mesures ; et estimant qu'il ne pût mieux employer la campagne qu'à dissiper l'armée des princes, qui s'étoit trouvée, un mois auparavant, plus forte que celle du Roi, et composée de vieux régimens, il songea à faire quelque effort contre Estampes, pour voir s'il pourrolt l'emporter avant le temps que M. de Lorraine approcheroit , sçachant bien que, dès qu'il seroit à sept ou huit lieues, il falloit se retirer. N'ayant point d'équipage d'artillerie , on lui envoya les clievaux du Roi, de la Reine et des personnes de qualité , et on commença à faire une batlerie : les ennemis avoient, devant la muraille qu'on
UÊMOIAES 1)L VICOMTE UB TUBENMK. [l652]
vouloit battre, une grande demi-lune, qu'on emporta la nuit après un très-grand combat ; on en demeura maîtres Jusqu'au jour, et au soleil levé les ennemis ressortirent de la ville, et ceux qui gardoient la demi-lune ayant pris Tépouvante , l'ennemi la regagna : il n'y avoit poiut de tranchée pour y aller, ni rien de couvert qu'un vallon , qui en étoità deux cens pas. Toute l'infanterie étoit rebutée , et par le combat de la nuit , et par la perte de la demi-lune. M. de Turenne voyant, à la pointe du Jour, que rennemi laissoit le logement de la demi-lune en repos f s'en alla chez lui , mais ayant entendu Failarme II revint en grande diligence; il commanda à son régiment d'infanterie d'aller reprendre la demi-lune, lequel mettant ses drapeaux à la tète, sans aucunes troupes qui le secondassent, marcha par la campagne, et souffrant tout le feu de la courtine , entra dans le fossé de la demi-lune éboulée par le travail de la nuit, monta en haut, planta ses drapeaux sur le parapet, y entra, en chassa les ennemis et y établit un logement. Cette action se fit à la vue de toute l'armée , et fut estimée une des plus belles qui se soient faites depuis la guerre. Les assiégés laissèrent les choses en cet état Jusqu'à deux heures après midi : alors ils sortirent de nouveau avec quatre bataillons et vingt escadrons de cavalerie, dans le dessein d'aljer à la batterie et de reprendre la demi-lune; mais, après un combat qui dura fort long-temps, et où il y eut beaucoup d'officiers et de soldats tués ou blessés de part et d'autre, ils se retirèrent dans la ville sans avoir eu aucun avantage: on demeura ainsi roattres de la demi- lune , dont on continua d'abattre les défenses.
Vers le fauxbourgoù le régiment des gardes faisoitson attaque, on pratiquoit un logement pour attacher le mineur aux murailles de la ville; quand on apprit que M. de Lorraine (ayant conclu son traitté avec les princes qui le pressoient de hâter le secours d'Estampes) marchoit en diligence à Paris , il vint se loger avec son armée sur la rivière de Seine , un peu plus haut que Charenton ; on lui fit promptement amener un pont de batteaux de Paris. M. de Turenne, ne pouvant plus demeurer devant Estampes , ayant un ennemi derrière soi, sans ligues de circonvallation ni moyen d'aller au fourage, manda à la cour qu'il étoit obligé de lever le siège. Comme il n'avoit point d'équipage d'artillerie, on lui renvoya de la cour des chevaux. En deux ou trois voyages il retira son canon des batteries, et fit emmener toutes les munitions à deux lieues d'Estampes, dans un petit buurg fernf>é, et après il s'y retira avec l'armée.
Comme M. de Lorraine seul que l'on avoit levé le siège d'Elstampes , il demeura dans sw poste , et faisant valoir aux princes qu'il avoit fait lever le siège, il recommença à négocier avec la cour ; mais comme il a continué cette manière d'agir depuis qu'il est sorti de son pays, on ne faisoit aucun fondement là-deaos. M. de Turenne ayant avis qu'il n'étolt point retranché et qu'il étoit logé dans une plaiae, après avoir séjourné quatre jours depuis la levée du siège d'Estampes , commanda à son bagage de le suivre à Corbeil , où il le laissa. Ayant eu avis que M. de Lorraine avoit marché à Villeneuve-Saint-Georges , qui étoit un bien meilleur poste , il continua sa marche , traversa «a bois, et sçut que toute l'armée de Lorraine, ayant pris l'allarme , étoit logée sur une hmteur et avoit un ruisseau devant elle qui n'étolt point guéable. JM. de Turenne, malgré ect avantage, marcha à lui plus tôt. En arrivant nr une hauteur, vis-à-vis du camp de M. de Lorraine, le ruisseau entre deux, il envoya des pw* tis le long de l'eau , pour voir s'il n'y avoit poiit de pont ou de gué ; ayant appris qu'à une demilieue du camp des ennemis il y avoit un pont que l'on pouvoit raccommoder, il y marcha ei diligence, y fit remettre quelques pianchei,cl s'étant emparé d'une maison au-delà, commeoei à faire défiler ses soldats un à un sur ce pont
M. de Lorraine ne vouloit pas bouger de son camp , ayant fait faire en diligence six redoutes du côté de la plaine, et étant couvert par b flancs de la rivière , d'un bois et du ruisseiB. Les troupes du Hol étoient déjà passées à Tatrée delanuit; et M. de Turenne, voyant qw s'il ne gagnoit le pont sur la Seine, que M. de Lorraine avoit fait monter avec lui, l'anBée. d'Estampes vicndroit joindre ce prince, avoit hâté sa marche pendant toute la nuit par d»i défilés , et se trouva au point du Jour avee toote l'armée dans la plaine , où il n'y avoit plus riei qui pût l'empêcher d'aller au camp des enn^ mis. Si l'armée des princes eût Joint eelie da Lorrains , il ne falloit pas que l'armée do M se retirât, mais que la cours'en servit poorret* cortcr à Lyon. Les choses étoient dans onesitiAtion si critique, que deux ou trois heures ai« roient pu changer la face des affaires. Quand le point du jour fut venu , on se remit un peu de l'embarras causé par une marche pendant U nuit , et l'on s'avança eu ordre droit au campde M. de Lorraine. Ce prince, ayant négocié à sm ordinaire tous les jours précédens, envoya son capitaine des gardes trouver M. de Tnreaoe dès qu'il sçut qu'il marchoit à lui ; cepeodaBt il faihoit travailler à faire les lignes l'otto i&
MÉMOIRES DU VICOMTE DE TURENKE. [1652
tdoutes du côté de la plaine. M. de Beaufort loit dans son camp avec mille ou douze cens tommes des troupes des princes. M. de Turenne CDtit d*abord que ce capitaine des gardes ne floolt que pour retarder sa marche , et comme I n'y avoit rien si fort à craindre qu'une négolatioo , sans s'approcher du camp des Lorrains, 1 ne perdit pas un moment et s'avança vers le aunp, voulant s'assurer avant toutes choses si es troupes d'Estampes ne passoient pas sur le ml, et, à quelque prix que ce fût , attaquer L de Lorraine avant qu'elles l'eussent Joint, oates les affaires de France dépendant klà.
On étoit bien à une lieue et demie du camp piod le capitaine des gardes arriva à l'armée hBoi, et l'on demeura près de trois heures itiDt que l'armée , qui marchoit en bataille, Ikloiit proche du camp de M. de Lorraine. Alors le capitaine des gardes s'en retourna, et revint lORvent après trouver M. de Turenne, qui ne iwloit entendre à aucune négociation , à moins |ieM. de Lorraine ne sortit de France avec son née. Le roi d'Angleterre ( 1 j, qui étoit arrivé le
(1) Le Roi envoya âu maréchal de Turenne des « ordres irit ccisatioD d'armes accordée aux ennemis pendant m Jours, par Tenlremise^du roi de la Grande-BreiSne.»
« Du 7« de Juin 1652, à Melun.
» Mon cousin , le roy de la Grande-Bretagne m'ayant Ict diverses et pressantes instances pour une cessation irmes par deçÀ pendant quelques jours, me faisant gw^re qae par qo moyen il pourroit s'employer utinenl pour ménager un bon accommodement qui, resbllasani le calme dans le royaume, pourroit donner u à une poil générale, j'ay accordé ladite cessation d'ares pour hait jours, à commencer de demain huitième I présent mois , à la prière dudit Roy , et pour cette une fin; ce que j'ay faict d'autant plus volontiers, qu'il a «saeoré que le duc de Lorraine le seconderait ce grand soin pour y parvenir, ledit Roy ayant Bsme tiré parolle positive dudit duc que, ladite cessam estant accordée . il ne passera pas la rivière de jne, oo s'il Tavoit passée avec son armée ou partie d'i- Ile» il la repasseroit ; et que quand mesme mon oncle. doc d'Orléans, et le prince de Condé. refuseroicnt de Boer les ordres nécessaires aux trouppes qui sont dans «anpes pour cette cessation . il ne laisscroit pas ibaerver ce que dessus. Et désirant faire exécuter BClnellement de ma part ladite cessation , je vous fais Ue lettre pour vous dire qu'aussilost que vous l'aurez çnt, vous ayez à vous retirer a\ec mon armée de vani Estampes, dont vous ferez savoir la cause à ceux il y commandent . sans que l'appareuce du prompt leeèf de l'entreprise que vous faites, par le bon ordre le vous y aurez donné, estant logé à la porte de ladite Ile , ni aucune autre considéralion vous fasse retarder lire départ d'un seul moment ; que de là vous alliez rendre le poste que vous jugerez eslre le plus commode jur faire subsister inadile armée pendant cette suspen-
soir dans le camp de M. de Lorraine , envoya aussi de ses geus trouver M. le duc d'York, qui étoit avec M. de Turenne , lequel auroit mieux aimé combattre que de souffrir que Tarraée d*Ëstampes Joignit M. de Lorraine ; mais il désiroit bien plus encore le faire sortir de France avec son armée et le séparer entièrement de celle des princes, que de bazarder un combat douteux. Par le côté de la plaine, qui étoit le seul lieu accessible pour venir au camp , il y avoit un bois à la main droite, la rivière à gauche , et au front six redoutes achevées , lequel front étoit si étroit que M. de Lorraine, outre trois lignes de cavalerie, avoit encore mille chevaux de réserve; son infanterie étoit dans les redoutes et cinq cens mousquetaires dans le bois. Il étoit de quinze escadrons plus fort que larmée du Roi , qui avoit aussi quinze cens hommes de pied plus que lui. G'étoit une situation , comme il parut peu de temps après , où une petite armée pouvoit en combattre une bien forte avec avantage ; néanmoins M. de Lorraine, voyant l*armée du Roi à une demie portée de canon de lui , et tous les gens détachés pour Tattaque du
tlon , et pour l'employer ensuite. Sur quoi je vous ferai sçavoir mes intentions, et par ce que je charge le sieur de Yarenne de cette despéche , je me remets sur lui de ce que je pourrois adjouler, et de dire qu'outre ce qui est porté ci-dessus . vous preniez entière créance à ce qu'il vous dira de ma part. Et sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon cousin , etc. »
A Monsieur le maréchal de Turenne , pour lui dire de continuer la marche de Varmée, sans faire acte d hostilité contre les troupes du duc de Lorraine.
«Du 10 juin 1652.
» Mon cousin , vous sçavez comme j'avois envoyé le sieur de Beai^eu vers mon frère le duc de Lorraine, et ledit de Beaujeu m'ayant rapporté, hier au soir, assurance de sa part qu'il se rendrolt aujourd'hui près de moi avec mon frère le roi de la Grande-Bretagne, je renvoyé présentement ledit sieur de Beaujeu vers mondit frère le duc de Lorraine, pour le convier d'efTectuer ce dont il a donné parole. Et l'ayant chargé de vous aller trouver pour vous informer plus particulièrement de ce qui s'est passé avec ledit duc , j'ai bien voulu vous faire cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous continuiez votre marche avec mon armée que vous commandez, ainsi que je l'ai approuvé et résolu , et néantmoins sans faire aucun acte d'hostilité contre les troupes de mondit frère le duc de Lorraine ; et qu'ayant commandé audit de Beaujeu de retourner vers vous , ce soir, pour vous faire sçavoir si ledit duc exécutera ce qu'il a promis , j'entends qu'en cas que ledit de Bo;iujeu vous rapporte qu'il n'est pas en résolulion cl en disposition de le faire, vous ayez à ciécuter les résolutions qui furent hier prises avec vous.
A Kt sur ce je prie Dieu , etc. »
i DU VICONTË Dl It)B£HKE. [IGSS]
bois et des redoutes , et d'autres qui marchofent droit à son pont , qu'ii nvoit sous lui à Viileneuve -SBiDt-Geoi-geB , manda à M. de Turenne qu'il signeroit tout présenlement de sortir de France. Aussitôt M. de Turenne envoya de l'infanterie se saisir du pont sur la Seine, ayant fait dire par U. de Varennes , qu'avant toutes choses il vouloit eu être assuré. Ensuite on fit faire halte à l'armée, et les deux généraux signèrent le traitté psr lequel il Tut dit que M. de Lorraine maruheroit tout présentement avec son armée et sortiroit de France en douze Jours , suivant la roule dont il étolt convenu. M. de Lorraine laissa M. le comte de Ligneville et son capitaine des gardes en otage pour la sûreté de sa parole , el , ce qu'il y avoit de plus sûr, son armée prit une marche dans laquelle elle laissoit celle du Uol en état d'empêcher sa Jonction avec l'armée des princes , quand il eût voulu
• DaiejulDlftôa.
■ Mon couain . ijrant mi Informé par le ilcur de Beai^eu du traité que voui (vei fait avec mon Tière le dtic de Lorraine, et de tout ce qui l'eat paui! eo ceito ocraitOD , J'aj bien voutlu veut letmoigiier par celle lettre, quej'ay cnliéreincDt approuvé ledit traiclé et que mon Inlention Cil qu'il loit poucturiternent eiécaté; que pourcet «nèljerenvofG veri voui ledit ilear de Beau- Jea. et voui adrcue un mémoire conteDini la routie que dolbi lenir ledit due avec lun armée, en te retirant ver» le Luiembourg; qiie j'envoye aussi pré»enienient ren voua le aieur de Briaocon pour accompagner ledit duc dant a* marche et faire fournir am troappea de aon armée le* vivrca néeeaaairet, en l'employant à ce que ledit sieur duc les coDlInne dana le meilleur ordre qu'il
■ Et par ce que fordonne audit aleur de Beaujeu d'agir aupréa duilli duc pour la coocluaion du traicté particulier, des conditiona duquel il eat convenu avec luy. suivant riDSIructloDquejcIuyay falct donner, et lea Ordrea que voua cntcnilriez y dettvoir adjoueier , Je me remcia à ladite instruction et a co qu'il vous dira de ma part aur ce qui concerne cette alTalre , déalrant que voua luy donniez entière créance. Je vous diray seullemeat qu'en casque ledict ducdilTératt d'exécuter ce qui eai porté par le traiclé que voua avez faict avec luy, ou qu'il y conirevinsl. ce que Je ne croy qui arrite , mon intention eat que voua chargiez ton armée et prcnnlei lor luy loua lea adtantagea que vous pourrci, sans y perdre aucun moment de lempa. El aur ce je prie Dieu qu'il loua ajt, mon cousin , etc. »
/nslruetion donnée au lieur de Btauita , ('an aUant vert Jf. da Tarent» , (oucAont Je traief^ du <(uc àt Lorrain».
■ Le Roy ayant esté Informé, par le aleur de Beaujeu,
du traiclé qu'a falrtU. de Turenne. maréchal de France, lieutenant-général pour Sa Uajeaté en son armée, servant préa aa personne, avec SI. le duc deLcoraine, Sa Majesté l'a enlicremcot approuvé , et voullant qu'il soit
rompre son traité (i). Une heure après le triilU signé , l'armée de M. de Lorraine commeoçil défiler hors de ses retroncbemens et à a», cher devant l'armée dn Bol qui demeoroit ■ bataille; elle suivit sa route suivant la tnUf; On permit à M. de Beaufort de s'en tilsr i Bt ris avec ce qu'il avoit de troupes des prinM, dont la plupart se mirent dans l'armée da U pendant que le traitté se signoU. L'arméed^ tampes commeoçoit à paraître de l'atilre «Mde l'eau , et voyant l'armée du Roi entrer di* le camp de M. de Lorraine, qui prit la routeli ; Brie , elle marcha vcn Paris pour se metbaM | sûreté et se logea vers Saint-Cload.
Après que l'armée du Boi eut s^oané dm | Jouis à Villeneuve elle marcha vers Lagri,ii | elle passa la rivière et se logea près de Si» i martin , afin d'empécber le passage d'un c«|i \ de troupes qu'on disoit devoir arriver de FI»
eiéculé selon aa forme et teueur. Sa Uajealé ■ résikA ' renvoyer ledict sieur de Beaujeu, tnr ce aobtect. M ledict aleur de Turrooe, et luy a falet donner Itprfaent mémoire pour luy aerrlr d'Initractloa.
• Sa H^eaté, pour l'etécalion dudict traiclé. wêê^ . k M. de Turenne un mémoire dea lleui où moodit riM . de Lorraine dolbt loger , en ae retirant dn royaoae Û marchant ven le Lniembonrg , et pour Pai i iiiniapa et fkire fournir lei vivres am tronppeade leaMrii pur les babilaoa dea lleui , Sa Hajeaié ayant ebdaf b aieur de Bexancon . elle l'envoyé antay vers H. di hrenne pour recevoir ledict mémoire, avec nneriitéi 9a Majesté de ce qu'il aura a faire en accoropagMtf (^ dict duc. lequel sera joinet audlet mémoire.
s Et par ce que [edict dur eat eonveas avec MU sieur de Beaujeu des canditioni du IraieU qd It ei^ cerne en particulier, l'Intention de Sa Hajctté cM ^mparavBDi qoe tadieie rouite et ordre de Sa Tbtat aoyenl dealivrex audtet aleur de BeianfOii . U. dt !•renne eaaaye d'induire ledict duc i se rendra aufrii* Sa Majesté pour signer ledict traicté , et qn'll CMfiNBt avec lui d'un poaie oit ledict duc laissera ce penhaltM trouppesdc ton armée, obtenant de le cbot^r, OiM que ledict duc ne puisse avoir Jalouile de l'aialtil Sa Majesté pendant qu'il sera abaeot de la iIcbm.
> Et en caa que ledict duc fktae dHBrahd de Wk trouver Sa Majeité . elle déaire qu'il laj pcopost de N bourbe avec H. le cardinal Mazarin , lequel rsjitwl aniieudont l'on convleodra. avec pouvoir de Sa ■#» de conclure et signer ledict traicté avec Iny.
• Que al ledict duc rcITuze de faire ce traletd ftt» lier et qu'il ne veuille paa lalaser d'eiécuter cdsy ^ a faict présentement pour aa marche . lIoualMi é Sa Uajeité eat que ledict aleur de Turenne reOtSla* aa part, et mette èa maint dudict aleur de BetMfaab routie et l'ordre de Sa Majeité pour raecaapapv. auivanl ledict traicté ; qo'cn ce qui tera i Mn ant bdict due en cette occasion , ledlet aleur de BeavICi 1^ cute lea ordrea qui luy aeroni donner par M. de TvMfc auquel il fera voir la présente insIrocUoa , el ae rM^ tant aux ordrea dudict tieor de TureoiM dsttllV y pourroil adjnufler, ledii-t aieur de Beaujeu aéra aiaH>^ qu'elle luy sfaura beaucoup de gré dea ttntta^ continuera de luy rendre en cette oecaiioa.
■ FaU:tàHelun.leiejain15M ■
lIBUOiaBS DO VICOMTE DB TUAENKE. [1652]
dre, en coulant le long de la rivière d'Oise ; M. le prioce même s'étoit saisi de Poissi , afin de lui lonner moyen de le joindre.
La oour après avoir demeuré quelque temps à iehio 8*en vint à Lagni (i), où M. le maréchal le La Ferté vint la joindre avec trois mille hom- 0D8*en alla à Saint-Denis , on la cour de- , et on fit promptement venir des batde Pontoise pour faire un pont à Ëpinai, io de pouvoir marcher à Tarmée de M. le ■inee^ qui étoit campée auprès de Saint-Gloud. )ii trouva une isie dans laquelle on fit passer Ici mousquetaires sur un pont de batteaux, et moite on passa Tautre bras. M. le prince vint ivec quelques escadrons et deux ou trois cens ■ouaquetaires pour empêcher le passage , mais voyant qu*il y avoit beaucoup de canon déjà logé, et des mousquetaires que M. le maréchal le La Ferté avoit fait retrancher en diligence de rntre côté de Feau , il se retira en son camp, It à rentrée de la nuit fit passer son armée sur inz ponts qu'il avoit à Saint-Cloud, et marehidaDa Tintention d'aller à Gharen ton, croyant psle pont étant achevé, Tarmée du Roi y pMKTOit toute la nuit , et qu'ainsi la rivière seliit toujours entre les armées ; mais le plus imid corps de Tarmée étoit encore en-decà de
La cour eut un faux avis de Paris que l'armée hi princes marchoit déjà par derrière Montitrtre et eotoyoitlesfauxbourgs de Saint-Marla ; M. le cardinal en fit promptement avertir I. de Turenne qui s'en vint en diligence à Idnt-Denis toute la nuit, et commanda que
I] lettre du Roy à M. le maréchal de Turenne, pour l^y dire de marcher avec V armée qu'il commande à lâynif et de là à Ponthoise, et $ur ce qu'il y aurd à gmerêm
« Du 21 juin 1652 , àMelun.
» Mon cousin , croyant que yous aurez marché à igaj. f oivant ce que vous avez sçeu estre de mon in- ■tu» , Je vous faictz cette lettre pour vous dire que stlme que vous devez partir dés demain malin dudlt ■ de Lagoy pour aUer à Ponthoise , afin d'empêcher Jonction des trouppes des prinres, qui sont présente- Mi campées à Poissy et à Saint Gloud , à celles des pagnols venant de Flandre ;
• Que fi, estant audict lieu de Ponthoise, vous apre- !S que les trouppes des princes n'ayent point passé rivière de Seyne audict lieu de Poissy, en ce cas vous Tcnies passer à Mclun ;
• Que si, allant audict Ponthoise, yous apreniez que les «ppes des princes ayent passé ladicle rivière de Seyne, ■s BMrchiez droit à Greil pour y passer la rivière Me , et alUez ensullte vous poster avec mon armée rla rivière du Terrain qui passe à Beauvais, pourem- Aer la Jonction des trouppes desJicts princes à celles
• Espagnols, et combattre celles qui se présenteront I premières et que vous trouverez le plus à propos ;
» Que comme mon oncle le duc d*-Elbeur et mes
l'armée le suivit ; il manda aussi ù ce qui étoit dans l*islede repasser en diligence. M. le maréchal de La Ferté , à cause que toutes ses troupes avoieut passé l'eau , ne put suivre que cinq ou six heures après. Ainsi, à la pointe du jour, toute l'armée du Roi , hors le corps de M. le maréchal de La Ferté, se mit en bataille dans la plaine entre Saint-Denis et Paris. M. de Turenne s'étant avancé avec dix ou douze chevaux passa au travers de la Chapelle, et vit Tinfantcrie de l'arrière-garde du prince et quelques escadron» qui roarchôient près du fauxbourg. On croyoit le corps de Tarmée ennemie beaucoup plus avancé vers Saint-Antoine et Chareoton ; mois la nuit l'ayant arrêté au cours de la Reine mère, elle ne put commencer sa marche qu'à la pointe du Jour. Comme donc M. de Turenne eut vu l'arrlère-garde , il fit promptement avancer quelques escadrons de cavalerie et commanda au reste de l'armée de suivre. On les Joignit vers le fauxbourg Saint-Martin ; et comme leur infanterie filoit toujours, on chargea quatre ou cinq escadrons de l'nrrière-gnrde que l'on rompit, et on prit beaucoup d'officiers et de cavaliers prisonniers ; on continua à les suivre tout le long des fauxbourgs Jusqu'auprès celui de Saint-Antoine. Il y avoit une partie de leur avant-garde qui étoit d^'à vers Charenton ; mais ayant eu i alarme , elle vint se mettre en bataille auprès du fauxbourg Saint-Antoine où l'arrière-garde la joignit. M. le prince fit aussi tourner sou canon ; et comme la cavalerie de i*armée du Roi avançoit , il en fit tirer quelques volées contre elle qui attcndoit que l'infanterie
cousins les maréchaux dTstrées, d*Aumont , sont bien adverlis de la marche que doibvcnt faire les ennemis, vous teniez correspondance avec eux et que vous employiez le sieur d'Ibgy en tout ce que vous jugerez bon esire pour mon service ;
» Que , partant de Lagny. vous y laissiez le sieur de Mespas avec son régiment de cavalierie, pour servir dans le corps de trouppes commandé par mon cousin le maréchal de La Ferié-Senneterre, lequel y doibt arriver lundy prochain , auquel jour je partiray de cette ville et me rendray en celle de Meaux ; et comme j*ay toute conflance en votre prudence et bonne conduite, et qu'il sera besoin que vous changiez de résolution selon les mouvemens que vous feront les ennemis , je remets à vous de prendre celle que vous jugerez la meilleure , selon les advis que vous aurez de ce que feront les ennemis , apr^ prouvant dès à présent tout ce que vous résoudrez et ferez sur ces occurrences , sans que vous vous arrêtiez aucunement sur la seureté de ma personne; laquelle ( Dieu aydant ) sera entière où je seray, et désirant seulement que vous me teniez advcrty de ce que vous ferez et me donniez votre bon advis comme quoy Je debvray employer le corps commandé par mon cousin le maré-^ cbal de La Ferté-Senneterre lorsqu'il sera à Lagny, me remettant au sieur de Yarennes de ce que je pourroia adijouster à la présente. Et sur ce je prie Dieu, etc. *>
MBMOIBIS DU- VICOMTE DE TURENKE. [ir>r»S]
arrivât , laquelle, à cause des grands défilés qu*il y a autour de Paris , demeura un peu longtemps à venir , et donna le loisir à M. le prince de faire retirer toutes ses troupes dans le fauxbourg , où il trouva toutes les rues qui avoient des barricades faites: ce qui lui fut d'un grand avantage. Ces barricades s'étoicnt faites à dessein par les Parisiens, pour se garantir des coureurs de l'armée de M. de Lorraine, pendant qu'il étoit à Villeneuve-Saint-Georges. M. le prince fit mettre son infanterie derrière les murailles les plus avancées , et les fit percer afin que les mousquetaires pussent tirer , et il se mit en très-bonne posture.
Comme l'infanterie de l'armée du Roi arriva, on avoit cru qu*il seroit meilleur d'attendre le canon; mais la quantité de personnes de la cour qui pressoient , comme s'il n'y avoit qu'à avancer pour défaire entièrement les ennemis , obligea M. de Turenne de commander un bon nombre d'infanterie des gardes et d'autres régimens avec les gendarmes et chevaux-légers du Roi , et d'autres régimcns de cavalerie , pour donner par deux rues différentes. On emporta les premiers retranchemens ; mais comme il falloit passer un à un , et que Ton se mettoît en confusion pour suivre l'ennemi , on trouva dans les rues plus larges un corps de cavalerie où M. le prince se trouva et beaucoup de personnes de qualité, qui, chargeant cette cavalerie et infanterie qui entra en désordre, les repoussa sans résistance Jusqu'à l'entrée du fauxbourg. M. de Saint-Maigrin, lieutenant des chevaux-légers de la garde, y fut tué ( l ). On attaquoit aussi en même temps cette infanterie de M. le prince, passée derrière les murailles et dans les maisons ; le combat fut fort opiniâtre et on le^ emporta en beaucoup de lieux , mais ce fut après que le canon fut arrivé : on y prit même deux cens hommes dans une maison ; mais les corps des régimensde l'ennemi demeurèrent toujours derrière les grandes traverses du fauxbourg d'où ils avoient rechassé les nôtres. On leur prit, à la main gauche, une barricade que l'on garda , où il y eut beaucoup de leurs soldats tués ; mais on ne put pas passer outre en aucun endroit , toute l'infanterie ayant été fort rebutée dans ces attaques. En effet , M. le prince
(1) Le Roy escrivit. \c 5 juillet . a à messieurs les maréchaux de Turenne et La Fcrlé-Senneterre, pour envoyer un rolle de ceux qui furent tués ou blessés au combat du faubourg Sainct-Antoine. »
« Mon cousin . désirant estre informé qn sont les officiers de mon armée que vous commandez qui ont esté tués ou blessés en l'attaque de celle des princes , faicle le deuxième du présent mois , et faire dresser une
étant pressé , trouva par bazard un fauxbomg bien barricadé , son dessein ayant été d'alkr passer au pont de Charenton.
Comme on étoit l'un devant l'autre, le eoffi de M. le maréchal de La Ferté arriva : on résolut de faire encore une attaque générale, étaal renforcé de ces troupes-là. Mais en ce temps h ville de Paris ayant , par la sollicitation de Mi* demoiselle , ouvert les portes à l'armée de M. le prince , elle marcha par le milieu de la ville et s'en alla vers le fauxbourg Saint-Jacques. Le Roi étoit venu de Saint-Denis et demeura m une hauteur Jusqu'à la nuit ; et comme on eii marché pour cette seconde attaque, on ne trovn plus de troupes dans ce fauxbourg , ce quioWi' gea l'armée à se retirer avec le Roi à Saint* Denis.
Pendant que Tarmée des princes logeait m* tour du fauxbourg Saint-Jacques, il arriva « grand désordre dans la Malson-de-VilIe de Bi* ris. Le mauvais état des affaires des prioeei leur fit presser l'armée d'Espagne de partir de Flandre pour venir à leur secours : elle pirtt d'auprès de Cambrai , et , passant entre Saiit- J Quentin et Ham , s'en vint à ChaunI, où H. dV* beuf s'étant enfermé avec huit cens chevaux i ils le prirent prisonnier de guerre, et, en gardnt des otages, laissèrent venir les cavaliers à pied et prirent tous leurs équipages et chevaux.N.dé Lorraine, qui étoit demeuré sur la frontièftde France depuis ce qui s'étoit passé à Villeneafe' Saint-Georges , marcha aussitôt par la Cbaffl* pagne pour Joindre l'armée d'Espagne, laquelle^ après la prise de Chauni , s'en vint à Fin» Joindre M. de Lorraine.
La cour étoit à Saint-Denis quand on affcit la. marche de l'armée d'Espagne , et on enfop en Normandie pour sca voir slle Roi seroit ra{i à Rouen ; mais le mauvais état de ses aflUrei» causé par la marche de l'armée d'Espagne, fi croire qu'il n'y auroit point de sûreté poar le Roi à Rouen. On avoit, peu de Jours anpin* vant, parlé de traitter avec M. le prince. M. de Turenne étoit d'avis que l'on se relâchât dm beaucoup de choses , et que , pourvu que T» torité du Roi demeurât entière après VdMtt modement , que l'on ne pourroit pas lui domcr trop de choses pour sortir de cette affaire ; mih
relation exacte de tout ce qui s'est passé ca ccMe journée. Je vous falcts cette lettre pour Toas en que vous ayez a tirer « des commandai» de chefse corps, un mémoire bien particulier , contenaollesiefli et la qualité des officiers qui ont esté luéi ov bleeiésfl celte occasion, pour en dresser un mémoire géaéfil^ une relation exacte où toutes les partie ulariléfl deecoe action soycnl exprimées et présentées, m
HBMOIRRS L>U VICOMTB l)B TUBEKNF. [lGd2]
se relâchât , la marche des Espagnols 6té toute pente à s'accommoder. La >iivoit dans une extrême peine ; Paroi ne montoit pas à pins de huit mille celle des princes étoit de cinq mille à celle des Espagnols , jointe aux Lorit de vingt mille. La Normandie ne int recevoir le Roi. Le soir qu'on eut relie, M. de Turenne étoit au camp , irenu le lendemain à Saint-Denis , il e la résolution avoit été prise de s'en la cour vers la Bourgogne et vers snant seulement deux mille hommes orter. Il sçut cette nouvelle par M. de et lui dit aussitôt que tout étoit perdu loit cette résolution : il avoit assez de nce des affaires de Flandre pour sça- -bien que le Roi, en se retirant par I , donnerolt occasion aux Espagnols cer vers Soissons et Compiègne , qui pas résisté après le départ de la cour n. Il croyoit , au contraire , que si le M>lvoit à demeurer sur la rivière d'Oise, m armée marchât vers Compiègne, inée d'Espagne n'oseroit marcher à
re envoyé à MesHeun Ui maréchaux de lei de La Ferté-Senneterre, sur Us nouvel * on a apprises des ennemis et de leurs des-
«Du28jailleil662.
r ayant sçu parle chevalier de Bezançon, qui Iver cTaaprés du duc de Lorraine , que ledit té à six lieues de l'armée d'Espagne , qui est »-Dame de Liesse, et que ledit duc dict que gnols s'approchent de lui , il aura de la peine cher de les Joindre; qu'en tout cas, ce ne sera 'adyancer avec eux jusques à la Ferté-Milon, ionner moyen de détacher le corps qu'ils ont ir faire Joindre à celuy que les princes ont DS de Paris ; de sorte que. parce que l'on ap- I marche du comte de Fuensaldagne avec la- \ d'Espagne, des discours que ledit duc tient, res interceptées dudit de Fuensaldagne, parent de la dernière qui a esté envoyée auidits i, l'on peut Juger assurc^roent qu'encores que envoyé audit duc , par les sieurs de Joyeuse tout ce qu'il a tesmoigné désirer pour son acnenl, néanlmoins il se joindra avec les Espal qu'ils feront tous ensemble ce que lesdits réchaux auront vu par la dernière lettre que tsaldagne a projette ; bien que Sa Majesté ne s que lesdits sieurs maréchaux ne Teisscnt ce le plus advantageux à son service , toutesné à propos de leur faire scavoir , par le pré- >fre, ce qu'elle Juge debvoirestre fait sur cette
ble, qu'en cas que la jonction de l'armée d'Esc celle de Lorraine se fasse, et que les Espaacbent un corps pour envoyer auxdils princes, éeessaire que lesdits maréchaux se vinssent ibsLagny, pour observer l'armée des ennemis, r, autant qu'ils le pourront , la jonction du
Paris , de peur de laisser toute la Flandre dégarnie et Tarmée du Roi entre elle et eux ; que s'ils envoyoient un secours considérable à M. le prince, leur armée en même temps se retireroit en Flandre et ne demeureroit pas au milieu de la France qu'avec un corps beaucoup plus fort que l'armée du Roi. M. de Turenne croyoit donc qu1l n'y avoit point d'autre salut pour l'Etat que de demeurer avec le Roi entre Paris et l'armée d'Espagne. Il avoit encore la pensée qu'à toute extrémité , le Roi , avec un corps d'armée, étoit bien mieux dans une de ses places de la rivière de Somme , qu'en s'en allant vers Lyon , pour laisser une conquête sûre aux Espagnols , depuis la Flandre Jusqu'à Paris. On sçavoit aussi la mauvaise volonté de la Normandie , et que l'étonnement étoit si grand partout , qu'il y avoit peu de villes où on n'eût ouvert les portes aux ennemis : ce qui obligea M. de Turenne d'aller trouver M. le cardinal, qui donna tout aussitôt dans son sens; et allant voir la Reine , qui n'a Jamais trouvé de conseil trop hasardeux , on résolut que la cour iroit à Pontoise et que l'armée marcheroit en diligence à Compiègne ( i ). Aussitôt qu'elle y
corps qui sera détaché de rarmée d'Espagne à celui des princes, se remettant néantmolns à eux de faire ce que par leur prudence ils verront estre pour le mieux.
» Que cependant , qu*ils demeurent Joints ensemble avec le siéur maréchal d'Aumont, Jusques à ce qu*ils voyent certainement quel est le dessein des ennemis, et qu'ils aient subjcct de prendre une autre résolution selon les mouvemens qu'ils feront , sans que ledit sieur maréchal de La Ferté-Senneterre se destacbe pour venir avec Tarmée qu'il commande à Lagny, conune Sa Majesté luy avoit mandé de faire sur l'advis qu'elle avoit de la marche de Tarmée des princes dans la Brie , qui n'a pas esté confirmée.
» Pour cette fois , Sa Majesté mande présentement audit marescbal d'Aumont, de demeurer Joinct avec lesdits sieurs maréchaux, et de ne pas retourner sur la frontière que de concert avec eux.
» Sa Majesté luy mande aussi que si lesdits sieurs maréchaux Jugeoient avec luy qu'il fust à propos qu'ils se séparassent, elle désirerolt que pour incommoder les ennemis dans leur pays , pendant leur séjour dans le royaume, qu'il s'advançast avec les troupes qu'il a près de luy vers Sainct-Quentin, ou en telle autre poste qu'il trouvera plus à propos, pour entrer dans leur pays et s'en retirer lorsqu'il les y verroit retourner, et dont il pust asseurer les places qu'ils pourroient attaquer, ayant piincipalement l'œil sur Sainct-Quentin et sur Arras.
» Que, pour estre plus en estât de les endommager , il tirast de Sainct-Quentin et de Ham les gens de guerre qu'il y a Jettes, et demandant au sieur maréchal d'Hocquincourt les troupes dont il le pouvoit assister, et aux gouverneurs des places frontières les compagnies de cavallerie qu'ils commandent.
» Qu'il mist aussi ensemble ce qu'il pourroit de paysans de la Thirache, qui sont gens aguerris et capables de faire le dégast chez les ennemis , pour se venger de celui qu'ils ont souffert.
MBMOlfiKS DU VICOMTE DB TUBENME. [i65S]
arriva , on apprit par les partis que rennemi , ayant pris Chauni, marchoit à Fîsmes , étant joint à M. de Lorraine. M. le maréchal de La Ferlé prit quelque cavalerie et s'en alla vers Chauni que les ennemis abandonnèrent, n'étant pas un lieu à garder. Il s'en revint par Soissons, que l'on assura par des troupes que l'on y mit. Les Espagnols étant à Fismes , et la communication n'étant pas libre entre Paris et eux , ils virent que s'ils vouloient y aller, comme M. le prince les en pressoient fort , ils ne le pourroient faire qu'avec toute l'armée , à quoi ils ne pouvoient pas consentir ; d'ailleurs ils ne pouvoient en envoyer un détachement considérable vers Paris, sans être rencontré par Tarmée du Roi. Toutes ces considérations unies leur firent résoudre à retourner en Flandre et à laisser un corps de troupes à M. de Lorraine, qui demeura sur la frontière.
En ce temps-là, M. de Turenne ayant eu avis comme M. de Bouillon, qui étoit à Pontoise avec la cour, étoit fort malade, s'y en alla en diligence; il y arriva le huitième Jour de sa maladie, laquelle alla toujours en empirant : un transport au cerveau Tempécha de parler pendant les derniers jours , mais il conserva toujours beaucoup de connolssance. Il fut fort aise de voir M. de Turenne , qui , outre l'étroite amitié qui étoit entre eux , faisoit une double perte, vu la posture en laquelle M. de Bouillon étoit à la cour. En ces derniers temps, il s'étoit fait encore plus particulièrement connoftre pour être très-capable de grandes affaires , et , si on peut le dire^ avoit pris une manière d'agir bien au-dessus de tous les autres , M. le cardinal Mazarin ayant une particulière confiance en lui ; et comme le ministre avoit un grand crédit sur l'esprit du Roi et de la Reine , ce n'étoit que par son moyen que Ton pouvoit se rendre considérable à la cour. M. de Bouillon vécut Jusqu'au quatorzième Jour de sa maladie, et mourut, laissant un extrême déplaisir à tous ceux qui aimoient le bien de l'Etat. M. de Turenne en fut touché très-sensiblement, l'ayant toujours aimé et ayant été aimé de lui trèsparfaitement.
Dans le temps que M. de Turenne étoit à Pontoise , on apprit que l'armée d'Espagne s'é-
» Qu*il eust toujours one parliculière correspondance avec lesdits sieurs maréchaux, et que, se séparant d'eux, ii leur renvoyast les troupes commandées par le sieur de La Salle, y compris ce que commande le sieur marquis de Béthune # pour servir avec eux , comme ayant qu'elles l'eussent joinct.
n A quoy Sa Majesté adjoustera seulement qu'elle estime que , lorsque Icsdiis maréchaux seront vers la
toit retirée , et que M. de Lorraine étoit d» meure avec le renfort que les Espagnote hri avoient laissé. Gomme il y avoit toujours qod* que négociation de la cour avec les prinees et avec le parlement , on fit connoftre que si M.k cardinal Mazarin s'éloignoit , que toutes chon se raccommoderoient. En faisant proposer têt de la part des princes, on laissoit entendu qu'il pourroit revenir un jour, et que ce n'éloft seulement que pour montrer au public que Voê n'a voit jamais voulu s*accommoder sans que k ministre sortit de France , puisque son retov à la cour étoit le prétexte de la guerre. M. di Turenne , à qui il en parla fort eonfidemmeoti ne le dissuada point de la pensée qull ataft d'aller à Sedan; mais il lui conseilla toujoui de dire que c'étoit pour en revenir. M. de Té* renne ne vouloit point être dans un intérêt qM l'on auroit affaibli en le désavouant. Il safol bien d'ailleurs que beaucoup de gens se scnirolent de la dissimulation dont la cour et M.I1 cardinal voudroient qu'on usât, en disant qil ne reviendroit point, pour travailler plus oi« vertement à empêcher tout de bon qu'il ne it* vînt ; et hors le Roi et la Reine qui désiroW son retour, il y en avoit fort peu dans la coor qui ne travaillassent de bon ooBur à l'enfècher.
M. le cardinal partit de Pontoise, leschcM étant disposées de la façon que J*ai dit ; M. de Turenne et M. Le Tellier s'en allèrait «vee M jusqu'où étoit l'armée , ou il prit quelque cseorti pour s'en aller vers Sedan. M. Le Tellier retov* na à la cour, et M. de Turenne demeura à TM' mée, qui s'avança ensuite vers Dammaitiiy pour se mettre entre Paris et l'armée de M. dl Lorraine ; lequel , en l'absence de M. le cardfaMli commença à négocier à la cour. QuoIqu'dIeK s'y fiât pas entièrement, elle ne laissa pas d'écouter ses propositions ; et comme il falloit 411 l'armée ne s'éloignât pas trop de PoDtoisesi étoit la cour, à cause de l'armée des priiM qui étoit à Paris , elle ne marcha pas ven h Champagne pour pousser M. de Lorraine bus du royaume , à la faveur des villes que rot avoit pour soi ; mais M. le prince ayant eovcjé de la cavalerie pour faire lever le siège de Uotir rond , on Ût partir huit escadrons de raroéi
Brie , Il faut qu'ib fassent Joindre à eux les estant soubs la charge du sieur de Montbu si venues nouvellement d'Alsace, estant soobs celle diilsv Biron, suivant les ordres qui en ont esté adimés mM sieur maréchal de La Ferté, se remetUot toujovi.fi Majesté, sur la prudence desdils sieurs OMréckan.di tout ce qu'elle leur pourroit prescrire. » Faict le 28 de juillet 1652. »
MBIIOIBES DU VICOMTE DE TURENM. [lfiâ2]
do Roi pour aller trouver M. de Pallaau qui àât devant Montrond.
Cependant M. de Lorraine , qui avoit promis au Espagnols de se Joindre à Tarmée des qui étoit à Paris , faisoit traitter avec la (1), afin qu*on ne fit point attention aux ■ravemens de son armée. Quoique celle du Roi Wbfervât , néanmoins les assurances qu'il don- 0it d'un accommodement prompt falsoient [■'on ii*agissoit pas avec tant de méfiance ; de trie qu'il partit des environs de Ghâlons et Mrcha en diligence par la Brie , pour gagner ft rivière de Seine entre Corbeil et Paris. L'ar- ■ie da Roi passa la Marne à Lagni, et quoique moeoop inférieare à celle de M. de Lorraine, m voaloit s'opposer à son passage vers Paris. IL de Tnrenne voulut marclier le lendemain h ptsuge de la Marne , dans la pensée que IL de Lorraine s'avançoit sans en avoir de cer- Itado ; mais comme on se relâche quelquefois^ ■s^fooma ce Jour-là, et le lendemain de l>on ■IId 00 trouva M. de Lorraine tout proche de Mi-GHnte-Robert. Si on eût marché le Jour prteédent, on Tauroit devancé; mais les avantprdes s'étant trouvées les unes près des autres iMBria-Comte-Robert, il se hâta de gagner le poste de Villeneuve , où il avoit dessein de m mettre , afin d'avoir communication avec hrtê.
M. de Turenne , qui étoit à Tavant-garde , pài avoir un peu attendu M. le maréchal de UFerté, fut d'avis de marcher proroptement Ntr arriver au poste de Villeneuve - Saintleorges avant M. de Lorraine. En effet , on y Ureha avec tant de diligence que l'on arriva iméme temps que son armée ; mais comme II ^t an ruisseau à passer, et qu'il vit quelques dhdrons de l'armée du Roi sur la hauteur de Uenenve , il demeura de Tautre côté , et toute rmée do Bol arriva le soir au camp de Villemre-Saint-Georges. On sçut dans le village 11 y avoit des batteaux qui descendoient vers ris ; et comme il étoit d*une conséquence ex- Ime d*en avoir, ou pour faire un pont, ou pour avec des troupes au-delà de l'eau, M. de
i) Le Boy écrivit la lettre suivante à messicars les irécliaux de Turenne et de La Ferlé- Senneterre, ■r leor dire de laisser retirer le duc de Lorraine avec I armée , dans le cas où il leur donneroU Tasseurance se séparer de rinlérét des princes.
R Mes cousins , le sieur de Joyeuse Saint-LaD]t>ert a allant retrouver mon frère le duc de Lorraine , et yant chargé de lui faire cognolstre qu'en se séparant œ son armée de Tintérest et des trouppes des princes , lai ferai donner seureté pour se retirer avec les sien- !S, fal bien voullu vous le faire savoir par cette lettre, tous dire qn'eDcasque ledit sieur de Joyeuse vous
Turenne envoya le long de l'eau et les fit remonter avec une peine extrême vis-à-vis de Villeneuve*Saint-Georges. M. le prince s'avança à Charenton , croyant que M. de Lorraine étoit arrivé à Villeneuve-Saint-Georges, suivant qu'il lui avoit mandé le matin en partant de son camp; ayant envoyé trois ou quatre de ses gens qui vinrent sejetter dans l'armée du Roi, croyant que c'étoit celle de M. de Lorraine, il reprit toute la nuit un autre cHemin, et Joignit avec ses troupes M. de Lorraine vis-à-vis d'Ablon. M. de Turenne et M. le maréchal de La Ferté , n'ayant pu empêcher cette jonction , résolurent d'attendre , dans le camp de Villeneuve , le parti que les ennemis prendroient , s'étant assurés des batteaux , et espérant qu'en quelque lieu que Tennemi se rott, ayant un pont sur la rivière, ils trouveroient toujours quelque expédient de se mettre en bonne posture. La chose n'étoit pas sans grande difQcuIté , mais comme on étoit si près de l'ennemi^ il n'y avoit rien de moins sûr que de songer à une retraite. Gomme M. le prince et M. de Lorraine se furent joints , ils marchèrent pour prendre le même chemin qu'avoit fait M. de Turenne quand il avoit obligé M. de Lorraine à traitter. On croyoit ce jour-là qu'ils attaqueroient le camp comme on Tavoit cru le jour de leur jonction. L'armée du Roi n'avoit que vingt-huit escadrons et cinq mille hommes de pied ; les ennemis avoient quatre-vingts escadrons et huit mille fantassins. Au lieu d'attaquer, ils vinrent se retrancher à une portée de canon du côté de la plaine , et songèrent à affamer l'armée du Roi et à empêcher les fourages , ayant laissé dans Ablon cent cinquante mousquetaires pour empêcher la communication de la rivière. Ils croy oient qu'en venant se loger si près avec Tarmée, on n'entreprendroit pas de sortir du camp ni de les attaquer. Gomme on ne pouvoit pas demeurer dans le camp sans avoir la rivière libre, on résolut d'aller prendre ces cent cinquante mousquetaires. L'on partit la nuit , et à la pointe du jour le château se trouva pris avant que l*armée des princes pût être en ba-
donne asseurance de cette séparation de la part dndit duc, Je trouve bon et désire que vous le Taissiez marcher avec son armée, sans le suivre ni rien entreprendre contre lui ni ses trouppes : ce qu'il observera de sa part envers les miennes; et que pour faire que mon cousin le maréchalde L'Hospital n'apporte point d'obstacle de son costé à sa marche, je vous adresse une lettre pour lui pour cette fin, laquelle vous lui ferez tenir avec l'advis de ce que vous aurez sceu dudit sieur de Joyeuse; à quoi me remettant, je ne vous ferai la présente plus longue , que pour prier Dieu qu'il vous ayt, mes cousins , en sa sêinctc il digne garde. »
us
MÉMOIRES DU MCOMTB DE TUBEINNE. [l6â2]
taille. Si elle étoit demeurée à son premier poste entre Villeneuve et Corbeil , il est certain qu*nu bout de quatre jours il auroit fallu que Tarmée du Roi se retirât en grande confusion vers Lagni , ne pouvant avoir de pain de munition que par la commodité de la rivière.
Après que le pont de batteaux fut fait , on travailla encore à un autre, étant impossible que les fourrageurs se servissent d'un seul pont : et comme ce lieu avoit été fort ruiné par l'armée de M. de Lorraine quelque temps auparavant, les trois ou quatre premiers Jours que les armées étoient en présence , tous les chevaux de celle du Roi ne mangeoient que des feuilles de vigne ; de sorte que M. le prince crut qu'en la serrant de près avec le nombre de cavalerie qu'il avoit , il seroit impossible que Ton pût subsister que fort peu de Jours dans ce poste. Il fit aussi deux ponts entre Villeneuve et Charenton , pour empêcher les fourrageurs qui alloient dans le Longboyeau ; mais après avoir bien fait palissader tous nos retranchemens, on envoyoit une bonne partie de la cavalerie au fourrage, qui alloit des deux côtés de la rivière, et ainsi les ennemis ne pouvoient leur dresser d'embuscade sûre. On envoya M. de Vaubecourt à Corbeil avec quelques troupes, lesquelles, avec d'autres qui vinrent de Montrond, faisoient environ deux mille en tout. Corbeil servit ainsi d'un entrepôt pour les fourrageurs, lesquels après avoir chargé demeuroient à ce village, et on leur faisoit sçavoir du camp de quel côté de la rivière il fallolt qu'ils revinssent. Comme les armées étoient si proches que Ton voyoit ce qui sortoit du camp de l'ennemi, les fourrageurs de l'armée du Roi partoient la nuit et demeuroient deux Jours dehors. Les troupes logées à Corbeil leur donnoient toute cette facilité , sans quoi certainement on n'eût pas pu demeurer dans le camp; on fit aussi en ce temps- là descendre quelques batteaux de foin , ce qui fit demeurer cinq semaines dans le camp. Il y avoit souvent des escarmouches entre les armées , mais elles n'étoient pas considérables , et Jamais aucun convoi des fourrageurs ne fut rencontré par les ennemis , qui étoient tous les Jours dehors avec une partie de leur cavalerie.
A la fin , les chemins devinrent si mauvais par les pluies continuelles , que les chevaux ne pouvoient plus aller au fourrage si loin ; de sorte que Ton fut obligé de songer a déloger. On avoit fait faire beaucoup de ponts sur la rivière qui ctoit au bas du camp, sur le chemin de Corbeil où on vouloit se retirer. Au commencement de la nuit , on fit marcher tout le bagage vers Corbeil , et trois heures après toute Tarmée décampa
sans que l'ennemi en eût connoissance que le lendemain qu'on arriva à Corbeil , où on avoft fait faire quelques redoutes par M. de Vaubecourt, sur une hauteur, pour y recevoir l'année quand elle arriveroit. On ne séjourna poiati Corbeil qu'un Jour , et le lendemain on mareki vers la Brie, pour ensuite gagner la rivière de Marne au dessus de Paris , et tâcher d'aller voi l'Oise , la cour étant à Mantes en ce temps-li
M. le prince étoit parti de son campqueI(iiNi Jours auparavant la marche de l'armée du Bol, à cause d'un peu d'Indisposition , et on a fort dit que sans cela il l'auroit attaquée dans sa n> traite ; mais il est certain que de la maoMn qu'elle se fit , on ne pou voit pas combattre enbi le camp et Corbeil. L'armée du Roi mardueasuite vers Meaux, et , passant la rivière deMar* ne , alla se poster auprès de Senlis. Celle dei princes, en partant de Villeneuve-Saint-Georg^ se logea entre Paris et Dammartin ; et certabsment les diverses négociations , et même ta passe-temps de Paris, empêchèrent M. lepriaee de prendre beaucoup d'avantages qu'il n'isnl 1 pas négligés en une autre occasion. Après qid- : ques Jours d'indisposition, il résolut de|artk *: avec son armée et celle de M. de Lorraine éei environs de Paris, et s'en alla sur la froiUèni de Champagne : M. le comte de FuensaldagiB l'attendoit avec l'armée d'Espagne auprès 4e Laon. On s'est assez étonné de ce qu'il qiillilt Paris si aisément , étant certain que c*est unfert grand avantage de s'y maintenir, qoand oa al assez malheureux pour faire la guerre àM Roi; mais les divei^ses caballes qui n'aBoW pas à son but, et un peu de manque de w pour les choses qui dévoient suivre son dépirtt aussi bien que les espérances qu'il ooneevoll 4e sa Jonction avec les Espagnols, rd>ligènÉtà quitter Paris. Une autre chose y oonvloit fert M. le prince : touché de la façon dontM.ie i Lorraine vivoit avec son armée, et las dcsrf- \ fairesdu parlement, il désiroit se mettre dM | une manière de vivre semblable à celle de M. de Lorraine. Ainsi ils marchèrent eniedile et Joignirent M. de Fuensaldogne auprèi de Laon ; comme on avoit mis cinq cens hoDM de l'armée du Roi dans La Ferté-Milon, ils posèrent tout au|>rèssans l'attaquer.
L'armée du Roi, qui étoit en ce temps-li Mprès de Senlis , et d*où l'on avoit envoyé de ne* fanterie sous M. le comte d'Estrées pour leiMtr tre dans Laon , ne bougea point de son porte, attendant la résolution des ennemis aprèi M jonction. Comme Paris resta un peu ébraoléptf réioignement de M. le prince , quoique M. dVh. léansy deineurast , la cour recevoîl divers ïïtfi
MRMOIRBS nu VICOMTE DE Tl'RE!VNE. [l652]
soDduite, selon les diverses vues que i étofent à Paris avoient , ou pour l'y r on pour l'en empêcher ; les courtisans néme partagés sur ce sujet, chacun ?erses pensées : ce qui seroit trop long e. M. de Turenne ayant sçu l'état des It agréer à M. le maréchal de La Ferté irer à l'armée , et il s'en alla à la cour , iine lui ayant demandé ù son arrivée iment, s! le Roi devoit aller à Paayant qu'elle et le Roi présens , il lui
de n'en point perdre le temps; et l avoit la connoissance de l'état de l'ariu peu de moyens qu'il y avoit d'avoir )t pour la remettre sans être à Paris , il et cette raison qu'il Joignit à beaucoup , qui étoient que l'autorité du Roi étoit dée que l'on ne vouloit plus le recevoir le grande ville ; que si l'hiver se pasaller à Paris , toute la France se soulèue le Roi u ayant plus d'armée ni d*arde quartiers pour en remettre une sur qu'il avoit ensemble se réduiroit peu à în, les officiers quittant tous les Jours subsistance. Ces raisons persuadèrent , de sorte que la cour quitta Mantes Ha coucher à Saint-Germain , où l'on
trois ou quatre Jours, durant lequel y vint des députés de la bourgeoisie de ur supplier le Roi d'y venir. M. de leuf y vint aussi , mais avec une difféention ; car il vouloit bien que le Roi aris , mais il souhaitoit qu'on y laissât r,qui soutenoit la caballe opposée au ) M. le cardinal , et qui ne vouloit se loder avec la cour qu'à condition que :re n'y revint plus. M. de Châteauneuf >it que le Roi ne verroit point Gaston iers Jours ; mais qu'après tous les ink empêcher le retour de M. le cardinal, sela seul et séparés d'ailleurs en tout , sroient ensemble à supplier le Roi de ne re revenir M. le cardinal , et ne demanautre grâce que celle-là. Le Roi et la voyèrent en ce temps-là M. d'Aligre à ais il s'en revint à Saint-Germain , sans n reçu de positif sur la négociation.
Turenne et M. LeTellier étoient alors ui la Reine avoit le plus de confiance : : d'avis de continuer la résolution d'aller »ns sçavoir celle que Monsieur pren- 1 lui envoya une personne de confiance, dire que le Roi étoit en chemin et qu*il t le soir à Paris; cet envoyé revint, et \ Roi et la Reine entre Saint-Gloud et le Boulogne, et rapporta que Monsieur ne